Il était une fois… Maman les p’tits ba..

Il était une fois… Maman les p’tits ba..
Philippe Jalbert
Seuil jeunesse, 2026

Calembredaines et calembours sont en bateau…

Par Anne-Marie Mercier

Philippe Jalbert a publié toute une série de « Il était une fois » (L’école, l’enfant et la maitres…, « Une Histoire sans caca… », « Une Souris ver… », « Le Petit Chaperon rou…, » « Un Roi et une rei… ». Le principe est d’évoquer un texte bien connu des enfants et de le pervertir en le complétant au niveau des points de suspension (qui correspondent à la tourne de page) par un texte différent en insérant par surprise des traits de loufoquerie ou de scatologie.
Le texte est construit comme un dialogue, la parole enfantine étant celle qui crée les distorsions, et la parole adulte tentant en vain de réfréner sa fantaisie. « Maman les p’tits bateaux » devient « Maman les p’tits ba…lais », puis « les p’tits ba…llons » ; lorsque la chanson change, après un coup de colère de la voix qui contrôle, « Les crococro » devient « les cro…ttes de bique ».
Succès garanti : cela fait beaucoup rire les enfants. C’est aussi un apprentissage du jeu de mot, avec parfois au passage des apprentissages linguistiques intéressants…

Les Découvertes vertes d’Anna Zavatian

Les Découvertes vertes d’Anna Zavatian
Vincent Cuvellier, ill. de Charline Collette
Hélium, 2026

Savante et détective en herbe

Par Anne-Marie Mercier

Le père d’Anna Zavatian est un scientifique, un découvreur. Il était sans doute aussi un explorateur puisque sa fille pense qu’il a disparu en Amérique du sud. Le tout est que sa fille a hérité de son goût du savoir, et un peu de ses connaissances : elle est un puits de science et raisonne comme peu d’enfants de neuf ans. Elle est aussi dévorée par l’envie de parcourir le monde alors que sa mère lui interdit de sortir. Elle ne va même pas à l’école, mais s’instruit à chaque occasion.
Les pages du carnet de découvertes d’Anna sont un régal de précision et de jeu avec les beaux mots de la science. On y voit ses tentatives pour décrire (le lierre, les différentes sortes de pluies…), définir (les cuticules), comprendre (d’où vient le vent ?)…
Une assistante sociale vient vérifier que l’enseignement à la maison est fait correctement mais pose une obligation à cette dispense scolaire : Anna doit aller en récréation tous les jours à 10h10. Sa mère l’accompagne et l’attend sur un banc pour la raccompagner… quel est le secret de cette mère ? Où est réellement le père d’Anna ?
La réponse fait diverger le roman réaliste en roman policier aux allure futuristes : le père est prisonnier d’un entrepreneur sans scrupules qui veut lui voler son invention pour devenir maitre du monde. Avec l’aide d’une amie rencontrée dans la cour de récréation (un peu simplette mais très dynamique), d’une jeune femme en mal d’amoureux et d’un libraire distrait, Anna va venir à bout de tous les mystères.
C’est drôle, inventif, surprenant… et très instructif !

Le Meilleur du cinéma pour les enfants.

Le Meilleur du cinéma pour les enfants. Les films incontournables à montrer aux plus grands, à partir de 7 ans !
Benshi
Seuil jeunesse, 2026

Pour un été (et plus) au cinéma avec les enfants

Par Anne-Marie Mercier

Ne demandez pas qui est Benshi : ce mot (qui vient du japonais) désigne ici un site (benshi.fr, « le cinéma qui fait grandir ») créé à l’initiative d’une salle de cinéma indépendante (le studio des Ursulines). Benshi est autant une plate-forme de cinéma qu’un lieu de recommandation de films pour les parents d’enfants de 2 à 11 ans. Privilégiant les qualités esthétiques, les valeurs d’empathie, la singularité et la longévité des œuvres, on devine qu’ils ont des goûts assez classiques (et de bon goût), ce dont on ne se plaindra pas, le contraire ayant un boulevard devant lui par les temps qui courent).
Les films sont présentés par recommandations d’âge (de 7 à 10 ans et plus, cette catégorie pouvant inclure les adultes cinéphiles). On y trouve aussi bien des dessins animés (Le Château ambulant, Indestructibles), que des films d’aventure (L’homme de Rio, Hugo Cabret), des classiques (Le Dictateur), des comédies musicales (Les Demoiselles de Rochefort), des documentaires (Microcosmos). Pour les plus âgés on trouve La Rose pourpre du Caire (ambitieux!), et bien sûr Star Wars ! On trouve aussi  La Nuit du chasseur, qui est peut-être un peu trop terrifiant (j’attendrais pour celui-là), et illustre le fait que ce n’est pas parce que des enfants en sont les héros qu’une œuvre peut leur être proposée.
Chaque film est présenté avec son affiche, un synopsis de trois à quatre lignes pas plus (parfait !), les informations essentielles (réalisateur, pays, durée – précision très importante avec des enfants si on veut éviter la frustration d’un visionnage inachevé– ), et les thèmes (que l’on retrouve en fin d’ouvrage dans un index propre). L’avis de Benshi est accompagné d’une liste de bonnes raisons pour voir le film, de suggestions de films ou romans proches et de questions. Celles-ci n’ont pas toutes le même intérêt : certaines semblent faites pour voit si le film a été regardé attentivement (un peu trop scolaire à mon avis…), d’autres pour lancer une discussion avec l’enfant, soit sur les thèmes abordés, soit sur l’esthétique du film (c’est mieux !).

Très pratique avec ses index, plein de bonnes idées, c’est un bon guide pour futurs cinéphiles.
Un autre volume (Benshi présente le meilleur du cinéma pour les enfants: Les films incontournables à montrer aux 3-6 ans) a été publié en 2022 pour les plus jeunes.

 

 

 

La Lune

La Lune
Henri Galeron, d’après Grimm
(Les Grandes personnes), 2026

La lune découpée en quartiers

Par Anne-Marie Mercier

Le conte, qui déploie imaginaire nocturne et leçon de vie est superbement illustré et mis en scène. Il tient un discours qui met en garde contre le désir d’accaparement du bien commun, sujet toujours et plus que jamais d’actualité.
L’album, en format assez grand et cartonné propose le texte en page de gauche, et les images à droite dans un dispositif classique et sage. Les images sont plus décoiffantes et montrent des scènes nocturnes saisissantes, avec des bleus intenses, des effets de luminosité superbes, des ombres noires.

C’est beau et si tous les contes étaient présentés ainsi on ne lirait plus que cela, encore et encore, comme il se doit.

Cric ! Crac ! les taupes passent à l’attaque !

Cric ! Crac ! les taupes passent à l’attaque !
Aurélien Dony, Nina Neuray
Cotcotcot édtions, 2026

Sauver la terre (et le sous-sol) 

Par Anne-Marie Mercier

Après un passage par des pages sombres, dans le noir (nous sommes sous la terre), les clichés volent en éclat : il n’y a pas « rien » sous la terre ; au contraire, cela grouille de vie et nous voilà embarqués dans le monde fort sympathique et coloré des taupes. Il y en a des bleues, des rouges des grises, qui vivent dans de multiples tunnels ; cela grouille dans l’image, la surpopulation guette. Mira et Mireille sont de délicieuses amies qui s’émerveillent aussi des beautés du monde de la surface.
Les taupes ont le cœur sensible et s’approchent d’une fillette qui pleure au bord de la rivière : elle a appris la construction imminente d’un supermarché au bord de sa rivière, qui va chasser tous ses amis. Le lendemain nos deux héroïnes taupes constatent la catastrophe et font appel à tous les animaux qui se liguent pour l’empêcher. Le chantier est bloqué, les ouvriers décidés à ne plus jamais détruire la nature. Tout cela est mignon et assez naïf, mais porté par un enthousiasme communicatif, un bel espoir. Les images, éclatantes de vie et très dynamiques, font exister ce joli rêve.
Le mérite principal de ce petit conte, au-delà de son message de lutte contre l’artificialisation des sols, est de montrer l’épaisseur de la terre et les richesses du sous-sol : les terriers des taupes, le lieu de la germination des plantes, les racines, tout cela est joliment dessiné et coloré, autant que la délicatesse du monde d’en haut, fleuri et boisé.

Village

Village
Julia Safirstein
Editions du livre, 2025

Petite merveille

Par Anne-Marie Mercier

Curieux objet que ce tout petit… livre ?
Allongé, cartonné, il présente à chaque page des formes colorées géométriques qui évoquent des architectures, on passe d’une page à l’autre, perplexe. On est intrigué par l’épaisseur de ces pages doublées… Arrive un enfant à qui on présente cet objet.
Surprise ! en trois secondes l’enfant a trouvé le système : chaque page peut se déplier de l’intérieur. L’objet, une fois totalement ouvert, présente toute une série de cloisons qui s’articulent entre elles en étoile. Cela forme un ensemble coloré de maison de styles et d’inspirations géographiques variées. Tout un monde dans un petit livre.

L’histoire est véridique et je remercie la petite fille de six ans qui m’a ouvert ce trésor. Il plaira à tout âge – à condition de trouver le secret…
On peut le voir déplié sur le site de l’autrice

Le Temps du Capitaine Brett

Le Temps du Capitaine Brett
Blexbolex
La Partie, 2026

 Abordage de l’innocence

Par Anne-Marie Mercier

Le Temps du Capitaine Brett est un livre qui ne laisse pas indifférent et dont on ne sort pas indemne, comme d’autres grands livres d’enfance. Comme dans Pinocchio ou L’île au trésor, un enfant y fait l’expérience à la fois de l’aventure et de la solitude. Il découvre la méchanceté,  l’ambivalence des sentiments, et la dangerosité du monde, bref, il vit le temps de la fin de l’enfance et de la fin de l’innocence.
Comme dans les romans cités plus haut tout cela est agréablement coloré de thèmes classiques de l’aventure (pirates, trésor, enquête,…). Ici, c’est particulièrement coloré, au sens propre, avec les belles images de Blexbolex à l’esthétique inspirée de la sérigraphie. On retrouve l’univers étrange des Magiciens dans ce volume qui lui ressemble aussi formellement.
Le jeune héros est envoyé chez un oncle savant, collectionneur et distrait, qui ne s’occupe pas beaucoup de lui. Il s’y ennuie malgré la présence bienveillante d’une cuisinière-gouvernante talentueuse. Il s’échappe pour parcourir en cachette la ville, impressionnante (Leipzig ?). Il tombe sur une bande de pirates dirigée par un capitaine à tête de mort et comprenant entre autres un chat anthropomorphe et une fille portant un masque. Pirates de rivières, et d’égouts, ils ne craignent pas de faire couler le sang. Ils capturent l’enfant et l’enrôlent comme mousse à bord de leur barque étrange. Les différents chapitres montrent comment l’enfant tente de leur échapper et comment il retombe sans cesse entre leurs griffes, comme dans un rêve récurrent
Au fil du texte, on comprend que l’oncle (et peut-être toute la famille Perthuis, dont le nom, archaïque comme le prénom de l’enfant, Hyéronimus,  est significatif) a rencontré le capitaine dans son enfance : malédiction familiale, fantasmagorie de l’enfant qui s’ennuie, métaphore de fins d’enfance et d’un temps répétitif, toutes les pistes d’interprétation sont possibles. L’ensemble est captivant et superbe, entre le roman graphique et l’album.
En 2009, Blexbolex a reçu la Golden Letter (Prix du plus beau livre du monde) à la Foire du livre de Leipzig pour son Imagier des gens (Albin Michel Jeunesse). Poursuivi par Saison (2009) et Romances (2013), il forme un superbe triptyque.

 

Comme un poisson fleur

Comme un poisson fleur
Julia Sørensen
Askip, 2026

« Votre chemin sera différent »

Par Anne-Marie Mercier

Le très bel album de Julia Sørensen aborde avec délicatesse la naissance puis la croissance d’un enfant atteint de trisomie. Elle lance d’abord le lecteur sur une autre piste : à sa naissance on découvre que les pieds de Marcel sont palmés. Mais la suite oublie cette malformation pour développer ce que le « petit truc en plus », le chromosome surnuméraire, génère dans le développement de l’enfant.
Loin de verser dans le pathétique, l’album insiste sur la joie mêlée de tristesse des parents, sur leur amour, la tendresse partagée, et surtout sur le fait que Marcel, pour l’essentiel, est un enfant comme les autres : il aime jouer, faire des blagues. Il progresse, mais il apprend, à son rythme. De belles images montrent des cubes à empiler un peu en vrac, ou un escalier à gravir comme autant de défis. On voit aussi que s’il est rejeté par certains enfants (« il ne peut pas jouer avec nous. Il casse tout »), il est accepté tel qu’il est par d’autres : un garçon et une fille sont ses copains ; ils font des bêtises ensemble.
Les images, composés aux crayons de couleurs, sont en teintes douces et en gris pâle, avec des contours estompés, comme les caractères du texte. La métaphore permet d’aborder les choses difficiles. Ainsi, le mot trisomie, qui fait peur, a été enterré par les parents dans le jardin, parmi les fleurs, mais pas complètement, pour le garder à l’œil. C’est une belle formule pour évoquer le savoir et le non-savoir des parents. Ce n’est qu’avec l’arrivée d’une femme bienveillante, atteinte du même syndrome, que le mot sera « déterré » et que, peut-être l’acceptation s’affirmera.
Le beau titre, énigmatique, rappelle sans doute la malformation de Marcel, mais annonce aussi la dernière page où l’on évoque, après la scolarité future (avec des aides) de Marcel ses vacances où il pourra « passer ses journées à faire le poisson dans la piscine, le lac ou la rivière ». Le bonheur d’exister « comme un poisson dans l’eau », ou comme une fleur cachée puis découverte, ne dépend pas des catégories.
L’album est très beau, subtil et courageux. Il fait du bien aussi. Il en fera aux familles qui s’y retrouveront et aux autres également, qui découvriront ainsi que ces enfants sont avant tout des enfants, qui aiment, qui jouent, et qui apprennent, à leur rythme.

L’Hiver de Volpiglio

L’Hiver de Volpiglio
Karen Hottois, Julia Woignier
La Partie, 2026

Le temps d’aimer

Par Anne-Marie Mercier

Volpiglio est, comme son nom l’indique en italien (la volpe), un renard. L’hiver arrivant, il aide ses amis à entrer en hibernation. Ortrude la chauve-souris, Fru-Fru le hérisson, Ginette la grenouille, Pollen l’ours, Feuille la carpe, chacun a droit à une histoire pour s’endormir, un geste tendre, un lit bien arrangé, et voilà le renard seul avec l’hiver…
Il médite en vrai philosophe sur le temps qui passe, lentement. Il écrit des notes qu’il colle sur son frigo; il vérifie que ses amis vont bien et dorment toujours. Enfin, il écrit sur la neige tout ce qu’il aimerait pouvoir leur dire, jour après jour, effaçant le lendemain le travail de la veille. Quand ses amis ne sont pas là, il a la compagnie des mots. Certains sont ses préférés, comme pamplemousse, « parce qu’il est rond et vient d’un pays lointain.  […] Il aime répéter les mots feuilleter, berceuse, gâteau roulé, poule en chocolat, coulis de fraise et encore craqueler. »
Le texte, subtil et poétique, est accompagné de belles aquarelles : faisant alterner vignettes, images séquentielles et illustrations en double page, elles épousent le rythme du récit et illustrent l’attention du personnage aux petits choses comme aux grandes. La beauté de la nature hivernale est soulignée par des détails, des paysages, des traces de bleu sur le blanc de la neige (« ce blanc est plus blanc que le blanc d’œuf blanchi avec du blanc d’œil »), des couleurs intenses qui tranchent sur ce blanc. Les images qui montrent le renard écrivant sur la neige sont superbes : on le voit comme un artiste de l’action painting, un Pollock, qui « recouvre de lettres majuscules et minuscules, de points et de virgules le champ immaculé de son terrier ».
Au-delà de cette beauté, la solitude de Volpiglio est centrale. Avec ses amis, il semble beaucoup donner et ne rien recevoir ; il manque de mots pour leur dire ce qu’il ressent à leur égard. Mais la fin nous rassure : on peut s’exprimer par gestes et cela vaut bien tout un discours.

C’est un très bel album, charmant par sa douceur et sa sensibilité aux petites choses, profond par sa réflexion sur la solitude, les mots et l’amitié, avec de très belles images à contempler, lentement, comme en hiver.

 

Constellations 2

Constellations 2
Paul Geai, Jeanne Picq
Cosmographe éditions, 2026

Le ciel entre images et mythes

Par Anne-Marie Mercier

Ce deuxième volume de Constellations (même éditeur, 2001) reprend le même principe : une succession de pages et de calques pour décrire sous divers aspects une constellation. On y présente huit nouveaux ensembles stellaires : Taureau, Aigle, Lièvre, Poissons, Paon, Lynx, Caméléon et Dragon.
Le dispositif est le même : en page impaire une devinette propose de deviner l’animal dont le nom désigne le groupe d’étoiles, sous la forme d’un « qui suis-je ? » ,  tandis que la page de droite présente sur un calque bleu les étoiles, avec leur nom, et les lignes imaginaires qui, traditionnellement, les relient entre elles pour esquisser une image de l’animal. Par transparence, on distingue vaguement la forme de l’animal. Le calque bleu cède la place à un calque transparent sur lequel la constellation est à nouveau tracée, cette fois en traits dorés, les grandes étoiles faisant de belles flaques lumineuses. A travers le calque on distingue cette fois le dessin de l’animal sur lequel les lignes se superposent. Enfin, on peut contempler encore mieux en tournant la page.
Pour cette représentation, Jeanne Picq a choisi un dessin net, beau,  toujours stylisé, et des couleurs et motifs en teintes adoucies (bistre, bleu nuit).

Tout cela est très beau et mérite qu’on l’emporte en vacances pour contempler le ciel d’été avant de réviser sa mythologie.

On peut feuilleter quelques pages du premier volume (épuisé, malheureusement) sur le site de Cosmographe édition et y savourer la présentation de la constellation de l’aigle de ce volume 2.