Faune et flore de l’été. Les Oiseaux du monde

Faune et flore de l’été
Clémentine Sourdais

Les Oiseaux du monde
Olivia Cosneau

Amaterra (« Mon cahier nature »), 2026

Documentaire interactif (et tout papier)

Par Anne-Marie Mercier

À mi-chemin entre le cahier d’activités (ou cahier dit « de vacances » pour faire travailler les enfants) et le documentaire, ces deux albums souples font partie d’une série plus vaste : on trouvera dans la même collection la mer, le potager, la montagne, etc. Le principe adopté est celui de la variété. On ne s’y ennuie jamais même si l’on est un enfant à l’attention dispersée : autocollants et coloriages pourront maintenir l’attention entre les brefs commentaires qui accompagnent les images. Un quiz final ajoute un petit défi.
Les scènes sont variées : bois et rivières, champs et savanes, petits et gros animaux, feuillages, arbres et fleurs, grands horizon et vision au ras des pâquerettes…
Les images de Clémentine Sourdais sont comme d’habitude superbes : harmonie des couleurs, netteté des traits. Les techniques mixtes des images d’Olivia Cosneau leur donnent beaucoup de relief. Dans les deux cas, la stylisation n’empêche pas la précision… On se régale en s’instruisant.
André Guenolée semble avoir conçu tous les albums de la collection, bien que seul le nom de l’illustratrice figure sur la couverture.

 

L’Imagier de Mimi Cracra

L’Imagier de Mimi Cracra
Agnès Rosenstiehl
Seuil jeunesse, 2026

Images sauvages pour mots sages

par Anne-Marie Mercier

Comme dans tout imaginer, on trouve des images face à des mots ; le dispositif est classique. La page de gauche présente l’image d’un objet avec son nom écrit en écriture cursive. Sur la page de droite on voit une scène dans laquelle Mimi cracra utilise cet objet dans un cadre stylisé.

On trouve les choses habituelles. Ainsi, au chapitre des jouets, on commence avec nounours, la dînette, le lit pour nounours, etc. On poursuit avec « les bêtes », « la cuisine », « manger », « cueillir », « la mer », « le bain », « la fête ». Ainsi, le quotidien des enfants est abordé sans qu’on se limite à un cadre trop restreint et trop enfermé. Les objets sont montrés en action et même en interaction avec la petite fille : le monde est une chose à saisir et à agir.
Et Mimi-Cracra étant telle que son autrice l’a créée, beaucoup d’objets sont détournés ou utilisés de manière fantaisiste. Toutes les scènes impliquant de l’eau sont pleines d’éclaboussures ; la carotte sert à décorer le bonhomme de neige ; on fait de la trottinette en s’asseyant dessus ; la crème solaire est d’abord pour nounours ; le T-shirt (écrit « ticheurte ») sert à illustrer une scène de lessive sauvage. On colorie les tennis avec la boîte de peinture… et on peint avec le bout de sa tresse quand on a pas de pinceau… Enfin, les adultes sont absents, comme d’habitude dans cette série.
On retrouve avec plaisir le charme des dessins, les couleurs franches et la ligne claire bien nette qui ont fait son succès. C’est un imagier, dynamique, inventif, drôle, tendre, un catalogue parfait d’enfance et de petits bonheurs.

 

 

 

Super Simone : Chaud devant

Super Simone : Chaud devant
Thibault Guichon-Laurier, Jess Pauwels
Little Urban, 2026

Pas super

Par Anne-Marie Mercier

Comme en littérature générale, les bonnes intentions ne suffisent pas à faire de la bonne littérature. Cet album qui dénonce le gaspillage énergétique et fait l’éloge de la sobriété est certes bien venu, mais on a du mal à croire ne serait-ce qu’un peu à un peuple de pingouins qui prend des douches chaudes, fait des barbecues sur la banquise et roule en véhicule à essence qu’un super héros devrait mettre au pas.
Autant dire que les pingouins c’est nous et que Super Simone, la perruche masquée aurait tout aussi bien pu débarquer dans une zone pavillonnaire ordinaire.
Un livre qui pastiche les séries de super héros a quelques charmes, mais l’indignation de Simone et son autorité impérieuse ne font pas d’elle un contre modèle.
En fin d’album, on trouve un quiz sur le changement climatique et des ateliers.

Mon Talent fou pour observer les animaux

Mon Talent fou pour observer les animaux
Aline Portman
Traduit (néerlandais ) par Noëlle Michel
Seuil jeunesse, 2026

Une critique du « birdwatching »?

Par Anne-Marie Mercier

Sur la page de gauche, assis sur un rocher, un ours en pantalon rouge braque des jumelles vers le lointain. Son regard est dirigé vers la marge de la page opposée. Il commente, double page après double page, tout ce qu’il faut faire (et surtout ne pas faire) pour voir des animaux. Pendant qu’il énonce doctement ses conseils, des animaux apparaissent à ses pieds ou en l’air sans qu’il les voie.
À d’autres moments, l’ours change de tactique : regarder derrière, dans un arbre creux, en l’air, sous l’eau : rien. Pendant ce temps, encore une fois, d’autres animaux se laissent contempler par le lecteur.
Le comique, très classique vient du fait que le lecteur voit ce que l’autre ignore et que ce « talent fou » énoncé par le texte à la première personne est contesté par l’image. Que le personnage un peu ridicule de l’ours incarne une figure d’adulte – professorale ou parentale – ajoute au sel de cette histoire simple. Sur ces pages où le gris et l’orangé se distinguent sur un fond clair, les animaux sont joliment crayonnés et chaque apparition apporte une touche d’humour supplémentaire.
Une liste en fin d’album donne le nom des animaux au cas où certains auraient échappé au lecteur – mais il n’y en a pas tant que ça, il pourra triompher facilement.

Un Bout du monde

Un Bout du monde
Célia Garino
Sarbacane, 2026

Par Anne-Marie Mercier

Publié initialement en 2024, ce magnifique roman a été très bien accueilli par la critique (et par lietje !) : il lui a été décerné le prix littéraire franco-allemand (catégorie Jury jeune) et il a été sélectionné pour le grand prix de la Société des gens de lettres du Roman Jeunesse.
Sa réédition se fait sous une belle couverture, plus avenante que la précédente, qui insistait sur le côté explosif du narrateur. Ici, c’est la beauté du monde qui est mise en avant, celle qu’il finit par découvrir après bien des errances et des révoltes.

 

 

http://www.lietje.fr/2025/08/03/48732/

 

La Nuit des chats

La Nuit des chats
Naomi Machida
Traduit (japonais) par Alice Hureau
Le Cosmographe, 2026.

par Anne-Marie Mercier

Tout commence avec l’éveil d’un chat. Il sent l’évènement proche et se glisse dans la nuit pour rejoindre tous les chats de la ville, partis pour le même évènement : la contemplation de la grande griffe, moment exceptionnel. L’objet de ce culte mystérieux, un culte d’Isis qui aurait été maintenu chez les animaux, est un quartier de lune avec une forme un peu spéciale, ce qui explique la dévotion des chats à son endroit et leur volonté d’assister à son épiphanie, chaque fois qu’il le peuvent, sans que les humains ne devinent rien.
L’histoire est minime mais on suit avec intérêt cette procession des chats, sans savoir où elle nous mènera. Le tableau final des chats, « sur leurs pattes arrière, admirant la griffe en se balançant doucement », est délicat et paisible.
Les doubles pages nous plongent dans cet univers en nous faisant parcourir un paysage nocturne urbain du Japon traditionnel et en nous régalant d’images de chats de toutes races, ouvrant les mêmes yeux verts, jaunes et parfois bleus devant la merveille qu’on admire à notre tour. C’est assez hypnotique.

Michel Driol avait chroniqué un album précédent de Machida introduisant à l’univers du Sumo… toujours avec des chats.

 

L’Odyssée. Les Aventures d’Ulysse

L’Odyssée. Les Aventures d’Ulysse
Nicolàs Schuff, Mariana Ruiz Johnson
Adapté de l’espagnol par Laurana Serres Giardi
Rue du Monde, 2026

L’Odyssée, un récit pour enfants ?

Par Anne-Marie Mercier

Venues d’Argentine, ces aventures d’Ulysse se présentent sous la forme d’un roman graphique très coloré. Les personnages, stylisés, semblent imités de ceux des vases grecs (nez parfaitement droits des profils des héros), tout comme les navires, les vagues, les monstres. Quelques bulles introduisent de courts dialogues ou bien font comprendre les pensées des personnages (« je les déteste », se dit Pénélope en regardant les prétendants).
On y trouve tous les grands épisodes : Lotophages, Cyclopes, Éole, Circé, Hadès, les sirènes, Charybde et Scylla, les vaches du Soleil, Calypso… Cet épisode permet d’intercaler une scène qui se déroule sur l’Olympe où les dieux débattent du sort d’Ulysse et envoient Hermès le libérer, comme ils l’avaient envoyé auparavant pour lui permettre de triompher de Circé. Cette version permettra à ceux qui ne connaitraient l’histoire que par le film de Christopher Nolan d’avoir une idée plus exacte de l’épopée : les dieux interviennent à tout moment, dans l’Odyssée comme dans l’Illiade, et toute la ruse d’Ulysse ne lui servirait de rien sans leur aide. De même, l’intervention d’Athéna pour changer l’apparence d’Ulysse, tant dans l’épisode de Nausicaa que dans celui du retour à Ithaque, introduit du merveilleux dans l’histoire avant la fin qui présente une vengeance sanglante.
Il y a dans cette succession de courts chapitres fort bien découpés un souci pédagogique (la lecture peut ainsi être fragmentée) qui n’entrave pas le rythme : les histoires d’Ulysse restent palpitantes et l’ensemble est assez fidèle, avec des adaptations à ce qu’on suppose être le goût et la sensibilité du jeune public. La violence est adoucie : le long massacre des prétendants est réduit à trois doubles pages, et la dernière les montre en silhouettes de gisants comme autant de papillons sur une planche, gommant ainsi l’horreur du carnage. La fin est modifiée : Ulysee reste auprès de Pénélope et son fils au lieu de devoir repartir au bout du monde. Somme toute, cela devient un beau conte, après bien des avatars : L’Odyssée, un récit pour enfants ?

Noctance

Noctance
Antoine Delahaye
‎Rouergue (« épik »), 2026

Roméo et Juliette, dans un nocturne mi féérique, mi social, et très linguistique à Paris

Par Anne-Marie Mercier

Voilà une belle histoire d’amour, un beau récit fantastique, tout cela doublé d’une critique acerbe des conduites sociales de notre temps – sur ce dernier point, c’est un peu caricatural. L’héroïne, Lise est une rebelle. Sa mère veut qu’elle fréquente des rallyes (ça existe encore ?) pour épouser un garçon de son milieu ; son père et le préfet de police de Paris : il fait la chasse aux migrants et aux manifestants écologistes. Quant au jeune premier, Moshir, il fait partie des Noctambules, le peuple de Noctance. Ils sont humains ou du moins ils en ont l’air malgré leurs oreilles pointues et leur taille un peu en dessous de la moyenne. Ils ont quelques pouvoirs magiques à partir d’un certain âge (justement celui de Moshir) à condition d’avoir trouvé Le mot, leur mot, celui qui leur permettra de mettre en œuvre cette magie.
Lorsque l’histoire commence, Moshir fait ce qu’il peut pour ne pas être un héros et ne pas affronter le monstre qui apparemment le cherche. On le voit prendre des leçons de combat, dans lesquelles il se révèle assez maladroit et des leçons de magie, pour tenter désespérément de trouver son mot qui lui donnera du pouvoir. Cela donne des passages comiques ou des mots supposés être inspirants issus de nombreuses langues sont sollicités pour finir avec un joli mot en italien.
Lise et Moshir ne parlent pas vraiment la même langue. Si elle s’exprime comme une bonne élève, étudiante en études cinématographiques, lui parle un sabir dans lequel les articles et les prépositions et bien d’autres petits mots sont escamotés et mêlés avec des mots venus d’autres langues ou tintés de yiddish ou même inventés. Si cette langue ou ce procédé peut apparaître un peu facile pour ce qui est de l’appauvrissement de la syntaxe, il est très séduisant par l’introduction de tous ces mots qui donnent au texte une musique particulière. Peu à peu la langue de Mochi se structure et celle de Lise se caviarde des mots de son ami. Le résultat est assez joli et musical.
L’avertissement placé en début de livre est à la fois un véritable avertissement et un clin d’œil : « bien que ce roman s’adresse aux jeunes adultes, il comporte plusieurs scènes, violentes et érotiques » . On ne sait comment comprendre ce « bien que », sinon comme un rappel des derniers scandales qui ont secoué le monde de la littérature de jeunesse, scruté par certains hommes politiques. Comparé au genre nouveau, de la « romance », ces « scène explicites » n’ont rien de choquant dans la mesure où les protagoniste sont tous deux amoureux et pleinement consentants, chacun respectant l’autre, ce qui est loin d’être le cas dans le genre cité plus haut.

Joli réussite !

 

Un été pour respirer

Un été pour respirer
Katie Idle
Seuil, 2026

Une bande de jeunes

Par Anne-Marie Mercier

Ils ont autour de 17 ou 18 ans, et sont à la frontière entre l’adolescence et l’âge adulte. L’année suivante, certains iront à l’université, d’autres pas.
Parmi eux, il y a un couple sans arrêt entre la rupture et la réconciliation, un beau jeune homme, homo qui cherche le grand amour sans le trouver (cela semble être une fatalité en littérature pour adolescent, il faut toujours que les homos soient malheureux). Il y a Hettie, qui rêve de devenir actrice, alors que ses parents espèrent qu’elle fera du droit comme eux (un écho au cercle des poètes disparus?) et puis enfin, et surtout, il y a Adam, toujours accompagné par sa petite sœur, dont il s’occupe avec beaucoup d’amour.
Adam leur cache quelque chose, tout en faisant semblant de n’avoir aucun secret pour ses amis. Ce secret que le lecteur comprend assez vite, grâce à de nombreux retours en arrière, c’est l’alcoolisme et la violence du père, effondré depuis la mort de sa femme. Il ne s’en remet pas et tourne sa rage contre son fils.
Il a un autre secret, c’est son amour pour Hettie, à qui il n’ose pas en parler, celle-ci, insistant sur le fait qu’ils sont amis, grands amis et c’est tout.
Le cœur du roman se passe pendant une semaine lors de laquelle tous les amis sont réunis dans une maison au bord de la mer. Cette semaine de suspens à pour but principal d’essayer de faire parler Adam et de l’aider à régler ses problèmes.
Il y a beaucoup de dialogues, souvent blagueurs, une ambiance de soirée pyjama prolongée, peu d’évènements. Les lecteurs qui cherchent des rebondissements en seront pour leurs frais. D’autres pourront sans doute apprécier cette espèce de sitcom sentimental et social.

Comme un géant

Comme un géant
Marc Daniau, Yvan Duque
Thierry Magnier, 2026

Voyage, voyage…

Par Anne-Marie Mercier

Tout est dans le « comme » : l’imagination de l’enfant l’emporte à travers les océans, les plaines, le temps. Il se métamorphose en toutes sortes d’animaux, par les mots du moins : à l’image il demeure ce personnage souriant coiffé d’un casque d’animal à bec, et vêtu d’une cape de super héros.
Les figures du voyage sont multiples : marche, vélo, bateau, train, dos d’animaux… Le format à l’Italienne qui développe de grandes doubles pages tout en longueur donne une dynamique à ce parcours. De gauche à droite, l’œil parcourt de grands paysages stylisés, bellement colorés, diurnes ou nocturnes, exotiques, urbains, maritimes… dans lesquels le personnage évolue, un peu figé, et parfois nous regarde.
L’étrangeté tient au personnage qui l’accompagne : c’est une espèce de golem, une silhouette noire avec deux bras, deux jambes et deux yeux, rien d’autre. C’est lui qui parle à l’enfant au début (« je viendrai te chercher »). Malgré le « comme », celui qui parle est représenté en géant mais c’est à travers un « nous » que se raconte ensuite l’histoire. L’enfant et son fantasme voyagent et parlent ensemble, ils se fondent parfois l’un dans l’autre et l’enfant seul reste à l’image. En fin d’album, la dissociation revient et permet à l’enfant et au géant de se dire au revoir et à demain…

La beauté des images, l’éclat des couleurs et l’étrangeté du parcours sont fascinants.

Cet album a été publié antérieurement chez le même éditeur, en 2017, avec une couverture différente. On trouve une belle critique sur le site de marc Daniau.

COMME UN GÉANT traverse les océans