Un billet pour l’Amérique

Un billet pour l’Amérique
Isabelle Wlodarczyk – Barroux
Kilowatt 2021

The Immigrant

Par Michel Driol

A presque 18 ans, Pénélope reçoit un billet de bateau pour rejoindre son oncle, récemment immigré à New York. Elle quitte son père et sa mère, part avec l’espoir de devenir médecin, accompagnée par sa voisine Agathe qui va rejoindre son mari, déjà installé aux Etats-Unis, et sa petite fille. Départ déchirant de la petite ile vers Athènes, où elle doit tricher pour embarquer car elle est mineure, traversée à la fois éprouvante et exaltante en bateau, et c’est Ellis Island, à l’immensité stupéfiante. Retrouvailles enfin avec la communauté grecque de New-York et reprise des études.

L’album retrace avec réalisme et empathie un parcours singulier, mais à l’image de tant d’autres, parcours de ces immigrants partis de Grèce, d’Irlande ou de Pologne pour espérer trouver une vie meilleure au Nouveau Monde. C’est là toute la force de la fiction d’exemplifier, de donner à sentir tout ce qu’il y a d’espoir et de douleur dans le départ pour une destination inconnue, de faire entendre la voix de Pénélope, la narratrice, dans son originalité, sa sensibilité,  ses doutes, ses inquiétudes, ses interrogations, sa détermination aussi. Si ce parcours est historiquement daté, il ne peut manquer de faire écho à toutes celles et tous ceux qui sont à la rechercher d’un meilleur pays pour y vivre. Le récit est complété par un dossier documentaire précis sur l’immigration aux Etats-Unis, et sur Ellis Island, porte d’entrée de 1892 à 1954.

Les illustrations de Barroux proposent un parcours de lecture en contrepoint au texte. C’est d’abord l’ile grecque, avec un ciel d’un bleu magnifique, des maisons blanches, une terre ocre, images d’une Grèce où il semble faire bon vivre. Ensuite c’est Athènes, et les teintes s’assombrissent, nuit, ciel bleu pâle, puis la traversée avec un ciel d’orage et une mer sombre. Des vignettes en grisaille montrent Pénélope et la fillette dansant dans le bateau. Gris et ocre pour Ellis Island, dans une architecture qui écrase les individus, représentés en longues files. C’est enfin New York, marron et ocre. Le ciel, qui a presque disparu, est devenu blanc, comme la page blanche de l’avenir espéré de Pénélope magnifiquement symbolisé dans la dernière image.

Un album pour aider à mieux comprendre ce qui pousse certains à partir loin de chez eux, loin de ceux qu’ils aiment, avec qui ils ont grandi, pour y construire un futur meilleur, à la fois témoignage du passé et ouverture en filigrane sur le présent.

Il était une fois Le Petit Chaperon rou…

Il était une fois Le Petit Chaperon rou…
Philippe Jalbert
Seuil jeunesse, 2021

J’ai la mémoire qui flanche…

Par Anne-Marie Mercier

 

Cet album raconte deux fois (ou plutôt une fois et demi) l’histoire bien connue de la petite fille en rouge. La première fois, c’est une blague : chaque page se termine au milieu d’un mot attendu (Cha…peron, Ga…lette, mé…chant loup, etc) et offre à la page suivante un autre mot (Cha…botté, Ga…zelle, Mé…rou), tout en continuant avec la trame habituelle du conte.
La première histoire s’arrête avant l’arrivée à la maison de la grand-mère. On reprend, cette fois sérieusement, mais il y a un autre problème !
Les illustrations sur fond blanc sont colorées et parfois expressives (pour le loup), souvent drôles. L’auteur suggère au lecteur de continuer avec ses pinceaux : c’est en effet une histoire déconstruite partiellement, à reformuler, un joli jeu.

Voyage

Voyage
Elena Selena

Gallimard Jeunesse, 2021

Voyager en oiseau

Par Matthieu Freyheit

On sait la valeur poétique des grues, souvent convoquées dans le haïku en particulier. Très récemment, chez Véronique Gentil, leur cri résiste à l’interprétation autant qu’à l’appropriation, renvoyant la poète à elle-même : « Si je pleure quand passent les grues c’est peut-être sur moi que je pleure, de n’avoir pas osé devant le ciel ouvrir ma poitrine ni comprendre que leur cri n’est pas un salut mais un cri pour elles-mêmes – me tenir seule » (On construit des maisons et on ne les finit pas, 2021). Le cri lancé par la grue qui ouvre cette suite de 5 doubles-pages en pop-up n’est pas non plus un salut, mais une question lancée à la genèse voyageuse du poussin : « Maman, papa, comment suis-je arrivé là ? »
Une interrogation d’apparence banale, mais aux implications hautement géographiques, comme l’indique le titre de l’ouvrage : Voyage, ainsi se nomme le nom du pays d’origine du poussin. Le récit des parents n’a guère besoin de beaucoup de mots : les formes et les couleurs fournissent toute la profusion nécessaire à l’éclat de la vie et de la joie.
Le lecteur est habitué peut-être aux prouesses du pop-up, qui s’est désormais imposé comme une forme incontournable des recherches esthétiques menées dans le champ de la production pour la jeunesse. L’auteure elle-même a réalisé plusieurs albums sur le même modèle. L’habitude ne suffit cependant pas à émousser l’enchantement, et Elena Selena parvient dans cette proposition à associer la luxuriance et la profusion à une poésie de la quiétude que favorise, sans doute, la discrète monochromie rose qui accompagne la présence des grues dans leur périple, qui n’a véritablement ni début ni fin. La jeune grue est d’ailleurs désormais en âge de partir à son tour : Voyage, ainsi se nomme aussi bien le pays de son avenir.

(voir également la chronique de Michel Driol, ci-dessous)

Voyage

Voyage
Elena Selena
Gallimard Jeunesse 2021

Plus loin que la nuit et le jour (voyage, voyage)

Par Michel Driol

Elena Selena propose cinq tableaux pop-up pour évoquer à la fois la naissance d’une grue et la migration. Dans le premier tableau, l’oisillon ouvre les yeux et découvre le monde qui l’entoure, et questionne ses parents sur son histoire. Prennent alors la parole les parents qui évoquent successivement le silence glacé de la forêt, la traversée des mers, la jungle enchantée, et enfin le printemps qui revient, l’oiseau qui a grandi et qui va pouvoir à son tour prendre son envol.

Les cinq tableaux, par la finesse de leurs découpes, donnent à voir des univers merveilleux, variés, réellement en trois dimensions dans lesquelles le regard se perd à contempler les multiples détails : poissons et têtards dans la mare, oiseaux dans les branches, animaux marins vus à hauteur de grues traversant la mer, jungle verdoyante et exotique avant un dernier tableau figurant l’envol des grues dans un monde aux teintes pastel.

Ce voyage prend bien sûr une couleur initiatique : c’est à la fois le voyage de la vie de la jeune grue, prête à prendre son envol pour découvrir le monde, le voyage migratoire des oiseaux, mais aussi d’une certaine façon un cycle fait d’allers et de retours, d’attentes et de départs, de traversées d’un monde à l’autre, de recommencements. Dans cette perspective, la dédicace finale, à Elzbieta, disparue en 2018, « et pour tous les voyages qui l’attendent » ouvre à une autre lecture, plus métaphysique sans doute.

Un bel objet livre qui laisse entrevoir, à travers ses découpes et ses univers, plusieurs niveaux de lecture et donne envie d’ouvrir ses ailes pour partir à la découverte du monde.

Même pas en rêve

Même pas en rêve
Béatrice Alemagna
L’école des loisirs 2021

Rentrée difficile

Par Michel Driol

Pour Pascaline, enfant chauvesouris de 3 ans, c’est le jour de la rentrée. Mais, bien sûr, elle ne veut pas aller à l’école. Et elle hurle si fort sa phrase préférée, même pas en rêve, que ses parents en sont tout ratatinés. Elle les cache alors sous son aile, et part avec ses minuscules parents à l’école, où elle va passer une journée magnifique.

Voilà un petit personnage de trois ans aux idées bien arrêtées et au caractère bien trempé. Elle vit sa vie à la maison, entre doudou Lombric et une poussette en coquille d’escargot. Son originalité se remarque jusque dans ses ailes rose fluo, alors que tous les autres ont des ailes aux couleurs ternes. Ah ! Si l’on pouvait emporter ses parents à l’école, comme des doudous ? rêve de beaucoup d’enfants. Ah ! Si l’on pouvait être mouche, et voir ce qui se passe à l’école ? désir caché de nombre de parents. Béatrice Alemagna concilie ces deux aspirations, avec la première journée d’école de Pascaline, seule enfant souriante parmi des enfants qui pleurent, rassurée par la présence invisible et protectrice de ses parents, qui vont l’accompagner dans la découverte des rites et habitudes scolaires : chant, récréation, cantine, couchette. Cela pourrait se gâter à l’heure des parents, mais l’album passe sous silence ce temps-là pour montrer, à la fin de la première journée, les parents qui ont retrouvé leur taille normale, et une Pascaline qui a grandi et ne veut plus qu’on l’accompagne à l’école. Voilà donc un album pour dédramatiser le jour de la rentrée, cette première séparation d’avec les parents, ce rite de passage un peu angoissant pour tout le monde. Avec tendresse, l’album nous conduit au cœur d’une forêt aux teintes ocres de l’automne, dans un univers à la fois familier (pots de crayon de couleurs, maisons, jouets) et éloigné du fait du choix – peu banal – des chauvesouris comme héros humanisés.

Un album drôle et tendre pour évoquer la rentrée à l’école, la séparation d’avec les parents, avec une héroïne craquante à la petite bouille pleine de malice.

Cot cot cot !

Cotcotcot !
Benoit Charlat
L’école des loisirs (« Loulou et Cie »), 2021

C’est moi ta maman

Par Anne-Marie Mercier

Au commencement il y a… un œuf, tout seul, bien blanc sur un fond vert. Une poule blanche survient, s’extasie et commence à le couver. Arrive une poule grise qui revendique l’œuf et chasse la première. Dans la bagarre, l’œuf se fend, un oisillon jaune en sort et la bataille recommence, mais cette fois sur le mode de la séduction déployée par chacune pour le petiot. Il finit par les mettre d’accord par un coin coin révélateur, et filera vers la mare où l’attend une maman canard.

Voilà donc un nouvel opus dans la série des albums qui traitent de la recherche de paternité ou maternité. Ici, la différence est que l’enfant est totalement indifférent et très sûr de son identité, chose plus rassurante. Le plaisir de l’histoire tient aussi au langage, fait essentiellement d’onomatopées et de variations en cot cot et à la simplicité de l’ensemble.

Fille Garçon

Fille Garçon
Hélène Druvert
Saltimbanque Editions 2021

Libres d’être

Par Michel Driol

Un album, avec des pages découpées, pop-up, pour lutter contre les stéréotypes, apprendre à accepter l’autre dans ses différences, apprendre à être soi –même et à dire non. Dans des pages souvent très colorées, sont passés en revue et démontés de nombreux stéréotypes de genre : les filles rêvent de princesses et de licornes, les garçons de chevalier, les unes ont le droit de pleurer, pas les autres… Autant d’assertions souvent entendues et prises ici à hauteur d’enfant à qui l’album dit que tous les rêves sont autorisés, qu’il n’est pas de métier interdit aux filles ou aux garçons. Si certaines réalités familiales peuvent surprendre, l’important est l’amour qui unit.

Se sentir bien dans sa peau, dans son corps, afin de mieux vivre ensemble, jouer ensemble sans être amoureux, et savoir se détacher du regard des autres, voilà les grandes leçons que donne cet album, qui convie chacun à réfléchir à ces questions. Le texte est d’abord construit autour d’un « je », tantôt celui d’une fille, tantôt celui d’un garçon, tantôt indifférencié, façon d’impliquer le lecteur dans sa propre subjectivité. Puis on passe à la fin à un « on », façon de dire l’importance du vivre ensemble, et de l’amour qui unit. L’album est donc une éducation aux questions de genre  envisagées comme non enfermantes, allant jusqu’à évoquer la transidentité ou les familles homoparentales. Chacun doit éprouver ses propres libertés, ses propres gouts, et ne pas juger. Les rabats sont une invitation à découvrir autre chose que ce que l’on connait, une invitation faite au lecteur à aller au-delà pour découvrir la riche diversité du monde.

Un album bienveillant, coloré et animé, tout en finesse, pour  aborder des questions essentielles liées à l’identité de chacun sans parti pris.

10 escargots font la course

10 escargots font la course
Isabelle Gil
L’école des loisirs (« Loulou et Cie »), 2021

Compétition suave

Par Anne-Marie Mercier

On retrouve avec plaisir l’art d’Isabelle Gil, qui photographie des petits objets dans des décors naturels (ou faisant semblant de l’être) en jouant sur des effets d’échelle : oursons en chocolat, peluches ou autres objets de l’enfance deviennent de vrais personnages, vivant des aventures, passant par diverses émotions. Les escargots en pâte à modeler pourvus de vraies coquilles, déjà présents dans Le Déjeuner sur l’herbe, Le Chapeau de maman et Les Vacances, sont ici, au nombre de 10, les acteurs d’une belle compétition car comme chacun sait, ils adorent faire la course.
De nombreux enfants ont joué à faire des courses d’escargots (des vrais) en peignant leurs carapaces afin de les distinguer. Isabelle Gil a collé des gommettes numérotées, c’est plus élégant.
Les escargots étant ici plus proches du lièvre que de la tortue de la fable de La Fontaine, chacun fait une pause pour une raison différente : le 1 pour déjeuner, le 2 pour dormir, le 3 pour lire… chaque scène est composée avec des objets tantôt en taille réelle (la salade du déjeuner), tantôt en miniatures fabriquées pour l’occasion (le livre, la chaise, le hamac, le lavage de voiture…), tout est charmant et drôle et les escargots affichent des expressions très parlantes.
Quant à la chute comique de ce petit album tout en carton, elle permet de revenir au point de départ pour recommencer le joli circuit, et, pourquoi pas, apprendre à compter de 1 à 10.

 

 

 

Des voix pour la Terre

Des voix pour la Terre
Collectif

Bruno Doucey, « Poés’idéal », 2021

 

Des slogans pour la Terre

Par Matthieu Freyheit

Si l’écologie contemporaine en appelle à l’urgence et à la crise, la nature, elle, enseigne le temps long, comme le fait le travail : « Il nous a fallu un an de travail pour rassembler les textes de ce livre et en préparer l’édition », précise l’éditeur en fin d’ouvrage. Nul doute qu’il fallut du temps, de la patience et de la volonté pour rassembler les plus de 40 textes et 40 auteurs de ce collectif présenté comme une anthologie poético-combattive au service du défi climatique et environnemental. Ce rassemblement n’est cependant guère inattendu, dans un contexte marqué par l’alignement de voix faisant front face à ce qui relèverait d’un déni écologique (l’éditeur ne s’empêche pas, à ce titre, de mentionner Donald Trump).
De fait, l’heure est aux vertes lectures et aux littératures « éco-éthiques » qui, conscientes d’être dans le camp du Bien, réinvestissent volontiers la portée édificatrice de la littérature de jeunesse – une portée facilement jugée ringarde en d’autres circonstances, et sur d’autres sujets. Le numéro 172 (décembre 2019) de la revue Lecture Jeune posait d’ailleurs très directement la question : « Peut-on prescrire l’indignation écologique ? »
Fidèle aux lignes d’une collection militante (la quatrième de couverture choisit plutôt de parler d’une « collection engagée), Des voix pour la Terre revendique un héritage poétique tourné vers l’ancrage à la fois dans le réel et dans le collectif : le « je » ne cesse d’y rencontrer le « nous », le « nous » ne cesse de s’y élargir au profit d’un réseau de voix animales, végétales, élémentales, humaines (« Je suis un paysage et je m’adresse à toi. / Moi, je veux croire encore / en l’amitié des hommes et des paysages », Carl Norac).
Ce réseau n’est cependant pas harmonique, et l’apparente communion initiale (« J’ai les poumons comme deux banquises ») produit inlassablement des effets d’étouffement, d’écrasement, d’urgence (« J’ouvre la bouche / Crache une bouée », Florentine Rey). La poésie interroge alors les possibilités d’un langage évidé de nature : « Il pleuvait comme vache qui pisse / mais il n’y avait plus de vaches. / Il faisait un temps de chien, un temps de cochon / mais il n’y avait plus de chien ni de cochon » (Jean L’Anselme). Y a-t-il une poésie après la nature ?
Il n’y en a en tout cas pas nécessairement lorsqu’il s’agit de prendre sa défense. Le collectif fait ainsi la part belle aux slogans : ceux qui, à plusieurs reprises, ouvrent les parties de ce recueil. Ceux qui, également, nourrissent les textes eux-mêmes : formules convenues, stéréotypées, parfois naïves. En bien des endroits, la langue ressemble à celle d’une super-production hollywoodienne (pensons à Avatar, de James Cameron).
Cette tendance est renforcée par un appareil didactique édificateur : engagement, humanisme, partage, fraternité et autres vertus sont repris à l’envi dans les notices biographiques des auteurs, produisant un effet pour le moins hagiographique.
L’ensemble comprend également de fort beaux passages (« J’ai construit cette maison un jour / parce que je voulais la / saison la plus froide, où tu puisses être / toute proportion gardée, un / substitut de soleil ») dont on regrette seulement qu’ils ne soient pas plus nombreux dans un collectif qui fait le choix du discours plutôt que de la poésie.
L’ouvrage n’en demeure pas moins une proposition ambitieuse et travaillée qui offre aux jeunes lecteurs de nombreuse pistes, qui n’hésite pas à ouvrir et croiser les imaginaires, et à affirmer une vue essentielle qui caractérise, depuis longtemps, le travail des éditions Bruno Doucey : la certitude que la poésie à tout à voir avec le réel et avec l’immédiat.

Comment devenir un élève modèle

Comment devenir un élève modèle
Audrey Poussier
L’école des loisirs 2021

En 7 leçons et sans ce fatigué

Par Michel Driol

Colette et Mo adorent jouer, et détestent l’école. En 7 « leçons », ils expliquent comment être à l’heure, bien écouter en classe, ne jamais rater l’école, excuser ses absences, faire ses devoirs, être bon camarade, savoir s’adapter aux situations imprévues… Sauf que ces « leçons de sagesse » sont plutôt des façons d’échapper à l’école, de faire l’école buissonnière, de faire croire qu’on est malade, et d’écrire des mots d’excuse à l’orthographe approximative mais qui dénotent une bonne dose d’imagination !

Sous une forme qui tient à la fois de l’album et de la bande dessinée, voici un album qui réjouira tous les cancres… mais pas que ! Deux personnages pleins de vie, un frère et une sœur, malicieux, étourdis, roublards, inventifs, et, au fond, terriblement sympathiques ! Pas de parents, mais un robot  « notre petit bonhomme en chef », métaphore du père ou de la mère, et une maitresse, autoritaire, peureuse, sévère, mais amatrice de bonbons comme les enfants, qui, au fond, l’adorent. Des situations farfelues, où les mots peuvent être pris au pied de la lettre, et des illustrations pleines de gaité, comme ce costume d’école buissonnière. L’album joue sur l’antiphrase, les deux personnages se prétendant sans arrêt bons élèves, alors qu’ils démontrent le contraire dans leur comportement, leurs attitudes. Mais rien de méchant, rien de violent, juste un désir assumé de ne pas se soumettre aux règles de l’école pour vivre sa vie d’enfant, loin des contraintes qui fera sans doute rêver tous les lecteurs en leur donnant l’image du fruit défendu et en les renvoyant à leurs propres pratiques et comportements.

Tout est dit de la complicité qui unit les deux personnages et les lecteurs dans la quatrième de couv’ : sil vou plé, ne dite pas que vous zavé trouvé toute ses idées dans notre livre, on pourrai avoir de cérieux problème. Autre preuve que pour apprécier les transgressions, il faut connaitre les normes et les règles!