Jolene

Jolene
Shaïne Cassim

L’école des Loisirs (medium), mars 2012.

Amour vache 

par Catherine Rivat & Justine Vergély master MESFC Saint Étienne

C’est dans un univers empreint de blues, que l’auteur nous présente l’histoire d’Aurélien, jeune lycéen plutôt marginal. C’est à travers son regard que nous sommes plongés dans son quotidien plein de conflits intérieurs et d’incertitudes. En effet, il semble reproduire le schéma paternel en se comportant comme un goujat envers les jeunes filles de son âge, les « toutes pareilles ». Il enchaîne les conquêtes, jusqu’à que ce que sa vie soit chamboulée par une rencontre… Jolene.

Dès lors, peurs, craintes, doutes,… vont le submerger et lui faire prendre conscience de ce que peut engendrer l’amour. Leur passion, loin de celles des romans à l’eau de rose, les transporte dans un état de dépendance mutuelle, au point d’en oublier la vie alentour, jusqu’au jour où tout bascule…

Shaïne Cassim nous dépeint sans concession les comportements adolescents avec une  analyse psychologique précise. Une véritable tension naît au sein de l’histoire. L’omniprésence de références, tant musicales que littéraires, permet la création d’un cocon amoureux, à la fois surprenant et insolite, en marge de la société. Ce roman s’adresse en priorité aux adolescents en montrant que les épreuves de la vie peuvent être surmontées, tant par soi-même que grâce aux autres, pour terminer sur un message d’espoir : il faut croire en la vie et en l’avenir.

Philomène et les ogres

Philomène et les ogres
Arnaud Delalande, Charles Dutertre
Musique de David Chaillou
Gallimard jeunesse (Giboulées), 2011

Les ogresses musicales

Par Yann Leblanc

Comme au jeu des chaises musicales, un enfant transformé en ogre est remplacé par un autre dès qu’il le touche. C’est le cruel sort réservé à Philomène qui va dans la forêt malgré l’interdiction de sa maman. On retrouve ici une belle idée de Pierre Gripari, celle du dragon de la superbe Histoire du prince Pipo, mais sans la dimension philosophique et poétique.

Les dessins sont superbes et drôles, la musique discrète et parfaite, les chœurs d’enfants charmants et la voix de Jean-Paul Marielle merveilleuse de justesse.  Ce n’est pas le cas de celle qui interprète Philomène, un peu trop forcée dans l’infantilisme faux. L’ensemble est joliment drôlatique, mais sans état d’âme quant aux stéréotypes (les gentils sont blonds, qu’on se le dise !).

Quand un dinosaure déménage

Quand un dinosaure déménage
Nastasia Rugani

L’école des Loisirs (Neuf)

Struggle for life

Par Floriane Damien et Lisa Badard master MESFC Saint -Etienne

Ulysse a le cafard. Il déménage. Il quitte Paris et ses deux meilleurs copains, pour aller vivre à la campagne. Faire sa rentrée en milieu d’année, c’est délicat : il faut faire ses preuves pour être accepté par les autres élèves et ne pas rester « le nouveau ». Si Ulysse est préparé à cette épreuve, il ne s’attend certainement pas à devoir gérer la situation qu’il découvre. En effet, la classe de CM1 est déchirée par une guerre des gangs, rurale et enfantine (un petit clin d’œil à La guerre des boutons). D’un côté, il y a les « Crasseux », une de bande de garçons dirigée par une fille prénommée Charlie, et de l’autre les « Couettes », des filles puériles. Entre ces deux groupes, et leurs coups bas à répétition, Ulysse doit choisir son camp.

Des personnages repoussent les stéréotypes d’usage, tels que Charlie, LA chef des garçons, et Vicky la maîtresse au look gothique. Mais cette originalité demeure cependant peu convaincante, car malgré un épilogue ouvert, qui permet au lecteur d’imaginer une suite, force est de reconnaître que les péripéties finales et la guéguerre entre les deux bandes, sont prévisibles et un peu légères.

Dans ce roman, une place importante est consacrée au ressenti du personnage principal qui voit sa vie bouleversée. A travers ces épreuves, le lecteur réalise qu’Ulysse est particulièrement mature pour son âge. Une comparaison implicite se tisse au fil de la lecture entre le personnage et son identification à un dinosaure. Au fur et à mesure des décisions qu’il prend, il évolue du diplodocus au tyrannosaure. Il est possible d’imaginer que cette identification présente dans le titre, soit due à la différence entre les « locaux » et ce petit parisien, qui s’imagine complètement étranger.

Enfin l’auteur met en avant un sujet rare dans la littérature de jeunesse, à savoir les troubles psychologiques, à travers le personnage du père qui soufre d’agoraphobie. La narration interne permet au lecteur de le découvrir par les yeux d’Ulysse, et ce point de vue enfantin minimise la situation. L’ouvrage assez réaliste traite aussi avec justesse des difficultés liées à un déménagement. Les lecteurs qui ont été confrontés à cette situation se retrouveront donc aisément dans ce scénario.

1. 2. 3… images

1. 2. 3… images
Catherine Chaine, Marc Riboud
Les trois ourses, Gallimard jeunesse, 2011

 

Photo-Abécédaire des chiffres

Par Anne-Marie Mercier

Les belles photos de Marc Riboud, en noir et blanc superbes, bien reproduites, sont classées de façon inhabituelle : non pas selon le lieu (Amérique, Europe, Russie, Chine, Ghana…), ni le sujet (beaucoup de photos de groupes, mais aussi d’objets, d’activités, de moments d’histoire ou de société), ni la date (des années 50 aux années 2000), mais le nombre – et le chiffre qui lui correspond : un promeneur, deux danseurs, quatre téléphones, onze couvercles de poubelle…

On n’apprendra peut-être pas à compter (à mon avis les images sont trop petites et difficiles à lire pour convenir à de très jeunes enfants), mais on aiguisera son sens esthétique, on s’amusera à chercher ce qui fonde la série et on sera curieux d’imaginer les histoires qui peuvent sous-tendre ces scènes ou bien l’on inventera une trame qui en réunisse quelques unes.

Le Bus de Rosa

Le Bus de Rosa
Fabrizio Silei, Maurizio A. C. Quarello
Sarbacane, 2011

 

De Rosa Parks à Obama : le chemin des USA

Par Anne-Marie Mercier

 Voilà une belle manière de donner une leçon de civisme qui mêle fiction et histoire, émotions et faits. Un vieil homme de couleur emmène son petit fils au musée Ford de Detroit et devant le bus dans lequel  Rosa Parks a commencé son combat, raconte la vie des noirs avant et pendant. L’histoire est à la fois très humaine, à travers cet homme qui se reproche sa lâcheté d’antan, et riche en éléments historiques : le Ku Klux Klan, la ségrégation, les débuts de la révolte pacifique, Martin Luther King sont évoqués sans que rien n’apparaisse comme trop didactique ou artificiel. Les images sont superbes, mêlant pastel gras aux couleurs vives et noirs et gris profonds, une façon juste d’opposer l’avant et l’après de la révolte des noirs.

La Revanche du clown

La Revanche du clown
Sara
Thierry Magnier, 2011

Clown en fugue

Par Yann Leblanc

On retrouve tout l’art de Sara dans cet album grand format : Les papiers découpés jouent sur les formes et créent de la profondeur dans un monde chromatique sobre : rouge, noir, blanc, quelque touches d’ocre… L’absence de texte est remplacée par une narration en image claire et fluide. L’univers poétique du cirque et de la nuit est superbement illustré.

Angel

Angel
L.A. Weatherly
Traduit (anglais) par Julie Lafon
Galllimard jeunesse, 2011

Romance paranormale, très normale

par Anne-Marie Mercier

Les anges sont à la mode et sont en passe peut-être de remplacer les vampires. Comme eux, ils ont une apparence humaine, sont très méchants ; ils se « nourrissent » des humains qu’ils laissent exsangues ou fous, avant de les tuer. Les deux héros ont pour mission de sauver la planète menacée par une invasion de ces êtres venus d’une autre dimension. Cela va leur prendre quelques volumes (le deuxième tome est annoncé pour aout 2012).
Willow est en apparence une jeune fille normale, mais sa mère est folle, elle ne sait qui est son père et a des pouvoirs de divination dans un premier temps avant de se découvrir mi ange mi humaine ; ses camarades savent si bien qu’elle est bizarre qu’ils la fuient. Alex, orphelin, a été élevé dans un camp d’entraînement de la CIA (on retrouve aussi la mode des espions façon Cherub…). Entre eux, on le devine, va naître un amour fou (mais rassurez vous comme dans Twilight, rien de sexuel pour l’instant). L’intrigue qui leur fait sillonner l’Amérique est menée avec quelques longueurs mais la lutte entre anges et tueurs d’anges a de l’allure et captivera ceux qui cherchent un gros « page turner » pour l’été.
L.A. Weatherly est par ailleurs l’auteure de la série « l’école des fées » (folio cadet) sous le nom de Titiana Woods.

Jeanne, parfumeur du roi

Jeanne, parfumeur du roi
Anne-Marie Desplat-Duc
Flammarion, 2012

Inodore et incolore

par Anne-Marie Mercier

Malgré un titre prometteur (on s’attend à la description d’une ascension problématique d’une jeune fille dans le milieu des artisans parisiens) et son inscription dans une série célèbre, les Colombes du roi soleil, ce roman n’a éveillé en moi aucun intérêt : le passage par la maison des demoiselles de Saint-Cyr est escamoté (sujet usé, sans doute ?), l’ancrage dans le 17e siècle très sommaire (on voit passer Mme de Grignan, mais à quoi bon?), la psychologie des personnages et les dialogues sont d’une extrême pauvreté. A part cela, mystères, enlèvements, révélations, dons innés et invraisemblances plairont aux amateurs de ce genre, mais à tout prendre, pourquoi ne pas lire un BON roman qui réunit les mêmes ingrédients (Waterloo nécropolis, par exemple, ou Vango) ?

A ceux et celles qui en douteraient encore, ce volume montre que cette série est un avatar de mauvais romans sentimentaux pour jeunes filles avec un alibi culturel qui ne fait guère illusion. Voir les articles d’Anne Arzoumanov  (« Parler XVIIe : étude d’une fiction linguistique ») et de Christine Mangenot (« Jeunes filles du XVIIe siècle pour jeunes lectrices d’aujourd’hui, ou la fabrique du féminin en littérature de jeunesse ») dans un volume paru récemment, dirigé par Edwige Keller  et Marie Pérouse : Les représentations du XVIIe siècle dans la littérature pour la jeunesse contemporaine : patrimoine, symbolique, imaginaire

 

Insoumise

Insoumise
Ally Condie
Traduit (anglais –USA) par Vanessa Rubio-Barreau
Gallimard Jeunesse, 2012

La Belle se rebelle

par Anne-Marie Mercier

Après Promise, Insoumise ; les deux couvertures des premier et deuxième tomes se répondent aussi joliment que les titres. Et ce deuxième volume remplit en partie les promesses du précédent : l’histoire d’amour (l’héroïne hésite entre deux garçons), l’aventure (ici, survie dans un monde inconnu et hostile), la lutte contre l’oppression, tout cela se poursuit également, avec un retournement final qui nous rappelle l’interrogation du premier volume (qui manipule qui ?) et qui maintient le suspens.

Malgré cela, il y a quelques longueurs et l’évocation réitérée des sentiments de l’héroïne finit par lasser : répéter n’est pas approfondir mais ressasser. Certes, un personnage peut ressasser, mais en ce cas, il faut un grand art pour maintenir l’intérêt.

Le Bal d’anniversaire

Le Bal d’anniversaire
Lois Lowry
Traduit (anglais) par Agnès Desharte
L’école des loisirs (Neuf), 2011

Vive l’école, à bas les bals !

Par Anne-Marie Mercier

On a connu Lois Lowry plus inspirée, plus percutante (avec le célèbre Le Passeur, en science fiction, avec Les Willoughby, pastiche de roman réaliste, ou encore avec L’Elue, beau récit initiatique proche de la fantasy). Ici, elle s’essaie au conte et accumule les stéréotypes, tout en modifiant quelques traits sans pour autant être très originale.

Une princesse s’ennuie ; comme elle va avoir seize ans, un bal est annoncé où elle choisira un époux. Pour voir un peu le monde avant cet événement bien ennuyeux lui aussi, elle échange ses vêtements avec sa femme de chambre (histoire type « Le Prince et le pauvre » de Mark Twain (1882) reprise par Disney, Fleischer, Foster, etc.) et va à l’école sous un faux nom. Elle y découvre les charmes de l’apprentissage et du jeune maître. Quant aux fiancés, ils sont tous aussi laids et ridicules que possible, on devine la suite. Certains passages de caricature outrée feront rire les très jeunes lecteurs, le côté romantique et sage plaira peut-être à quelques très jeunes lectrices : le classement en collection « neuf » malgré la longueur de l’ouvrage est judicieux.

Le site et le blog de l’auteure sont intéressants : j’y ai appris que les Mystères de Harris Burdick de Chris Van Allsburg (publié en 1984) venait d’être enrichi de nouvelles écrites par différents auteurs (Jon Scieszka, M. T. Anderson, Walter Dean Myers, Jules Feiffer, Louis Sachar , Stephen King , Sherman Alexie ) sous le titre de The Chronicles of Harris Burdick (voir l’article du Sunday book review) : je n’ai pas trouvé de traduction française : à quand ?