L’Ile au trésor

L’Ile au trésor
Robert Louis Stevenson
Illustré par Jean-François Dumont
Traduit (anglais) par Déodat Serval
Flammarion, 2013

Un classique  illustré

Par Anne-Marie Mercier

ileautresorRéédition d’un ouvrage publié en 2004, cette version de l’île au trésor a fait le choix de la  tradition : des illustrations à l’aquarelle fidèles et précises accompagnent tous les chapitres, soit pour mettre en valeur des détails, soit pour créer une atmosphère ou mettre en scène un épisode. La traduction est fidèle et maintient le ton un peu suranné du récit de Jim Hawkins. Tout cela est présenté dans une belle mise en page et sur du beau papier, un bel ouvrage… classique.

La fabuleuse aventure de Frida Cabot

La fabuleuse histoire de Frida Cabot
Lise Renaux
Motus, 2012

Perplexité…

Par Christine Moulin

fridaOui, perplexité devant ce petit livre de la collection « Mouchoir de poche »: comme les autres ouvrage de la même collection, il comporte des illustrations en noir et blanc. Mais au lieu qu’elles soient stylisées, comme souvent, elles sont complexes, détaillées, faites de tissus collés, si bien qu’on en vient à regretter la couleur…

Perplexité aussi devant cette histoire, celle d’une fugue dont l’héroïne ne sort pas vraiment transformée, même si elle se révèle fort sympathique en tant que narratrice canidé.

Perplexité devant ce mélange d’humour à destination des adultes (le jeu de mots du titre en est un exemple: Frida Khalo/Frida Cabot…) et à destination des tout petits (« J’avoisinais les six cents milliards de kilomètres à l’heure »). Perplexité devant des procédés utilisés de façon un peu désordonnée: la parodie des superhéros mais aussi le contraste entre texte et image (Frida voit des chats partout!) ou le côté circulaire de l’histoire (certes, on en revient à la fameuse leçon « il ne faut pas habiller les animaux » mais la fin peut-elle vraiment être considérée comme une chute?).

Finalement, à force de perplexité, on se dit que ce petit album n’est pas désagréable mais qu’il n’est pas non plus inoubliable…

De Flaubert à Zola

De Flaubert à Zola. 15 extraits pour découvrir la littérature du XIXe siècle
Michel Laporte
Flammarion, 2012

Découverte ou approfondissement ?

Par Anne-Marie Mercier

deflaubertazolaToute anthologie a ses mérites, mais c’est encore plus vrai lorsqu’elle annonce son propos. Ici, le titre est trompeur (comme dans une anthologie de fantasy, de la même collection, chroniquée auparavant). Il ne s’agit pas tant de découvrir la littérature du 19e siècle (et où serait le théâtre ?) que d’éclairer quelques pans de l’histoire sociale du temps à travers des romans, un texte utopique et un extrait de L’Année terrible de Hugo. La division en chapitres le dit assez clairement : « enfances » (avec un texte d’auteures aujourd’hui peu connues, Marguerite Audoux et la baronne Staffe, « la vie de famille » (représentée curieusement par la scène du mariage de Madame Bovary), « vivre au jour le jour » (travailler, manger, consommer à travers des textes de Zola), « regards sur l’histoire » (essentiellement la deuxième moitié du 19e siècle : la défaite de 1870, et ce qui suivit, le colonialisme, avec un choix original et bien trouvé, un texte des Vacances de la Comtesse de Ségur), et enfin le progrès avec Bouvard et Pécuchet et L’Ile à hélice de Jules Verne.

Les textes sont tous intéressants, mais pas forcément immédiatement en tant qu’extraits pour des collégiens ou des lycéens. On imagine plutôt qu’ils peuvent être une source de textes complémentaires pour des enseignants qui voudraient ouvrir leurs cours sur lune perspective d’histoire littéraire du temps.

Mathieu Hidalf et le sortilège de ronces

Mathieu Hidalf et le sortilège de ronces
Christophe Mauri
Gallimard Jeunesse, 2012

Belle confirmation

Par Matthieu Freyheit

MatthieuhidalfroncesDans le deuxième volume de la série, Christophe Mauri engageait une première modification du personnage qui cessait d’être ce monstre d’égoïsme du premier opus pour s’ouvrir à l’acceptation des autres. Dans ce troisième volet, l’auteur confirme cette évolution du héros qui, tout en conservant (aux yeux des autres surtout) son caractère « légendaire » (on préfère « insupportable »), devient aux yeux du lecteur un adolescent complexe, parfois même intéressant. N’en déplaise par ailleurs aux titres très J.-K.-rowlingiens de la série, le personnage de Mathieu Hidalf n’a pas grand-chose de l’ennuyeux Harry Potter, et tient parfois davantage de l’insupportable (lui aussi, d’où la liaison) Naruto, du manga de Masashi Kishimoto, avec qui il partage le même objectif : devenir le plus célèbre des combattants d’élite. Cependant, le bon cœur de Naruto est remplacé ici par le malin génie de Mathieu Hidalf. Pourtant, pourtant ! le plaisir du lecteur naît cette fois, précisément, du bon vieux principe de l’arroseur arrosé : Mathieu Hidalf battu à son propre jeu, pris à ses propres pièges, le tout dans une intrigue rondement menée et, il faut bien l’avouer, passionnante. Christophe Mauri n’écrit pas sans humour, et les revers de son personnage ne peuvent que nous ravir.

Voila, en peu de mots, de quoi il s’agit. Les lecteurs du premier volume se souviennent que Mathieu Hidalf est parvenu à faire épouser au roi, contre son propre désir, une vieille sorcière. Le Gand Busier (c’est comme ça qu’on l’appelle) voit enfin venir l’heure de se venger : il profite, avec Hidalf père, d’une conférence de presse donnée par Mathieu pour le piéger et annoncer son mariage avec son ennemie jurée : Marie-Marie du Château Boisé. S’ensuit une fuite non pas en Egypte mais dans l’enceinte de l’école des Élitiens, dans laquelle Mathieu a été accepté au cours du deuxième opus. Dès lors tout s’enchaîne et l’on retrouve avec bonheur des personnages secondaires riches et finement travaillés par un auteur qui a l’intelligence de ne pas tout miser sur son héros.

La série de Christophe Mauri, en somme, évolue significativement, tant dans l’avancée de ses aventures que dans la construction de ses personnages. Aucun n’est oublié, et quelques détails préparent d’ores et déjà le terrain d’une suite que l’auteur, dans son talent, sait nous faire attendre. Bien joué !

 

la prophétie des sept chevaux

 La prophétie des sept chevaux
Les chevaux du vent  Livre III 
Martine Laffon
Seuil 2013

  Des adolescents chamans

Par Maryse Vuillermet

 

 

 

la prophétie des sept chevaux image Sophia,  Marco et Nacim, trois  adolescents de quinze ans,  ont été initiés dans les tomes précédents  Les cavaliers de l’ombre et Le maléfice des masques  aux secrets du chamanisme par Natawas, leur maitre.  Dans les histoires précédentes, ils se  sont montrés capables de lutter contre l’Ombre  dans le grand Nord et en Afrique.  Cette fois,  c’est en Mongolie que  les chevaux du vent,  une race  très ancienne de petits chevaux qui descend de Gengis Khan,  sont attaqués par des loups et que des enfants disparaissent en grand nombre. Ils décident d’aller à la fête de Naadam,  une course très célèbre où des centaines de jeunes cavaliers mongoles s’affrontent chaque année sur le dos de leurs chevaux. Parallèlement à cette histoire, aux Etats Unis, Lou, une journaliste hippique cherche  à savoir qui est Baal,  un cheval inconnu engagé dans une course par un propriétaire mystérieux.  Dans sa banlieue, elle souffre de solitude comme son voisin,  et on se demande pourquoi cette jeune femme cache tant ses origines.

Nous sommes là dans un univers de fantasy original parce qu’il puise dans un fonds  traditionnel de magie, et  où l’univers des chevaux, des nomades éleveurs  et de la steppe   du chamanisme, des métamorphoses est d’un puissant exotisme. Là-bas, le monde des esprits, des morts  est relié à celui des vivants, le monde des hommes à celui des animaux, chevaux, loups et chiens,  qui sont à la fois leurs totems, et leurs gardiens.  Les rêves se lisent  et se racontent comme des prophéties,  les chamans frappent leurs tambours pour invoquer les forces des esprits bienfaisants,  et  les secrets se transmettent. C’est captivant et  envoutant.

Les Otages du dieu dragon, t. 1 : Yakusa gokudo

Les Otages du dieu dragon, t. 1 : Yakusa gokudo
Michael Honacker
Flammarion, 2013

 Le Yakusa courtois

Par Anne-Marie Mercier

yakusaVoilà Michael Honacker embarqué dans une histoire de Yakusa. Mais comme à son habitude, il complexifie un peu le genre : il ne s’agit pas d’une simple histoire de gangster, même pimentée d’un code de l’honneur à la sauce japonaise, même avec la mention de « gokudo » qui évoque un manga et dessin animé célèbre.

Lorsque Saburo, jeune yakusa prometteur, rencontre une jeune fille sortie de l’eau du port de Kishiwada ; il la prend pour la déesse des eaux dont il porte le visage tatoué sur l’épaule, celle dont il aimait l’histoire que lui racontait sa mère. Pour cette jeune fille mystérieuse, amnésique et aphasique, il défie les règles de son clan, met en danger sa mère et lui-même. C’est comme d’habitude bien enlevé, plein de mystères et doté d’une certaine poésie. C’est aussi le début d’une série entre aventures et espionnage : on devine que les otages du dieu dragon (des enfants japonais enlevés par les Coréens du nord) seront nombreux.

Le Pirate et l’Apothicaire

Le Pirate et l’Apothicaire
Robert Louis Stevenson

Illustré par Henning Wagenbreth
Traduit (anglais) par Marc Porée
(Les Grandes Personnes), 2013

Grande réussite

Par Matthieu Freyheit

pirateapothicaireOn connait le plus souvent de Robert Louis Stevenson ses romans les plus célèbres : L’Île au trésor, que l’on donne en pâture aux collégiens, mais également L’Étrange cas du docteur Jekyll et de Mister Hyde, ou encore Le Maître de Ballantrae. On sait moins que Stevenson est également l’auteur de poèmes sur l’enfance, ainsi que de contes moraux en vers. Le Pirate et l’Apothicaire est l’un d’entre eux. Le texte entier est minutieusement traduit par Marc Porée, qui parvient à en respecter du mieux possible non seulement la métrique mais également le système de rimes. L’histoire de Ben et Robin, deux inséparables amis, est alors parfaitement restituée dans les contrastes et les complémentarités qu’elle met en jeu. Le destin croisé de ces deux figures est traité avec l’humour que distille la langue stevensonienne : au pirate, honnête dans son crime, répond l’apothicaire, traître dans l’exercice de sa profession. La chute, brutale, respecte la tradition expéditive des contes moraux et des fables.

L’intérêt de cet album ne s’arrête pas là. L’illustrateur allemand Henning Wagenbreth, riche de bien des projets, met tout son talent au service de ce conte court. Explosif en couleurs et en formes, le style de Wagenbreth parvient à invoquer tout à la fois Keith Haring, Roy Lichtenstein ou David Hockney, tout en rappelant les couleurs de Kirchner ou, parfois, de Nolde. Une merveille graphique mise en valeur par le grand format proposé par les éditions des Grandes Personnes. Voilà un livre à lire et à voir, à relire et à revoir, et à revoir encore, comme on feuillette un livre d’art. D’autant que la qualité de la proposition artistique est largement soutenue par celle de la mise en œuvre. L’épaisseur du papier met en valeur l’exubérance des planches, faisant un album matériellement très réussi, fidèle à l’esthétique garantie par les éditions des Grandes Personnes. Superbe, superbe. Bravo.

Glow (Mission nouvelle terre, t. 1)

Glow (Mission nouvelle terre, t. 1)
Amy Kathleen Ryan
Traduit (Etats-Unis) par Alice Delarbre
Le Masque (Msk), 2012

Moissons intergalactiques

Par Anne-Marie Mercier

glowLes éditions du Masque proposent de belles surprises en littérature pour adolescents. La série de la Grande Ecole du mal et de la ruse de Mark Walden offrait déjà une alternative de qualité aux consternants volumes de la série Cherub. Cette nouvelle série, présentée comme destinée aux amateurs de Hunger games (et en fait sans rapport avec cette série), ne manque pas d’éléments originaux et même surprenants, tout en maniant avec habileté tous les ressorts du suspens.

Dès la première page, on se trouve confronté à un univers peu conventionnel, mêlant voyage intergalactique et moissons dans un champ de blé. La première surprise passée, on comprend qu’on est embarqué avec les héros pour un long voyage dans des astronefs géants qui reproduisent la vie sur terre, une vie essentiellement agricole, afin de maintenir un cadre de vie et de ressources naturelles qui puisse être transplanté sur une autre planète.

Le héros est beau, il est destiné à un bel avenir (pilote en chef après le pilote en chef du moment), l’héroïne est très convoitée mais est destinée au héros (jusqu’ici, rien que de très banal). La société semble parfaite et fraternelle. L’avenir est radieux, l’ancienne terre est devenue un enfer qu’on a fui.

Mais très vite cette belle utopie déraille : la question de la reproduction apparaît comme centrale et sur ce vaisseau comme sur celui qui les attaque, on cherche à faire en sorte que des enfants naissent le plus vite possible. Les attaquants de l’autre vaisseau tuent la plupart des adultes et enlèvent toutes les filles, les adultes survivants se lancent à leur poursuite. L’histoire se déroule en deux récits parallèles, avec les deux héros séparés comme narrateurs. Dans le premier vaisseau, Kieran affronte une guerre d’ados pire que celle qui hante Sa Majesté des mouches, tandis que Waverly se retrouve dans une communauté sectaire guidée par une femme pasteur hypocrite et sans scrupules…  Autant dire que cela va très mal jusqu’à ce chacun arrive à redresser un peu la situation et que les filles puissent rejoindre le vaisseau de leurs frères et amis. Mais Kieran est lui-même devenu un chef de secte très inquiétant, et son seul opposant est le diabolique Seth, prédestiné au mal par ses origines et son prénom.

On retrouve des éléments de la colonisation de l’Amérique par les puritains, un rapport ambivalent à la ferveur religieuse, et une interrogation assez forte sur la possibilité de relations humaines fraternelles et solidaires : si le Bien semble triompher, c’est après avoir fortement vacillé et pour prendre ensuite à son tout un visage inquiétant… paranoïa garantie. A suivre, donc…

L’ABC des chiens

L’ABC des chiens
Julie Eugène
L’édune, 2013

 Des Chiens de partout, petits et grands

Par Anne-Marie Mercier

LABCdeschiensOn pourrait croire qu’il s’agit d’un simple  abécédaire de plus, qui tenterait de faire coïncider vaille que vaille son objet aux 26 lettres de l’alphabet, eh bien non, c’est bien plus. Tout d’abord, il réussit le tour de force qui consiste à trouver des noms pour toutes les lettres (avec quelques rares entorses comme « italian Grey Hound », ou « U Cursinu » (chien corse ; quant à la lettre « q », on vous laisse la surprise). Mais c’est aussi une encyclopédie charmante : chaque chien est donné avec son caractère, son histoire, son origine géographique et une mini carte et un drapeau pour l‘illustrer. Tout cela est accompagné de conseils d’éducation, d’alimentation (le Mâtin de Naples mange 700 g de viande par jour, c’est bon à savoir, parents qui voulez limiter les désirs de vos enfants) et d’un zeste d’humour.

Versailles

Versailles
illustré par Nina Cosford
Casterman, 2013

Pour les touristes

Par Anne-Marie Mercier

VersaillesMini pop up, ce petit parcours en format carré de Versailles déçoit un peu : le texte est  un honnête descriptif des lieux et des événements marquants, mais la mise en images apporte peu de choses et est de facture très classique, un peu plate, ce qui pour un pop up est regrettable. Un souvenir à rapporter de voyage, guère plus.