La Lune

La Lune
Henri Galeron, d’après Grimm
(Les Grandes personnes), 2026

La lune découpée en quartiers

Par Anne-Marie Mercier

Le conte, qui déploie imaginaire nocturne et leçon de vie est superbement illustré et mis en scène. Il tient un discours qui met en garde contre le désir d’accaparement du bien commun, sujet toujours et plus que jamais d’actualité.
L’album, en format assez grand et cartonné propose le texte en page de gauche, et les images à droite dans un dispositif classique et sage. Les images sont plus décoiffantes et montrent des scènes nocturnes saisissantes, avec des bleus intenses, des effets de luminosité superbes, des ombres noires.

C’est beau et si tous les contes étaient présentés ainsi on ne lirait plus que cela, encore et encore, comme il se doit.

Cric ! Crac ! les taupes passent à l’attaque !

Cric ! Crac ! les taupes passent à l’attaque !
Aurélien Dony, Nina Neuray
Cotcotcot édtions, 2026

Sauver la terre (et le sous-sol) 

Par Anne-Marie Mercier

Après un passage par des pages sombres, dans le noir (nous sommes sous la terre), les clichés volent en éclat : il n’y a pas « rien » sous la terre ; au contraire, cela grouille de vie et nous voilà embarqués dans le monde fort sympathique et coloré des taupes. Il y en a des bleues, des rouges des grises, qui vivent dans de multiples tunnels ; cela grouille dans l’image, la surpopulation guette. Mira et Mireille sont de délicieuses amies qui s’émerveillent aussi des beautés du monde de la surface.
Les taupes ont le cœur sensible et s’approchent d’une fillette qui pleure au bord de la rivière : elle a appris la construction imminente d’un supermarché au bord de sa rivière, qui va chasser tous ses amis. Le lendemain nos deux héroïnes taupes constatent la catastrophe et font appel à tous les animaux qui se liguent pour l’empêcher. Le chantier est bloqué, les ouvriers décidés à ne plus jamais détruire la nature. Tout cela est mignon et assez naïf, mais porté par un enthousiasme communicatif, un bel espoir. Les images, éclatantes de vie et très dynamiques, font exister ce joli rêve.
Le mérite principal de ce petit conte, au-delà de son message de lutte contre l’artificialisation des sols, est de montrer l’épaisseur de la terre et les richesses du sous-sol : les terriers des taupes, le lieu de la germination des plantes, les racines, tout cela est joliment dessiné et coloré, autant que la délicatesse du monde d’en haut, fleuri et boisé.

Village

Village
Julia Safirstein
Editions du livre, 2025

Petite merveille

Par Anne-Marie Mercier

Curieux objet que ce tout petit… livre ?
Allongé, cartonné, il présente à chaque page des formes colorées géométriques qui évoquent des architectures, on passe d’une page à l’autre, perplexe. On est intrigué par l’épaisseur de ces pages doublées… Arrive un enfant à qui on présente cet objet.
Surprise ! en trois secondes l’enfant a trouvé le système : chaque page peut se déplier de l’intérieur. L’objet, une fois totalement ouvert, présente toute une série de cloisons qui s’articulent entre elles en étoile. Cela forme un ensemble coloré de maison de styles et d’inspirations géographiques variées. Tout un monde dans un petit livre.

L’histoire est véridique et je remercie la petite fille de six ans qui m’a ouvert ce trésor. Il plaira à tout âge – à condition de trouver le secret…
On peut le voir déplié sur le site de l’autrice

Le Temps du Capitaine Brett

Le Temps du Capitaine Brett
Blexbolex
La Partie, 2026

 Abordage de l’innocence

Par Anne-Marie Mercier

Le Temps du Capitaine Brett est un livre qui ne laisse pas indifférent et dont on ne sort pas indemne, comme d’autres grands livres d’enfance. Comme dans Pinocchio ou L’île au trésor, un enfant y fait l’expérience à la fois de l’aventure et de la solitude. Il découvre la méchanceté,  l’ambivalence des sentiments, et la dangerosité du monde, bref, il vit le temps de la fin de l’enfance et de la fin de l’innocence.
Comme dans les romans cités plus haut tout cela est agréablement coloré de thèmes classiques de l’aventure (pirates, trésor, enquête,…). Ici, c’est particulièrement coloré, au sens propre, avec les belles images de Blexbolex à l’esthétique inspirée de la sérigraphie. On retrouve l’univers étrange des Magiciens dans ce volume qui lui ressemble aussi formellement.
Le jeune héros est envoyé chez un oncle savant, collectionneur et distrait, qui ne s’occupe pas beaucoup de lui. Il s’y ennuie malgré la présence bienveillante d’une cuisinière-gouvernante talentueuse. Il s’échappe pour parcourir en cachette la ville, impressionnante (Leipzig ?). Il tombe sur une bande de pirates dirigée par un capitaine à tête de mort et comprenant entre autres un chat anthropomorphe et une fille portant un masque. Pirates de rivières, et d’égouts, ils ne craignent pas de faire couler le sang. Ils capturent l’enfant et l’enrôlent comme mousse à bord de leur barque étrange. Les différents chapitres montrent comment l’enfant tente de leur échapper et comment il retombe sans cesse entre leurs griffes, comme dans un rêve récurrent
Au fil du texte, on comprend que l’oncle (et peut-être toute la famille Perthuis, dont le nom, archaïque comme le prénom de l’enfant, Hyéronimus,  est significatif) a rencontré le capitaine dans son enfance : malédiction familiale, fantasmagorie de l’enfant qui s’ennuie, métaphore de fins d’enfance et d’un temps répétitif, toutes les pistes d’interprétation sont possibles. L’ensemble est captivant et superbe, entre le roman graphique et l’album.
En 2009, Blexbolex a reçu la Golden Letter (Prix du plus beau livre du monde) à la Foire du livre de Leipzig pour son Imagier des gens (Albin Michel Jeunesse). Poursuivi par Saison (2009) et Romances (2013), il forme un superbe triptyque.

 

Comme un poisson fleur

Comme un poisson fleur
Julia Sørensen
Askip, 2026

« Votre chemin sera différent »

Par Anne-Marie Mercier

Le très bel album de Julia Sørensen aborde avec délicatesse la naissance puis la croissance d’un enfant atteint de trisomie. Elle lance d’abord le lecteur sur une autre piste : à sa naissance on découvre que les pieds de Marcel sont palmés. Mais la suite oublie cette malformation pour développer ce que le « petit truc en plus », le chromosome surnuméraire, génère dans le développement de l’enfant.
Loin de verser dans le pathétique, l’album insiste sur la joie mêlée de tristesse des parents, sur leur amour, la tendresse partagée, et surtout sur le fait que Marcel, pour l’essentiel, est un enfant comme les autres : il aime jouer, faire des blagues. Il progresse, mais il apprend, à son rythme. De belles images montrent des cubes à empiler un peu en vrac, ou un escalier à gravir comme autant de défis. On voit aussi que s’il est rejeté par certains enfants (« il ne peut pas jouer avec nous. Il casse tout »), il est accepté tel qu’il est par d’autres : un garçon et une fille sont ses copains ; ils font des bêtises ensemble.
Les images, composés aux crayons de couleurs, sont en teintes douces et en gris pâle, avec des contours estompés, comme les caractères du texte. La métaphore permet d’aborder les choses difficiles. Ainsi, le mot trisomie, qui fait peur, a été enterré par les parents dans le jardin, parmi les fleurs, mais pas complètement, pour le garder à l’œil. C’est une belle formule pour évoquer le savoir et le non-savoir des parents. Ce n’est qu’avec l’arrivée d’une femme bienveillante, atteinte du même syndrome, que le mot sera « déterré » et que, peut-être l’acceptation s’affirmera.
Le beau titre, énigmatique, rappelle sans doute la malformation de Marcel, mais annonce aussi la dernière page où l’on évoque, après la scolarité future (avec des aides) de Marcel ses vacances où il pourra « passer ses journées à faire le poisson dans la piscine, le lac ou la rivière ». Le bonheur d’exister « comme un poisson dans l’eau », ou comme une fleur cachée puis découverte, ne dépend pas des catégories.
L’album est très beau, subtil et courageux. Il fait du bien aussi. Il en fera aux familles qui s’y retrouveront et aux autres également, qui découvriront ainsi que ces enfants sont avant tout des enfants, qui aiment, qui jouent, et qui apprennent, à leur rythme.

L’Hiver de Volpiglio

L’Hiver de Volpiglio
Karen Hottois, Julia Woignier
La Partie, 2026

Le temps d’aimer

Par Anne-Marie Mercier

Volpiglio est, comme son nom l’indique en italien (la volpe), un renard. L’hiver arrivant, il aide ses amis à entrer en hibernation. Ortrude la chauve-souris, Fru-Fru le hérisson, Ginette la grenouille, Pollen l’ours, Feuille la carpe, chacun a droit à une histoire pour s’endormir, un geste tendre, un lit bien arrangé, et voilà le renard seul avec l’hiver…
Il médite en vrai philosophe sur le temps qui passe, lentement. Il écrit des notes qu’il colle sur son frigo; il vérifie que ses amis vont bien et dorment toujours. Enfin, il écrit sur la neige tout ce qu’il aimerait pouvoir leur dire, jour après jour, effaçant le lendemain le travail de la veille. Quand ses amis ne sont pas là, il a la compagnie des mots. Certains sont ses préférés, comme pamplemousse, « parce qu’il est rond et vient d’un pays lointain.  […] Il aime répéter les mots feuilleter, berceuse, gâteau roulé, poule en chocolat, coulis de fraise et encore craqueler. »
Le texte, subtil et poétique, est accompagné de belles aquarelles : faisant alterner vignettes, images séquentielles et illustrations en double page, elles épousent le rythme du récit et illustrent l’attention du personnage aux petits choses comme aux grandes. La beauté de la nature hivernale est soulignée par des détails, des paysages, des traces de bleu sur le blanc de la neige (« ce blanc est plus blanc que le blanc d’œuf blanchi avec du blanc d’œil », des couleurs intenses qui tranchent sur le blanc. Les images qui montrent le renard écrivant sur la neige sont superbes : on le voit comme un artiste de l’action painting, un Pollock, qui « recouvre de lettres majuscules et minuscules, de points et de virgules le champ immaculé de son terrier ».
Au-delà de cette beauté, la solitude de Volpiglio est centrale. Avec ses amis, il semble beaucoup donner et ne rien recevoir ; il manque de mots pour leur dire ce qu’il ressent à leur égard. Mais la fin nous rassure : on peut s’exprimer par gestes et cela vaut bien tout un discours.

C’est un très bel album, charmant par sa douceur et sa sensibilité aux petites choses, profond par sa réflexion sur la solitude, les mots et l’amitié, avec de très belles images à contempler, lentement, comme en hiver.

 

Constellations 2

Constellations 2
Paul Geai, Jeanne Picq
Cosmographe éditions, 2026

Le ciel entre images et mythes

Par Anne-Marie Mercier

Ce deuxième volume de Constellations (même éditeur, 2001) reprend le même principe : une succession de pages et de calques pour décrire sous divers aspects une constellation. On y présente huit nouveaux ensembles stellaires : Taureau, Aigle, Lièvre, Poissons, Paon, Lynx, Caméléon et Dragon.
Le dispositif est le même : en page impaire une devinette propose de deviner l’animal dont le nom désigne le groupe d’étoiles, sous la forme d’un « qui suis-je ? ,  tandis que la page de droite présente sur un calque bleu les étoiles, avec leur nom, et les lignes imaginaires qui, traditionnellement, les relient entre elles pour esquisser une image de l’animal. Par transparence, on distingue vaguement la forme de l’animal. Le calque bleu cède la place à un calque transparent sur lequel la constellation est à nouveau tracée, cette fois en traits dorés, les grandes étoiles faisant de belles flaques lumineuses. A travers le calque on distingue cette fois le dessin de l’animal sur lequel les lignes se superposent. Enfin, on peut contempler encore mieux en tournant la page.
Pour cette représentation, Jeanne Picq a choisi un dessin net, beau,  toujours stylisé, et des couleurs et motifs en teintes adoucies (bistre, bleu nuit).

Tout cela est très beau et mérite qu’on l’emporte en vacances pour contempler le ciel d’été avant de réviser sa mythologie.

On peut feuilleter quelques pages du premier volume (épuisé, malheureusement) sur le site de Cosmographe édition et y savourer la présentation de la constellation de l’aigle de ce volume 2.

La Fille du volcan

La Fille du volcan
Benjamin Lesage
Editions courtes et longues, 2026

Le volcan, entre sciences et légendes

Par Pauline Barge

Mar est née au Mexique, dans le village de Xalitzintla, au pied du Popocatepetl. Avec ses yeux gris cendre et sa peau pâle, c’est sûr : elle est la fille du volcan. Jeune, elle aime passer du temps dans les champs avec son père, elle se questionne sur les rites des anciens, et se lie à la nature. En grandissant, sa curiosité et son intelligence se développent et la poussent à s’intéresser aux sciences. Sa vie toute tracée est soudain brisée lorsqu’elle subit un viol dans la forêt, dans son refuge pourtant si rassurant. Résiliente, elle continue à s’accrocher à sa passion, et décide de partir à Mexico pour faire des études de volcanologie. Elle veut prouver qu’il existe un lien profond et vivant entre elle et le volcan. Le volcan a une voix, que chacun peut entendre résonner en lui. En revanche pour Mar, c’est différent : le volcan lui parle, il lui envoie des images, il communique avec elle.
La Fille du volcan traite d’une grande diversité de sujets, toujours avec justesse et finesse. La science, d’abord, avec toutes les notions de volcanologie. Le lecteur ne se sent jamais perdu, même avec des connaissances faibles sur ce sujet : Benjamin Lesage rend la science accessible, et surtout intéressante. On s’implique dans les recherches de Mar, on devient curieux à notre tour. Avec la science, vient toute une mythologie autour des légendes. On en apprend davantage sur la culture du Mexique et son folklore. Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est le croisement entre ces deux aspects : il tend à réconcilier la science pure des volcans, c’est-à-dire les scientifiques et leur rigueur, et les légendes et les traditions des peuples. C’est un mélange osé, mais qui fonctionne, rendant le texte à la fois poétique et rationnel. On peut aussi relever le caractère écologique de ce roman qui, sans être moralisateur, est percutant. On sent la force des personnages pour protéger leurs terres et ce qui leur est cher.
Un autre aspect fort du livre est son féminisme, présent tout du long. Il est traité avec justesse et émotion, montrant avec précision le quotidien des femmes au Mexique, et surtout leur résilience. Il y a des moments difficiles et bouleversants, qui font que le livre n’est pas à mettre dans les mains de tout jeune adulte. La scène de viol est dure et cruelle, laissant un haut-le-cœur tant tout est réaliste et tant on est attaché au personnage de Mar. Nous nous sentons tout aussi indignés. En revanche, les mots ne sont pas crus : si les scènes sont violentes par leurs actes, Benjamin Lesage écrit avec une douceur surprenante et des mots emplis de poésie. La Fille du volcan est avant tout un roman d’émancipation, où Mar apprend à prendre possession d’elle-même, à être sûre de qui elle est, ce qui peut s’avérer difficile dans une société patriarcale.
Il faut souligner aussi l’immersion totale du lecteur dans le contexte du Mexique. Les paysages, la vie quotidienne, la nourriture… On plonge dans un tout autre pays, de quoi être totalement dépaysé. Benjamin Lesage utilise de nombreux mots espagnols. Si les noms propres peuvent être difficiles à retenir et à lire, les mots courants sont utilisés avec brio. À aucun moment il n’y a besoin de chercher une quelconque traduction, car ils sont employés à des moments adaptés, où le sens général de la phrase est compris.
La Fille du volcan est un roman puissant. L’histoire est captivante, les sujets traités le sont de manière juste et vraie, et les personnages sont tous attachants. Que ce soit l’héroïne, Mar, ses amis, sa professeure, sa famille, nous ressentons forcément à un moment donné dans le roman leurs émotions, ce qui nous immerge d’autant plus dans l’histoire. Benjamin Lesage livre une œuvre audacieuse et réussie, avec une plume rigoureuse et envoûtante.

Un rapport avec le pièce de théâtre de Marie Desplechin intitulé « La Vraie fille du volcan » (l’École des loisirs, 2004, disponible en occasion) ? Vous le saurez en lisant les deux ouvrages, pour un été explosif.

 

 

 

Polo le plot

Polo le plot
David Delcloque, Line Viera
Editions Croche-patte, 2025

Un nouveau héros du quotidien

Par Anne-Marie Mercier

Voilà une belle surprise que ces éditions du Croche patte, fondées en 2023 à Lausanne, nous offrent.
Polo est, comme le titre le dit, un plot. Plot de chantier, d’interdiction, de protection, il est bien utile. Mais il en assez, et craint les accidents, si vite arrivés, comme l’ont constaté à leurs dépens d’autres camarades : plots, écrasés, souillés, méprisés. Sa rencontre avec un tas de sable ouvre ses horizons. Il ira voir la mer.
Et le voilà parti, en catimini : on le voit se glisser dans les rues, discrètement, sans céder au découragement malgré la nuit et le froid, et surtout malgré l’opposition active d’un goéland conservateur qui estime que chacun doit rester à sa place. Mais tout finit bien : Polo réalise son rêve et devient un jouet pour les enfants, tandis que le goéland s’envole vers un autre destin.
Les images sont aussi originales que l’histoire, mêlant effets de transparence, calques, papiers découpés, rognures de découpes… Le bleu pâle se marie au sable et au brun, parfois aux silhouettes noires, tandis que les rayures orange et blanches du plot le font se détacher sur la page. L’espace est stylisé à l’extrême, comme les reliefs et les paysages, urbains ou naturels : une petite merveille d’humour et de beauté.

Les nekomatas, Une année en compagnie d’une famille de yôkai chats

Les nekomatas, Une année en compagnie d’une famille de yôkai chats
Ayako Ishiguro, traduit du japonais par Alice Hureau
Le cosmographe, 2025

Ne réveillez pas le chat qui dort !

Par Lidia Filippini

Ce magnifique album d’Ayako Ishiguro est l’occasion de découvrir les nekomatas, ces êtres issus du folklore japonais, peu connus du public français. Au pays du Soleil-Levant, le chat est un animal ambivalent. Souvent associé à la mort, il est à la fois familier et effrayant. Le mythe des nekomatas, chats maléfiques à deux queues, trouve ses origines en Chine mais a très vite été intégré par la culture japonaise. Les nekomatas seraient de vieux chats domestiques ayant acquis le pouvoir de se transformer en puissants yôkais pour se venger des mauvais traitements subis pendant leur vie. Cruels et sans pitié, ils s’amuseraient à torturer les humains allant parfois jusqu’à les manger. On leur attribue également le pouvoir de ressusciter les morts.
Pas de malveillance ni de meurtres dans l’album de Ayako Ishiguro qui nous invite, au contraire, à rencontrer une famille de nekomatas dépourvue de méchanceté. Le lecteur suit cinq chatons kawaiis de leur naissance en février, quelques mois après le mariage de leurs parents, jusqu’à l’anniversaire de leur un an. C’est l’occasion de découvrir les fêtes traditionnelles qui jalonnent l’année au Japon. Chaque double-page correspond à un mois de l’année et met en scène les principaux évènements de la période : fête des poupées, fête des enfants, fête des étoiles, grande compétition sportive du mois d’octobre, cérémonie du nouvel an, etc.
Les illustrations, foisonnantes, fourmillent de détails et invitent le lecteur à prendre le temps de découvrir chaque page tranquillement. Elles sont conçues à la manière d’un imagier, avec le nom de certains éléments inscrit sur des étiquettes blanches. Les paroles des personnages apparaissent également, à la manière d’une BD cette fois, mais sans les phylactères. De ces illustrations se dégage beaucoup d’humour et aussi une grande douceur.
Pourtant, de l’avis de l’autrice, « [l]es nekomatas vivent comme les Japonais… mais pas tant que ça ». On trouve en effet dans leur monde des éléments farfelus et décalés, comme cette méduse électrique qui descend du ciel chaque année pour pondre et dont il ne faut pas toucher les bébés sous peine d’être électrocuté.
A la fin de l’album, un glossaire permet d’en apprendre plus sur la culture japonaise. On y trouve des informations aussi bien sur les fêtes que sur la nourriture, les vêtements ou les armes traditionnelles. Destiné par l’éditeur aux enfants à partir de trois ans, cet album peut donc être lu bien au-delà de cet âge.