De quelle couleur est le vent ?

De quelle couleur est le vent ?
Anne Herbauts
Casterman, 2011

 aux aveugles

par Anne-Marie Mercier

A cette question posée par un enfant aveugle, « De quelle couleur est le vent ? », Anne Herbauts répond en couleurs, en touchers et en poésie ; l’enfant de l’album part en quête d’une réponse et interroge un vieux chien, la montagne, le village, une fenêtre, une pomme… chacun réponde à partir de son point de vue : couleur du temps, du soleil, sève et grenadine… (on pense au dispositif de la grande question de Wolf Erbruch)

Les illustrations très colorées mêlent les techniques (papiers et tissus découpés, dessin, peinture… ) et offrent de discrets effets tactiles, du rugueux au lisse, vernis et embossages proposent tout un parcours de sensation.

Anne Herbauts a recueilli pour ce livre les conseils des Doigts qui rêvent (maison d’édition spécialisée dans les albums tactiles pour enfants mal voyants) et a bénéficié d’une bourse de l’association « les Enfants de Sylvie ».

Brise glace

 Brise glace
Jean-Philippe Blondel
Actes Sud Junior, 2011

 Le poids si lourd des secrets

     Par Maryse Vuillermet

 Aurélien, jeune lycéen de dix-sept ans, cherche par tous les moyens à passer inaperçu.  Surtout que personne ne le remarque, ne lui adresse la parole, c’est tout ce qu’il demande. Il broie du noir,  n’imagine pas son avenir, ni son bonheur.

Pourtant, Thibaud, un garçon de sa classe,  lui parle, l’invite à une fête, à une soirée sympa, essaye par tous les moyens de le  sortir de  sa réserve, de sa déprime.

 Bien-sûr, Aurélien aimerait vivre, sortir, avoir des amis, mais des obsessions  le tourmentent et lui font préférer la solitude.  Qu’a-t-il vécu ? Qu’a-t-il fait de si horrible ? Quel est ce secret qui lui bloque la gorge quand il essaye de  le dire ?

 Alors, peut-être pourra-t-il le slamer ?  C’est ce qu’espère Thibaud en l’initiant aux soirées slam, une poésie orale qui s’improvise et se dit en public.

Beau dialogue d’adolescents tourmentés, plongée intéressante dans le petit monde des slameurs. Et une série de péripéties bien menées entre amour  et amitié naissants, trahisons supposées, révélations…

 Et quel que soit le moyen d’expression, SMS,  texte écrit  et passé  dans l’angoisse à l‘ami, slam crié en public, les secrets,  une fois dits,  pèsent moins lourds et  perdent  leur pouvoir mortifère.

Bric à brac

Bric à brac
Jean Gourounas

Rouergue, 2011

par Anne-Marie Mercier

On connaît un certain nombre d’albums qui délivrent ce message : « range ta chambre ! » avec plus ou moins de bonheur.

Ici, le bonheur est complet : l’enfant, sommé de donner tout-ce-qui-ne-sert-plus-à-rien, sort progressivement toutes sortes de collections improbables (celle du « jeu de société complet » fera sourire tous ceux qui ont eu un jour à ranger une chambre d’enfant).  Nostalgie du temps où tout fait merveille, poésie et beauté des images qui présentent un relief extraordinaire, humour du texte, jamais niais, tout cela est un régal.

La maison de Pénélope

La maison de Pénélope
Anne Gutman, Georg Hallensleben
Gallimard jeunesse, 2011

 livre-maison de poupée

Par Yann Leblanc

Dans les catégorie du « livre-objet » et du « livre-jeu », voici un livre-maison de poupée (ou plutôt « maison de peluche » puisque Pénélope, ourson bleu, est fournie. On y passe de la cuisine à la chambre, de la salle de bains au jardin. Il y a des portes de placards à ouvrir… mais pas grand chose dedans sauf dans la première « pièce ». L’épaisseur de l’objet est bien exploitée.

Le Coffre enchanté

Le Coffre enchanté
Jean-François Chabas, David Sala
Casterman, 2011

Fable désenchantée

par Anne-Marie Mercier

« Ce que nous croyons posséder ne compte-t-il pas autant à nos yeux que ce que nous possédons vraiment ? »

Cette conclusion à la fable proposée ici est fort bien illustrée par le texte de Jean-François Chabas dans un récit très classique, sous forme de randonnée avec de belles variations subtiles, un peu d’humour et de cruauté. Les illustrations de David Sala (inspirées de Klimt)  mêlent les techniques et les couleurs de façon somptueuse.

Enfin, tout cela est bien « habillé », comme le coffre de l’histoire, avec une couverture évidée en forme de fenêtre à ogive et une tranche dorée. Cet habillage n’est pas là pour masquer du vide, mais donne une belle allure à la morale finale. Celle-ci est cependant peut-être trop cynique pour être comprise et acceptée par de jeunes enfants.

Caroline Baldwin

Caroline Baldwin, vol. 15 et 16 : L’ombre de la chouette et La conjuration de Bohème
André Taymans
Casterman, 2011 et 2012

La privée piégée

Par Anne-Marie Mercier

On aime Caroline Baldwin pour son côté roman noir : les héros se promènent avec des sparadrap sur la figure car ils se font piéger sans cesse, ils ne comprennent pas grand chose à ce qui leur arrive (nous non plus). On aime aussi l’esthétique ligne claire et le dynamisme des images. Et puis une femme détective et séropositive, comme ça nous change !

Appelle-moi Charlie

Appelle-moi Charlie
Marcus Malte
Sarbacane, 2011

L’ado et le bonhomme de neige

Par Anne-Marie Mercier

Marcus Malte est excellent dans les effets de suspens et d’angoisse (voir Il va venir, policier qui a reçu plusieurs prix). Ici, l’errance dans la neige d’un garçon de 13 ans monte jusqu’à l’angoisse et s’achève en un dialogue philosophique étrange où l’humour se mêle à la leçon de vie : message aux ados qui pensent que leur vie est un enfer, imaginez d’autres vies, même impossibles…

Milton chez le vétérinaire, Mais où est passé Milton? Les vacances de Milton

Mais où est passé Milton?
Milton chez le vétérinaire,
Les vacances de Milton
Haydé
La Joie de Lire, 2007, 2000, 2012

Encore lui! Et tant mieux!

par Christine Moulin

 b9a3347f802b2a1f303f23d6d22d3608-300x300Milton, dont nous avons déjà chroniqué les hauts faits (voir La fugue de Milton et Quand j’étais petit…), ne nous déçoit jamais: il est tellement vrai…!

Comme tous les chats, il se niche dans les endroits les plus improbables, ce qui permet au jeune lecteur, bien mieux qu’avec tous les albums ad hoc, de s’initier au vocabulaire spatial ainsi qu’aux adverbes de manière!! Mais en fait, pour notre plus grand bonheur, Milton n’a que faire du lexique : il ne cherche que son confort (ou sa sécurité! je vous laisse découvrir ses démêlés avec une abeille!), en des positions hilarantes et délicieusement félines qui permettent de constater, une fois encore, que lorsqu’un chat se cache quelque part, il y a toujours un bout qui dépasse!

Comme tous les chats, il vit la visite chez le vétérinaire comme un calvaire et résiste de toutes ses griffes : les maîtres qui ont déjà essayé d’arracher leur animal préféré à sa cage pour le déposer sur la table de torture se reconnaîtront! Et la mauvaise foi dont la bête fait preuve, une fois l’examen terminé, leur rappellera certainement quelque chose.

Comme tous les chats, Milton adore la chasse : voilà que pendant ses vacances, il découvre un lézard, un serpent, une araignée, les grillons, les grenouilles, une libellule, un poisson rouge et… la couleur (les bestioles en question sont colorées et contrastent avec le noir et le blanc habituels de la collection). Dans cet opus, la verve coutumière de l’auteure est peut-être quelque peu en berne mais la couverture montrant Milton affalé, tel Snoopy sur sa niche, sur un mur de pierres sèches justifierait à elle seule l’existence du volume tout entier!

L’Ours de la bibliothèque

L’Ours de la bibliothèque
Katie Cleminson
Traduit (anglais) par Remi Stefani
Casterman, 2011

Tous les ours s’appellent Otto

Par Yann Leblanc

Otto est non pas un ours en peluche, comme dans l’album de Tomi Ungerer, mais le personnage d’un livre illustré. Cela ne l’empêche pas de connaître un destin similaire : perdu, il erre dans la ville, sans amis et sans lieu où se réfugier, lorsqu’il arrive à la bibliothèque de la ville (superbe bâtiment néo-classique à l’américaine) et trouve d’autres amis sortis des livres.

On retrouve ici le thème devenu assez classique des héros sortis des fictions (voir Les Aventures du livre de géographie). L’histoire est sobre et bellement illustrée à l’aquarelle.

Le Mystère des buveurs d’encre

Le Mystère des buveurs d’encre
Eric Sanvoisin, illustrations de Martin Matje et Olivier Latyk
Nathan, 2011

Lire à la paille

Par Emilie Raveu master MESFC Saint-Etienne

Odilon dévoreur de livres. Voilà un petit garçon pas comme les autres : il se nourrit de livres.  Grâce à sa paille, il aspire les mots et vit de belles aventures. D’abord,  il devient un mordu de lecture, puis il tombe amoureux, il est ensuite happé dans une histoire et enfin il doit sauver son amoureuse d’une indigestion d’un livre effrayant.

L’auteur a trouvé là une idée originale, en utilisant au sens propre des expressions comme « dévorer un livre », « croquer des paragraphes », être « mordu de lecture »….. Il nous embarque dans un monde imaginaire et on se laisse facilement prendre au jeu même si parfois le suspens retombe.

Toutes ces histoires sont regroupées dans un joli coffret, et lorsqu’on ouvre la boite, on trouve un stylo magique pour lire les mots disparus et résoudre un mystère. Les enfants se laisseront embarquer à coup sûr. Ce livre est un bel objet agrémenté de quelques jolis dessins colorés qui illustrent l’histoire tout en laissant place à l’imagination.