Bubulle

Bubulle
Mamiko Shiotani
Traduit (japonais) par Sophie Bescond
La Partie, 2026

Comment s’y prendre, quand on est sous l’eau?

Par Anne-Marie Mercier

Bubulle est un jeune poisson, et ici il est le héros d’un livre pour enfants. Il donc normal qu’en ces temps de rentrée il doive aller à l’école. Mais techniquement, l’auteur doit aménager les choses. Qu’à cela ne tienne, voilà Bubulle équipé d’un casque avec des ouvertures pour passer ses nageoires, une culotte en caoutchouc d’où ses nageoires-jambes dépassent, et un petit chapeau conforme à l’uniforme que portent ses camarades (Ça se passe au Japon). On le voit avec son cartable et il partage les activités des autres écoliers avec plaisir, même le temps du repas à la cantine.
Mais voilà, il y a le sport, il n’aime pas cela, il est nul, et il se fait une entorse. Confiné chez lui, il a envie de renoncer à tout. Mais des amis (un humain et un lézard) viennent, nagent avec lui dans sa chambre (cette fois, ce sont eux qui portent un casque), et tout va mieux.
Histoire bien mince, elle vaut surtout par les illustrations. Le dessin crayonné est subtil, le petit poisson ouvre de grands yeux, et cette école où se côtoient divers animaux et de jeunes humains (qui ouvrent eux aussi de grands yeux – normal, on est au Japon–) a un certain charme.
Le message est de bon aloi : même si on est différent, si on a le désir d’apprendre et si on s’accroche, on peut y arriver. Il faut aussi avoir de bons copains, inventifs et prêts à se déplacer en terrain inconnu.

Mota

Mota
Julia Billet – Frédérique Bertrand
Editions ésperluette 2026

Así es mi vida,/ piedra, / como tú… Ainsi est ma vie, pierre, comme toi. (León Felipe)

Par Michel Driol

 

Mota, c’est d’abord, graphiquement, une forme patatoïde ramassée ou lancée par une main, forme qui se voit petit à petit dotée de deux bottes – rouges – d’une tête et d’un chignon. De fait, elle devient petit personnage de femme comme voutée. Le texte peut alors s’installer, et la présenter , un texte qui repose sur une anaphore, Mota n’a pas les yeux – ou sa langue – ou sa tête dans sa poche. Dans sa poche, elle a des cailloux. Ainsi est Mota, facteur Cheval au féminin, ramasseuse et collectionneuse de cailloux, à l’image de la mère de Julia Billet, jusqu’au jour où un rocher l’a accompagnée de l’autre côté…

Avec poésie, le texte est donc autant un hommage à une mère disparue qu’à tous ceux qui semblent différents, par leurs passions, leurs bizarreries, leurs cailloux et leurs rêves plein les poches. Ce que suggère le texte, ce que montrent les illustrations, c’est que Mota et ses cailloux semblent ne faire qu’un. Avec douceur et tendresse, le texte évoque ce personnage solitaire et différent, avec ses poches sous les yeux, ses poches remplies de cailloux, et ses rêves plein la tête… Portrait tout en tendresse de ce personnage et de, sa passion pour les cailloux de toutes les formes, cailloux qui deviennent, en quelque sorte, ceux qui l’accompagnent tout au long du chemin, dans leurs différences, constituant son seul univers, un univers qui se construit jour après jour, comme une collection hétéroclite, bien à l’image de l’humanité… Je ne bâtis que pierres vives, ce sont hommes, écrivait Rabelais dans le Tiers Livre. Et quant à Perrault, il imagine un petit Poucet marquant son chemin de pierres blanches. C’est bien dans cet imaginaire de la pierre que s’inscrit aussi ce beau texte qui fait aussi la part belle au langage, à l’évocation de ces mots en ou qui forment leur pluriel en oux, , dans ses images, dans ses rimes, mais aussi dans sa façon de répéter le mot poche, comme symbole de ce personnage, qui nous ressemble dans sa fragilité, dans sa singularité, dans son destin universel.

Frédérique Bertrand propose une illustration sensible à base de crayonnés, de peintures et collages, illustrations tantôt en mouvement, tantôt plus statiques, illustrations qui multiplient les cailloux de toutes les formes, illustrations qui montrent Mota cheminant, toujours de la gauche vers la droite, de la vie à la mort, de la blancheur de la page à la page plus sombre. A la confusion qui règne dans la tête de Mota correspond le désordre des cailloux sur la page, qui entourent ce personnage, solitaire et obstiné. C’est un accompagnement du texte particulièrement pertinent et réussi !

Un album poétique à lire à voix haute, dans lequel chacun prendra ce qui lui parlera, selon son âge, se laissera porter par les mots et les anaphores de Julia Billet et par les compositions savamment désordonnées de Frédérique Clément.

L’Archipel de béton

L’Archipel de béton
Olivier Dain-Belmont
Sarbacane 2026

Le tour de France par deux enfants, dans 100 ans

Par Michel Driol

2125… Aminata Dubois, novice au Centre Nucléaire Monastique de Flamanville (CNMF) se voit confier une mission pour devenir nonne : rapporter 3 cartes électroniques nécessaires à l’entretien de la Sainte Centrale. Elle doit donc quitter l’enceinte protégée du Monastère et se confronter à l’extérieur, qu’on lui a toujours présenté comme plein de dangers. Mais, allant de centrale en centrale, elle effectue un tour de France, et découvre que le monde extérieur n’est pas tout à fait celui qu’on lui a présenté. S’il présente des dangers, il est peuplé d’une population qui tente de survivre, localement, entre survivalisme agressif et solidarités pacifiques permettant une adaptation à la canicule permanente.

Cette dystopie, qui prend l’aspect d’un road trip, est d’abord un formidable roman d’aventure, dont la narratrice est la novice Aminata, un  roman d’aventure picaresque, avec des bons, des méchants, du suspens, des poursuites, des combats, des retournements, un roman qui conduit le lecteur et les personnages de surprise en surprise dans le tour d’une France qui n’est plus un pays, une France en ruines, accablée par la canicule. Les personnages sont hauts en couleur : Aminata, sportive, vive, le chevalier Henri de Barfleur, qui, tel Don Quichotte, fait revivre les romans de chevalerie, et ne manque ni de courage, ni de panache, le petit Tristan, autre novice, sans compter les nombreux Prieurs des Centrales qu’elle visite. Les références à Don Quichotte abondent dans le roman, qui semble y trouver l’une de ses sources, et sa dimension spirituelle de quête d’une impossible étoile… fût-elle une carte électronique !

Mais cette dystopie est aussi le récit d’un futur possible, un futur dans lequel les Centrales nucléaires, affectées par le réchauffement général, sont passées aux mains d’un ordre religieux. Les ingénieurs deviennent des Prieurs, et l’Atome le nouveau Dieu qu’on adore, qu’on prie, à force d’Ave Maria Curie, de lectures et de bénédicité…. Si, à Flamanville, on maintient la production, d’autres centrales ont fait le choix de tout arrêter, voire de démanteler… Quel avenir pour le nucléaire ? Parallèlement à cela, d’autres communautés explorent d’autres voies : éoliennes, solaire… et produisent ce dont elles ont besoin. Dans ce futur, il n’y a plus d’état, la nation n’est qu’un lointain souvenir, et les différents groupes n’ont rien en commun. La seule organisation qui semble subsister est cet ordre religieux des Centres Nucléaires. Ce que l’auteur décrit, c’est un futur lié au dérèglement climatique et à ses conséquences. Le récit se fait militant, montrant les dangers du nucléaire, mais aussi ceux du libéralisme économique, de la consommation inutile à outrance (en particulier dans ce qu’est devenu le XVIème arrondissement !). Faut-il continuer d’exploiter les ressources de la planète ou replanter, à l’image d’un des personnages, des forêts primaires ? Faut-il croire à tout prix au progrès, attendre son retour, comme les religieux de Flamanville ? Ou vivre le présent, et cultiver son jardin et ses légumes ? Où est la sagesse ?

C’est donc aussi un roman d’apprentissage et d’initiation. L’héroïne arrive avec ses préjugés, sa connaissance du catéchisme lié à la religion de l’Atome dans laquelle elle a été élevée. On la voit, au début, apeurée à l’idée de passer une nuit seule dehors au milieu des dangers potentiels. Mais, petit à petit, on la voit s’instruire au contact des autres, remettre en cause son éducation, et même perdre la foi en l’atome, dont elle mesure les dangers. C’est cette évolution du personnage, sa façon de grandir, de murir, de comprendre par elle-même le monde qui fait une grande partie de la richesse de ce roman. Elle reçoit ainsi, tout au long du roman, une véritable éducation, qui la conduit hors de ses certitudes.

La force de ce roman, c’est de nous entrainer, avec ses personnages, dans une quête sans que l’on sache bien où il entend nous conduire. Ainsi on va de découverte en découverte, de microsociété en microsociété, de découvertes positives en expériences négatives,  le scénario complexifiant petit à petit les problématiques soulevées, jusqu’à un éblouissant final, à la fois surprenant et attendu, qui quelque part révèle la finalité de l’auteur et ses prises de positions.

Roman d’aventure, roman écologique, mise en garde contre les dérives hyper technocratiques de notre monde actuel et une confiance absolue dans le progrès et une science sans conscience, ce récit ne manque pas d’humour, dans sa façon de s’inscrire dans la tradition des romans de chevalerie, dans sa façon d’imaginer une façon de nommer les personnages, et même les animaux. C’est ainsi que la mule GRNC-10 se voit renommée Grinepisse… A lire à voix haute !

Série « Little Eyes »

Série « Little Eyes »
Premiers regards. Premières images
A la rencontre des couleurs
Jouons avec les couleurs
Katsumi Komagata
(Les grandes personnes), 2026

Grand art pour tout petits

Par Anne-Marie Mercier

Ces titres font partie de la collection « Little Eyes » et forment le premier ensemble (sur quatre, réalisées par Katsumi Komagata entre 1990 et 1993). Il est intitulé « Voir, sentir, jouer » : tout un programme pour l’éveil du tout petit enfant. Dans le livret, on peut lire un texte de Komagata traduit du japonais dans lequel il raconte comment l’idée de cette série lui est venue, en observant le développement de son propre enfant : « les bébés ne distinguent pas encore clairement les couleurs et réagissent davantage à des formes simples et très contrastées ». Les livrets illustrent cette réflexion. Ils sont aussi très maniables: ce ne sont pas des livres reliés, mais des cartes de format carré pliées en trois, réalisées avec un carton solide et cependant léger afin que l’enfant puisse les saisir et les manipuler.
Le premier est très sobre : du noir et blanc, des formes, tantôt en noir sur fond blanc, tantôt en blanc sur fond noir. Chaque forme se découvre à travers un rabat puis en entier. Les surprises s’accumulent: on croit avoir compris un dispositif répétitif, et puis la variété et le décalage s’installent: pour en saisir toute la subtilité, le mieux est de regarder sur youtube le dépliage de la première de ces petites merveilles, puis de la deuxième, puis de la troisième. On imagine le rire qui peut venir de ces surprises.
Même principe pour le deuxième opus : on trouve, dans un coffret de mêmes dimensions, encore des petits livrets de trois cartes pliées comportant des découpes. Mais ici les couleurs sont très présentes, éclatantes, et les formes encore plus variées, elles glissent d’un coin de la page à l’autre : tout s’anime. Le troisième multiplie les approches et la complexité associée à la répétition est déjà le début d’une histoire…
Voila de merveilleux livres d’artistes pour les tout petits, des livres faits, selon l’auteur, « pour faire sentir l’air, le temps, l’espace ».
Diffusés par l’association « les trois ourses », ils étaient introuvables depuis quelques années. Les revoilà, grâce aux grandes personnes que l’on remercie ! On peut voir le détail des livrets sur le site de l’éditeur :
Premiers regards. Premières images
A la rencontre des couleurs
Jouons avec les couleurs 
Et compléter avec le site des trois ourses qui vous racontera son histoire. Merci les trois ourses !

 

 

 

Mais qui a fait ça ? Un jeu de Memory

Mais qui a fait ça ? Un jeu de Memory
Aidann Onn, Claudia Boldt (ill.)
(les grandes personnes), 2019.

Quand la petite taupe joue au memory

Par Anne-Marie Mercier

La fameuse petite taupe (de Werner Holzwarth et Rolf Erlbruch, Milan, 1999) a fait bien des émules : voici ses interrogations transposées dans un jeu. Les jeunes joueurs sont invité à tenter de reconnaître à quel animal appartiennent les déjections qui encombrent le chemin : pas facile… mais pédagogique : chaque rencontre d’animal donne lieu à un petit texte documentaire.
A part ça… c’est un memory : une fois l’identification faite, il faut trouver avec quelle carte apparier. On peut s’aider avec le livret joliment intitulé « Petites infos sur le popo. »
A l’âge où les enfants sont obsédés par tout ce qui relève de « ça », autrement dit, ici, de la scatologie, autant en faire un objet scientifique et un entrainement aux apprentissages, n’est-ce pas?
Encore que… Faut-il tout récupérer? les avis sont partagés.
Sportif et joliment illustré.

 

Les Résistants de la Cité Bleue

Les Résistants de la Cité Bleue
David Moitet
Didier Jeunesse 2026

Lutter  contre les discriminations

Par Michel Driol

A 16 ans, Lin, une jeune lapine, dont le village a été attaqué par les loups, arrive avec sa mère et sa sœur dans la Cité Bleue au milieu d’un lac, où les réfugiés sont accueillis à bras ouverts. Mais lorsqu’un lièvre conservateur est élu maire, il suffit d’une nuit pour que tout change : discriminations des lièvres à l’égard des lapins, autodafés, expulsions, nouveaux programmes scolaires… Une véritable terreur règne sur la Cité. C’est alors que Lin rejoint un groupe de jeunes lièvres bien décidés à résister, malgré les dangers encourus.

On connait bien le recours à la fable animalière et à l’anthropomorphisation  dans les albums pour la jeunesse. David Moitet y a recours intelligemment dans ce roman pour adolescents, et au-delà. Lapins, lièvres et loups incarnent des figures bien identifiables, celles des prédateurs et des victimes, celles aussi de deux races appartenant à la même famille, celle des léporidés, ce qui est rappelé par le roman. C’est d’abord un beau roman d’aventure, avec des trahisons, et une intrigue montrant les actes de résistance, au milieu des dangers incarnés par une milice toute puissante . C’est aussi un roman d’amour, Lin, héroïne attachante, d’abord refermée sur elle-même, s’ouvrant petit à petit au contact du lièvre Nando, dans une découverte mutuelle très touchante et pleine de sensibilité. En ce sens, c’est un roman d’initiation.

Mais c’est surtout un roman politique qui s’appuie à la fois sur le passé et le présent pour mettre en garde contre un futur – hélas – possible que l’on nous montre ici comme non désirable.  Comment ne pas voir sous la figure des lièvres et des lapins celle des nazis pourchassant les juifs, brulant des livres, chassant les uns de leurs maisons, créant une milice à côté de la police ? Les lecteurs comprendront assez facilement cet aspect historique du récit. Mais comment ne pas songer aussi aussi à l’immigration, à travers les figures de lapins chassés de leurs pays par des loups, payant cher des passeurs pour tenter de traverser le lac dans une vieille barque trouée ? Ces lapins immigrés que le candidat conservateurs méprise, et dont il fait les boucs émissaires pour se faire élire, flattant ainsi les plus bas instincts de la population. Le nouveau pouvoir une fois élu, tout change en très peu de temps, avec une glaçante mécanique qui vise à substituer à l’accueil et au vivre ensemble les discriminations, l’endoctrinement des plus jeunes, et une politique de terreur assumée. On est ici dans la veine de Matin Brun de Frank Pavloff  ou de Quelque chose a changé d’Yves Marie Clément, des récits brefs de mise en garde contre le totalitarisme ou l’illibéralisme qui menacent nos démocraties. Ce roman montre aussi les différentes réactions de la population face à ce nouveau régime : il y a ceux qui ont perdu leur emploi, ceux qui subissent, ceux qui se résignent, et les quelques-uns qui osent résister, avec dignité, imagination et surtout courage. Courage de se révolter contre l’injustice, courage de s’associer, courage d’agir pour recouvrir les affiches du maire ou tenter de distribuer de la nourriture et des vêtements à ceux qui ont tout perdu… Mais le roman multiplie aussi les points de vue, donnant à entendre celui du nouveau maire, celui de son adjointe à l’éducation, et celui d’un chef d’entreprise, montrant la complexité et la façon dont quelques-uns peuvent entrainer les autres à franchir leurs limites, à renoncer à leurs principes, à leurs valeurs, pour le pouvoir, sans en mesurer toutes les conséquences.

Un roman engagé, aux personnages attachants, à l’intrigue sans faille, prônant la nécessité de défendre des valeurs démocratiques, d’accueil, d’hospitalité, de vivre ensemble, et rappelant que Résister n’est pas une option. C’est le seul chemin possible.

Faune et flore de l’été. Les Oiseaux du monde

Faune et flore de l’été
Clémentine Sourdais

Les Oiseaux du monde
Olivia Cosneau

Amaterra (« Mon cahier nature »), 2026

Documentaire interactif (et tout papier)

Par Anne-Marie Mercier

À mi-chemin entre le cahier d’activités (ou cahier dit « de vacances » pour faire travailler les enfants) et le documentaire, ces deux albums souples font partie d’une série plus vaste : on trouvera dans la même collection la mer, le potager, la montagne, etc. Le principe adopté est celui de la variété. On ne s’y ennuie jamais même si l’on est un enfant à l’attention dispersée : autocollants et coloriages pourront maintenir l’attention entre les brefs commentaires qui accompagnent les images. Un quiz final ajoute un petit défi.
Les scènes sont variées : bois et rivières, champs et savanes, petits et gros animaux, feuillages, arbres et fleurs, grands horizon et vision au ras des pâquerettes…
Les images de Clémentine Sourdais sont comme d’habitude superbes : harmonie des couleurs, netteté des traits. Les techniques mixtes des images d’Olivia Cosneau leur donnent beaucoup de relief. Dans les deux cas, la stylisation n’empêche pas la précision… On se régale en s’instruisant.
André Guenolée semble avoir conçu tous les albums de la collection, bien que seul le nom de l’illustratrice figure sur la couverture.

 

L’Imagier de Mimi Cracra

L’Imagier de Mimi Cracra
Agnès Rosenstiehl
Seuil jeunesse, 2026

Images sauvages pour mots sages

par Anne-Marie Mercier

Comme dans tout imaginer, on trouve des images face à des mots ; le dispositif est classique. La page de gauche présente l’image d’un objet avec son nom écrit en écriture cursive. Sur la page de droite on voit une scène dans laquelle Mimi cracra utilise cet objet dans un cadre stylisé.

On trouve les choses habituelles. Ainsi, au chapitre des jouets, on commence avec nounours, la dînette, le lit pour nounours, etc. On poursuit avec « les bêtes », « la cuisine », « manger », « cueillir », « la mer », « le bain », « la fête ». Ainsi, le quotidien des enfants est abordé sans qu’on se limite à un cadre trop restreint et trop enfermé. Les objets sont montrés en action et même en interaction avec la petite fille : le monde est une chose à saisir et à agir.
Et Mimi-Cracra étant telle que son autrice l’a créée, beaucoup d’objets sont détournés ou utilisés de manière fantaisiste. Toutes les scènes impliquant de l’eau sont pleines d’éclaboussures ; la carotte sert à décorer le bonhomme de neige ; on fait de la trottinette en s’asseyant dessus ; la crème solaire est d’abord pour nounours ; le T-shirt (écrit « ticheurte ») sert à illustrer une scène de lessive sauvage. On colorie les tennis avec la boîte de peinture… et on peint avec le bout de sa tresse quand on a pas de pinceau… Enfin, les adultes sont absents, comme d’habitude dans cette série.
On retrouve avec plaisir le charme des dessins, les couleurs franches et la ligne claire bien nette qui ont fait son succès. C’est un imagier, dynamique, inventif, drôle, tendre, un catalogue parfait d’enfance et de petits bonheurs.

 

 

 

Super Simone : Chaud devant

Super Simone : Chaud devant
Thibault Guichon-Laurier, Jess Pauwels
Little Urban, 2026

Pas super

Par Anne-Marie Mercier

Comme en littérature générale, les bonnes intentions ne suffisent pas à faire de la bonne littérature. Cet album qui dénonce le gaspillage énergétique et fait l’éloge de la sobriété est certes bien venu, mais on a du mal à croire ne serait-ce qu’un peu à un peuple de pingouins qui prend des douches chaudes, fait des barbecues sur la banquise et roule en véhicule à essence qu’un super héros devrait mettre au pas.
Autant dire que les pingouins c’est nous et que Super Simone, la perruche masquée aurait tout aussi bien pu débarquer dans une zone pavillonnaire ordinaire.
Un livre qui pastiche les séries de super héros a quelques charmes, mais l’indignation de Simone et son autorité impérieuse ne font pas d’elle un contre modèle.
En fin d’album, on trouve un quiz sur le changement climatique et des ateliers.

Mon Talent fou pour observer les animaux

Mon Talent fou pour observer les animaux
Aline Portman
Traduit (néerlandais ) par Noëlle Michel
Seuil jeunesse, 2026

Une critique du « birdwatching »?

Par Anne-Marie Mercier

Sur la page de gauche, assis sur un rocher, un ours en pantalon rouge braque des jumelles vers le lointain. Son regard est dirigé vers la marge de la page opposée. Il commente, double page après double page, tout ce qu’il faut faire (et surtout ne pas faire) pour voir des animaux. Pendant qu’il énonce doctement ses conseils, des animaux apparaissent à ses pieds ou en l’air sans qu’il les voie.
À d’autres moments, l’ours change de tactique : regarder derrière, dans un arbre creux, en l’air, sous l’eau : rien. Pendant ce temps, encore une fois, d’autres animaux se laissent contempler par le lecteur.
Le comique, très classique vient du fait que le lecteur voit ce que l’autre ignore et que ce « talent fou » énoncé par le texte à la première personne est contesté par l’image. Que le personnage un peu ridicule de l’ours incarne une figure d’adulte – professorale ou parentale – ajoute au sel de cette histoire simple. Sur ces pages où le gris et l’orangé se distinguent sur un fond clair, les animaux sont joliment crayonnés et chaque apparition apporte une touche d’humour supplémentaire.
Une liste en fin d’album donne le nom des animaux au cas où certains auraient échappé au lecteur – mais il n’y en a pas tant que ça, il pourra triompher facilement.