Histoire de la petite dame qui aimait le bruit

Histoire de la petite dame qui aimait le bruit
Val Teal, Robert Lawson
Traduit (anlais, USA) par Camille Gautier
Autrement (Vintage), 2015

Vive le son,  vive le son !

Par Anne-Marie Mercier

Histoire de la petite damePublié en mars 2015, cet album est sans doute le dernier de la collection Vintage d’Autrement : cet éditeur a arrêté son secteur jeunesse depuis.

Et c’est bien dommage, notamment pour cette collection qui avait fait reparaître Livre de Mc Cain et Alcorn et qui donne à la petite dame qui aimait le bruit, publié pour la première fois en 1943, une nouvelle jeunesse.

En deux mots, une dame quitte la ville pour s’installer dans une ferme. Le bruit lui manque : elle fait venir successivement une vache, un chien, un chat, des poules, des oies, etc, jusqu’à un tacot pétaradant qui la ramène en ville où elle découvre une autre source de bruit qui lui manque encore : des enfants ! Hop, elle en enlève deux et son bonheur est parfait et sa tranquillité nulle.

Chaque page présente la nouvelles acquisitions dans un beau dessin à l’encre et quelques zones de couleurs (jaune, rouge, rose, noir). Dans le texte, sur la page de gauche, les onomatopées s’accumulent en lettres rouges, la lisibilité et l’esthétique sont parfaites, l’histoire réjouissante, une belle leçon pour les anti-bruits !

Animanège

Animanège
arno, Renaud Perrin
Rouergue, 2014

Métamorphoses graphiques

Par Anne-Marie Mercier

AnimanègeDans l’espace blanc de la page, des animaux jaunes et bleus passent : tigres, pigeons, dromadaires, vaches, tortues, escargots… ils laissent au passage leurs accessoires, bleus : rayures, taches, cornes, carapaces, ailes, bosses… et repartent avec ce qui reste de leurs leur corps, jaune. Les formes bleues déposées forment un paysage.

Ils reviennent et s’affublent de ce qu’ils trouvent le tigre prend les pics du porc-épic et devient lion, les tortues deviennent pangolins, les cerfs antilopes… tous repartent avec leurs nouveaux ornements, seuls deux pigeons sont les dindons de la farce.

Album jeu, puzzle, espace de métamorphoses à reproduire à l’infini grâce à un (simple?) jeu de tampons.

Fatale Spirale

Fatale Spirale
Fabrice Vigne, Jean-Baptiste Bourgois (ill.)
Sarbacane, 2015

Adieu à 2015 : un programme pour 2016 ?

couv-Fatale-spiraleLe ton est au constat amer : l’irréparable s’est produit, et par contamination la ville, le pays, la planète entière ont basculé dans… la fraternité.

Fabrice Vigne inverse l’idée selon laquelle la violence engendre la violence et que «tôt ou tard l’ancienne violence engendre la violence neuve», comme le dit la phrase d’Eschyle placée en exergue au volume. Chaque double page montre une étape dans cette évolution scandaleuse qui inquiète les politiques et met en cause les valeurs traditionnelles de la France, « nation éternelle de la chamaillerie, du sarcasme, du mépris, du préjugé et de l’humeur massacrante ». Comme c’est vrai…

Haut les cœurs, et partageons l’optimisme de Fabrice Vigne qui cite Gramsci  : « le pessimisme de l’intelligence contre l’optimisme de la volonté », dans une page de son blog  datée du 9 novembre 2015, donc après le 7 janvier et juste avant le 13 novembre, à l’occasion d’une rencontre avec une classe dans un collège grenoblois. Oui, on le voit dans ses propos, les écrivains font partie des remparts contre l’obscurantisme, la bêtise et la violence qui en découle.

Fabrice Vigne est l’auteur de Les Giètes (Th. Magnier, 2007) et de TS (l’ampoule, 2003), magnifiques et a mené l’aventure éditoriale des éditions du Fond du tiroir jusqu’en novembre 2015.

Une (ou deux) fois n’est pas coutume

Une (ou deux) fois n’est pas coutume :

C’est la deuxième fois que nous postons un texte d’actualité non strictement littéraire, peut-être y en aura-t-il d’autres?

Brigitte Morel Éditions des (Grandes Personnes), nous écrit :  » Le livre de Janne Teller paru en 2012 est malheureusement d’actualité.
Et d’une grande efficacité pour expliquer aux adolescents ce que peuvent endurer les migrants… » Oui, je pense à ce livre constamment, le connaissez vous? Si non, voici la recension que j’en avais faite, « avant ».

Guerre. Et si ça nous arrivait ?

Guerre. Et si ça nous arrivait ?
Janne Teller
Illustré par Jean-François Martin
Traduit (danois) par L W. O. Larsen
(Les grandes personnes), 2013

Comment peut-on être réfugié ?

Par Anne-Marie Mercier

Guerre-GP« Et si aujourd’hui il y avait la guerre en France… Où irais-tu ? » Tout ce petit livre est dans cette question-programme.

Imagine, dit le livre au lecteur, imagine la France gouvernée par un régime autoritaire et tentant d’imposer sa loi à l’Europe. Imagine les démocratie libres du nord liguées contre elle et ses alliés du sud, la guerre, les maisons détruites, des personnes emprisonnées, le pays déstructuré, la terreur, le froid et la faim : où aller ? Le récit raconte au lecteur son itinéraire possible. Réfugié avec sa famille au Moyen Orient, mal accepté dans un pays dont il ne parle pas la langue, d’une culture et d’une religion différente, qui se méfie de la sienne, il ne peut pas faire d’études, doit se résigner à des emplois qui le rebutent ; il rêve de retour, mais le pays qu’il a quitté ne veut plus de lui.

Janne Teller a transposé le quotidien banal d’un réfugié en se contentant de décaler les situations et de faire vivre (par le tu et le vous : le texte est écrit du début à la fin à la deuxième personne) cela par ceux qui regardent les choses de l’extérieur. La forme du livre est-elle même exemplaire : il imite le format et la couverture d’un passeport européen ; les dessins stylisés illustrent la simplicité et la rigueur de la situation.

Un tout petit livre, un grand choc et une belle leçon.

Voir la présentation par l’auteur 

Le 1er…

Le 1er… c’est canard
Olivier Douzou
Rouergue, 2014

Petite merveille !

Par Anne-Marie Mercier

Un canard, sur la page de couverture, c’est le canard_douzou_couv_mpremier forcément. Mais non, le livre est conçu comme une succession et l’on voit sur la page de gauche qui suit le même canard barré : « non, non quelqu’un est devant canard », tandis que sur la page de droite on lit sous l’image d’une oie « C’est oie la première à ce jeu ».

« C’est moi, dit-elle »… et tout l’album est à l’avenant : jeux de mots, clins d’oeil (à Alice avec le lapin consultant sa montre, à La Fontaine avec le renard et le fromage, etc. ), questions de logique (avec l’œuf et la poule), inversions, … Une inventivité infinie pour un album infini : la dernière de couverture s’enchaine avec la première pour un éternel recommencement qui convient parfaitement à ces animaux à l’allure de jouets mécaniques défilant sur des pages qui proposent un circuit fléché.

voir l’article de Sophie van der Linden

Bimbi

Bimbi
Albertine
La Joie de lire, 2014

Enfances croquées

Par Anne-Marie Mercier

 BimbiSous la forme d’un beau carnet de croquis grand format, au papier crème et aux bords arrondis, Albertine présente des situations variées et simples : être avec (ou ne pas l’être), demander, tenir la main (ou la jambe), tirer, pousser, regarder (ou ne pas regarder), combattre ou discuter, toutes sortes de mini récits que le lecteur nourrit de ses propres souvenirs et sensations.

 

Éditions Philomèle

Embrouillaminis
Marie-Laure Alvarez et Hajnalka Cserhàti
Philomèle, 2014

Au fil des métaphores

Par Yann Leblanc

Embrouillaminis-couveLe fil semble être le « fil rouge » des éditions Philomèle : c’était déjà l’objet principal de l’ouvrage du même titre chroniqué récemment, déjà rouge, comme dans cet album plus récent ; mais ici, le fil de la pensée se fait métaphore d’une réflexion sur… la pensée, sa progression et ses blocages.

Le parallèle entre la pelote de laine (rouge) tricotée par la grand-mère et les idées de sa petite fille se retrouve autour de la question des nœuds, de la pelote embrouillée, que seule une personne délicate et patiente pourra débrouiller. Le « lien » de l’amitié complète ces métaphores bien « filées ». Sur le blanc de la page, les dessins crayonnés chargés et les ombres denses rehaussés de couleurs vives de Hajnalka Cserhàti accompagnent adroitement tous ces thèmes.

Présentation des Éditions Philomèle

 » Faire sonner la langue, la bousculer gaiement, la caresser dans le sens du rythme;
mettre les mots sens dessus dessous dans des textes de fiction, proches de l’imaginaire enfantin;

Voyager d’une image à l’autre et découvrir au passage le style et les couleurs d’artistes illustrateurs aux univers singuliers.

Les albums de  Philomèle s’adressent aux enfants de 3 à 99 ans.
Ils sont hors collection pour laisser libre place aux rencontres et aux coups de coeur: contes, comptines, poésie, et bien d’autres surprises à venir…

Éditions Philomèle.
11-13, rue de Saclay 92290 Châtenay-Malabry.
contact@editionsphilomele.fr

La Fabuleuse méthode de lecture du professeur Tagada

La Fabuleuse méthode de lecture du professeur Tagada
Christophe Nicolas, Guillaume Long
Didier jeunesse, 2013

La lecture est un jeu…

Par Anne-Marie Mercier

tagadaComment décrire cette « méthode » de lecture ? Son titre en dit beaucoup; ajoutons que ce professeur a un assistant nommé « tsoin-tsoin », un petit oiseau qui se démène sur toutes les pages pour accompagner efficacement les lettres nécessaires à la leçon.

Voici le début du texte :

« Leçon n°1 : Tu ne sais pas lire, c’est dommage. Mais la grande personne qui te lit ce livre sait lire. Il faut en profiter. Ta grande personne peut lire des mots faciles comme bébé, bobo, mémé, popo. Elle peut aussi lire des mots difficiles, comme plénipotentiaire ou hexakosioihexekontahexaphobie. Qu’est ce que ça veut dire ? La grande personne qui sait lire te l’expliquera plus tard. »

Suivent des leçons sur les avantages qu’il y a à savoir lire (bonne idée de commencer par aiguiser le désir d’apprendre avec de vraies raisons), les lettres, voyelles et consonnes (on est dans une méthode syllabique traditionnelle), les cas compliqués (comment faire le son [k])… enfin, en 10 leçons, l’affaire est réglée.

Ce n’est peut être pas si simple, mais en tout cas on s’amuse, les illustrations sont tordantes, parents et enfants riront ensemble, et ce livre pourrait être un accompagnement joyeux de méthodes moins mécaniques et sans doute plus efficaces mais moins drôles, quoique… le rire fait bien des miracles.

La Moufle

La Moufle
Robert Giraud, Olivier Latik
Flammarion Père Castor, 2012

Conte russe

Par Anne-Marie Mercier

La MoufleEloge de la solidarité, jeu avec l’absurde, cette mise en image d’une variante d’un conte russe évoque les beaux jours des illustrations des premiers Père Castor (l’esthétique russe, justement) avec des animaux aux formes stylisées, aux couleurs bien tranchées. Du plus petit (la souris) au plus gros (l’ours), en passant par la grenouille, le lapin, le renard et le loup, tous trouvent un abri provisoire au chaud dans la moufle rouge oubliée dans la neige… jusqu’à ce qu’une fourmi vienne tout déranger.

Une bonne réédition d’un bon classique (Didier, 2009, Père castor, 2010…) qui marche bien avec les petits.

Les Sept Clefs du Pouvoir, tome 3

Les Sept Clefs du Pouvoir. Tome 3 : Mercredi sous les Flots
Gath Nix
Traduit (anglais) par Alice Seelow et Julie Lopez
Gallimard Jeunesse, 2012

À chaque jour suffit sa peine clé

Par Matthieu Freyheit

LesSeptClefsduPouvoir3Vous pouvez regarder Rambo 4 (teaser : bientôt le 5 en salle !) sans avoir vu le premier. Vous comprendrez toujours ce qui se trame. Il n’en est pas de même avec la série des Sept Clefs du Pouvoir. Ne faites donc pas la même erreur que moi et plongez-vous, si vous êtes décidé(e)s à entamer la série, dans le premier volume. Car tout est plutôt…confus/superposé/emmêlé. La magie est à la mode ? Les mondes parallèles aussi ? La vague mystico-fantasy ? Les adolescents élus ? Les quêtes fantastiques en plusieurs volumes ? Eh bien, prenez tout ça, mélangez jusqu’à obtenir un mélange indescriptible, et essayez de lire.

Pour faire court, vraiment très court : Arthur Penhaligon (toute ressemblance avec un nom connu est ÉVIDEMMENT fortuite), jeune terrien de douze ans, est pris dans un cycle d’aventures au cours desquelles il doit récupérer les sept clés du pouvoir. En sept volumes, donc. Unique héritier de la Grande Architecte, Arthur se lance dans cette nouvelle quête du Graal qui l’amène à voyager dans des royaumes parallèles à la recherche de ces sept clés, gardées chacune par un mystérieux personnage : Maître Lundi, Lord Mardi, Mercredi sous les Flots, Sieur Jeudi, etc. Ajoutez à cela que chacun de ces personnages-jours est caractérisé par un péché capital. Après les deux premiers tomes, Arthur a récupéré deux clés. Dans le troisième, il est emporté de sa chambre d’hôpital vers l’océan frontalier, où il est pris dans une tempête, sauvé par une bouée, récupéré par un navire de comptables, poursuivi par des pirates, encore sauvé par ces mêmes comptables-marins, eux-mêmes aidés d’un sorcier un peu ambivalent. Tout ça pour rejoindre Mercredi sous les Flots qui l’a invité à déjeuner. Il reste que la dite Mercredi est une baleine de deux cents kilomètres de long. Si ça vous semble confus, c’est que ça l’est. Et pourtant, dans cet imbroglio d’évènements, il ne se passe que peu de choses. Le rythme est tout sauf enlevé, les « effets magiques » se multiplient (on tremble – d’horreur, on s’entend – en imaginant une éventuelle adaptation cinématographique), et l’aventure laisse finalement la place à un certain ennui.

À celles et ceux qui ont lu et aimé la série, n’hésitez pas à poster pour la défendre et me contredire.

Enfin, pour les amoureux des quêtes fantastiques qui ne savent pas par où commencer, allez plutôt vous repaître de l’incomparable trilogie de Philip Pullman, La Croisée des Mondes, autrement plus brillante ! Et faites-la lire, bien sûr, à tous les adolescents qui croiseront votre route.