Bobo lapin
Ramadier et Bourgeau
L’école des loisirs, 2011
…Faut-il qu’une « histoire à colorier » soit plate ?
Par Dominique Perrin
Bobo lapin est sans doute d’abord une « histoire à colorier » : feuilleter celle-ci comme une invitation à faire œuvre de coloriste à partir de son dessin en noir et blanc, précis et efficace en même temps que naïf, conduit à en faire une évaluation plutôt enthousiaste. Cependant, une histoire à colorier est-elle nécessairement au-delà, ou en deçà des exigences qu’on peut avoir habituellement vis-à-vis d’un album pour la jeunesse ? Nullement, serait-on tenté de répondre.
Or l’histoire est ici bien plate, et décevante : Bobo lapin se réveille malade, rejette méthodiquement les traitements fort convenus que lui proposent ses amis en fonction de leurs propres habitudes alimentaires, et finit par trouver secours chez maman lapin. Il propose finalement avec succès son remède de lapin – un jus de carotte, faut-il le préciser – à tous ses amis malades à leur tour. On est bien loin de l’absorbant Docteur loup d’Olga Lecaye, où le questionnement sur le même et l’autre, le commun et le différent, leurs jeux de miroir et de trompe-l’œil, était exploré de façon merveilleusement prenante. On est également loin d’ouvrages au texte, au dessin et à la colorisation beaucoup plus simples, et néanmoins rafraîchissants pour les esprits de tous âges.
Charlotte Gastaut est l’auteur et l’illustratrice du Grand Voyage de mademoiselle Prudence, dédicacé à sa Prudence : « Sois libre mon amour ! Mon hirondelle, ma toute belle. » Le personnage que la petite fille avait inspiré, ainsi que l’hirondelle évoquée dans cette phrase, semblent conduire logiquement à cette magnifique version de Poucette, dédicacée, cette fois-ci, à sa Violette, nouvelle inspiratrice : « Toujours heureuse mon amour. Je t’aime infiniment. Ma merveille. Ma mignonne. Ma rigolote. »
En 1996 était sorti le fameux et très original Délivrez-moi !, histoire d’un petit ours à délivrer de sa cage. Le héros était sauvé par le lecteur qui refermait vite le livre, « clac ! », sur le méchant croco qui voulait l’attraper.
La couverture, constituée par un seul mot, jaune, dans un coeur rouge sur un carré rose, grand format et cartonnée, attire le regard. Quand on ouvre l’album, on se retrouve face à une série de propositions, issues de la vie quotidienne d’un tout jeune enfant, cachées/dévoilées, contenant/contenu, grâce à un jeu de fenêtres à soulever : « dans la boîte/il y a des bonbons ; dans la bouteille/il y a du lait ». On avance ainsi jusqu’à la chute finale, attendue.
De nombreux éditeurs fameux et sûrs se sont attaqués à cette adaptation d’un des contes russes les plus connus et les plus populaires dont une des versions a inspiré un ballet célèbre à Igor Stravinski. L’adaptation proposée par Usborne est accompagnée d’illustrations d’Alida Massari brillantes, colorées et nombreuses. Elles rendent le texte vivant et son univers magique accessible. Mais l’ensemble manque de virtuosité et d’originalité. En effet, la collection « la Malle aux livres » est trop « didactique », dans la mesure où l’éditeur a voulu calibrer un très beau texte, pour qu’il « colle » au « niveau trois », qui « convient au lecteur plus âgé capable d’aborder une longue histoire ».
Un jeune cerf amené de Chine dans un zoo d’Allemagne tente de se faire à sa nouvelle existence, avec beaucoup de bonne volonté et d’exigence en même temps. Les visites des enfants parviennent à le rendre heureux, mais à l’approche du solstice d’hiver, leur suspension l’affecte vivement – sa connaissance de la société humaine étant lacunaire concernant les fêtes de Noël. Voici donc Henri le jeune cerf parti pour regagner les forêts de Chine : la chose est périlleuse et éprouvante, et le jeune animal rebrousse finalement chemin vers le zoo lorsqu’il comprend mieux les usages des humains et retrouve des enfants sur sa route.
Ce livre CD est inégal. En effet, c’est une riche idée de remettre au goût du jour des chansons et comptines traditionnelles françaises (« Fais dodo, Colas mon p’tit frère, Frère Jacques » ou « Au clair de la lune » et d’autres moins connues telles que » La Cloche du vieux manoir » et « Fais dodo, le petit Pierrot ») et de faire découvrir aux très jeunes auditeurs des berceuses d’ailleurs, telles que « Chut Petit enfant » « Hush little baby », des Appalaches, Etats-Unis ; « Dodo, ti pitit maman », des Grandes Antilles ; « Dors mon petit gars », d’Allemagne ; la Berceuse de Brahms, « Guten Abend, Gute Nacht » et celle de Mozart, d’Autriche ; « Maman mi aller chercher l’eau », de Louisiane ; « Ce petit garçon a sommeil », d’Espagne, « Duerme, duerme Négrito », de Cuba, et « Dobrou Noc », de Tchéquie, chantées dans la langue d’origine puis en français et, enfin, « Ani couni », berceuse amérindienne célèbre dans les maternelles. On découvre même une berceuse corse.
Thierry Dedieu dédicace cet album envoûtant à son éditrice qui lui a dit à propos de ce projet : « Fais-toi plaisir ! ». Et c’est ce qu’il fait ! Le résultat est superbe car tout est parfait, de l’histoire aux illustrations.