Le Mystérieux Cercle Benedict

Le Mystérieux Cercle Benedict
Trenton Lee Stewart
Traduit (Etats-Unis)  par JB Dupin
Bayard jeunesse, 2012

Enigmes, frissons et fantaisie

Par Anne-Marie Mercier

LemysterieuxcerclebenedictPrenez un soupçon de roman à la Dickens (des personnages orphelins), une once de roman scolaire (pour le pensionnat où ils sont enfermés), une bonne dose de roman d’espionnage (gadgets, acrobaties, mystères et faux semblants), des pointes de roman fantastique (pour le savant fou) ou de roman d’anticipation (le savant fou veut dominer le monde grâce à une invention diabolique), un livre-jeu plein d’énigmes logiques à résoudre, beaucoup d’humour et du suspens, secouez bien, et vous aurez une petite idée de ce qu’est ce livre.

Loufoque, passionnant, attendrissant avec ses personnages tous un peu perdus, ce livre dit aussi des choses sérieuses : que le sentiment de la « crise » peut être créé par manipulation des esprits, que le pouvoir sur les médias est une grande chose, que les enfants ont des possibilités qu’on oublie trop souvent, que le pire n’est pas toujours sûr, que dominer ses peurs c’est les connaître, et que devenir quelqu’un sur qui on puisse compter c’est grandir.

Tico et les ailes d’or

Tico et les ailes d’or
Leo Lionni
L’école des loisirs, 2012

Par Anne-Marie Mercier

ticoIl est étrange qu’il ait fallu attendre 2012 pour que paraisse une édition française de cet album, publié en anglais en 1964. Tico et les ailes d’or est un merveilleux récit, une fable sur la différence, le handicap, l’entraide  et le besoin d’être aimé. C’est aussi un bel exemple de l’art de Leo Lionni : formes simples, décors en entrelacs et combinaison de motifs sur fonds blancs, tons de verts et de bruns sur lesquels tranche le doré des plumes de Tico; texte limpide, histoire forte, un album en or.

César

César
Grégoire Solotareff
L’école des loisirs, 2012

Petit et grand

Par Anne-Marie Mercier

cesarCésar propose une histoire simple, dans la veine des fables où un petit devient l’ami d’un grand après l’avoir vaincu. Petit oiseau en cage, César écoute son père lui raconter l’histoire de l’empereur des crocodiles; l’album est dédié à André François pour Les Larmes de crocodile (Delpire, 1956 ou 1955 : voir l’article de Michel Defourny) et on peut trouver quelques liens ténus.

Le petit oiseau, vermeil comme il se doit et déterminé sans le savoir par son nom, décide de devenir empereur des oiseaux. Il s’évade, retourne au pays de ses ancêtres, le pays des crocodiles, avec l’intention de manger du crocodile car, dans cet album comme dans le précédent, « c’est très facile d’attraper un crocodile ».

Les couleurs ne sont plus évoquées par le texte, ni à placer dans un dessin en noir et blanc, mais elles saturent les pages de l’album : bleu pour le ciel, sable pour le sol, vert pour le crocodile. L’animal est vu sous toutes ses coutures, de profil, de face, par dessus… pour mettre en valeur ses dents terribles; mais le livre se clôt sur une scène de plage paisable (évoquant une page du fameux Loulou) où les contraires sont réunis. C’est du Solotareff simple et efficace, de la belle ouvrage.

Fête du livre jeunesse de Villeurbanne

fdl2013La Fête du livre jeunesse de Villeurbanne aura lieu du 10 au 14 avril 2013 autour de la thématique « mouvements ». Une cinquantaine d’auteurs et illustrateurs seront présents. La 14e édition de la fête proposera par ailleurs de nombreuses animations et rencontres pour petits et grands.
Journée professionnelle le 12 avril (attention : inscriptions jusqu’au 9 avril)

PRIX-SORCIERES-2013VolTZ_2006Le prix « Sorcières » 2013 sera décerné à cette occasion.

Voir  ci-dessous une description plus détaillée de la fête, par l’organisateur.

Site de l’événement www.fetedulivre.villeurbanne.fr et son programme à télécharger :www.fetedulivre.villeurbanne.fr/programme-fdlj_2013.pdf

Fête du Livre Jeunesse de Villeurbanne
Mouvements – du 10 au 14 avril 2013

« Après une édition 2012 haute en couleurs, la quatorzième Fête du Livre Jeunesse de Villeurbanne a choisi d’interroger la notion de mouvement.
Près de soixante auteurs et illustrateurs seront donc en action du 10 au 14 avril 2013. Une invitation à la mobilité lancée à travers différents univers et approches artistiques : lecture, arts visuels, musique, danse, théâtre…

Les livres « pop-up » à l’honneur
Cette édition fait la part belle aux livres « en mouvement ». Anouck Boisrobert et Louis Rigaud, les invités d’honneur, se sont fait remarquer grâce à leurs livres pop-up, ces livres animés dont les pages contiennent des mécanismes mettant certains contenus en volume ou en mouvement. Avec Popville et Dans la forêt du paresseux ils évoquent, dans un style épuré et très contemporain, l’évolution des cadres de vie et l’environnement qui nous entoure. Leur nouvel ouvrage « pop up » Oceano devrait voir le jour en avril 2013.

Une oeuvre multimédia collective
Forte du succès rencontré l’an dernier avec Hervé Tullet, l’équipe de la Fête a souhaité renouveler l’expérience d’une résidence dans un quartier de Villeurbanne. Les deux invités d’honneur ont donc investi le quartier de Saint-Jean, pour créer, avec les habitants – écoliers, professeurs du groupe scolaire Saint-Exupéry, enfants et animateurs du centre d’animation – une oeuvre multimédia collective. En s’inspirant de leur imagier numérique Tip Tap, Anouck Boisrobert et Louis Rigaud ont ainsi orchestré la création d’un livre interactif qui, à la manière de Raymond Queneau et ses mille milliards de poèmes, a permis à chacun, du plus petit au plus grand, d’apporter sa touche personnelle et de participer à la création d’un tableau multifacettes ! La création finale sera exposée à la Maison du livre, de l’image et du son du 18 mars au 20 avril 2013.

Un spectacle pour les tout-petits
Le Pop-up Cirkus, proposé par le théâtre L’Articule, est un spectacle qui se feuillette et se déplie ! Entre un fauve rugissant et un jongleur éternuant, les dessins vont se mettre en mouvement pour emmener les tout-petits (dès deux ans) dans l’univers magique du cirque.

Défilé et brigades d’interventions dansées
L’École Nationale de Musique de Villeurbanne – qui propose aujourd’hui des formations en musiques urbaines, danse contemporaine, traditionnelle orientale, africaine et hip-hop – s’associe naturellement à cette édition en mouvements et proposera une déambulation Pentaribâton. Sur une rythmique à cinq temps, les élèves de cinq classes de CM1 et CM2 partageront avec le public un moment de percussions corporelles, de bâtons frappés et de sonorités de Surdo (instruments de percussion brésilienne). Des brigades d’interventions dansées et un défilé réunissant 80 danseurs et 40 musiciens feront également bouger le centre-ville. »

La mystérieuse histoire de Tom Coeurvaillant, aventurier en herbe (t. 1)

La mystérieuse histoire de Tom Coeurvaillant, aventurier en herbe
Ian Beck
Mijade, 2012

Enquête au pays des contes

Par Anne-Marie Mercier

TomcoeurvaillantDans le monde des contes, chacun a sa place : les aventuriers vivent les aventures, les princesses les attendent, les grenouilles se transforment… Tout cela grâce au contrôle du bureau des contes qui répartit les rôles. Mais voilà, l’un de ses membres, met la pagaille et tous les héros, membres de la famille Coeurvaillant, se retrouvent coincés dans des histoires inachevées. Du coup, c’est leur plus jeune frère qui part à leur recherche et qui remet en route chaque récit.

C’est ainsi un parcours pédagogique des thématiques des contes. Mais les promesses du début, inventif, ne sont pas tenues sur la longueur du récit. Il manque un peu de rythme et  de fantaisie, « coincé » qu’il est par les parcours obligés dans les différents types d’histoires.

Ian Beck est d’abord illustrateur (et de fait, les silhouettes noires sur blanc du livre sont tout à fait charmantes) ; la série de Tom Coeurvaillant (3 volumes parus entre 2006 et 2010) est son premier roman.

Un, Deux, Rois

Un, Deux, Rois
Nathalie Papin
Théâtre l’école des loisirs, 2012

« Un roi Toc TocToc ! Vous pouvez entrer ! »

Par Carole Tackenberg, master MESFC Saint-Etienne

UndeuxroisPremière impression : quel drôle de pays ! Cette pièce de théâtre  nous emmène dans un monde fou, peuplé de Rois, devenus Rois grâce au faiseur de couronnes. Ces Rois de tout et de Rien créent leur royaume comme ils l’entendent, jouant avec l’architecture et les gens.

Et ce pauvre petit garçon qui cherche son grand père ! Quelle recherche difficile ! D’autant plus que ce grand père était le Roi de Rien et qu’il a disparu sans laisser de trace ! La recherche de l’enfant l’amène auprès du Roi Toc, devenu Roi grâce à sa couronne sur mesure, en toc. Cet individu farfelu ne va pas aider et devient même Toc TocToc !

Notre imaginaire est bien mis à contribution et ce texte ne demande qu’à être joué pour prendre vie. Les dialogues sont prenant et, sur un ton de comédie, présentent des questions de société : et si nous, nous fabriquions des gens ?

Cette pièce déroutante nous donne à voir un pays dans lequel l’enfant roi a une place d’honneur et où l’oralité est maitresse. De la couronne aux royaumes, c’ notre imagination  nous fait voyager et découvrir un monde de personnages attachants, loin des normes classiques.

Oz

Oz
Lyman Frank Baum
Traduction abrégée de Marie Hélène Sabard
L’école des loisirs (classiques abrégés), 2012

Lisons Oz !

Par Anne-Marie Mercier

ozBien avant la sortie en France du film Le Monde fantastique d’Oz (13 mars 2013), L’école des loisirs a publié une version abrégée des deux premiers volumes de L. F. Baum. Le film  laissant de côté les aventures de Dorothée et les charmants personnages de l’épouvantail, de l’homme en fer blanc et du lion peureux pour se focaliser sur les débuts du magicien d’Oz et accumuler les effets spéciaux, il est bon que le jeune public puisse accéder au charme du texte.
Il découvrira dans Le Magicien d’Oz (1900) Dorothée, emportée par une tornade avec sa maison et son petit chien Toto, loin du Kansas, sa rencontre avec un homme en fer blanc (sans cœur), un épouvantail (sans cervelle) et un lion (sans courage) qui vont avec elle consulter le magicien. Leur périple à travers les terribles champs de pavot et leur découverte de la cité, leurs luttes contre les sorcières, tout cela forme  un monde « merveilleux » et une belle fable morale (ou politique, pour d’autres).

La deuxième partie, Le Merveilleux Pays d’Oz (1904), était bizarrement inconnue du public français. On en est moins étonné après l’avoir lue : son caractère déjanté ne pouvait que heurter les esprits qui n’acceptaient en littérature de jeunesse que des œuvres « sages ». L. F. Baum anime tout et surtout n’importe quoi; il crée des êtres composites et monstrueux, grotesques et angoissants, qui se déplacent avec difficulté et parfois au prix d’acrobaties laborieuses.
L’autre aspect étonnant du texte est son anti-féminisme : l’épouvantail, devenu roi de la cité d’Oz, est chassé du trône par une bande de filles déchainées, armées d’aiguilles à tricoter qui réduisent les hommes en esclavage (c’est-à-dire qu’ils font les tâches ménagères…). La fin de l’histoire présente une métamorphose magique d’un garçon en fille, ce qui a dû sembler encore plus inconvenant aux éditeurs français.

La première partie est présentée avec les illustrations de William Wallace Denslow, collaborateur et ami de Baum, illustrateur de la première édition ; la deuxième avec ceux de John Rea Neill, illustrateur du deuxième volume après la brouille entre les deux amis. Elles sont bien utiles car sans elles, on se demande comment le lecteur pourrait se figurer les étranges créatures qui animent cette histoire et comprendre les mots rares qui désignent leur éléments.

Les éditions du Cherche midi ont commencé une publication illustrée de la série dans son entier (14 vol.) avec les deux premiers volumes parus ce mois ci (7 mars), traduits par Blandine Longre et Anne-Sylvie Homassel. C’est ainsi un monument qui se dévoile pour les lecteurs français, un grand classique de la littérature de jeunesse, une histoire charmante, tantôt loufoque, tantôt sérieuse (et toujours assez conservatrice). C’est aussi la source d’un film culte (de Victor Fleming, 1939 – Judy Garland y chante « over the rainbow » –), film le plus vu au monde, paraît-il, et classé comme œuvre majeure dans le Registre international « Mémoire du monde » de l’Unesco. Du patrimoine, donc, mais ébouriffant.

Be Bop !

Be Bop !
Laëtitia Devernay
La Joie de lire, 2012

Par Anne-Marie Mercier

bebopUn chat sort d’un gramophone, chaloupe entre des contrebasses et des chanteuses accortes, fuit. Les formes arrondies, jaunes, bleues, rouges, dansent sur les pages au fond crème, se font écho comme autant de thèmes, explosent, coulent. C’est un album sans texte, mais plein de vie et… de musique explosive.

Laetitia Duvernay avait publié en 2010 Diapason, son premier livre, autre album sans texte sur la musique, chez le même éditeur.

Pierre lapin copié/copie

La Nouvelle Aventure de Pierre lapin
Emma Thompson, illustrations de Eleanor Taylor
Traduction (anglais) de Jean-François Ménard
Gallimard jeunesse, 2012

Pierre lapin petit facteur
Traduction (anglais) de Vanessa Rubio-Barreau
Gallimard jeunesse, 2012

Lapin à vendre : du plagiat et de Beatrix Potter

Par Anne-Marie Mercier

nouvelleaventurepierrelapinQuand les acteurs ou autres vedettes du monde du spectacle se mettent à écrire pour les enfants, le résultat est rarement concluant. Dans La Nouvelle Aventure de Pierre lapin, le dessin imite le style de Beatrix Potter, la sobriété du texte et la simplicité de l’histoire sont proches de celles de ses histoires, tout cela est fort mignon, mais cela reste une imitation assez pâle.

Autre imitation et même imitation d’imitation, avec Pierre lapin petit facteur qui reprend (sans nom d’auteur !) le principe des  classiques que sont devenus les albums Pierrelapinpetitfacteurd’Allan et Janet Ahlberg : Le gentil facteur ou lettres à des gens célèbres (Jolly Postman, 1987) et Le facteur du Père Noël (1991). Comme dans ces ouvrages, on trouve à l’intérieur de l’album des enveloppes avec des fac simile de lettres, documents divers. Ici, les découvertes sont liées par une intrigue simple (simplette ?) mais efficace : Le jeune Pierre lapin envoyé faire des courses par sa mère découvre que le renard Tod qui a invité la cane à dîner veut facteur 1la manger. Comme les albums précédents, qui ont servi lieu à de nombreux travaux en CE1, cette nouvelle version qui propose non seulement des lettres mais d’autres documents variés (des « écrits sociaux »), Pierre lapin petit facteur devrait plaire à un large public en profitant de l’image des albums de B Potter et de l’affection que l’on a pour Peter Rabbit (qui dispose d’un « site officiel » facteur2100%commercial…).

Candor

Candor
Pam Bachorz

Traduit (anglais, Etats-Unis) par Valérie Dayre
Editions Thierry Magnier, 2011 [2009]

Dans Candor la rouge, pas un esprit qui bouge

Par Matthieu Freyheit

CandorPassez la couverture (fuchsia et vert fluo ????). Passez la quatrième et la pertinence de ses interrogations : « Peut-on abolir la passion, l’amour, la violence, et à quel prix ? », « A-t-on le choix de sa vie ? » Là, en général, je souffle. De dépit.  Enfin, ignorez les mots-clefs donnés par l’éditeur pour présenter les thématiques du roman : « opression [oui, l’oppression est telle qu’un tremblement a dû faire sauter le second [p]], résistance, libre-arbitre ». Si vous êtes comme moi saturés des clichés sur la nécessité de « résister », sur la liberté de choisir, sur les bienfaits de l’attitude contre-culturelle (un mythe, merci à Joseph Heath et Andrew Potter de l’avoir si brillamment montré), passez tout cela, et laissez-vous faire.

Car Candor est, malgré tout, un vrai bon roman, bien écrit, et plutôt efficace. C’est que Pam Bachorz, l’auteure, est de celles qui savent raconter. Voici les faits : Campbell Banks a fondé une cité nouvelle dans laquelle des messages subliminaux émis en permanence bornent les habitants au bonheur d’un ensemble d’attitudes (saines) et uniformes. Les familles heureuses, on le sait désormais, se ressemblent toutes. Oscar, fils de ce fondateur adulé, fait quant à lui l’impossible pour se tenir, secrètement, hors du contrôle de ces messages, tout en soignant son image de fils parfait et d’idole des jeunes (il y en a même qui l’envient). Une dualité difficile à maintenir, et mise à rude épreuve par l’arrivée à Candor de Nia, fraîche et « rebelle », dont Oscar tombe justement amoureux. Je ne vous révèle évidemment pas comment tout cela se termine.

C’est, en tout cas, rondement mené. À commencer par le fameux Oscar, qui n’a rien du résistant au grand cœur, mû par tous les nobles sentiments de sa caste. La face parfaite de ce séduisant Janus trouve une belle réponse dans le personnage avide et souvent cinglant qui nourrit son second visage. Une manière pour Pam Bachorz, une auteure à suivre, d’éviter certains clichés et d’appréhender, dans la double identité de son personnage, un peu de l’ambivalence des deux mondes. Pourtant, las !, Pam Bachoz aurait pu se montrer plus dérangeante et, peut-être, enfin, réellement anti-conformiste, en trouvant le moyen d’appuyer davantage, par le biais de ses différents personnages,  la thèse, précisément, du conformisme. Et d’assumer l’idée terriblement déplaisante qu’agir et penser comme les autres relève également du désir pas si conformiste – et pas si simple, surtout – de l’édification d’un projet collectif.

Reste la présence de Nia, caution artistique de l’affaire, qui passe du skate-board au tag tout en assénant, péremptoire : « L’art n’est jamais rien que de la craie », avant de vivre une jolie scène de reconstitution muséale qui rendra optimistes ceux qui espèrent voir leurs ados poser avec plaisir les pieds dans un musée.

Candor_cover_FINALCandorUKOn trouve sur le site de l’auteur des variations de couvertures intéressantes : américaine et anglaise ici: