Féroce

Féroce
Jean-François Chabas, David Sala
Casterman (Les albums Casterman), 2012

Qui sommes-nous donc ?

Par Frédérique Mattès

feroceFenris était un loup, un loup aux yeux rouges, un loup terrifiant. Il  s’était construit dans le regard qu’on lui renvoyait. Il était fidèle à son image : un loup féroce qui suscitait l’effroi, semait la terreur. Même les siens l’avaient banni tant il était cruel. Sa solitude renforça sa cruauté et construisit sa légende, il était celui qui faisait fuir jusqu’aux ours, celui qui faisait s’écarter les basses branches des arbres, celui dont on évitait même de parler. Une petite fille partie cueillir des fleurs croisa son chemin par une  printanière journée ensoleillée. Sûr de son effet, il émit en préambule un grognement sinistre, lui offrit un sourire affreux. Mais contrairement à toutes ses certitudes, la petite fille n’eut pas le moindre sursaut de crainte. Elle osa même se moquer de lui tant il était interloqué. Ainsi naquit…. une belle histoire entre le loup  et la jeune fille.

Un superbe texte de Jean François Chabas qui au-delà de ce beau récit accessible dès 5 ans, interroge sur la construction de soi, les certitudes, la force du regard neuf porté sur les choses et les êtres, le pouvoir de changement… Petits et plus grands pourront à loisir se projeter dans les blancs du texte.

C’est également un très bel objet, le texte, imprimé à droite sur une page blanche ou parsemée de délicates surimpressions ton sur ton, fait contraste avec les illustrations flamboyantes qui s’exposent  en pleine page. Les gros plans, les cadrages audacieux et les images qui se déplient renforcent également puissamment le pouvoir des mots … L’illustration de David Sala nous rappelle avec bonheur l’univers de Klimt.

A relire des mêmes auteurs : La colère de Banshee

Pierre lapin copié/copie

La Nouvelle Aventure de Pierre lapin
Emma Thompson, illustrations de Eleanor Taylor
Traduction (anglais) de Jean-François Ménard
Gallimard jeunesse, 2012

Pierre lapin petit facteur
Traduction (anglais) de Vanessa Rubio-Barreau
Gallimard jeunesse, 2012

Lapin à vendre : du plagiat et de Beatrix Potter

Par Anne-Marie Mercier

nouvelleaventurepierrelapinQuand les acteurs ou autres vedettes du monde du spectacle se mettent à écrire pour les enfants, le résultat est rarement concluant. Dans La Nouvelle Aventure de Pierre lapin, le dessin imite le style de Beatrix Potter, la sobriété du texte et la simplicité de l’histoire sont proches de celles de ses histoires, tout cela est fort mignon, mais cela reste une imitation assez pâle.

Autre imitation et même imitation d’imitation, avec Pierre lapin petit facteur qui reprend (sans nom d’auteur !) le principe des  classiques que sont devenus les albums Pierrelapinpetitfacteurd’Allan et Janet Ahlberg : Le gentil facteur ou lettres à des gens célèbres (Jolly Postman, 1987) et Le facteur du Père Noël (1991). Comme dans ces ouvrages, on trouve à l’intérieur de l’album des enveloppes avec des fac simile de lettres, documents divers. Ici, les découvertes sont liées par une intrigue simple (simplette ?) mais efficace : Le jeune Pierre lapin envoyé faire des courses par sa mère découvre que le renard Tod qui a invité la cane à dîner veut facteur 1la manger. Comme les albums précédents, qui ont servi lieu à de nombreux travaux en CE1, cette nouvelle version qui propose non seulement des lettres mais d’autres documents variés (des « écrits sociaux »), Pierre lapin petit facteur devrait plaire à un large public en profitant de l’image des albums de B Potter et de l’affection que l’on a pour Peter Rabbit (qui dispose d’un « site officiel » facteur2100%commercial…).

Candor

Candor
Pam Bachorz

Traduit (anglais, Etats-Unis) par Valérie Dayre
Editions Thierry Magnier, 2011 [2009]

Dans Candor la rouge, pas un esprit qui bouge

Par Matthieu Freyheit

CandorPassez la couverture (fuchsia et vert fluo ????). Passez la quatrième et la pertinence de ses interrogations : « Peut-on abolir la passion, l’amour, la violence, et à quel prix ? », « A-t-on le choix de sa vie ? » Là, en général, je souffle. De dépit.  Enfin, ignorez les mots-clefs donnés par l’éditeur pour présenter les thématiques du roman : « opression [oui, l’oppression est telle qu’un tremblement a dû faire sauter le second [p]], résistance, libre-arbitre ». Si vous êtes comme moi saturés des clichés sur la nécessité de « résister », sur la liberté de choisir, sur les bienfaits de l’attitude contre-culturelle (un mythe, merci à Joseph Heath et Andrew Potter de l’avoir si brillamment montré), passez tout cela, et laissez-vous faire.

Car Candor est, malgré tout, un vrai bon roman, bien écrit, et plutôt efficace. C’est que Pam Bachorz, l’auteure, est de celles qui savent raconter. Voici les faits : Campbell Banks a fondé une cité nouvelle dans laquelle des messages subliminaux émis en permanence bornent les habitants au bonheur d’un ensemble d’attitudes (saines) et uniformes. Les familles heureuses, on le sait désormais, se ressemblent toutes. Oscar, fils de ce fondateur adulé, fait quant à lui l’impossible pour se tenir, secrètement, hors du contrôle de ces messages, tout en soignant son image de fils parfait et d’idole des jeunes (il y en a même qui l’envient). Une dualité difficile à maintenir, et mise à rude épreuve par l’arrivée à Candor de Nia, fraîche et « rebelle », dont Oscar tombe justement amoureux. Je ne vous révèle évidemment pas comment tout cela se termine.

C’est, en tout cas, rondement mené. À commencer par le fameux Oscar, qui n’a rien du résistant au grand cœur, mû par tous les nobles sentiments de sa caste. La face parfaite de ce séduisant Janus trouve une belle réponse dans le personnage avide et souvent cinglant qui nourrit son second visage. Une manière pour Pam Bachorz, une auteure à suivre, d’éviter certains clichés et d’appréhender, dans la double identité de son personnage, un peu de l’ambivalence des deux mondes. Pourtant, las !, Pam Bachoz aurait pu se montrer plus dérangeante et, peut-être, enfin, réellement anti-conformiste, en trouvant le moyen d’appuyer davantage, par le biais de ses différents personnages,  la thèse, précisément, du conformisme. Et d’assumer l’idée terriblement déplaisante qu’agir et penser comme les autres relève également du désir pas si conformiste – et pas si simple, surtout – de l’édification d’un projet collectif.

Reste la présence de Nia, caution artistique de l’affaire, qui passe du skate-board au tag tout en assénant, péremptoire : « L’art n’est jamais rien que de la craie », avant de vivre une jolie scène de reconstitution muséale qui rendra optimistes ceux qui espèrent voir leurs ados poser avec plaisir les pieds dans un musée.

Candor_cover_FINALCandorUKOn trouve sur le site de l’auteur des variations de couvertures intéressantes : américaine et anglaise ici:

La Vraie Couleur de la vanille

La Vraie Couleur de la vanille
Sophie Chérer
L’école des loisirs (médium), 2012

 Noire vanille

Par Anne-Marie Mercier

VraievanilleSi tout le monde connaît à La Réunion le nom d’Edmond Albius, ce n’est pas le cas en France métropolitaine et le livre de Sophie Chérer a le mérite de faire connaître cette histoire étonnante : Edmond, fils d’esclave élevé par un propriétaire terrien amateur de botanique, est celui qui a découvert le procédé de fécondation des vanilliers et fait ainsi la fortune de l’île. Mais ceci n’est pas un conte de fées et la fin de l’enfant choyé et génial est aussi triste qu’inévitable.

Sophie Chérer centre son récit sur les belles années d’enfance. Avec la découverte des plantes, des formes et des odeurs par Edmond, elle mène le lecteur dans de merveilleux jardins et son écriture fait lever les images et les odeurs. Le personnage fantaisiste de son tuteur, Ferréol, est complexe et marquant. Enfin, le portrait de la « bonne » société des planteurs est cruel à souhait, sans que le trait soit forcé. C’est un beau récit, sensible, parfumé et poignant, autant qu’un réquisitoire contre l’esclavage.

 

Toute la vie

Toute la vie 
Jérôme Bourgine
Sarbacane (« exprim’ »), 2012

 Est ce que c’est une vie, cette vie qu’on vit ?

Par Anne-Marie Mercier

toutelavieD’abord il y a Michel, 13 ans , timoré, auto-centré et geignard, en manque d’amour, obèse, puis atteint d’un cancer. Ensuite il y a Isabelle, sa mère, abandonnée par les pères de ses deux enfants, aigrie, perpétuellement désagréable, incapable d’exprimer et même d’accepter des sentiments, enfin il y a Daniel, leur voisin velléitaire et sensible qui a raté sa vie dans les grandes largeurs. Et puis… il y a Hannah, présence lumineuse et fantastique change tout, tant au niveau des personnages que du roman.

Hannah est une télépathe surdouée de 12 ans qui prend à bras le corps les souffrances de sa famille et tente d’utiliser Daniel pour alléger celles-ci. Quand Daniel se prête au jeu, cela donne de très jolies scènes. Si  les relations entre Isabelle et lui sont torrides mais brèves, celles qu’il noue avec Michel sont délicates et exigeantes pour l’un comme pour l’autre, comme initier à la spéléo celui qui ne peut dormir sans lumière, construire une cabane dans un arbre, ou accompagner quelqu’un jusqu’au bout – et même au-delà – quand on a systématiquement abandonné tout et tout le monde toute sa vie.

« Toute la vie ». Pourquoi ce titre ? Est-ce parce que chacun des personnages agit comme il a agi toute sa vie et est sommé au moment de la maladie de Michel de rompre avec ce comportement ? Daniel apprendra le sens de la responsabilité, Isabelle acceptera l’amour de son fils et découvrira son amour pour lui, Michel se comportera avec courage et altruisme. Pourtant, ce n’est pas un conte de fées : les personnages demeurent avec leurs faiblesses mais vont jusqu’au bout d’eux mêmes pour dépasser celles-ci avant qu’il ne soit trop tard.

L’autre sens de ce titre tire le roman vers le fantastique : si les choses sont ainsi « toute la vie », eh bien il reste « toute la mort ». La voix de Michel commentant les événements depuis sa mort et les faisant se dérouler comme un film qu’on visionne, semble dire que la mort n’est pas une fin. Cela signifie-t-il un retour de convictions revivalistes, ou qu’il faut travailler à se perfectionner jusqu’à la fin ? Idée new age ou morale stoïcienne ?

La collection « exprim’ » de Sarbacane décidemment ne se prive de rien en se privant de la référence à la loi de 1949, et c’est tant mieux.

 

Le creux des maths

Le creux des maths
Christine Avel

L’Ecole des Loisirs (Neuf), 2012

Aïe ! Je n’ai jamais eu la bosse !….

Par Dimitri NIER et Laure JOURDAT, Master MESFC Saint Etienne.

Le creux des mathsAbel, au prénom prédestiné comme le lecteur le découvrira, est un jeune garçon, issu d’une famille pour qui les maths sont comme un fil rouge qui les unit, où tout le monde a « la bosse des maths », depuis ses parents jusqu’à ses jeunes frères, qui se trouvent dans la même classe que lui malgré leurs deux années de moins. Tous, …sauf lui. Lui, il a plutôt le « creux des maths » que la bosse, comme ses parents s’amusent à le lui rappeler.

Il espère, le jour de son anniversaire, que quelque chose d’extraordinaire va lui arriver. Comme de nombreux enfants de son âge, il s’identifie à son héros, Harry Potter, et souhaite que lui parvienne une lettre qui le tirera de ce monde dans lequel il se sent étranger. Cette lettre, il la reçoit effectivement, mais quelle n’est pas sa déception lorsqu’il apprend qu’elle ne le destine pas à une prestigieuse école de sorciers, mais à une semaine en compagnie d’un célèbre mathématicien finlandais, prix gagné par ses frères pour un concours qu’ils ont passé en usurpant son nom car ils n’avaient pas l’âge requis pour participer….

 Abel, se retrouve alors confronté à un dilemme : soit il joue un rôle d’imposteur, soit il passe à côté d’une belle occasion. Il décide de tenter sa chance et se retrouve brusquement loin de tout, tombe dans le stress permanent, terrorisé par l’éventualité que le mathématicien qui l’héberge ne découvre qu’il n’est pas le génie que la victoire laissait présager. Au fil du séjour, il apprend cependant à connaître cet étrange personnage, qui ressemble si peu à ses parents malgré ses capacités mathématiques. Les deux protagonistes s’apprivoisent peu à peu, en partageant notamment un goût commun pour la cuisine.

On retrouve le personnage principal à la fin du roman, devenu un prodige de la cuisine; il se voit enfin glorifié et mis sur un piédestal par le reste de sa famille. Il s’est découvert une vocation mais il lui a fallu pour ce faire prendre de la distance par rapport à ses proches, comme si la réalisation de soi s’en trouvait plus facile. Ce roman est une manifestation claire de la volonté de chacun de se découvrir un don ou une passion.

Cette aventure humaine est racontée avec les mots d’un enfant de onze ans, ce qui se ressent dans la formulation de phrases courtes, au vocabulaire quelque peu familier comme «cramé », ou « foutu ». Un lecteur plus avisé trouvera sans doute le dénouement intéressant, cependant le récit se trouve un peu dénué d’action. En effet, les seuls rebondissements du livre se déroulent dans le cheminement intérieur du protagoniste, pour qui ce voyage apparaît comme une découverte et une acceptation de soi.

Desolation road

Desolation road
Jérôme Noirez
Gulf stream Editeur, Courants noirs, 2011

Les routes ont toujours une fin  

Par Maryse Vuillermet

Desolation-Road imageBeau titre qui sonne comme un blues, couverture réussie,  et histoire prenante. Une jeune fille June attend son exécution dans le couloir de la mort. Un journaliste en mal de scoop, Gayle Hudson,   vient l’interroger  et lui faire raconter son histoire. C’est donc un dialogue, une histoire à deux voix, celle du journaliste assez distante et celle de June, très émouvante, assez oralisée. Elle raconte son amour absolu pour  David et comment elle a tué plusieurs fois pour rester avec lui, ne pas le perdre. C’est l’histoire d’une route semée de cadavres, de hold up de deux jeunes amateurs. David a d’abord tué son  père violent et alcoolique; elle a fui sa tante  et  a tué  un pompiste pour  protéger son ami.  Et ensuite, c’est l’escalade, ils enlèvent une petite fille pour un gros magnat de la prohibition mais sont piégés dans un village minier abandonné, en plein désert. Les gangsters  se croyant trahis, viennent les y retrouver et c’est un bain de sang.

 L’histoire est tragique car l’engrenage est très puissant, ils tuent à chaque fois par erreur, impréparation, pour se sortir de pièges et croient toujours qu’ils vont pouvoir fuir et vivre ensemble au bord de la mer.  Leur amour est leur seule certitude et leur seule valeur.

Ils circulent dans l’Amérique de la grande crise en Ford  T, ils côtoient les hobbos, les prédicateurs véreux, les familles qui ont perdu leur maison,  les chômeurs, les noirs et des gangsters de la prohibition.

On pense à En un combat  douteux de Steinbeck  et le motif de la condamnation à mort est traité de façon originale car June souhaite mourir pour rejoindre David, déjà exécuté.

La fine mouche

La fine mouche
Jean Perrot et Sébastien Mourrain
Seuil jeunesse (Petits contes du tapis ), 2011

Heureusement que les filles existent…

 Par Karine Pauthier (IUFM de Saint-Étienne)

Lafinemouche« La fine mouche », conté par Jean Perrot et illustré par Sébastien Mourrain, est un conte populaire russe qui met à l’honneur l’intelligence des jeunes filles à travers l’histoire de deux frères. L’un est riche et possède une charrette, l’autre est pauvre et a une jument. Ce dernier ne se soucie guère de l’argent car il a une fille rusée. Alors qu’ils s’arrêtent pour dormir, lors d’un long voyage, au réveil, la jument a mis bas sous la charrette. Une dispute éclate entre les deux frères qui se disent tous les deux propriétaires du poulain. Le lecteur est alors emporté dans l’histoire et tente de répondre à une question : À qui appartient le poulain, au propriétaire de la charrette ou à celui de la jument ? La dispute des deux frères fait tellement de bruit que le tsar, lui même, décide de trancher : celui qui résoudra ses énigmes aura le poulain. La lecture de ce conte célèbre pour les énigmes qu’il propose, met finalement en scène le triomphe de l’intelligence sur la malhonnêteté ce que souligne la conjonction du texte et de l’image. La morale est très claire : on ne juge pas les gens pour de l’argent.

Le choix de la publication dans la série « Petits contes du tapis » est particulièrement judicieux. Les enfants découvrent des images aux couleurs des milles et une nuit avant même d’entrer dans l’histoire. Les belles et grandes images de Sébastien Mourreau sont à la fois spectaculaires et pleines d’humour. Les couleurs chaudes dominantes rappellent la Russie traditionnelle.

Jean Perrot est un universitaire bien connu pour ses travaux sur la littérature de jeunesse.

Lunaparc en pyjamarama

Lunaparc en pyjamarama
Frédérique Bertrand, Michaël Leblond
Rouergue, 2012

Quand l’image s’anime

Par Frédérique Mattès

9782812603334Deuxième aventure du sympathique  petit garçon au pyjama rayé.  Après avoir visité New York (New York en pyjamarama),  il va cette fois à la découverte de l’univers de la fête foraine. Le procédé est le même, une simple feuille de plastique striée que le lecteur promène sur la page et qui lui permet de  voir s’animer le décor. Les lumières de la fête, les autos tamponneuses, la grande roue et les multiples autres attractions bougent au gré de sa volonté. C’est magique, simple et efficace. A l’heure où l’on offre aux enfants, dès le berceau, des tablettes numériques, qu’il est agréable de s’émerveiller devant tant de simplicité. L’ombro-cinéma a encore de beaux jours devant lui !

Les images dépouillées aux couleurs primaires construites par Frédérique Bertrand à l’aide de papier découpé accompagnent parfaitement un  texte court, simple, rythmé, jamais mièvre. C’est également à Michaël Leblond que revient la tâche de produire  les images qui s’animeront. Une belle collaboration qui a donné lieu en octobre 2012 à une nouvelle parution (Moi en pyjamarama).

La Venture d’Isée

La Venture d’Isée
Claude Ponti

L’école des loisirs, 2012

Fausse aventure, vrai voyage en images

Par Anne-Marie Mercier

LaventuredIseeIsée, dans un album précédent (Mô- Namour), se retrouvait orpheline et avait bien des difficultés à surmonter. Ici, toujours accompagnée de son doudou Tadoramour, elle quitte volontairement ses parents, pour vivre une aventure choisie. Malgré le titre et ce début, on ne trouve pas de récit construit et structuré autour d’une quête, d’un manque à combler ou d’un drame comme dans les albums « historiques » de Claude Ponti. Le parcours est plus proche de ses derniers albums, listes de situations, catalogues… Il semble suivre le hasard des rencontres ou le caprice du moment. Isée garde son indépendance et surmonte tout, domine tout le monde y compris le Frédilémon, poing serré qui peut faire bien des choses (et qui reprend un « personnage » de Fred dans la série Philémon, comme son nom l’indique).

L’inventivité plastique, la circulation entre les images et les pages, la multiplication des détails, tout cela est magnifique, comme d’habitude.  Mais certains seront peut-être gênés par la gratuité de l’aventure comme de l’histoire et par la saturation du récit par les jeux de mots, mots scindés, tordus, collés, entrelardés… ; à force, ils finissent par relever du procédé plus que de la poésie verbale. D’autres se concentreront sur les images et prendront grand plaisir à s’arrêter sur chaque double page.