Ouille ouille ouille le zèbre

Ouille Ouille Ouille le zèbre
Edouard Manceau

Frimousse (La p ‘tite Etincelle), 2011

Un nouvel animal dans le zoo à ciel ouvert d’Edouard Manceau !

par Sophie Genin

51slJ7rYaeL._SL160_AA160_.jpgQuoi ? Vous ne connaissez pas Frout-Frout le cochon, Chtok-Chtok le chameau ou Badaboum le lion, encore moins Hop le mouton, Toc la poule ou Couic le pingouin ? Heureusement, la ménagerie d’animaux tous plus étonnants les uns que les autres, toujours curieux et drôles, vient de se doter d’un nouvel arrivant : Ouille ouille ouille le zèbre.

Comme tous ses prédécesseurs, il lui manque l’essentiel : ses rayures. Un jour, il trouve un feu sur lequel il souffle mais trop fort : il disparaît derrière un rideau de fumée. Heureusement pour lui, comme pour ses amis, un humain vient l’aider (ici, une dame pompier) mais tout ne se passera pas comme prévu…

Les éditions Frimousse dédient la collection de « la P’tite Etincelle » à un auteur illustrateur de grand talent, Edouard Manceau, qui cherche à oublier sa technique pour se mettre au service de l’émotion des plus jeunes (voir article dans Spirale, 4/2010 n°56, p. 81-82 intitulé  « Le Cheval de M. Baran ») et, encore une fois, il y parvient à merveille : nous sommes touchés par le héros zébré et nous sourions à ses mésaventures mais nous nous réjouissons que tout se termine bien : il est maintenant le plus beau de ses congénères !

Grâce à une structure répétitive d’album en album et à un dessin faussement simpliste (trait noir et aplats de couleurs unies, sourire en coin et deux traits pour les yeux), Edouard Manceau nous invite à ses côtés pour un voyage dans l’imaginaire enfantin où les mots collés au derrière deviennent queue en tire-bouchon, les lunes défenses, les nuages toison et les pétales pansements pour coeur brisé.

Câlin express

Câlin Express
Emile Jadoul

Ecole des Loisirs (Pastel), 2011

Marre des parents pressés !

par Sophie Genin

9782211203036.gifEmile Jadoul précise au début de cet album qu’il a été créé d’après une idée de son fils Edouard et on veut bien le croire tant les enfants et les parents (les papas, certes, mais aussi les mamans !) se retrouvent dans les personnages et les situations proposés. Comme dans le cas de toutes les réussites littéraires, il suffit de peu et si on résumait l’histoire qui nous est contée, cela pourrait donner : un papa toujours pressé ne prend jamais le temps de câliner son fils jusqu’au jour où ce dernier lui impose ce tendre moment.

Mais en écrivant cela, nous ne dirions rien de l’humour du texte (la notion de « PGV : papa à grande vitesse ») et de l’illustration (que dire du papa, cravate autour du cou, attaché case au sol et téléphone portable vissé à l’oreille mais en position pour un sprint, ou de ce même personnage, attachant, parlant dans l’appareil, faisant cuire des oeufs au plat et réussissant tout de même, du bout du museau, à embrasser son enfant?). Les personnages et les situations ne sont jamais caricaturaux car puisés dans la vie quotidienne mais transcendés par la Littérature telle qu’Emile Jadoul peut nous la proposer.

Merci à Edouard qui a sûrement inspiré une page qui fait à la fois penser à Grosse Colère de Mireille d’Allancé (double page rouge sang badigeonné en fond et enfant qui boude au premier plan) et au schtroumpf grognon (« moi, j’aime pas les câlins express. ») !

Marie et les choses de la vie

Marie et les choses de la vie
Tine Mortier et Kaatje Vermeire

Le Sorbier, 2011

Histoire d’amour intergénérationnelle 

par Frédérique Mattès

Marie et les choses de la vie.jpgTine Mortier évoque avec une grande sensibilité les rapports entre Marie et sa grand-mère. Une complicité sans faille les lie. Elles se racontent des histoires, partagent leur amour des gâteaux et de la vie, les mille et une choses du quotidien. Le temps qui apporte décrépitude n’aura pasde prise sur ce lien qui les unit…. Marie sera toujours aux côtés de sa grand-mère, même quand elle aura perdu la parole, le goût de la nourriture, de la vie…

Ces propos sont admirablement soutenus par les illustrations délicates et travaillées (collages, peinture au  pochoir et dessins réalistes au trait) de la jeune illustratrice flamande Kaatje Vermeire.

Une bien belle façon d’aborder un sujet difficile. Il faut toutefois oser au-delà de la première page un peu déroutante qui décrit la naissance de Marie. 

Quelle culotte !

Quelle culotte !
Yumiko Imai

Ecole des loisirs (Pastel), 2011

Une histoire de culotte au goût de déjà vu

par Sophie Genin

9782211203777.gifLa couverture est attirante et son illustration, représentant une petite fille (reconnaissable uniquement à la barrette qu’elle a dans les cheveux !) qui court toute nue avec une culotte à petites fleurs rouges dans les mains, fait très envie ! Mais, par la suite, les hypothèses faites par les différents animaux qui trouvent cette culotte (bonnet pour lapin, couverture pour oisillons ou drapeau pour queue de souris), si elles font sourire dans un premier temps, n’empêchent pas l’impression de déjà vu.

En effet, d’autres ont fait des propositions de ce genre mais plus originales dans Le Machin de Stéphane Servant et Cécile Bonbon chez Didier Jeunesse ou encore dans Qu’est-ce que c’est que ça ?, de Pascal Teulade et Jean-Charles Sarrazin à L’Ecole des Loisirs, qui ne parle pas de culotte mais de pot en inventoriant la même suite d’hypothèses incongrues des animaux de la ferme. Peut-être que le choix du titre, trop explicite, participe au fait qu’on préfère les autres…

Une Touche de couleurs

Une Touche de couleurs
Pauline Kalioujny

Hongfei Cultures, 2009

Voyage coloré en compagnie de Lupus

par Sophie Genin

9782355580178.gifPauline Kalioujny emporte le jeune lecteur dans une promenade lumineuse au sein de couleurs luxuriantes, chacune étant associée à un nouvel animal (poissons bleus, lapins verts et poussins jaunes) qui est l’occasion d’une rencontre pour Lupus, qui s’ennuie dans son monde tout blanc, mise en abîme de la page, lieu de vie de cet animal de papier. Grâce à une technique d’illustrations originale associant la lino-gravure aux encres colorées, l’auteur illustratrice crée un monde à effets surprenants. En effet, le monde blanc ennuyeux du jeune chien ou loup (son nom nous fait douter !), héros de ce conte initiatique s’enrichit de couleurs grâce à la synesthésie qui mêle les sensations, sentiments, odeurs et couleurs. L’ensemble, avec peu de texte mais dense, est très réussi.

Si je grandis – Des ombres chinoises au goût d’infini

Mélusine Thiry
Si je grandis

HongFei, 2009

Des ombres chinoises au goût d’infini

Par Dominique Perrin

sijegr1.gifForte de son expérience d’illustratrice pour le marquant Marée d’amour dans la nuit de Xu Dishan, Mélusine Thiry continue à élaborer un univers d’une singulière beauté dans Si je grandis, dont elle a créé le texte et l’image. Jeune auteure et illustratrice, vidéaste et éclairagiste, elle explore, toujours avec les éditeurs qui ont encouragé son début, la magie de papiers découpés photographiés sur table lumineuse.
Si je grandis
est ainsi un poème verbal et graphique on ne peut plus cohérent, d’une légèreté merveilleuse, à mille lieues de la mièvrerie des paillettes obligées et ombres chinoises de pacotille dont les grands magasins pourvoient les rêveries des petites filles. La technique est ici bien solidaire d’un rapport à la vie ; si l’enfant est porteuse d’ailes de libellule, c’est bien parce qu’elle est toute mouvement, du corps et de l’esprit ; et le scintillement qui persiste sur la rétine du lecteur-spectateur trouve sa source à la fois dans le ciel des contes, partout présent en filigrane, et dans le firmament terrestre sur lequel s’ouvre la dernière page.

Bobo lapin – …Faut-il qu’une « histoire à colorier » soit plate ?

Bobo lapin
Ramadier et Bourgeau
L’école des loisirs, 2011

…Faut-il qu’une « histoire à colorier » soit plate ?

Par Dominique Perrin

 

bob.gifBobo lapin est sans doute d’abord une « histoire à colorier » : feuilleter celle-ci comme une invitation à faire œuvre de coloriste à partir de son dessin en noir et blanc, précis et efficace en même temps que naïf, conduit à en faire une évaluation plutôt enthousiaste. Cependant, une histoire à colorier est-elle nécessairement au-delà, ou en deçà des exigences qu’on peut avoir habituellement vis-à-vis d’un album pour la jeunesse ? Nullement, serait-on tenté de répondre.
Or l’histoire est ici bien plate, et décevante : Bobo lapin se réveille malade, rejette méthodiquement les traitements fort convenus que lui proposent ses amis en fonction de leurs propres habitudes alimentaires, et finit par trouver secours chez maman lapin. Il propose finalement avec succès son remède de lapin – un jus de carotte, faut-il le préciser – à tous ses amis malades à leur tour. On est bien loin de l’absorbant Docteur loup d’Olga Lecaye, où le questionnement sur le même et l’autre, le commun et le différent, leurs jeux de miroir et de trompe-l’œil, était exploré de façon merveilleusement prenante. On est également loin d’ouvrages au texte, au dessin et à la colorisation beaucoup plus simples, et néanmoins rafraîchissants pour les esprits de tous âges.

Poucette

Poucette
Andersen, Charlotte Gastaut

Père Castor, 2011

Une nouvelle vision de Poucette

par Sophie Genin

9782081246423.gifCharlotte Gastaut est l’auteur et l’illustratrice du Grand Voyage de mademoiselle Prudence, dédicacé à sa Prudence : « Sois libre mon amour ! Mon hirondelle, ma toute belle. » Le personnage que la petite fille avait inspiré, ainsi que l’hirondelle évoquée dans cette phrase, semblent conduire logiquement à cette magnifique version de Poucette, dédicacée, cette fois-ci, à sa Violette, nouvelle inspiratrice : « Toujours heureuse mon amour. Je t’aime infiniment. Ma merveille. Ma mignonne. Ma rigolote. »

 Le grand format et le fond bleu violet de la couverture, avec l’hirondelle et l’héroïne du conte entourées de fleurs, attirent le lecteur. En ouvrant l’album, on découvre les illustrations caractéristiques de Charlotte Gastaut : l’utilisation du rose fluo, les détails fleuris japonisants et le petit personnage féminin, sorte de petite soeur de Prudence. L’illustratrice est une habituée du Père Castor mais aussi d’Andersen, puisque Cendrillon et La Petite Sirène l’avaient déjà inspirée. Cette fois-ci, son ton s’est affirmé et le résultat est à la hauteur de ce beau conte qu’elle réactualise dans une atmosphère atemporelle et onirique. Redécouvrir ce conte classique grâce à cette illustratrice est un vrai bonheur !

Voilà le loup !

Voilà le loup !
Alex Sanders

L’Ecole des loisirs (loulou & Cie), 2011

 Délivez-moi ! au pays des loups 

par Sophie Genin

alex sanders,loup,forêt,objet livreEn 1996 était sorti le fameux et très original Délivrez-moi !, histoire d’un petit ours à délivrer de sa cage. Le héros était sauvé par le lecteur qui refermait vite le livre, « clac ! », sur le méchant croco qui voulait l’attraper.

En 2011, Alex sanders remet ça, mais cette fois-ci, il ne faut pas sauver le gentil mais échapper au loup, grâce, à nouveau, à la fermeture du livre, « clac ! ».

On peut s’attendre à lire et relire ce petit album cartonné autant qu’on a pu le faire avec le premier opus mais on peut aussi regretter la facilité de l’auteur illustrateur à refaire à l’infini le même livre ! Un peu d’originalité ne peut nuire aux plus jeunes lecteurs…

Dans

Dans
Ramadier et Bourgeau

L’école des loisirs (loulou & Cie), 2011

Récit enchâssé 

par Sophie Genin

 9782211203616.gifLa couverture, constituée par un seul mot, jaune, dans un coeur rouge sur un carré rose, grand format et cartonnée, attire le regard. Quand on ouvre l’album, on se retrouve face à une série de propositions, issues de la vie quotidienne d’un tout jeune enfant, cachées/dévoilées, contenant/contenu, grâce à un jeu de fenêtres à soulever : « dans la boîte/il y a des bonbons ; dans la bouteille/il y a du lait ». On avance ainsi jusqu’à la chute finale, attendue.

« Dans le tiroir/il y a un trésor » fait penser à deux chefs-d’oeuvre du genre, destinés à des plus grands : Ma Boîte à bonheur, de Isabelle Hoarau et Aurélia Moignot, chez Océan Jeunesse et Tiroirs secrets, de M. Xabi et Olivier Thiébaut chez Sarbacanne.

 Certes, le principe a déjà été bien utilisé, avec autrement de poésie et un véritable récit enchâssé, dans Un Coeur qui bat, de Virginie Aladjidi et Joëlle Jolivet chez Thierry Magnier, mais, ce qui est intéressant ici, c’est de rendre cette poésie du quotidien accessible à de très jeunes lecteurs, grâce à des illustrations grand format avec aplats de couleurs unies, très simples à saisir.