Arthur et les quatre voleurs

Arthur et les quatre voleurs
Guilherme Karsten
Seuil jeunesse, 2025

Ocean 5

Par Anne-Marie Mercier

Comme dans un film comique où des gangsters maladroits échouent dans une attaque de banque, ces quatre voleurs, trois hommes et une femme, sont parfaitement ridicules dans toutes leurs opérations : déguisement, planification, parcours des égouts… Ils ont voulu donner un rôle à leur neveu, trop distrait dit-on pour être voleur mais aimant dessiner : c’est lui qui fait les plans devant les guider dans les égouts.
De belles pages sombres les montrent parcourant les souterrains, un peu comme ce qu’on voit dans les albums montrant les habitas des animaux sous la terre, et aboutissant là où il ne faut pas (cage d’un lion, eau infestée de requins, prison, et salle des coffres enfin…).
Ses oncles coffrés, Arthur devient un artiste célèbre. On ne voit pas bien le rapport, mais cela donne de belles pages colorées après tout ce gris. Joli, amusant, mais un peu gratuit.

Écoute les animaux de la jungle

Écoute les animaux de la jungle
Alexandra Huard (ill)
Didier jeunesse, 2025

Cui, cui, grrr

Par Anne-Marie Mercier

Ce nouveau volume de la collection « mon petit livre sonore » mérite d’être signalé pour la qualité de ses illustrations : jaguar, toucan, colibri, paresseux, etc., dont on peut entendre le cri en appuyant sur une pastille facile à repérer, sont montrés avec des cadrages et des points de vue variés, dans différentes situations, avec de vives couleurs et des arrière-plans de paysages magnifiques, tout cela en utilisant des techniques très variées. La grenouille dendrobate est d’un bleu lumineux, tandis que les feuillages et fleurs sont délicatement représentés.

La Soupe au lait

La Soupe au lait
Emilie Leduc
Monsieur ED, 2025

5 fruits et légumes pour tous!

Par Anne-Marie Mercier

Etrange histoire que celle de Monsieur Cécil, qui vit dans une maisonnette cachée au fond des bois… non ce n’est pas un sorcier mais un… squelette. Sa seule sortie consiste à acheter du lait au village, en quantité : il ne mange que de la soupe au lait, et toujours seul. Jusqu’au jour où un petit oiseau raconteur d’histoires vient troubler sa tranquillité et mettre du désordre dans sa vie bien rangée.
Couleurs, personnages et bons plats variés pleins de légumes entrent alors dans sa vie.

Drôle d’album, histoire jolie, pour ne plus frémir à Halloween.

Chasser le chat

Chasser le chat
Alice de Nussy, Jean-François Martin
Grasset jeunesse, 2025

Au pied de la lettre

Par Anne-Marie Mercier

Tout un album autour d’une expression figée (ici, « avoir un chat dans la gorge ») ou d’un jeu langagier, ce ne serait pas le premier exemple en littérature de jeunesse (voir les chaussettes de l’archiduchesse, etc.). Mais ici l’expression prise au pied de la lettre prend toute son importance, imitant le processus d’apprentissage de la langue lors duquel on prend les mots de ces expressions au sens propre, dans un premier temps.
Le chat en question, tout petit d’abord contre la gorge de la fillette enrhumée, devient énorme après chacune de ses tentatives pour s’en débarrasser.
C’est bien pratique aussi : on recense toutes les techniques pour tenter de venir à bout de l’animal : raclements de gorge, verre d’eau, pastille au miel, rugissements… jusqu’au verre de lait final qui règle la question.
Les illustrations très sobres de Jean-François Martin donnent une allure de mode d’emploi à cette quête, avant de passer par le fantastique puis revenir au début, fort calme.

Du calme, grand monstre rouge !

Du calme, grand monstre rouge !
Ed Emberley
Traduit (anglais, USA) par Judith Capitaine
Kaléidoscope, 2025

Pour les colériques: un, deux, trois, respire !

Par Anne-Marie Mercier

Image de la colère, ce nouveau monstre d’Ed Emberley qui s’est fait connaitre avec Va-t-en, grand monstre vert ! ne disparait pas comme le précédent avec une simple décision du lecteur. En effet celui-ci, page après page, chassait le visage du monstre, élément après élément (dents, cheveux, etc.). Ici, c’est le monstre lui-même qui, aidé par le lecteur, se dégonfle : celui-ci lui propose de fermer les yeux, respirer profondément avec lui, compter jusqu’à cinq, pour perdre peu à peu les éléments de la colère (couleur rouge, fumée, cheveux en pétard, bouche crispée… et finir avec un beau sourire.
On pourrait y voir un énième album sur la « gestion » des émotions et surtout de celle qui dérange le plus l’entourage, mais ce qui prime ici est l’utilisation des couleurs et des formes simples, le bonheur de la transformation, ou le fait de tourner les pages, encore une fois, agit sur le réel.

Premier jour

Premier jour
Morgane de Cadier
Grasset jeunesse, 2025

Découvrir la beauté du monde

Par Anne-Marie Mercier

Dans Premier jour, un petit être tout rouge, vaguement humanoïde, découvre le monde et s’en enchante, comme le lecteur avec lui : voir les arbres en les regardant depuis leur pied, découvrir le jeu des ombres et de la lumière dans un sous-bois, sentir l’herbe sous ses pas, humer l’air près de la rivière, se voir à l’envers dans l’eau (clin d’œil à Monet avec le pont sur des nymphéas), y flotter, rencontrer un autre être vivant, échanger un regard, découvrir la nuit…
Les illustrations sont superbes, on est dans un tableau. Les bleus et les verts se conjuguent avant l’explosion de couleur qui précède le mauve de la nuit.

Si j’étais une plante

Si j’étais une plante
Gaia Stella
Grasset jeunesse, 2025

… je serais un arbre

Par Anne-Marie Mercier

Ce joli album documentaire propose de voir la plante en se mettant à sa place. Mais tout d’abord il faut choisir celle qui sera le support de l’imagination : cactus, tulipe, pissenlit, plante carnivore ?
Ce sera un chêne. Mais cela n’empêche pas de traiter de toutes les plantes, avec leurs points communs (comment elles se nourrissent, par exemple – certaines uniquement de lumière et d’eau, d’autres d’insectes…), comment elles communiquent entre elles et même «entendent» l’eau.
On voit la démonstration de l’utilité des plantes, leur diversité, leur nombre. A cela s’ajoute le caractère indispensable des insectes pollinisateurs et des oiseaux pour la dispersion des graines. La leçon est légère, illustrée par des dessins schématiques et des dialogues souvent comiques portés par toute sortes de bestioles.

 

 

 

Une si longue vie

Une si longue vie
Giulia Vetri
La Partie, 2025

Un an, c’est…

Par Anne-Marie Mercier

Pour les enfants qui aiment les records, les échelles de grandeur et comprendre ce qu’est le temps et notamment la durée de la vie (plus délicat), cet album documentaire est parfait, progressant pas à pas sur ces questions.
Un an, c’est… quatre vies de moustique, 2 vies d’éphémère, une vie de demoiselle géante des forêts… 3 ans pour une hirondelle, 7 pour un écureuil roux, 10 pour la mésange, 12 pour une poule, 15 pour un chien, 20 pour un paon, 30 pour un ours polaire ou un cheval… jusqu’à plus de 1000 ans (un pin, un corail) et même l’éternité avec l’exemple de la méduse immortelle qui « sous l’effet du stress, peut inverser son cycle de vie et rajeunir en repassant au stade du polype ». Chaque page représente plusieurs animaux sur fond blanc ou coloré, comme dans une encyclopédie.
Discrètement, des humains passent au milieu de tous ces animaux : une enfant a 3 ans et va à l’école, une femme à 30 ans fait du sprint et de l’endurance, un autre à 70 ans peut apprendre une autre langue. Une autre nage à 100 ans alors que la moyenne d’âge des femmes est de 83 ans…
La simplicité n’empêche pas la rigueur scientifique : une première page indique les partis-pris pour le calcul de la durée de vie (espérance de vie, paramètres…), les choix de représentation pour les animaux (femelles à l’état sauvage) et en fin d’album quelques notions sont éclaircies (prédation, genre et reproduction, sauvage vs civilisé…). Instructif et beau.

Deux frères en camping

Deux frères en camping
Da Wu
Traduit (chinois) par Chun-Liang Yeh
HongFei, 2025

De la SF à portée des enfants

Par Anne-Marie Mercier

Dès la couverture, nous sommes entrés dans l’histoire : le lecteur adopte le point de vue des animaux rassemblés, la nuit, autour d’une tente éclairée de l’intérieur ; ils regardent les silhouettes des deux enfants qui conversent tranquillement. Ensuite, les pages de garde déplient le paysage, largement, sous un beau ciel étoilé. C’est une plaine sur laquelle se découpe une butte, régulière comme un tumulus. La tente éclairée est posée dessus, petit parallélépipède lumineux dans la nuit…
Lorsque l’histoire commence, les enfants sont en route : ils ont planté leur tente le matin ; ils cheminent dans la nuit en traversant une forêt, puis s’installent dans leur tente, à l’abri. Les dialogues montrent les inquiétudes du plus jeune (il y a des animaux dangereux, des Ovnis ?) l’ainé le rassure : il n’y a personne… croit-il.
Les images montrent le contraire. Un peu plus loin, on verra la butte et la tente s’envoler, loin dans l’espace, jusqu’aux lointaines galaxies (ce que l’on prenait pour une butte était donc une soucoupe volante). Au réveil, le plus jeune se souvient de tout mais pense que c’était un rêve. Pourtant, une fois hors de la tente, ils ne découvrent plus qu’une plaine. La butte a disparu : que s’est-il passé ?
C’est un bel album avec son format à l’italienne dont les doubles pages donnent une idée de l’immensité inquiétante de la nuit, puis de l’espace intersidéral. À d’autres moment, de petites images séquentielles mettent l’accent sur les échanges entre les enfants et l’inquiétude du plus jeune, introduisant de la variété et de l’humour.

Marmelade et Mirabelle

Marmelade et Mirabelle
Marie-Lou Hainsellin
Gallimard jeunesse, 2025

Amies amies

Par Anne-Marie Mercier

L’amitié, c’est bien, mais il ne faut pas que cela enferme. La complémentarité, c’est magnifique, mais il ne faut pas que cela ampute. La fable de Marmelade et Mirabelle illustre cela, par l’exemple, sans en faire une leçon.
Les deux souricettes vivent chacune des deux côtés d’un pont. Elles se ressemblent et ont les mêmes goûts. Elles se voient tous les jours. Mirabelle attend son amie en préparant une pâte à tarte tandis que Marmelade cueille en chemin les mûres qui la garniront. Leur emploi du temps est immuable : confection de la tarte, lecture, thé et cueillettes dans les bois.
Cela dure jusqu’au jour où le pont est détruit par un orage. Elles s’envoient des messages longtemps et puis un jour les messages de Mirabelle n’arrivent plus. De loin, Marmelade voit qu’elle a des visites. Chagrin, dépit, elle s’enfonce dans la tristesse puis finit par explorer autour de sa maison loin des sentiers habituels, trouver des mûres, et profiter des trésors d’émotions amassés dans sa maison.
Jusqu’au jour où la fin, heureuse comme il se doit, ramène Mirabelle, avec une explication de son silence. Depuis les deux amies sont à nouveau heureuses mais elles ont tiré les leçons de cette expérience. Dessins mignons, un peu démodés, jolies tartes et superbes mûres, couleurs en camaïeu, c’est charmant.