Les Palsou

Les Palsou, un conte de Noël
André Bouchard
Seuil Jeunesse

Le Père Noël n’est pas une ordure

Par Michel Driol

La famille Palsou vit dans un bidonville, mais cela n’empêche pas les enfants de s’amuser. Les parents ne savent plus rire, et tous les cours de rire donnés par les enfants, promus professeurs, ne servent à rien. Seul Monsieur Nicolas, le prof à l’école du quartier, avec sa grande barbe blanche, reste jovial. A l’approche de Noël, les adultes font les faux pères Noël, mines déconfites et regards tristes. Monsieur Nicolas offre alors une cocote toute neuve, qui a le pouvoir de réaliser tous les souhaits alimentaires. Tajine de gazelle aux olives, rougets sans arêtes, le repas de Noël devient une orgie et même le vieux La Guenille accepte de se laver. Et pendant que les adultes pleurent de joie, le père Nicolas, la nuit de Noël, part travailler… bien sûr sur son traineau.

Conte de Noël dédié à Charles Dickens, Karl Marx et François Ruffin, les Palsou est un album qui pourra surprendre, voire déranger par la plongée qu’il effectue au sein du Quart-Monde, montré avec réalisme par les illustrations. Si le texte, pris en charge par Charles Palsou, a le pouvoir de tout optimiser, l’illustration, dessin en noir et blanc, révèle une autre réalité, plus sordide. Ainsi « on va au marché » – mais on les montre en effet, à la fin du marché, fouillant les cageots abandonnés. Les enfants sourient toujours, ont les yeux grands ouverts devant le monde qui s’offre à eux, jouent, s’amusent, vont à l’école. Ils sont toujours représentés en couleurs, même si leurs vêtements sont déchirés. Ils sont porteurs des valeurs de fraternité (dans le quartier, on parle couramment chinois, espagnol, arabe…) et d’optimisme, tandis que les adultes ont démissionné. Regard vide, les plus souvent représentés en noir et blanc, ces derniers sont dans la survie et ne peuvent apprendre à rire, en dépit des efforts des enfants, qui renoncent à leur tour.  La Cocote Magique va redonner à tous le gout de rire. « On peut rire de n’importe quoi avec n’importe qui à condition d’avoir le ventre plein ». C’est cette dimension carnavalesque qui séduit dans cet album : plaisir de la nourriture, qui, comme au pays de Cocagne, vient en abondance, rire libérateur et salutaire, sens de la fête populaire qui rapproche les exclus malgré les différences – on est très proche de l’univers d’Ungerer dans Allumette. La violence sociale est présente, dans l’indifférence du marchand qui tourne le dos, dans la bourgeoise en manteau de fourrure et à la bouche carnassière qui donne des croissants aux pigeons, dans les conditions de vie dans le bidonville qu’on sent abandonné de tous, sauf du père Nicolas qui, clin d’œil au lecteur adulte, lit Le Capital tout en maniant le fer à souder…

A la fois drôle et triste, tendre et ironique, cette histoire est un vrai conte de Noël d’aujourd’hui dans lequel le merveilleux permet d’échapper au sordide.

 

Peut-être que le monde

Peut-être que le monde
Alain Serres, Chloé Fraser
Rue du monde, 2015

La Création en couleurs

Par Anne-Marie Mercier

« Peut-être que le monde n’était d’abord qu’une paisible et longue nuit »…

 

 

Au commencement est… le noir, d’où jaillissent les couleurs : d’abord le bleu , d’où naît l’eau et tout ce qui vit dans l’eau.

Ou bien c’est le rouge qui a surgi le premier, le feu, et de lui est née la chaleur qui donne vie aux végétaux et aux animaux.

Mais c’est peut-être le vert qui, un matin « a poussé son premier cri ». Ou encore c’est peut-être une étoile, noire parmi les autres, qui s’est changée en soleil d’où a jailli le jaune, et avec lui le monde des humains, les continents, l’histoire…

Chaque séquence consacrée à une couleur se déroule sur des doubles pages d’abord noires, puis formant un paysage minimal en noir et blanc qui se remplit peu à peu d’êtres et de couleurs variés pour s’achever sur un gros plan, une gigantesque pupille noire sur un fond saturé de couleur ; elle nous regarde et nous invite à plonger dans ce regard. La dernière de ces pupille contient en elle les continents, tous de la même couleur, image de l’unité du vivant et donc du genre humain.

Ce superbe album au format allongé est à la fois une œuvre d’art, un beau travail sur les contrastes, le noir, le blanc et les couleurs, un texte poétique qui propose un récit paisible et rêveur sur les origines du monde, et une réflexion sur la création, aussi bien celle de l’univers que celle des peintres et des poètes. A savourer et à méditer.

Lettres à mon cher Grand-père qui n’est plus de ce monde

Lettres à mon cher Grand-père qui n’est plus de ce monde
Frédéric Kessler, Alain Pilon
Grasset jeunesse, 2017

Beau duo pour un beau doublé

Par Anne-Marie Mercier

Frédéric Kessler et Alain Pilon tiennent avec leur deux volumes les deux bouts de la chaine de la vie: après ses lettres adressées à son petit frère in utero, Thomas écrit à son grand-père mort et enterré. On retrouve le ton agacé et impérieux du petit épistolier : ses reproches quant à la date de la mort (trois jours avant Noël = conseil, choisissez le jour de la rentrée par exemple, où tout le monde est triste…), ses réflexions sur le fait que le grand-père ne réponde pas, n’a pas arrosé les fleurs sur sa tombe…

Des vérités  finissent par sortir  (l’ennui, les difficultés du grand-père, bien diminué), le chagrin connaît ses crues et ses décrues, en suivant la progression de la compréhension  de ce qu’est la mort : une absence totale et définitive. Restent les photos, les souvenirs, la découverte du grenier et d’autres photos, où l’on voit que  le grand-père a été lui aussi un petit garçon, un bébé… Thomas  ne va pas jusqu’à déduire que, en bonne logique, lui aussi, petit garçon, mourra un jour ; mais on s’en approche. C’est dire la retenue de cet album qui avance prudemment et pas-à-pas sur une question que d’autres affrontent frontalement. C’est bien : il faut de tout en littérature de jeunesse, pour tous les âges et toutes les sensibilités (Frédéric Kessler a publié un petit roman intitulé A Mort la mort chez Thierry Magnier).

On retrouve l’humour léger du premier opus, mais il est tempéré par l’absence des réponses du grand-père, ce qui nous prive de l’échange savoureux que l’on avait dans l’album précédent : on comprend que les auteurs, qui ont mis en scène un échange de lettres débutant avec un embryon tout juste formé, on été rattrapés par le souci du réalisme  et n’ont pas souhaité donner une équivalence de vie à un à peine conçu et à un tout juste mort. Oui, le bébé est une personne – et le mort non. Cet album porte ainsi, malgré l’humour de la situation, une gravité qui fait ressentir la solitude de l’enfant. Comme dans le premier album, les adultes sont totalement absents, mais – belle trouvaille ! – le grand-père apparait dans une dernière vignette, lisant Babar à son petit-fils.

Bel hommage du dessinateur Alain Pilon dont, au fait, le style et la palette de couleurs sont proches de celles de ce grand ancêtre – son grand-père spirituel ? Une définition fine de son style sur Its nice that :  » between the quaint, minimal children’s book illustration of yore and a far more contemporary slant on comic book arts, with half-tone dots and monochromatic palettes a’plenty. The result is aesthetically pleasing and easy to digest, without losing out on any of the inherent humour ».

Bravo au duo d’artistes!

 

Lettres à mon cher petit frère qui n’est pas encore né

Lettres à mon cher petit frère qui n’est pas encore né
Frédéric Kessler, Alain Pilon
Grasset jeunesse, 2015

Bienvenue, monsieur bébé !

Par Anne-Marie Mercier

Cet album est une belle surprise. Il est rare de voir un « album épistolaire », encore plus rare d’assister à un échange entre un enfant et son frère à naître. Pourtant ce ne sont que des sujets bien communs qui y sont abordés ; la jalousie de l’aîné, ses interrogations, son agacement devant la lenteur du processus, l’affirmation de ses droits…. Du côté du petit, c’est moins convenu : encore plus de questions et d’incompréhension, des demandes de renseignements et d’aide, l’affirmation de sa faiblesse.

Le détail est plein d’humour ; l’aîné prévient : « l’hiver on grelotte et l’été on transpire. On mange à heure fixe et pas moyen de grignoter entre les repas ». A quoi le petit répond en s’inquiétant de sa nudité et en demandant la météo prévue pour le jour de sa naissance. Cet échange se fait sur un ton suranné, dans un style très soutenu : « je suis bien aise d’apprendre que l’on ne parle que de moi » dit le petit, à quoi le grand répond à « monsieur qui se prend pour le centre de l’univers » : « au centre du monde j’y suis moi aussi et j’y reste ! », signant « Votre grand frère agacé ». Adresses et signatures varient et se répondent, le ton évolue, jusqu’à une connivence, une demande de tutoiement, l’échange des prénoms. Les dessins, sur la « belle page », sont eux aussi à l’ancienne, imitant l’impression des couleurs sur planches. Ils font alterner des images assez classiques représentant un univers d’enfant et d’autres, sur fond noir, montrant de manière plus décalée le monde dans lequel médite le futur bébé.

Après demain… la suite : Lettres à mon cher Grand-père qui n’est plus de ce monde…

Mamie Coton compte les moutons

Mamie Coton compte les moutons
Liao Xiaoqin – Zhu Chengliang
HongFei 2016

C’est un volet qui bat, c’est une déchirure légère… l’absence la voilà

Par Michel Driol

Mamie Coton n’arrive pas à dormir. Elle compte et recompte les moutons, mais à chaque fois, pense à quelque chose qu’elle n’a pas fait, et va le faire : rentrer le pot de chrysanthèmes, graisser les gonds de la porte, faire rentrer le chien… Puis elle va se promener dans le village endormi. Enfin papi Coton revient de sa visite dans sa famille. Et mamie Coton, tranquille, s’endort enfin.

Habituellement, c’est un enfant que la littérature de jeunesse place dans cette situation de ne pas pouvoir – ou de ne pas vouloir – se coucher et s’endormir. Cet album déplace la perspective,  choisissant une petite grand-mère, dont on ne découvre qu’à la fin les raisons de son inquiétude. Les menus  gestes du quotidien deviennent alors une façon de tuer le temps, d’autres ne prennent sens qu’à la fin : la lanterne accrochée à la branche du grand arbre, le regard de la grand-mère porté sur le chemin. Ce qui frappe dans cet album, c’est la quiétude apparente du personnage ; sourire quasi énigmatique perpétuellement accroché à ses lèvres, sourire qui s’élargira à l’entrée de papi Coton, c’est aussi son attention aux autres, qu’ils soient végétaux, animaux ou humains, faisant d’elle un personnage empreint de bienveillance avec lequel le lecteur entre, de suite, en empathie.

Le décor, particulièrement soigné, contribue aussi à dessiner ce personnage par son cadre de vie, celui d’une maison chinoise, avec son poêle, sa scie à bois, les gousses d’ail pendues, la lampe à pétrole. Au-delà de la maison, c’est le village, avec ses ruelles en escalier qui semble dominer une plaine : c’est comme une vie de labeur paysan qui semble se profiler à l’arrière-plan. Les couleur font alterner des illustrations en teintes froides, en accord avec la nuit et l’angoisse non dite, et des teintes plus chaudes qui éclateront au moment de l’arrivée de papi Coton.

Un bel album pour dire l’amour simple et tendre qui ne s’en va pas avec le temps. Comme toujours, avec les éditions HongFei, l’inscription dans la Chine n’est pas simplement anecdotique mais atteint des valeurs universelles.

 

 

Chaton pâle et les insupportables petits messieurs

Chaton pâle et les insupportables petits messieurs
Gaëlle Duhazé
HongFei 2016

Délivrez moi de mes angoisses…

Par Michel Driol

Chaton pâle vit dans sa maison à l’orée du bois : il sort peu de chez lui – d’où sa pâleur – et il passe son temps à faire le ménage, cuisiner, nettoyer et lire. Chaque fois qu’il voudrait sortir de chez lui surgissent les insupportables Petits Messieurs qui n’aiment que la routine et adorent critiquer, le mettent en garde contre tous les dangers qui ne manqueront pas de survenir s’il entreprend quelque chose d’important. Jusqu’au jour où Grand-Mère Chat du Pissenlit fait irruption sur sa corneille géante qui se blesse en atterrissant. Malgré les mises en garde des Petits Messieurs, Chaton Pâle les accueille et Grand-mère Chat entraine Chaton Pâle dans la forêt tandis que les voix des Petits Messieurs se font de moins en moins entendre. Après le départ de Grand-Mère Chat, les Petits Messieurs déménagent, Chaton Pâle, qui fait désormais ce qui lui tient à cœur, devient Chat au Pelage de Vent.

La question des angoisses et de la confiance en soi est ici abordée de manière imagée. D’abord en mettant en texte et en images le dialogue intérieur entre l’individu – le Chaton, dont le nom seul est un appel à la protection et à la tendresse – et ses angoisses, personnalisées sous la forme des Insupportables Petits Messieurs. Et le contraste graphique est saisissant entre Chaton Pâle,  goutte au nez et mouchoir à la main,  aux grands yeux vides et ces créatures  monstrueuses, mi humaines, mi bêtes, menaçantes, agressives, envahissant tout l’espace de la page et du logement du chaton, donnant des conseils sans bienveillance aucune. L’album emprunte à la fois aux codes du roman (importance de certaines pages de texte) , de l’album (pages foisonnant de détails avec des teintes douces) et de la bande dessinée (présence de plusieurs vignettes sur la même page, bulles permettant de faire entendre les voix des Petits Messieurs ou de Grand-Mère), ce qui diversifie et renforce le dynamisme de la narration. Par ailleurs, l’émancipation du chaton va de pair avec  sa représentation de plus en plus grande dans l’espace graphique.

Grandir, c’est se libérer de ses obsessions, de ses peurs, de ses angoisses, avec l’aide d’un autre bienveillant qui aide à s’ouvrir au monde : voilà ce qu’illustre – non sans humour – ce bel album.

 

La Grande Forêt. Le pays des Chintiens

La Grande Forêt. Le pays des Chintiens
Anne Brouillard

L’école des loisirs (Pastel), 2016

Un Pays à vivre

Par Anne-Marie Mercier

Anne Brouillard construit ici tout un univers que l’on espère pouvoir explorer davantage très vite : la Grande Forêt n’est qu’une partie du Pays du Lac tranquille, à l’intérieur de Chintia qui comporte bien d’autres provinces : le Pays Lointain, le Pays Disparu, le Pays des Châteaux… mais aussi le Pays Comici, sans parler du Pays Noyé ou des îles qui l’environnent… Des cartes, soit générales, soit détaillées, nourrissent les « amateurs de cartes et d’estampes » et travaillent avec finesse la veine des pays imaginaires.

Les créatures qu’on y rencontre n’ont rien de trop extravagant ou terrifiant : un chien, Killiok, installé confortablement dans une petite maison où il prend le thé, son ami, un humain, Vari Tchésou (« magicien rouge », on ne nous en dit pas plus), qui devrait être revenu comme tous les étés et qui n’arrive pas, Véronica, une fille qui habite une grande maison, deux corbeaux qui parlent, des bébés-mousse, Monsieur Hysope, Suzy le cheval blanc, des jumeaux volants, le chat Miroir, le chat Mystère…

Il y a un peu de l’univers d’Alice dans la fantaisie des personnages et des situations, un peu du Vent dans les saules avec ces petites maisons de formes diverses très meublées et ces gouters répétés, une pointe de roman d’aventures avec les préparatifs de l’expédition, les sacs à dos, les pique-nique, les dangers, le suspense… et beaucoup d’Anne Brouillard avec le mélange de familier et d’étrange, l’atmosphère nocturne des images, une ombre générale qui fait que la moindre déchirure de ciel bleu est un éblouissement. On se régale.

L’intrigue se déroule pas à pas et se complexifie progressivement ; on découvre par bribes ce monde, tout d’abord à travers Killiok qui, inquiet de ne pas voir arriver son ami, part demander à Véronica si elle a des nouvelles, puis repart avec Veronica et les corbeaux. De rencontres en rencontres, la petite troupe s’agrandit, va de mystère en mystère… et sauve les bébés-mousse. Mais on sait qu’un danger demeure…

Réclamez des contes !

Réclamez des contes !
Delphine Jacquot
Les Fourmis rouges, 2016

Belle salade de contes ! achetez ma belle salade, bien fraîche !

Par Anne-Marie Mercier

Pinocchio, la Petite Sirène, Barbe-bleue, la Petite marchande d’allumettes, la Reine de Blanche-Neige, enfin tous les personnages, héros ou ennemis de héros, des contes classiques ont eu un problème à résoudre. La magie n’étant plus de mise dans notre siècle matérialiste, on leur propose à travers des « réclames » à l’ancienne le produit miracle : le loup n’a plus faim, la reine narcissique ne doutera plus de sa beauté, Cendrillon ne perdra plus sa chaussure, le vilain petit canard sera sûr de grandir, la Petite Sirène aura le prince à coup sûr et sans douleur… le conte s’achèvera paisiblement, ou plutôt n’aura pas lieu d’être puisqu’il n’y aura plus de difficulté à résoudre.

La fausse magie du progrès matériel et les illusions qu’on nous vend sont vues ironiquement à travers ces pages de texte qui vantent les qualités d’objets, potions, lotions, ou entreprises, et livrent des slogans définitifs. Il sont accompagnés de superbes images en pleine page qui relèvent davantage de l’art que de la « réclame » et montrent des héros heureux et satisfaits, vivant en paix avec leurs ennemis, confortablement, ou s’« évadant » sans risque, comme la chèvre du professeur Serein, dans un univers virtuel.

 

De givre et de plumes

De givre et de plumes
Edwidge Planchin, Fabienne Cinquin
Editions du Hêtre, 2016


Par Clara Adrados

Très bel album qui aborde un sujet relativement tabou et difficile : la mort d’un nouveau-né.

A travers l’histoire de Grand et de Tout-Petit, le lecteur découvre la joie de l’attente d’un enfant puis la tristesse de perdre cet enfant avant même qu’il ait pu vivre autrement que dans les rêves des êtres qui l’entourent.

Grand, un pingouin, et son enfant Tout-Petit, vivent en harmonie ensemble. Lorsque Tout-Mini arrive soudainement sous la forme d’un œuf dans le trou de givre et de plumes.

Le Tout-Petit est un peu jaloux, un peu effrayé de ne plus avoir ses moments de bonheur avec Grand. Mais ce dernier le rassure.

Tout aussi soudainement que l’arrivée de l’œuf, on apprend que Tout-Mini est sorti trop tôt, il est mort. Tout-Petit s’interroge : « Quand est ce qu’il sera plus mort, Tout Mini ? », « Quand on est mort, on ne peut plus revenir. » lui répond Grand.

Les illustrations, aux couleurs pastel et douces avant la mort de Tout-Mini, laissent place à des images sombres, représentant un monde de neige, de froid, de tristesse. Les images en double pages montrent la distance qui s’opère entre Tout-Petit qui cherche son parent, et Grand qui veut cacher ses larmes, pour éviter que Tout-Petit ne « cesse de grandir ».

Les larmes de Grand sont dévorantes, elles font fondre la neige, Grand ne peut que plonger dans l’eau pour se calmer… loin du monde, loin de son petit. Les illustrations sont fortes de la détresse de Grand et de Tout-Petit. Grand va dans les profondeurs pour s’isoler du monde tandis que Tout-Petit se retrouve seul dans un monde effrayant, peu rassurant.

Puis Grand reprend conscience que son petit a besoin de lui, il sort et protège son petit, le fait sourire … et espère que Tout-Mini les entend et rie de leurs jeux.

Cet album plein de douceur évoque avec justesse la difficulté de faire son deuil pour continuer à vivre, à faire sourire son enfant, en imaginant que l’enfant non né sourit peut-être dans un ailleurs. On notera que les droits d’auteurs sont reversés à l’association Kaly qui soutient les personnes touchées par la mort d’un bébé ou d’un enfant.

 

 

 

Gouniche

Gouniche
Delphine Durand
Rouergue, 2016

Gouniche et ses amis

Par Anne-Marie Mercier

Après Les Mous, voici le retour de Gouniche, apparu dans Ma maison en 2000. Gouniche n’est pas un mou, mais il leur ressemble avec son allure de patate et ses petites habitudes. C’est un genre de Gibi (voir le monde des Shadoks de Jacques Rouxel), gentil comme eux, préoccupé de choses simples comme : que faire quand on s’ennuie ? comment emmener en vélo un ami qui n’en fait pas ? comment savoir si son chat est un chien ou l’inverse ? comment communiquer avec une fleur qui vient d’une autre planète ?

Ses amis, la fleur, le caillou, le chien, le poisson rouge, font avec lui toutes sortes de sports et de jeux : ils jouent au Mounoploli, font des acrobaties, regardent ensemble leur feuilleton préféré…

En images séquentielles, images pleine page ou vignettes, fiches techniques, photo-montages… avec un sens de lecture qui varie, chaque situation est absurde et quotidienne à la fois, les images sont loufoques à l’avenant, l’art du documentaire bien mis à l’envers : on aime Gouniche !