Quand je suis toi & tu es moi

Quand je suis toi & tu es moi
Preston Norton
La Martinière jeunesse 2020

On a échangé nos corps

Par Michel Driol

Ezra Darvent est un garçon tourmenté, insomniaque, qui rêve d’inviter Imogen au bal de fin d’année. Fan de Johnny Depp, il anime une chaine Youtube parodique et très populaire, mais dont il ne parle pas à ses amis. A la suite d’une éclipse, le voilà qui change de corps avec  Wynonna, tout en gardant ses propres pensées. Ces changements de corps interviennent à intervalles plus ou moins réguliers, avec la crainte qu’ils ne soient définitifs. Vont-ils aider les deux adolescents, à l’aide du corps de l’autre, à régler leurs propres problèmes ?

Ce récit fantastique à la première personne pose la question du genre et de l’identité. Qui sommes-nous ? Comment se construisent nos relations avec les autres, amitié, amour, découverte de la sexualité. Au-delà de la découverte du corps étranger de l’autre auquel il faut bien s’habituer, le roman permet aussi de découvrir les fêlures secrètes, familiales, de ces deux adolescents, dans une petite ville américaine où tout semble lisse et bien réglé. La question du travestissement est aussi mise en abyme avec la comédie montée par la troupe de théâtre du lycée, La Nuit des rois.

Un récit original plein de rebondissements, de quiproquos pour aborder les questions de l’affirmation de soi, de la construction de l’identité et des relations entre garçons et filles.

La Classe aux histoires

La Classe aux histoires
Rémi Chaurand – Illustrations de Laurent Simon
Casterman 2020

A chacun son histoire

Par Michel Driol

Ils sont 11 dans la classe de M. Berflaut : de Fouillis à Castagne, de Proprelette à Cradô… Tous les matins, ils racontent une histoire. Chaque histoire tient sur une double page avec, à chaque fois un dispositif narratif original, à l’image de l’histoire racontée. Enfin, c’est M. Berflaut (beau nom en verlan) qui raconte son histoire, à l’aide de tous les enfants de la classe.

On l’aura compris, le livre vaut moins par les histoires racontées que par la façon de les raconter, en fonction de son propre caractère, de son propre vécu. Et ce sont autant de portraits d’enfants qui se dessinent sous nos yeux, portraits forment induits par le nom de chacun. On pourra peut-être reprocher à cet album son côté caricatural et stéréotypé, mais ce serait passer à côté de deux de ses grandes qualités : l’humour et le respect pour les enfants dont il fait preuve. L’humour est présent à chaque double page, que ce soit dans l’histoire racontée ou dans le graphisme qui l’accompagne, toujours adapté et révélateur, au service du récit de l’enfant narrateur. Quant aux histoires, elles sont bien le reflet des enfants, et révélatrices de leurs désirs secrets, de leurs blessures intimes, de leurs fantasmes, de leurs espoirs en un monde meilleur. A leur façon, elles en disent long sur chacun d’eux, et sont comme une incitation à prendre en compte l’imaginaire des enfants pour ce qu’il révèle d’eux-mêmes.

Si le plaisir de raconter et d’écouter des histoires est aussi vieux que l’humanité elle-même, ce livre parle des rapports entre l’auteur et son récit, d’un monde de paroles où les récits des uns et des autres se croisent, se juxtaposent, ou se fondent ensemble pour inventer quelque chose de nouveau et de collectif. Et tout cela avec un humour sans faille !

La Chanson de Martin – Martin’s Song

La Chanson de Martin – Martin’s Song
Jane Méry – lu et chanté par Camille Claris et Andrew Paulsen
Trois petits points 2020

Chanson engagée…

Par Michel Driol

Alors qu’elle rentre de New York avec ses parents, Rose, une fillette d’une dizaine d’années, se retrouve en plein champ de tournesols, face à Woody, un musicien qui lui apprend le premier couplet de la Chanson de Martin. De retour à Paris, elle doit faire un exposé en anglais sur un personnage. Bien sûr, elle choisit Martin, cet enfant noir né dans les années 20 dont Woody a commencé à lui chanter l’histoire. Plusieurs fois, Woody réapparait, lui parle de folksong, de protest song, elle découvre la ségrégation et la condition des Noirs aux Etats-Unis. Au lieu de faire son exposé, elle chante la chanson de Martin, qui s’est enrichie de nombreux couplets. C’est alors qu’elle apprend l’identité de Martin, sa fin tragique. Mais Woody est là pour lui donner une leçon d’humanité et d’espoir.

Sur un canevas somme toutes classique (la biographie d’un personnage célèbre présenté au travers de recherches et d’un exposé fait par un enfant), ce livre audio présente de nombreuses originalités. D’abord par l’utilisation maitrisée du fantastique, avec le personnage de Woody (hommage à Woody Guthrie) qui a la capacité d’apparaitre et de disparaitre, et surtout d’être un extraordinaire passeur. Ensuite par l’association faite entre un choix musical (le bluegrass, la musique folk) et la biographie de Martin Luther King. Martin’s song rejoint ainsi les grands classiques des protest songs, comme Song For Sonny Liston (que l’on retrouve dans la Chanson pour Sonny d’Ahmed Kalouaz ), Who Killed Davey Moore, ou encore la Complainte pour Angela Davis (Guillevic/ Francesca Solleville). La chanson pour Martin n’est pas donnée entière d’emblée, mais se construit couplet après couplet, faisant ainsi découvrir les épisodes marquants de la vie de Martin Luther King, comme autant de petits flashs (l’enfance, le soutien à Rosa Parks, la lutte pour les droits civiques…). C’est aussi tout l’arrière-plan ségrégationniste qui est évoqué (avec en particulier l’allusion à la chanson Strange Fruits de Billie Holiday). Au-delà de la musique folk américaine, l’album s’ouvre à d’autres musiques folkloriques, c’est-à-dire populaires, au sens fort du terme. On a ainsi l’évocation de la Commune de Paris, à travers le Temps des cerises, magnifiquement et sobrement interprété a capella à deux voix. Woody explicite et défend le rôle d’une chanson folk qui est de raconter la vie, le travail du peuple : on a alors une perspective universaliste et non simplement axée sur les Etats Unis ou la France. L’album est donc à la fois une initiation à l’anglais (la version audio fait le choix de ne pas traduire Martin’s song – parfois chantée par Rose dans un anglais au fort accent français), une initiation au contenu politique de la chanson engagée, et une ode à la diversité du monde, aux multiples cultures populaires.

Sur le livret d’accompagnement, on trouve à la fois le texte anglais de la chanson et sa traduction en français, mais aussi un lexique dans lequel sont commentés et traduits des mots américains que l’on entend dans l’album, mots liés à la ségrégation et à la lutte pour les droits civiques, mais aussi à la musique.

Un livre audio au contenu humaniste insufflant l’espoir dans un monde plus ouvert, moins fanatique, et qui s’inscrit avec bonheur dans une forme musicale juste et appropriée.

On pourra écouter un extrait audio sur le site de la maison d’édition  : http://www.troispetitspoints.audio/

 

La Tête dans les nuages

La Tête dans les nuages
Tom Schamp
Little Urban 2020

Le plus haut livre du monde ?

Par Michel Driol

Ce livre est à la fois une toise de 2 mètres à accrocher au mur, et un immeuble de huit étages, chaque page étant un étage. On suit trois personnages qui y pénètrent, un petit Chaperon rouge dont le panier se remplit d’étage en étage, un lapin blanc, et un enfant déguisé en léopard.  Au fil des étages, on rencontre une chapellerie, un couple dans une voiture de course, un marin qui arrose une sirène qui se baigne, des joueurs d’échecs dans une pièce surchargée d’horloges, un gentleman farmer qui arrose un arbre, un gros chat, une petite fille dans une immense bibliothèque, en train de lire le livre que l’on lit, à l’envers… Enfin, au dernier étage, un banquet réunit tous ces protagonistes.  Sans oublier la minuscule petite souris qui se promène aussi de page en page, et qu’on pourra chercher…

Dans un univers proche de Lewis Caroll, Tom Schamp propose ici un album coloré, sans texte, ludique et joyeux, qui offre un imaginaire riche à ses lecteurs. Foisonnant de détails, entre réalisme et surréalisme, c’est un régal pour les yeux : chaque nouvelle lecture est l’occasion de trouver de nouveaux éléments féériques ou oniriques, de nouvelles incongruités, de nouvelles sources de plaisir.

La tête dans les nuages est quelque part un éloge de la folie douce, de l’imagination qui entraine de plus en plus  haut, loin de la grisaille du quotidien.

Qui lira rira !

Qui lira rira !
27 poèmes farfelus illustrés par Bruno Gibert
Seuil Jeunesse 2020

L’écriture en jeu

Par Michel Driol

Tout commence par des virelangues, comme une espèce de mise en bouche. Puis aux anonymes succèdent les auteurs et les autrices, de Raymond Devos à Paul Eluard, en passant par Andrée Chedid et Alexandra Brihoum. 27 poèmes courts qui se jouent tous de la langue. Les uns jouent avec les  sonorités qu’on retrouve à la rime. Les autres se jouent de l’initiale et on a des acrostiches. D’autres sont des calligrammes. Certains encore jouent avec les mots.  D’autres se jouent des répétitions ou des énumérations. D’autres enfin évoquent les signes de ponctuation. On a là une belle anthologie de l’exploration du langage que propose la poésie.

Est-ce à dire que la poésie n’est que jeu gratuit avec la langue ? Certes non, et l’auteur a su choisir des textes qui disent quelque chose du monde qui nous entoure, avec humour, c’est-à-dire avec sérieux. Qu’il s’agisse par exemple de Boris Vian Quand j’aurai du vent dans mon crâne, ou de Tardieu, dont La Môme néant clôt habilement le recueil, plusieurs poèmes parlent de vie et de mort, invitent à voir le monde autrement, et à le dire dans une forme précise, fortement marquée par l’humour.

C’est cet humour qui traverse aussi les illustrations en double page de Bruno Gibert. Un humour souvent  proche du surréalisme, dont il reprend certaines techniques comme le collage ou une façon de faire percevoir un monde différent (les yeux qui sortent du puits, par exemple). L’univers représenté est ainsi extrêmement divers, souvent autour de la figure du renversement : renversement des proportions, des situations, pour le plus grand plaisir du lecteur qui voit ainsi l’illustrateur aussi jouer avec le monde. Rien d’inquiétant, mais au contraire une grande jubilation à aller ainsi de surprise en surprise.

Une anthologie qui pourra être une belle ouverture à une certaine forme de la poésie.

Le Secret de Mona

Le Secret de Mona
Parick Bard
Syros 2020

Les invisibles

Par Michel Driol

Lorsqu’elle grille un stop et est arrêtée par les gendarmes en conduisant son petit frère à l’hôpital, Mona, qui n’a que 17 ans, déclenche une enquête sur elle et sa mère.Elle sera alors petit à petit contrainte de révéler son secret, qu’on ne dévoilera pas ici. .

La mère et le père de Mona ont tout perdu en tentant de remettre aux normes un hôtel restaurant. Puis tout va très vite. Mort du père. La mère qui se réfugie dans l’addiction au tabac et aux jeux à gratter. Elle vivote de petits boulots en petits boulots, toujours plus loin, puis nait Justin. Mona, à 16 ou 17 ans, devient quasiment la mère de sa mère et de son petit frère, s’occupant d’eux, de leur santé, au risque d’y perdre son propre équilibre mental.

Le roman s’inscrit dans une France rurale, et met l’accent sur les oubliés des services publics, sur les malchanceux, les victimes du désordre social. Il en dresse un portrait sombre, sans concession et plein d’humanité. Le roman est documenté, reprend des propos Gilets jaunes rencontrés par l’auteur sur différents ronds-points. Il n’y a pas de personnages négatifs dans le roman, mais des gens fatigués, en sous-effectif, dans l’ensemble pleins de bonne volonté, mais impuissants, à qui l’auteur, dans un dispositif très polyphonique, donne la parole : gendarmes, assistantes sociales, psychologues, conseillers municipaux, commerçants, maire… On sent que dans l’ensemble tous agissent parfois avec indifférence mais souvent avec bienveillance. Et pourtant le cas de cette famille reste invisible, et il faut le stop grillé pour qu’enfin les services se mettent en route et prennent la mesure de la situation. Le roman fait le beau portrait d’une adolescente privée d’adolescence, plus mûre que les autres, apprenant par nécessité à se débrouiller par elle-même.

Un roman très humain qui parvient à rendre visibles les oubliés…

Les Chinchillas dorment énormément

Les Chinchillas dorment énormément
Joëlle Ecormier – Brunella Baldi
Editions møtus 2020

Ainsi va la vie…

Par Michel Driol

Ce matin-là, Achille, le chinchilla de Lili-Rose, a une drôle de façon de dormir. Il est parti, lui dit son grand frère… mais il ne reviendra pas, il est mort. Après une saison de chagrin, Lili-Rose pousse la porte du marchand d’animaux qui lui avait vendu Achille pour adopter un autre animal,  un qui ne meure pas… Mais, à part les jouets mécaniques, tous les animaux proposés  ont un défaut. Ils vivent trop peu, ou  sont invisibles, ou trop rugueux, ou trop grands… C’est finalement avec un autre chinchilla que repart Lili-Rose.

Voilà un nouvel album pour parler de la vie et de la mort aux enfants, du travail du deuil aussi, avec sensibilité dans une langue pudique et métaphorique. Après le temps du deuil vient une autre saison, qui permet de penser un autre futur. Mais nul animal ne répond aux désirs de la fillette, ni dans la réalité, ni dans l’imaginaire, jusqu’à la conclusion qui pose le retour quasi identique du même, l’acceptation finale d’un destin, une façon à la fois de continuer le passé et de le changer en passant d’un chinchilla mâle à un chinchilla femelle. L’album se présente donc comme une leçon poétique de vie, la compréhension que la mort en est partie intégrale. Mort d’un animal familier, certes, mais mort quand même.

Dans des couleurs claires et vives, les illustrations entrainent dans un univers assez fantastique, peuplé de jouets mécaniques, de grenouilles qui font la course ou de fillettes volantes. C’est dire que les illustrations mettent l’accent sur la force vitale,  incitent à s’émerveiller devant le monde, et non à se complaire dans le chagrin.

Un album qui réussit le tour de force de reprendre avec beaucoup de légèreté la thématique baroque de l’universalité de la mort.

La Rumeur qui me suit

La Rumeur qui me suit
Laura Bates
Casterman 2020

Asociaux réseaux…

Par Michel Driol

Anna arrive en milieu d’année scolaire dans le lycée d’une petite ville d’Ecosse. Elle se refuse à parler d’elle, de son passé. Elle tente de se faire des amies. Ce qu’elle a fui avec sa mère, au point de changer de nom, après le décès de son père, c’est du cyber harcèlement après qu’elle a envoyé à son petit ami, son premier amour, une photo dénudée que ce dernier s’est empressé de faire circuler sur les réseaux sociaux. Et voilà que les choses recommencent, qu’un nouveau profil facebook à son nom est créé, et que tout le lycée se ligue à nouveau contre elle, l’injuriant, la harcelant, lui faisant des propositions obscènes et la traitant de tous les noms tant sur les réseaux sociaux qu’en sa présence.

Premier roman de son autrice, La Rumeur qui me suit sait dans un récit fort à la première personne, à la fois dire le désarroi d’une adolescente fragile, gentille, prévenante, loyale face à une meute qui a trouvé une victime, mais aussi dépeindre les réactions des adultes : entre la mère qui, après la fuite initiale, a la force de s’opposer, de dire non et de défendre sa fille, l’administration du lycée prompte à vouloir exclure celle par qui le scandale arrive, sans vouloir prendre de sanctions contre les harceleurs, pour éviter les vagues, mais aussi les autres, grands-parents, voisins, prêtres prompts à répéter ce qu’ils ont entendu et à juger. L’une des forces de ce roman est aussi d’établir un lien étroit entre l’adolescente et une sorcière du village, brûlée au XVIIème siècle : l’une fait des recherches sur l’autre, rêve à elle au point d’avoir de véritables hallucinations qui lui font vivre et revivre des épisodes de sa vie. Entre les deux jeunes filles, c’est d’une certaine façon une communauté de destins qui se noue, faite d’accusations sans fondement portées par ceux – des hommes essentiellement- qui sont au pouvoir, c’est une volonté d’exclure ce qui dérange. Par là le roman décrit aussi une condition féminine impossible, qui fait que, quel que soit le comportement adopté, la femme sera sévèrement jugée par des hommes à qui l’on ne reproche rien.

Pour autant, le roman dessine aussi quelques figures masculines qui échappent à la meute des accusateurs. Le père, décédé trop tôt à l’issue d’une maladie qui laisse désemparées sa femme et sa fille. Un chercheur local, vieil homme en fauteuil roulant, plein de sagesse et capable de sentir le trouble d’Anna, de lui donner, avec tact, des conseils. Un élève plein de sollicitude, capable de se battre pour Anna, vivant loin des réseaux sociaux et se refusant à juger.

Sans doute ce roman devrait-il être lu par toutes les adolescentes, non pas comme une mise en garde contre les réseaux sociaux – d’autres s’en chargent -, mais comme un ouvrage donnant la force de résister aux harcèlements, d’être elles-mêmes, d’être fortes et de savoir prendre la parole pour se dire pour ce qu’elles sont, et non pour ce qu’on voudrait qu’elles soient. Tel est le sens des scènes finales, dans lesquelles Anna trouve, avec l’aide de ses amies, la parade, par la parole, par l’art, afin de construire une autre image d’elle-même, sa vraie image.

Un premier roman qui, on l’espère, sera suivi de nombreux autres aussi forts et puissants

Judith – l’Espoir de Béthulie

Judith – l’Espoir de Béthulie
Michèle Drévillon
Nathan – Collection Histoires de la Bible 2009

La jeune veuve et le général

Par Michel Driol

Alors que l’armée assyrienne, conduite par le général Holopherne, assiège la ville de Béthulie, Judith, une belle et jeune veuve, accompagnée par sa servante, se rend dans le camp ennemi. Là, elle séduit le général et lui tranche la tête, qu’elle rapporte, victorieuse, dans sa ville. Ce fait d’arme suffit à mettre les assaillants en déroute…

C’est à cette histoire biblique qu’est fidèle le récit de Michèle Drévillon. Elle ne cherche pas à le laïciser, Judith apparaissant guidée par Dieu pour agir conformément à la tradition. En revanche, elle introduit d’autres personnages, comme Rustom, esclave muet d’Holopherne, Achior, chassé par Holopherne. Elle donne du relief à la servante Tamor, et reconstitue le passé des personnages : l’histoire du mariage de Judith, par exemple. Ceci permet de multiplier les points de vue, en mettant en évidence celui des victimes d’Holopherne, en permettant au lecteur de partager leurs doutes.

Si le fond religieux – polythéisme contre monothéisme – est bien ancré dans le texte l’auteure fait d’Holopherne la figure du général sanguinaire, despotique, sadique, colérique, impatient… bref, une sorte de monstre à abattre afin de justifier l’acte de Judith, sans pour autant faire de celle-ci une héroïne résistante, luttant pour la liberté, ce à quoi inévitablement son acte ne peut que faire penser. Elle est plutôt ici symbole de la faiblesse qui l’emporte sur la force.

Un dossier final resitue l’histoire de Judith dans la Bible, un lexique donne accès aux mots les plus difficile, et une ouverture vers les arts plastiques ou la musique montre l’importance de cette histoire dans notre imaginaire.

Un roman historique pour permettre de mieux approcher certains épisodes de la Bible.

L’Amie en bois d’érable

L’Amie en bois d’érable
Delphine Roux Pascale Moteki
HongFei 2020

Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?

Par Michel Driol

L’Amie en bois d’érable, c’est une poupée Kokeshi en bois que reçoit Tomoko, une petite fille proche de la nature. La poupée partage alors la vie de Tomoko, jusqu’à un jour de pluie, où elle ne retrouve plus la poupée dans son sac à dos. A l’école, des cours sont donnés par un potier, et Tomoko fabrique une autre poupée, en argile. Les mots du potier la décident à raconter des histoires avec de l’argile, et elle devient à son tour potière. Livrant une commande dans la ville voisine, elle découvre, dans la devanture d’un boulanger, sa poupée de bois, et apprend comment elle est arrivée là.

« Les kokeshi, comme les céramiques, vivent parfois bien des histoires, passent de main en main et, à leur façon, relient les humains » : telle est la quatrième de couverture, particulièrement bien venue, car elle cible l’essentiel de ce bel album. Ce sont les objets, leur don, leur perte, leurs échanges qui servent de traits d’union entre les hommes. Ce sont les objets qui accompagnent l’enfant, l’aident à grandir qu’ils soient là dans le partage d’actions faites ensemble, ou qu’ils soient perdus, dans cette première expérience de la perte qui est de l’ordre du deuil. Ce sont aussi les objets que l’on crée, avec humilité, quand on « accueille juste la terre au creux de [ses] mains ». On a là une approche sensuelle des arts et des métiers ; qu’il s’agisse du travail du bois, de la terre, ou de la farine, il s’agit d’une esthétique de vie qui passe aussi par la bienveillance de tous : bienveillance de la tante, du maitre de poterie, de la femme du pâtissier… Cette vie ne se conçoit pas loin de la nature omniprésente dans l’album, qu’il s’agisse du texte ou des illustrations qui entrainent dans un univers poétique, car donnant à voir un monde différent, comme ce village qui se trouve dans un pot de bonzaï… Cette nature est comme une incitation au calme, à la méditation, à l’apaisement.

Au-delà de leur travail indispensable visant à mieux faire connaitre et partager les cultures orientales, les éditions HongFei livrent ici un album à leur image : être un trait d’union entre les hommes et les aider à mieux se comprendre