Je veux pas aller à l’école (en Lutin Poche)

Je veux pas aller à l’école
Stephanie Blake
Ecole des loisirs (Lutin Poche), 2011 (première édition, 2007)

Simon fait encore des siennes !

par Sophie Genin

9782211093071.gifSimon est sorti en Lutin Poche ! Il faut en profiter ! Certes, cet opus n’est pas au niveau de Caca Boudin, définitivement inégalable, mais c’est toujours un plaisir de retrouver ce héros grognon ! Cette fois-ci le lapin blanc refuse tout net d’aller à l’école : « ça va pas, non ! »
Lire ce petit album, c’est l’occasion de retrouver de vieilles émotions enfouies très loin, oui, ce fameux jour où on vous a dit : « Demain, c’est ton premier jour d’école ! », histoire de dédramatiser par le rire la rentrée du petit dernier ou du premier ! Et la chute me demanderez-vous ? Eh, bien vous la connaissez si, un jour, ce premier fameux jour d’école en maternelle, vous avez été le/la méchant(e) qui a voulu arracher l’enfant à sa toute nouvelle classe chérie : « ça va pas, non ! »

Cou-ci, cou-ça

Cou-ci, cou-ça
Anne Louchard
Minedition, 2010

Eh oui, au fait…

par Christine Moulin

anne louchard,minedition,girafeParfois, on se pose des questions absurdes. Généralement, le soir, avant de s’endormir, dans la brume du premier sommeil. Voici un album qui va favoriser ce phénomène chez les tout jeunes enfants, en leur soumettant le problème suivant : « Comment les girafes font-elles pour dormir avec ce cou interminable planté sur leurs épaules ? ».

La réponse, mignonne à souhait, est donnée à la fin de cet ouvrage à rabat, comme l’exige le sujet traité. Le chemin qui y mène est celui d’un album répétitif classique, mais amusant, dans la lignée du vénérable Il ne faut pas habiller les animaux. C’est dire que le texte sert surtout à introduire l’illustration mais il le fait très bien en variant les formules et en titillant la curiosité.

Une réussite charmante, même si elle n’est pas bouleversante.

Non, pas le pot !

Non, pas le pot !
Stephanie Blake
Ecole des Loisirs, 2011

Après celles de Simon, une nouvelle aventure de Gaspard !

par Sophie Genin

9782211205160.gifSimon, le célèbre lapin blanc de Stephanie Blake, a un petit frère, Gaspard, qui a hérité de la tête de cochon de son aîné : le difficile apprentissage de la propreté fait irruption dans sa vie sans crier gare, en pleine partie de billes fraternelle ! Simon s’écrie : « Pouah ! Beurk ! ça shnouf ! » en se bouchant le nez, ameutant toute la maisonnée ! Papa et maman font alors comprendre à leur petit dernier qu’il est temps pour lui « d’aller sur le pot ». Mais la route qui conduira Gaspard, le « bébé Cadum qui fait dans sa couche » (dixit son frère !), à devenir un grand garçon fier de montrer son pot à toute la famille à l’heure du petit déjeuner sera longue et semée d’aventures palpitantes, pour le plus grand plaisir du jeune lecteur hilare !

Une fois encore, sur un sujet « peau de banane », Stephanie Blake s’en tire avec les honneurs, même si trouver systématiquement « une chute rigolote », comme chanterait Renaud, est de moins en moins facile (mais comment égaler celle du célèbre et inégalable Caca Boudin?!)…

Plouf

Plouf
Emile Jadoul

Casterman, 2011

Narratologie pour les 2-3 ans

par Christine Moulin

plouf.jpgVoilà un mignon petit livre cartonné qui raconte ce qui peut bien se passer dans une baignoire. Au début, on pense que ce sera un album à compter comme les autres, sauf que dès la deuxième péripétie, ce sont deux animaux, et non pas un seul, qui se présentent pour faire trempette. Ensuite, on pense à Eléphant bleu, (Hirotaka Nakano, Flammarion, Père Castor) et puis … non. Et du coup, on se voit initié à la notion de « chute », mine de rien. Et puis, surtout, on rit ou on sourit, selon l’âge et c’est tout ce qui compte !

Lettres à plumes et à poils

Lettres à plumes et à poil
Philippe Lechermeier et Delphine Perret

Thierry Magnier, 2011

Les liaisons dangereuses

 par Christine Moulin

plumes.jpgPour s’initier au genre épistolaire, cet ouvrage est parfait : la variété des tons et des registres fait merveille.

La première série de lettres, du renard à la poule, ne peut que ravir le lecteur grâce aux sous-entendus, à l’implicite et à l’élégante cruauté qui rappellent, toutes proportions gardées, ceux des maîtres du XVIIIème siècle. Le style, quelque peu suranné, sent son boudoir plus que sa basse-cour : « Pourtant, je vous en conjure, n’en faites rien ». « je sais qu’il ne sera pas facile de vous convaincre de la sincérité de mes intentions » : ne croirait-on pas entendre Valmont qui, lui aussi, en quelque sorte, aimait « croquer les poulettes » ?

« Les lettres de la fourmi à sa reine » opèrent un contraste saisissant. C’est une « simple fourmi de la fourmilière de la forêt » qui prend la plume pour exposer son problème à sa souveraine : « J’en ai assez de cette routine qui recommence chaque matin, trimballer des morceaux de macchabées  de scarabées ou des restes de sauterelles qui ont rendu l’âme, ça va cinq minutes mais là, ça commence à me courir sur le kiki, ça m’fout le bourdon, tout ça ». Saura-t-elle trouver le bien-être ?

A cela s’ajoutent de savoureux jeux sur les mots. Ainsi, les poulets sont, bien sûr, des gardiens de l’ordre à qui le corbeau écrit pour dénoncer tout ce qui le contrarie, dans un bel élan de fureur sécuritaire : « Le monde dans lequel on vit est de plus en plus dangereux, moi j’vous l’dis. On est plus [sic] en sécurité nulle part, la canaille vient vous trouver jusque dans votre foyer, crottedediou ! ».

Mais il n’y a pas que le style : les missives, telles des fables, débouchent souvent sur une « leçon » amère et drôle, tout à la fois, mais assez complexe pour susciter l’activité interprétative. L’aventure de l’escargot amoureux d’une limace en est un exemple terrible…

Les illustrations de Delphine Perret, croquées avec un crayon simple, mutin et tendre, ajoutent au charme de cet ouvrage.

La Mèche : Petite métaphysique de Noël

La Mèche
Fabrice Vigne

illustrations de  Philippe Coudray
Le fond du tiroir, 2010

Petite métaphysique de Noël

Par Anne-Marie Mercier 

Meche.jpg À travers un court récit à la première personne, raconté par une enfant devenue grande, Fabrice Vigne aborde une question aussi essentielle que difficile : « le Père Noël existe-t-il ? »

Toute la difficulté est d’évoquer ce secret sans «vendre la mèche» à un jeune lecteur qui croirait encore à l’existence du bonhomme en rouge. Fabrice vigne réussit ce tour de force en insérant dans le récit, de manière cachée, le texte : « le Père Noël n’existe pas. Le Père Noël c’est chacun de nous ». D’autres contraintes que l’on peut chercher à deviner sont inscrites dans le texte : n’oublions pas que Fabrice Vigne se réclame de l’Oulipo. La solution, pour ceux qui ne la trouveraient pas, se trouve sur le site du fond du tiroir:http://www.fonddutiroir.com/blog

Ce tour de force s’inscrit dans un récit charmant et enlevé. La narratrice revient sur ce qui s’est passé lors du Noël de ses six ans, sur le secret qui lui a été révélé et qui a changé sa vie. Préparatifs, rencontres familiales, liste de cadeaux et catalogues de jouets, tout est là pour donner à ce Noël une allure familière. L’une des révélations : « Noël est un rite », donne à ces détails dans lesquels chacun reconnaîtra une part de vécu, une certaine banalité, tout un relief, un poids d’humanité et d’histoire.

raptout.pngUne lecture absolument recommandée pour la période qui s’ouvre ce mois-ci. Ajoutons que c’est drôle, profond et simple, et fort bien écrit comme tout ce que fait Fabrice Vigne (auteur de TS, superbe roman pour adolescents, de Jean 1er le posthume et Jean II le bon, écrits pour de plus jeunes lecteurs) et d’une belle protestation contre des déclarations  anti-littérature de jeunesse comme on en lit encore trop souvent.

Lire : http://www.fonddutiroir.com/blog/?p=6903

Rollinettes

Rollinettes
François Rollin, ill. Benjamin Chaud

L’Edune, 2011

Humour sans cosmétique

Par Dominique Perrin

roll1-49e99.jpg
« Jusqu’à l’âge de huit ans,
j’ai eu peur des loups.
De neuf à quinze, c’étaient les guêpes.
Depuis mes seize ans,
J’ai peur de la mort.
Sincèrement, j’aimais mieux le début. »

Difficile, singulièrement difficile de présenter ces « rollinettes », aussi efficacement que l’éditeur en quatrième de couverture (« Voici livrée à votre sensibilité une véritable somme de pensées profondes ») ou que Nicolas Bedos dans sa « préface délicieusement inefficace » (« Rollin ne s’achète pas, c’est lui qui nous loue »). Le recueil est, de fait, spirituel : avec légèreté, avec gravité, avec une exquise apparente candeur surtout – et aussi, importe-t-il peut-être de rajouter, avec beaucoup d’incorrection et de pudeur. Après cette lecture, toute la production des éditions L’Edune s’offre à la découverte du lecteur étonné et un peu rajeuni : pour l’esprit, beaucoup plus et beaucoup mieux que du champagne.

Le Journal d’Aurore

Le Journal d’Aurore
Marie Desplechin
école des loisirs (médium), 2011

« jamais contente », « toujours fâchée », etc.

par Anne-Marie Mercier

Le Journal d'Aurore.jpg Voici réunis en un volume les trois volets du journal d’Aurore, intitulés « jamais contente », « toujours fâchée » et « rien ne va plus », parus entre 2006 et 2009. Aurore est le prototype de l’ado insupportable, version « fille », bien sûr.

Mécontente de tout, et surtout de sa famille (parents qui ne comprennent rien, petite soeur bonne en classe, grande soeur rebelle mais sans ambition…), elle passe une partie de l’année chez ses grands-parents qui tentent de l’aider.

Amitiés décevantes et pourtant indispensables, amours ridicules et pourtant vitales, fugue virtuelle, catastrophes scolaires… la vie d’Aurore est bien sombre. Mais elle est éclairée par l’humour de la narratrice qui met dans ce journal la quintessence de la négativité adolescente au point qu’elle en devient comique et que tout ado pourra s’y reconnaître. On y trouve aussi quelques éclaircies: un miracle ( un professeur de mathématiques qui a deviné sous le cancre hostile le talent caché), la découverte de la musique et du travail dans un groupe, une complicité enfin.


Pandemonium cité

Pandemonium cité
David Bergeron

Coups de tête, 2011

Mouais…

par Christine Moulin

david bergeron,coups de tête,satan,messe noire,secte,fantastique,christine moulinAvertissons le lecteur : ce livre n’est pas pour les enfants. Il a été publié par le même éditeur que Contre Dieu, dans la collection « Fantastique noir », au lieu de « Suspense ».

Cela démarre plutôt bien : le héros, Philippe Moreau, brisé par une rupture amoureuse, est parti en Europe cuver son chagrin (quoique, à la différence de son ami, Vlad, il « carbure » plutôt au shit qu’à l’alcool). Le roman commence le jour de son retour. Déphasé, notre héros contemple la nuit de sa fenêtre: l’orage gronde. Il aperçoit alors des silhouettes inquiétantes, celles, nous l’apprenons quelques pages plus loin, des membres d’une secte satanique.

Avec Vlad, il va se mettre en tête de défendre sa cité contre ces suppôts de Satan. Le roman bascule alors dans la description, souvent sanguinolente, de cette lutte, qui, entrecoupée de visions provoquées par la drogue, culmine avec une messe noire du plus bel effet. Il faut vraiment être amateur du genre, je crois. Visiblement, en ce qui me concerne, c’était une erreur d’aiguillage…

Sans la télé

Sans la télé
Guillaume Guéraud

Rouergue (doAdo), 2010

« Fils de films » (S. Daney) 

Par Anne-Marie Mercier

sanslatélé.gifGuéraud, bien connu pour ses textes chocs qui dépassent les limites habituelles de ce que peut dire un texte pour jeunes lecteurs (Je mourrai pas Gibier, Va savoir comment…), livre ici des souvenirs d’enfance. Il ne s’agit pas de toute sa vie (même s’il y a des fragments sur la famille, la vie en général, les amis  et les amours), mais de son éducation par les films.

Sa famille ne possédant pas de télé, refusant d’en avoir, il est d’abord un enfant qui se sent coupé de ses contemporains qui ne parlent et ne pensent que par elle. On a ainsi un beau panorama de ce qui se dit en cour de récréation au temps de GoldorakTom Sawyer (le dessin animé), Dallas… et de l’aliénation qui s’ensuit. En revanche, très tôt, il va au cinéma. Dans ce livre, on trouve d’abord une liste des plus grands films qui en ont fait l’histoire, dans tous les genres, les Charlot, des western, mais aussi  Annie Hall, Allemagne année zéro, Le voleur de bicyclette, film qui déclenche des larmes parce que « ce film ne montre rien d’autre que la vie telle qu’elle est ».

L’adolescence venant, au portrait nostalgique des années d’enfance et d’une innocence dans une société paisible et fraternelle qui évoque l’album  Avant la télé de Yvan Pommaux, succède un tableau beaucoup plus noir. Il englobe le monde tel qu’il est ou tel qu’il devient  (la montée terrible des trafics et de la violence dans sa banlieue), ses rapports dégradés avec les autres, son rapport à lui-même, et les films de plus en plus violents qu’il va voir, seul ou accompagné : L’exorciste, M. Le maudit, Les Griffes de la nuit… avec un malaise qui grandit, jusqu’à certaines étapes marquées par des films qui agissent comme des révélateurs : Les Désaxés (« je comprends que je vis dans un monde où les chiens mangent les chevaux. Je comprends que les jours se succèdent en se dégradant. Je comprends les envies de révolte et la nécessité des révolutions. Faudrait que tout explose »), et enfin, au bord de la route, Scarface , avec son « déferlement de violence gratuite », qui agit comme un électrochoc bénéfique : « Comme si tout se défroissait. Je me calme ».

La sobriété domine le texte malgré le contenu : il est fait de séquences brèves, de courts chapitres de deux à quatre pages, toutes orientées autour d’un film (dans  deux cas Guillaume n’a pas vu le film, mais la séance de cinéma reste un horizon). Magnifiquement écrit, avec retenue, sans aucun pathos, mais en faisant entrer dans la conscience d’un enfant émerveillé par les images puis d’un adolescent écorché et désespéré, c’est un très beau livre sur le cinéma et ses effets, aussi bien intimes que culturels et sociaux. C’est aussi un agréable « je me souviens » : chaque texte est suivi de répliques cultes ou d’un commentaire  de metteur en scène sur le film évoqué. Enfin c’est un beau témoignage sur une adolescence « difficile » et un bel éclairage sur la formation d’un auteur important sinon consensuel dans la littérature de jeunesse française actuelle. Ames « sensibles », bien sûr, s’abstenir. Les autres se régaleront.