Une amie pour la vie

Une amie pour la vie
Laëtitia Bourget, Emmanuelle Houdart
Thierry Magnier, 2012

Union des contrastes

Par Anne-Marie Mercier

Une amie pour la vie Laëtitia Bourget, Emmanuelle HoudartAmour et amitié nourrissent les ouvrages de ce duo d’artistes. Le même cœur, plus proche de l’organe que de sa représentation stylisée, en parcourt les pages. Ici c’est un beau portrait d’une vie d’amitié entre deux filles, puis femmes, mères, vieilles femmes, à travers toutes les étapes de leur vie. Le texte est sans surprise dans la description de la perfection tandis que les images  d’Emmanuelle Houdart mêlent stylisation et réalisme, épure et surcharge, provoquent parfois le malaise, suscitent toujours l’émerveillement.

L’ouvrage foisonne de petits détails et notamment de titres d’ouvrages qui sont autant d’hommages à d’autres illustratrices et illustrateurs.

Je veux être la grande

Je veux être la grande  
Sébastien Joanniez
Rouergue 2013
Collection boomerang

 Face à face  de mots et d’images

Par Maryse Vuillermet

 

 

 

je veux être la grande image Quelle bonne idée que cette petite collection Boomerang chez Rouergue!  Une couverture  couleur partagée en deux,  et qui se lit dans les deux sens, deux titres Je veux être la grande et J’aime pas ma petite sœur, deux textes courts, qui se répondent mais peuvent aussi se lire indépendamment,  et une illustration en noir et blanc qui marque le milieu ou la ligne de fracture,  suivant le point de vue.

 Et un sujet délicat, les  sœurs ont-t-elles le droit de dire qu’elles se détestent, la petite parce que la grande l’embête tout le temps, la grande parce que sa petite sœur est la préférée, elle a tout ce qu’elle veut,  sous prétexte qu’elle est petite?

De deux voix bien différenciées, celle de la petite avec des fautes de langage et celle de la grande,  dans une langue déjà plus assurée, elles nous révèlent leur monde intérieur et c’est vraiment juste,  drôle, tendre quand-même parfois, cruel aussi.

Gaufrette et Nougat jouent au docteur
Didier Jean et Zad, Sophie Collin
2 vives voix, 2012

Restons correct !

Par Anne-Marie Mercier

Gaufrette et Nougat jouent La souris Gaufrette est malade, le chat Nougat vient la voir… on frémit ! Mais non, tout cela se passe en littérature pour les petits donc en bonne compagnie, et si les deux amis se retrouvent dans le même lit à la fin de l’histoire, c’est en toute innocence ! Le mérite de l’album est d’évoquer différents aspects de la maladie : vue du malade, c’est pénible, on n’est pas bien ; vue du bien-portant, ça fait envie, les médicaments semblent des bonbons ; ça passe et ça se passe.

Les illustrations très simples se focalisent sur les expressions des personnages dans un cadre stylisé mettant en valeur le petit théâtre en question : un lit, des médicaments, une écharpe, des jouets abandonnés.

Les Heureux Parents

Les Heureux Parents
Laëtitia Bourget, Emmanuelle Houdart
Thierry Magnier, 2009

Pauvres parents…

Par Anne-Marie Mercier

LesheureuxparentsOn se demande si la formule « Heureux Parents » a valeur de citation (c’est en effet la formule consacrée) ou d’antiphrase. Ces parents débordés, exténués, vidés de tout par leur progéniture sont à l’inverse du portrait habituel. L’enfant n’unit pas le couple mais le divise et seuls « des montagnes d’amour et des puits de sagesse » permettent aux parents de rester unis après toutes ces épreuves, vieillis et pourvus de nombreux petits enfants.

On retrouve ici le couple de L’Apprentissage amoureux, déjà porté par l’univers d’Emmanuelle Houdart, avec cette fois des couleurs moins claires, moins lumineuses, et l’on se demande à qui cet album peut être offert, sinon à des parents déjà bien engagés dans le « métier ».  L’offrir à des enfants pour leur faire comprendre le calvaire qu’ils font vivre à ceux qui les nourrissent (et ensuite conforter l’idée que les parents ont divorcé par sa faute…) ou à un jeune couple pour lui annoncer ce qui l’attend pourrait être une mauvais farce, malgré la beauté (et la justesse !) de l’ouvrage.

Girafe

Girafe
Jean Gourounas
Rouergue, 2013

Comment devenir girafe ?

Par Christine Bernard, MESFC Saint-Etienne

girafeLa parution de Girafe, suite de l’album Mille pattes, marque les vingt ans du département jeunesse de la maison d’édition du Rouergue.

L’auteur stéphanois, qui en signe le texte et les illustrations, parvient à créer une ambiance ludique pour traiter le thème du schéma corporel. Cette question s’avère dominante chez les lecteurs auxquels le livre est d’abord destiné, les enfants de deux ans. Pour cela Jean Gourounas utilise judicieusement des procédés graphiques primaires : formes géométriques, couleurs vives, aspect sérigraphié à l’effet enfantin. En outre, l’association des couleurs, des formes et des dialogues facilite la compréhension du jeune lecteur. La personnification des formes géométriques ne déstabilise en rien le jeune lecteur mais l’emporte dans l’imaginaire. Ainsi, les dialogues de la forêt représentée par un triangle vert, sont écrits en vert. Enfin, la phrase : « ça alors ! » en gros caractères et occupant une demi-page, ponctue et divise en trois parties distinctes le texte simple.

Le lecteur prendra plaisir à observer l’évolution du puzzle de la girafe géométrique. D’abord en pièces détachées, puis raté, il se construit, se déconstruit et se reconstruit tour à tour en bonhomme et en maison. Il est ainsi possible d’intervenir sur la construction de son propre corps par des tâtonnements symboliques de l’apprentissage.

Au delà, il est aussi envisageable de lire cet album avec des enfants plus âgés, pour aborder la question de la construction de la personnalité, au cours de laquelle on s’identifie souvent à d’autres personnes. Jean Gourounas parvient donc à produire un album très réussi, complet, gai, lisible et offrant une lecture à plusieurs niveaux.

Le temps des ours

Le temps des ours
Rascal
Pastel, L’école des loisirs, 2013

Puisque personne ne m’aime…je pars

Par Lauren Fargier, MESFC Saint-Etienne

LetempsdesoursCet album présente la  quête d’un petit ours en peluche, qui  à cause d’un manque d’amour a décidé de quitter la maison. Il passe alors dans un nouveau monde avec l’espoir de rencontrer quelqu’un qui l’aime enfin. Sur sa route, il croise une fleur, un nuage, des pierres et une rivière, mais aucune de ces rencontres n’est concluante, excepté celle de la rivière qui parvient finalement à lui redonner le sourire.

Par une écriture simple et poétique et une illustration aux tendres couleurs pastel, Rascal transmet beaucoup plus qu’une histoire : ses intentions se traduisent par le choix du format qui convient à l’intime, et qui permet de faire ressentir un florilège d’émotions telles que la solitude, l’amour, l’espoir, la déception.

L’illustration semble cependant prendre la pas sur le texte, par la mélancolie qu’elle parvient à faire ressentir au lecteur. On peut lire sur le visage du petit ours un désarroi que les effets de cadrage renforcent, amenant le lecteur à éprouver compassion et empathie pour lui. Néanmoins, à chaque rencontre, l’auteur accorde une double page pour montrer l’importance de l’espoir qui naît chez le personage. Enfin cette évolution positive s’observe également au travers de l’évolution de la fleur qui est fermée sur la  première de couverture et ouverte sur la quatrième. Cette transformation de la rose rend compte de l’état émotionnel du petit ours du début à la fin de l’histoire.

Cet album est un véritable coup de cœur ! En peu de mots mais avec des dessins saisissants, à travers un personnage animalier à forte valeur nostalgique, Rascal réussit ni plus ni moins à nous parler du besoin de lien social et des émotions qui s’y attachent, tout en prévenant le jeune lecteur de la complexité des relations, ce que résume la rivière : « Je veux être ton amie, mais avant toute chose, je me dois d’être honnête avec toi… Sache que je serai différente chaque jour ! Selon mes humeurs, je déborderai ». Elle montre que ces liens construisent ce qui nous fonde, l’estime de soi.

Brunehilde d’en face

Brunehilde d’en face
Ingrid Thobois
Thierry Magnier (Petite Poche Premières lectures), 2012

Ce que m’apprend mon double

Par Claudy De Melo, MESFC Saint-Etienne

BrunehildedenfaceCe court roman pour enfants à partir de 7ans, dont la lecture est facilitée par les gros caractères, le format ainsi que le découpage en petits chapitres a un côté pratique et maniable. Petite fille surdouée de 6 ans, Brunhilde ne s’intéresse pas aux autres enfants de son âge. Elle préfère rester chez elle avec ses sœurs et ses parents.  Mais voici qu’un jour, une famille emménage à côté de chez elle, et cette famille ressemble beaucoup à la sienne : des parents de même profession, quatre filles dont la dernière de six ans se prénomme Brunhilde elle aussi. Il s’avère que rien ne différencie Brunhilde de Brunhilde d’en face, à part leur façon de voir le monde. Brunhilde qui n’aime pas la présence d’autres enfants de son âge trouve alors en Brunhilde d’en face quelque chose de passionnant : elle ne voit pas les choses de la même manière qu’elle, et rêve souvent les yeux dans le vague. Bien sûr, les autres élèves se moquent d’elle, mais Brunhilde la défend car elle est son amie.

Suite à une longue absence à l’école de Brunhilde d’en face, Brunhilde se rend compte que la cause de cette absence est la différence de son amie. Brunhilde d’en face est atteinte d’une maladie (comme le dit son père), mais pour elle, c’est simplement qu’elle n’est pas pareille.

C’est une histoire racontée avec beaucoup de simplicité, dans une écriture adaptée aux enfants de l’école élémentaire. Le début du roman s’articule autour de Brunhilde et de son quotidien, raconté avec quelques touches d’humour. La suite de l’histoire est consacrée à l’amitié et à la différence ; ainsi prennent place les sentiments et émotions qui touchent le lecteur. L’humour apparait avec parcimonie au début du roman, à travers un langage  parsemé d’expressions «de jeunes» : « Qu’est-ce que j’en ai à faire », « la honte » … et la façon dont la petite fille s’exprime, entre naïveté et profondeur : « je frôle la perfection », « bientôt je ferai le trajet toute seule à pied, dès qu’elle aura cessé de voir des pédophiles partout »… Cela rend l’histoire d’autant plus plaisante pour les enfants qui peuvent facilement  s’’identifier à Brunhilde.

Cet élan est à moi

Cet élan est à moi
Olivier Jeffers
Kaléidoscope, 2013

 Posséder un ami ?

Par Gabrielle Balluet, master MEFSC Saint-Etienne

cetelanestamoiMarcel, c’est l’élan de Wilfried. Comme animal de compagnie, il n’est pas exemplaire puisqu’il ne suit pas toujours à la lettre les (très très) nombreuses règles édictées par Wilfried, mais ils passent du bon temps ensemble, jusqu’au jour où le petit garçon découvre avec horreur qu’une autre personne pense également que l’élan lui appartient ! Olivier Jeffers, auteur et illustrateur du livre, nous interroge sur la notion de liberté qui apparaît clairement dans cet album, en s’appuyant sur l’humour. Le ton léger du livre permet aux plus jeunes de le lire sans difficulté et avec plaisir. Dès 7 ans, il questionne les enfants sur ce que signifie la liberté de mouvement et de choix de chacun, mais aussi sur la mainmise que l’homme peut avoir sur la nature, ou qu’un enfant peut avoir sur ses amis.

Les illustrations animent le texte de façon dynamique et positive, grâce à un trait stylisé très contemporain qui se détache sur un fond blanc, ou au contraire sur des peintures à l’huile figurant des paysages montagnards et sauvages. On se croirait parfois dans les montagnes d’Alaska, ce qui fait que la rencontre de l’enfant et de l’élan n’a rien de surprenant. Au fil de la lecture, il apparaît toutefois que l’élan va où bon lui semble, et surtout là où il y a des pommes ! Ces sont ces situations comiques et ces quiproquos qui ajoutent à la dimension humoristique de l’histoire. Tout comme Le Bonheur prisonnier, de Jean-François Chabas dans un autre genre, cette idée que l’homme peut être le maître d’un animal sauvage est abordée en utilisant l’humour, par l’intermédiaire de bulles et de rébus qui font parler les personnages ou qui reflètent leurs pensées. Le jeune lecteur s’identifie facilement à Wilfried qui n’est pas coupable de vouloir se faire un nouvel ami, et de le garder, même s’il le tyrannise un peu ! Ces différentes expériences le feront mûrir et prendre conscience que Marcel n’a pas de maître et ne lui appartiendra jamais réellement, même s’il ne semble pas opposé à passer du temps en sa compagnie. A lire et relire avec le même plaisir.

La Petite Ecole de l’imagination
Zaü et Alain Serres

Rue du monde, 2012

Fictionary pour un jeu intergénérationnel

Par Anne-Marie Mercier

lapetiteecoledelimaginationA l’image du jeu Pictionary, ce coffret propose d’inventer des histoires en se basant sur des déclencheurs proches de ceux que l’on peut trouver dans l’ouvrage fondateur de Gianni Rodari, Grammaire de l’imagination, récemment réédité.

Quinze grandes planches à fonds perdus proposent des univers, peut-être une histoire en cours, quarante jetons tirés au hasard demandent à créer un lien entre l’élément du jeton (un téléphone, un perroquet, une onomatopée, une figure géométrique…) et la planche.

C’est donc un matériel simple et efficace qui est proposé, adapté à tous les âges  – les adultes pourront y jouer avec intensité avec leurs enfants ou petits enfants. Deux règles du jeu sont proposées, avec un exemple de début d’histoire.

Enfin c’est une mini encyclopédie de l’illustration d’aujourd’hui : les jetons sont de Guillopéon trouve parmi les noms des auteurs des ouvrages dont les planches sont tirées (les titres pouvant aussi jouer un rôle) ceux de François Place, Nathalie Novi, Olivier Tallec, Martin Jarrie, et bien d’autres : des styles et des univers très divers, et de beaux talents, et partout de la couleur.

La vraie vie de Toto, J’adore les animaux

La Vraie Vie de Toto : J’adore les animaux
Marie Agnès Gaudrat, Serge Bloch
Tourbillon, 2013

L’animal de mes rêves 

Par Maryvonne Fournier, master MEFSC Saint-Etienne

lavraieviedetotoLa nouvelle histoire racontée par Toto, le personnage principal de la série « La vraie vie de Toto », est parsemée de péripéties qui mêlent humour et situations de la vie quotidienne. Elle met en scène un jeune garçon voulant avoir à tout prix un animal de compagnie. Mais à la maison, ses parents refusent  catégoriquement. Après de nombreuses tentatives, va-t-il réussir à les faire changer d’avis ?

Tout au long du livre, l’humour apparaît à la fois dans la manière d’écrire et dans l’illustration. Le texte comporte un vocabulaire familier, « sorti de la bouche des enfants » qui facilite la lecture et la compréhension de l’histoire. L’auteure glisse dans certaines pages les fameuses blagues de Toto ce qui provoque des effets de drôlerie assurés. Par exemple, sous la forme de bande dessinée : « Tu connais le rêve de l’araignée ? – Accrocher sa toile au musée » ou bien encore « Qui est vert et fait « meuh » ? – Une vache kiwi ». A n’importe quel âge, ces blagues sont drôles et pourront peut-être devenir les futures blagues de cour de récréation.

Quant aux dessins, ils font toujours le lien avec le texte. L’illustrateur Serge Bloch a choisi des dessins humoristiques, avec un coup de crayon simplifié et large, et des couleurs vives, sans entrer dans les détails. Les formes arrondies confèrent une légèreté à laquelle les jeunes lecteurs seront sensibles. Nul doute qu’ils s’identifieront d’emblée au personnage de Toto dont les désirs contrariés reflètent ceux de tout enfant. L’histoire montre une grande vérité psychologique, notamment lorsque Toto met en place toutes sortes de stratagèmes à la maison et à l’école pour obtenir ce qu’il veut. L’auteur traite le sujet avec humour et dérision (surtout à propos des parents). De quoi renforcer encore l’identification.