Angel Fire

Angel Fire
L.A. Weatherly
Traduit (anglais) par Julie Lafon
Gallimard jeunesse, 2012

Guerre aux Anges !

Par Anne-Marie Mercier

angelfireSuite de Angel, ce volume a des allures de road movie, avec des héros en fuite, partant des USA vers le Mexique, allant de motel en camping pour fuir les terribles anges-vampires qui sont en train de conquérir la planète. La catastrophe se fait cataclysme quand la lutte de l’ange déchu contre ses supérieurs conjuguée à celle des héros contre les anges provoque une série de tremblements de terre et la ruine des grandes cités du monde.

Comme le précédent, ce roman est un piège efficace pour les lecteurs amateurs de suspens et de paranormal. Il vise surtout les jeunes lectrices qui se délecteront peut-être des atermoiement sentimentaux de Willow entre deux garçons et deux amours. On aura reconnu sans doute une situation proche de celle de l’héroïne de Twilight, tandis que le tourment de celle qui se sait être la fille du monstre évoque La Guerre des étoiles. De bonnes recettes, pas trop mal mixées et un décor (Mexico) assez bien utilisé.

La suite se passera au Nevada avec le même trio, d’où le titre: « Angel fever »…

Pauvre Petit Chat

Pauvre Petit Chat
Michel Van Zeveren
Pastel, 2012

Ne pas regarder le doigt… 

par Christine Moulin

47853L’idée de départ est originale : un pauvre petit chat blanc est perdu. La lune s’en rend compte et, affublée d’un grand nez, se met à lui parler. Elle le rassure, le prévient des dangers qui le menacent, le houspille parfois: bref, une vraie mère…!

Sur fond noir, au sombre de la nuit, le récit « en randonnée » (qui ne nous mènera pas bien loin: on ne quitte pas le quartier du petit chat!)  permet ici de s’identifier au héros et d’affronter, pour se rendre compte qu’on peut y échapper, les dangers qui menacent les petits: le bruit qui fait peur, la porte qui claque et qui fait mal, mais aussi la honte, la peur de l’abandon… Qu’il sera doux pour les enfants de trembler pour de faux!

L’adulte, quant à lui, a le droit de voir dans cette histoire un reflet de la façon dont on traite les exclus dans notre société: les indifférents d’hier se glorifient d’être les « sauveurs » d’aujourd’hui. Un écho de la façon dont on peut lire le phénomène des « Restos du coeur »? Qui sait ?

La chute, comme toujours chez Michel Van Zeveren, laisse la porte ouverte à toutes sortes d’interprétations et de réflexions… La lune, par exemple, pourrait-elle être une figure de l’auteur qui fait mine de se désoler des malheurs de son personnage mais qui doit bien les lui faire subir pour qu’existe l’histoire, jusqu’au silence final, celui sur lequel se referme le livre…?

Les Lumières du théâtre ou les Colombes en BD?

Les Lumières du théâtre : Corneille, Racine, Molière et les autres
Anne-Marie Desplat-Duc
Flammarion jeunesse, 2012

Les Colombes du roi soleil. Le Secret de Louise (en BD)
Roger Seiter (scenario) et Mayalen Goust (images),

 théâtre éteint, BD lumineuse

Par Anne-Marie Mercier

leslumieresdutheatrePur produit scolaire, texte sans souffle, dialogues plats, situations artificielles, ce livre censé accompagner la lecture des classiques et la faire aimer risque d’avoir l’effet contraire. Et ce n’est pas lui qui convaincra les professeurs de collège peu intéressés par la littérature de jeunesse qu’elle peut être « littéraire ». Relisons plutôt le Molière publié par L’école des loisirs ou Louison et le secret de Monsieur Molière de M. C. Helgerson (Castor poche, 2001).

On peut aussi aller vers la bancolombesBD2de dessinée des Colombes du roi soleil, le titre le plus célèbre de cette auteure. Mis en images par Roger Seiter (scenario) et Mayalen Goust (images), le récit du Secret de Louise prend un charme qu’il n’avait pas dans sa version première. La mièvrerie du texte est masquée ici par le style épuré d’une ligne claire qui sait se couvrir d’ombre de façon subtile et dramatiser les points de vue. Restent les dialogues et l’intrigue, bien convenus: les amateurs s’y retrouveront.
Les Colombes du roi soleil ont leur site, tout en rose et parme… un club, des jeux, des infos sur la cour de Louis XIV, on se croirait dans le journal Gala de l’époque.

Pour un point de vue critique, voir Les représentations du XVIIe siècle dans la littérature pour la jeunesse contemporaine : patrimoine, symbolique, imaginaire, dirigé par Marie Pérouse et Edwige Keller (Papers on French Seventeeth century littérature, vol XXXIX, n° 77 (2012)).

Un rêve sans faim

Un rêve sans faim
François David, Olivier Thiébaut

Motus, 2012

De la poésie, du rêve et de la jeunesse
– dans leur rapport au politique

Par Dominique Perrin

rêv19Dans cet album au grand format souple, ce sont d’abord les images d’Olivier Thiébaut qui s’imposent au lecteur ; elles mobilisent des matériaux aussi variés que fondamentaux, à l’état brut ou manufacturé, agençant différentes dimensions d’une anthropologie de la faim au vingt-et-unième siècle. Elles sont, on cherche le mot, confondantes. Elles ne suscitent ni larmes ni même serrements de cœur, mais mettent en branle la pensée, « sans coup férir » et durablement.
Le texte de François David se présente comme la succession souple d’autant de poèmes-arguments d’une page, à la fois autonomes et solidaires, alternant les points de vue et les angles d’attaque, sur ce gros morceau livré conjointement à la sensibilité et à l’intellect : sur cette planète une et indivisible (« il y a un seul monde », rappelle à bon entendeur tel philosophe contemporain) cohabitent la plus aberrante richesse thésaurisatrice* et… une quantité irreprésentable de personnes, notamment d’enfants, mal nourris ou mourant de faim.
Texte et image s’offrent ici en vis-à-vis (et comme « visage à visage », conformément à l’étymologie) dans une vingtaine de doubles-pages présentées par l’éditeur comme dédiées à un sujet « peu abordé » frontalement en littérature de jeunesse – et moins encore en poésie.

*(nous soulignons plus explicitement encore que ne le fait ce très grand album)

Les effacés

Les effacés Toxicité maximale Tome 1
Bertrand   Puard
Hachette 2012

Aventures et  mystère dans le monde pharmaceutique

Par Maryse Vuillermet

les effacésCinq adolescents, Ilsa, Mathilde, Emile, Zacharie, Neil, dont les parents  ont été assassinés parce  qu’ ils en savaient trop, sont recueillis par Nicolas Mandragore,  ex-directeur de l’institut médico-légal de  Paris, et mystérieux  propriétaire de la villa Amadieu. Mais ils n’ont officiellement plus aucune existence propre, ils sont rayés des états-civils,  officiellement morts (pour les protéger), ils sont les effacés.  Leur mission est de lutter contre cette société gangrenée où les laboratoires pharmaceutiques couverts par des ministres corrompus veulent répandre une épidémie, puis vendre le vaccin et ainsi s’enrichir sans se soucier des centaines de morts.

Tous les coups sont  donc permis,  l’urgence est absolue, puisque le virus est prêt à être disséminé et les jeunes effacés sont entraînés à se battre, à piloter des avions, à tirer… L’histoire fait beaucoup penser à la série Cherub, mais elle se déroule entre Lyon et Paris, et à notre époque. Les jeunes ont comme dans Cherub  toutes sortes de talents, et ils deviennent peu à peu attachants. Les courses poursuites et les coups de théâtre s’enchaînent à un rythme haletant.

 Mais, à la fin du roman, l’habileté du romancier  a laissé le mystère entier, il ne reste plus qu’à se jeter sur le tome 2. 

Le Mystérieux Cercle Benedict

Le Mystérieux Cercle Benedict
Trenton Lee Stewart
Traduit (Etats-Unis)  par JB Dupin
Bayard jeunesse, 2012

Enigmes, frissons et fantaisie

Par Anne-Marie Mercier

LemysterieuxcerclebenedictPrenez un soupçon de roman à la Dickens (des personnages orphelins), une once de roman scolaire (pour le pensionnat où ils sont enfermés), une bonne dose de roman d’espionnage (gadgets, acrobaties, mystères et faux semblants), des pointes de roman fantastique (pour le savant fou) ou de roman d’anticipation (le savant fou veut dominer le monde grâce à une invention diabolique), un livre-jeu plein d’énigmes logiques à résoudre, beaucoup d’humour et du suspens, secouez bien, et vous aurez une petite idée de ce qu’est ce livre.

Loufoque, passionnant, attendrissant avec ses personnages tous un peu perdus, ce livre dit aussi des choses sérieuses : que le sentiment de la « crise » peut être créé par manipulation des esprits, que le pouvoir sur les médias est une grande chose, que les enfants ont des possibilités qu’on oublie trop souvent, que le pire n’est pas toujours sûr, que dominer ses peurs c’est les connaître, et que devenir quelqu’un sur qui on puisse compter c’est grandir.

Tigrement chat

Tigrement chat
Zak Baldisserotto, Guiditta Gaviraghi
Passe -Partout, 2012

Un tigre de salon (suite)

Par Christine Moulin

tigrement chatLes hasards de l’édition font que paraissent en même temps deux albums sur le même thème  : un chat rêve qu’il est un tigre… Le contraste est grand. Au lieu d’admirer de remarquables et imposantes aquarelles comme Dans je suis le chat, on peut s’amuser des dessins pleins d’humour de ce petit livre (quasi) carré. Alors que l’on avait affaire à un documentaire, ici, le texte et l’histoire sont pleins de fantaisie. Alors que dans le livre de chez Gautier Languereau, le chat héros se contentait de rêver tranquillement à ses cousins félins, Moko, lui, subit une crise identitaire, à cause d’un mot malheureux de sa maîtresse (devant une émission de télévision montrant une tigresse, elle lance: « Tiens, voilà ta maman »: possible allusion aux maladresses de certains parents adoptifs?).

Impossible donc de recommander un ouvrage plutôt que l’autre sinon que Tigrement chat est peut-être un peu lourd dans la « leçon » qu’il délivre à la fin : grâce à l’amour, on sait enfin qui on est… Mais le tout est mignon, quand même…

Tico et les ailes d’or

Tico et les ailes d’or
Leo Lionni
L’école des loisirs, 2012

Par Anne-Marie Mercier

ticoIl est étrange qu’il ait fallu attendre 2012 pour que paraisse une édition française de cet album, publié en anglais en 1964. Tico et les ailes d’or est un merveilleux récit, une fable sur la différence, le handicap, l’entraide  et le besoin d’être aimé. C’est aussi un bel exemple de l’art de Leo Lionni : formes simples, décors en entrelacs et combinaison de motifs sur fonds blancs, tons de verts et de bruns sur lesquels tranche le doré des plumes de Tico; texte limpide, histoire forte, un album en or.

Je suis le chat

Je suis le chat
Jackie Morris
Gautier Languereau, 2012

A tout seigneur…

par Christine Moulin

46050L’album frappe d’abord et avant tout par sa taille: immense, il propulse sur sa couverture une magnifique tête de chat roux, aux yeux verts obsédants, à la moustache conquérante. Le titre, en lettres dorées, est tranquillement dominateur car, comme dit Jacques Roubaud, « Quand on est chat/ On est chat ». Sur la page de garde, c’est la lune qui envahit l’espace mais c’est pour mieux mettre en valeur l’animal vedette qui se détache en ombre chinoise. La page de la dédicace se fait plus tendre, abritant une multitude de chats, ceux que l’auteur a aimés, tous différents mais tous surmontés d’une auréole, qui laisse à penser qu’ils ont rejoint le Paradis qui leur est réservé. La page de titre montre à nouveau l’animal de la couverture, toujours en gros plan, qui s’avance vers le lecteur de sa démarche chaloupée. On se dit alors que cela va être un festival pour félinophile!

Et de fait, sur la première double page, s’étale, roulé en boule, celui qui a fièrement proclamé: « Je suis le chat » et il nous livre la clé de ses songes… Qui ne s’est demandé à quoi rêvait son chat, justement, quand il agite ses moustaches ou grogne doucement? La réponse qu’imagine l’album nous emporte sur d’autres continents et laisse place à de grands félins, auxquels s’identifie le chat narrateur, dont la part sauvage n’a donc pas totalement disparu. Successivement, le tigre, le guépard, le lynx, le puma, le léopard des neiges, le jaguar, le lion, le chat sauvage d’Ecosse et le léopard de l’Amour envahissent les pages, à fond perdu : touche amusante, ils sont décrits comme des chats, à quelques détails près… (par exemple, le lynx est un chat.. « élancé, aux yeux perçants, tacheté, luisant et élégant »). Le vrai nom de chaque animal est révélé à la fin de l’album car au fond, c’est bien d’un documentaire qu’il s’agit.

L’idée est belle, qui nous rappelle que, selon les mots de Victor Hugo, « Dieu a inventé le chat pour que l’homme ait un tigre à caresser à la maison »… et l’objet est superbe!

le prisonnier

Le prisonnier
Robert Muchamore
Casterman, 2012

Aventures et espionnage  au cœur de la seconde guerre mondiale

Par Maryse Vuillermet

 

henderson-s-boys,tome-5---le-prisonnier-imageVoilà un roman d’aventures dans la tradition des héros de notre jeunesse. Pendant la seconde guerre mondiale en 42,   le héros Marc Kilgour, quatorze ans,  est prisonnier  dans un camp en Allemagne.   Maltraité par les gardes, il réussit à s’enfuir et tente de rejoindre le groupe de ses camarades du Cherub. ( Cherubin est un département ultra secret des services d’espionnage britanniques formé de jeunes de 10 à 17 ans.  Comme ces espions sont des enfants, ils sont insoupçonnables. )  Il côtoie les horreurs de  l’occupation allemande en France, participe aux  parachutages anglais, à la Résistance,  y compris celle des religieuse normandes de l’orphelinat. La guerre et ses dangers  forment un merveilleux  et tragique terrain d’aventures. Le héros Marc, rompu  à toutes les techniques d’espionnage,  est un des meilleurs agents du grand espion Charles Henderson, il est  orphelin,  habile, audacieux, il a tellement d’ennemis qui le traquent que le lecteur est constamment inquiet pour lui et s’attache fortement à ce jeune courageux.

 

Une très agréable lecture !

La série Cherub est une très bonne idée, et connait un immense succès. Elle met en scène d’autres jeunes espions, James Adam  qui commence ses missions à 12 ans et qu’on retrouve dans d’autres affaires et contextes à treize ans,  puis quatorze ans,  puis avec sa sœur Lauren.  Pour que les jeunes soient dans l’ambiance,  une communauté Cherub a été constituée, elle propose des concours des missions, on s’y croirait :    www.cherubcampus.fr .

 

A noter la sortie en poche  en octobre 2012 du tome 1 de Hendersons’boys, L’évasion