Me voici

Me voici
Friedrich Karl Waechter
MéMo,  2010

Et le matou revient…le jour suivant…

Par Christine Planchette master MESFC Saint-Etienne

La première de couverture est une aquarelle représentant un chat qui appuie sur un bouton, ce qui met en scène le titre de I’ouvrage, « me voici ». La quatrième de couverture montre ce même chat en train de dormir dans un lit.

Puis trois mots : un drame

                         une renaissance

                         une rencontre

Il n’y a alors pas beaucoup d’indices sur le contenu de cet album, mais la tendresse des aquarelles et la puissance évocatrice de ces mots donnent envie d’aller plus loin. La couleur apparaît : trois queues de chats différentes et un texte minimaliste : « nous étions trois. » Puis sur double page, une aquarelle : une famille de chats photographiée sur la plage. Ils sont « arrivés en août. » Ils venaient s’ajouter aux « quatre » arrivés en mai. La famille est trop nombreuse….

Que faire lorsqu’une famille de chats est trop nombreuse ? On en élimine quelques-uns et souvent par noyade ! Ces chats, qui nous sont montrés comme des gosses, sont fourrés dans un sac par des pêcheurs et jetés au large des côtes.

Arrivé mortelle d’un requin-chat. Un seul chaton survit et finit dans le garde-manger du requin. Changement de décor et mise en scène théâtrale. Tuer le tueur et se nourrir de sa chair pour devenir plus fort.  Sauvé, il arrive sur une plage et prend un ticket de train. Fin du voyage ! Il descend et erre dans les rues. « …j’arrive devant une maison, j’appuie sur le bon bouton, tu m’ouvres. Quel bonheur. Me voici. » Cet album nous raconte de manière bouleversante et dérangeante I’histoire de cet enfant-chat qui se bat pour la vie.

Le « tu » de la narration s’adresse à la famille retrouvée, mais aussi à nous lecteurs, qui ouvrons notre porte, en ouvrant le livre, à ce petit chat humain que nous voudrions prendre dans nos bras. Les aquarelles de cet album sont extraordinaires, tant par les regards très expressifs que par les postures des personnages, qui en disent long.

C’est un album hors norme, une énigme. Un texte minimaliste, où tout ce qui est suggéré rend l’histoire encore plus forte. Elle nous transporte dans le voyage de la vie à travers le parcours de cet enfant-chat qui se battra et se débattra pour survivre à l’abandon, à la mort, et retrouver le chemin qui mène à un être aimant.

C’est un album marquant, qu’on n’oubliera pas de sitôt, l’histoire d’un chat humain, trop humain, enfant, trop enfant…

Les Voisins musiciens

Les Voisins musiciens
Junko SHIBUYA

Autrement, 2011

La mélodie de l’amitié

Par Anne Vivant master MESFC Saint-Etienne

Un petit garçon ne sait plus quoi faire après le départ de ses voisins. Heureux de voir arriver une nouvelle famille, il se met à jouer du violon et finit par rencontrer une petite fille. Un lien d’amitié se crée entre les deux enfants et se transforme en mélodie au cours des pages.

L’ouvrage se compose d’un ensemble d’images séquentielles montrant deux fenêtres d’un immeuble. Le lecteur est spectateur et les fenêtres sont une scène où les personnages apparaissent comme des artistes en représentation.

C’est aussi un bel album inspiré de l’art japonais : l’illustration n’occupe que partiellement la page, ce qui donne de l’importance à l’espace. Au centre de chaque page, une seule fenêtre est représentée autour de laquelle formes et couleurs surgissent sobrement sur un beau papier. L’auteure utilise des symboles au cours de l’histoire, comme le papillon qui renvoie à la jeune femme dans la culture japonaise. De même, la feuille morte se déplaçant de gauche à droite est un signe du temps qui passe. Cette culture est sensible à l’éphémère, ici, la musique des deux enfants.

Junko SHIBUYA cherche au cours de son histoire à mettre l’accent sur les sensations, les émotions. Elle guide le lecteur dans la découverte de l’album par ses dessins puis par la musique des couleurs. Toutefois, le sens de l’histoire reste à construire puisque c’est bien le lecteur qui lui donne vie.

Un Monde en couleurs

Un Monde en couleurs
Philippe Nessmann
Gallimard jeunesse, 2011

 Couleurs du monde et du temps

par Anne-Marie Mercier

 Bleu, rouge, jaune, vert… d’où viennent les couleurs, à quelle époque certaines ont-elles été employées et pour quoi ? quelles sont leurs tonalités, leurs effets (le bleu est pensif , le rouge vivant…).

On retrouve dans ce documentaire la veine des écrits de Michel Pastoureau : les couleurs sont prises aussi bien dans la nature que dans l’art, les objets quotidiens, les vêtements et les symboles comme les drapeaux et sont vues dans leur contexte historique et géographique. C’est un bel ouvrage, précis, facile à parcourir (maquette bien faite), qui parle à travers les images plus que par les textes, et beau, enfin par la grande qualité des reproductions.

L’Horizon facétieux

L’Horizon facétieux
Juliette Binet
Gallimard jeunesse (Giboulées), 2011

Facétieux ?

Par Anne-Marie Mercier

Le format « paysage » ne suffit pas à dire l’horizon : Juliette Binet l’a étendu – pas à l’infini, mais presque ! – dans cet album – accordéon. Collines, montagnes, océans, nuages et fumées se succèdent seuls, sans présence humaine, donnant l’impression d’un éternel défilement. La sobriété de l’album (des gris crayonnés, du bleu et quelques taches d’orangé) et l’absence de toute tentative de narration en font un objet étrange, attachant mais qui ne prête pas à beaucoup en dire, ni en écrire. Facétieux, dans quel sens ?

Les Lutins cordonniers

 Les Lutins cordonniers
d’après les frères Grimm
Illustré par Amélie Dufour
Flammarion, Père Castor (classiques), 2011

 

Il était une fois… deux lutins

Par Jessica Peyragrosse master MESFC Saint-Etienne,

« Aide-toi, le ciel t’aidera » ! Ce dicton pourrait parfaitement avoir pour illustration le conte Les lutins cordonniers, écrit à I’origine par les frères Grimm et repris ici par la collection du Père Castor. Ce texte, pouvant s’adresser aux enfants dès trois ans, nous conte I’histoire d’un pauvre cordonnier qui avec l’aide de deux petits lutins retrouve la richesse et leur confectionne en retour des petits vêtements. Ainsi, ce texte célèbre les vertus du partage, du don de soi, mais surtout du travail et de la reconnaissance.

Même si cette version du conte reste fidèle au texte des frères Grimm, certaines modifications ont cependant été apportées. Un véritable travail au niveau de la syntaxe et du vocabulaire a été réalisé sur le texte original, dans le but de le rendre plus accessible aux jeunes enfants.

Ce grand classique de la littérature de jeunesse a également été revisité par des illustrations pleines d’humour. Amélie Dufour a en effet su retranscrire avec talent l’émotion des personnages en dessinant aux crayons de couleurs des illustrations vivantes, drôles et pleines de malice. Ainsi, l’attention des enfants est fixée par une farandole d’habits miniatures ou encore par l’image d’un petit bonhomme jonglant avec des souliers, heureux que ses affaires reprennent.

Fidèle à leur lignée éditoriale caractérisée par des illustrations douces et belles dans des tons pastels, les classiques du Père Castor proposent un bel album souple et à un prix très abordable, qui fait découvrir une histoire ancienne mais dont le succès est toujours d’actualité.

Une Nuit, loin d’ici

Une Nuit, loin d’ici
Julia Wauters

Helium, 2011

 Nuit et jours

par Anne-Marie Mercier

Le bestiaire est l’objet de variations infinies. Ici, la forme est originale : les animaux sont classés par régions, chacune se dévoilant sur trois doubles pages organisées de façon similaire : la nuit ( les chauves-souris côtoient le Papilio Rex et la néphile du Kenya), le petit jour, le matin. Le texte énumère les animaux présents sur l’image et le jeu consiste à les identifier, avant de les retrouver tous présents sur les pages finales.

Mais le charme particulier de cet album tient à la présence de feuilles transparentes qui voilent certaines parties de l’image, les découvrent progressivement et font vibrer les couleurs. Voir les images.

L’étrange aventure du courageux chevalier très peureux

L’étrange aventure du courageux chevalier très peureux
Arnaud Alméras, Jacques Azam
Sarbacane, 2012

Histoire d’oxymores

par Anne-Marie Mercier

Petit Paul est mal aimé, petit, faible, peureux, nul enfin. Sa famille le vend à des pirates ; il se sauve à la nage et arrive à l’île Impossible où il rencontre la sorcière adorable, la belle princesse affreuse, le nain géant… et est déclaré « courageux chevalier très peureux ». Après bien des aventures, dignes de tout séjour sur une île inconnue, il épouse… la sorcière, dont il a de nombreux enfants uniques !

La fantaisie des aventures se mêle à la loufoquerie des images et au jeu de l’illogisme ; l’ensemble forme un conte savoureux. La famille indigne est définitivement mise hors-jeu, contrairement à ce qui se passe dans les contes traditionnels, mas c’est de son propre fait : les enfants peuvent enfin jouer tranquillement, la conscience en paix.

Jolene

Jolene
Shaïne Cassim

L’école des Loisirs (medium), mars 2012.

Amour vache 

par Catherine Rivat & Justine Vergély master MESFC Saint Étienne

C’est dans un univers empreint de blues, que l’auteur nous présente l’histoire d’Aurélien, jeune lycéen plutôt marginal. C’est à travers son regard que nous sommes plongés dans son quotidien plein de conflits intérieurs et d’incertitudes. En effet, il semble reproduire le schéma paternel en se comportant comme un goujat envers les jeunes filles de son âge, les « toutes pareilles ». Il enchaîne les conquêtes, jusqu’à que ce que sa vie soit chamboulée par une rencontre… Jolene.

Dès lors, peurs, craintes, doutes,… vont le submerger et lui faire prendre conscience de ce que peut engendrer l’amour. Leur passion, loin de celles des romans à l’eau de rose, les transporte dans un état de dépendance mutuelle, au point d’en oublier la vie alentour, jusqu’au jour où tout bascule…

Shaïne Cassim nous dépeint sans concession les comportements adolescents avec une  analyse psychologique précise. Une véritable tension naît au sein de l’histoire. L’omniprésence de références, tant musicales que littéraires, permet la création d’un cocon amoureux, à la fois surprenant et insolite, en marge de la société. Ce roman s’adresse en priorité aux adolescents en montrant que les épreuves de la vie peuvent être surmontées, tant par soi-même que grâce aux autres, pour terminer sur un message d’espoir : il faut croire en la vie et en l’avenir.

Philomène et les ogres

Philomène et les ogres
Arnaud Delalande, Charles Dutertre
Musique de David Chaillou
Gallimard jeunesse (Giboulées), 2011

Les ogresses musicales

Par Yann Leblanc

Comme au jeu des chaises musicales, un enfant transformé en ogre est remplacé par un autre dès qu’il le touche. C’est le cruel sort réservé à Philomène qui va dans la forêt malgré l’interdiction de sa maman. On retrouve ici une belle idée de Pierre Gripari, celle du dragon de la superbe Histoire du prince Pipo, mais sans la dimension philosophique et poétique.

Les dessins sont superbes et drôles, la musique discrète et parfaite, les chœurs d’enfants charmants et la voix de Jean-Paul Marielle merveilleuse de justesse.  Ce n’est pas le cas de celle qui interprète Philomène, un peu trop forcée dans l’infantilisme faux. L’ensemble est joliment drôlatique, mais sans état d’âme quant aux stéréotypes (les gentils sont blonds, qu’on se le dise !).

Quand un dinosaure déménage

Quand un dinosaure déménage
Nastasia Rugani

L’école des Loisirs (Neuf)

Struggle for life

Par Floriane Damien et Lisa Badard master MESFC Saint -Etienne

Ulysse a le cafard. Il déménage. Il quitte Paris et ses deux meilleurs copains, pour aller vivre à la campagne. Faire sa rentrée en milieu d’année, c’est délicat : il faut faire ses preuves pour être accepté par les autres élèves et ne pas rester « le nouveau ». Si Ulysse est préparé à cette épreuve, il ne s’attend certainement pas à devoir gérer la situation qu’il découvre. En effet, la classe de CM1 est déchirée par une guerre des gangs, rurale et enfantine (un petit clin d’œil à La guerre des boutons). D’un côté, il y a les « Crasseux », une de bande de garçons dirigée par une fille prénommée Charlie, et de l’autre les « Couettes », des filles puériles. Entre ces deux groupes, et leurs coups bas à répétition, Ulysse doit choisir son camp.

Des personnages repoussent les stéréotypes d’usage, tels que Charlie, LA chef des garçons, et Vicky la maîtresse au look gothique. Mais cette originalité demeure cependant peu convaincante, car malgré un épilogue ouvert, qui permet au lecteur d’imaginer une suite, force est de reconnaître que les péripéties finales et la guéguerre entre les deux bandes, sont prévisibles et un peu légères.

Dans ce roman, une place importante est consacrée au ressenti du personnage principal qui voit sa vie bouleversée. A travers ces épreuves, le lecteur réalise qu’Ulysse est particulièrement mature pour son âge. Une comparaison implicite se tisse au fil de la lecture entre le personnage et son identification à un dinosaure. Au fur et à mesure des décisions qu’il prend, il évolue du diplodocus au tyrannosaure. Il est possible d’imaginer que cette identification présente dans le titre, soit due à la différence entre les « locaux » et ce petit parisien, qui s’imagine complètement étranger.

Enfin l’auteur met en avant un sujet rare dans la littérature de jeunesse, à savoir les troubles psychologiques, à travers le personnage du père qui soufre d’agoraphobie. La narration interne permet au lecteur de le découvrir par les yeux d’Ulysse, et ce point de vue enfantin minimise la situation. L’ouvrage assez réaliste traite aussi avec justesse des difficultés liées à un déménagement. Les lecteurs qui ont été confrontés à cette situation se retrouveront donc aisément dans ce scénario.