La Bouche en papier

La Bouche en papier
Thierry Cazals / Jihan Dehon, Camille Coucaud, Pauline Morel, Mona Hackel
Editions du Pourquoi pas 2019

Freak poète ?

Par Michel Driol

Tom nait avec une bouche en papier. Honte pour ses parents. Souffre-douleur des enfants de l’école, il ne peut articuler le moindre mot. Mais, un jour, ses lèvres se couvrent de lettres : de longs poèmes laissant le monde sans voix. Cette écriture dérange les beaux parleurs, et Tom, suite à une agression, décide de rester muet. Ses parents l’envoient alors gagner sa vie dans un cirque. La fin reste ouverte, avec quatre propositions de chutes différentes quant à ce que devient Tom…

Ce conte poétique se prête à différents niveaux de lecture. D’abord, bien sûr, il y est question de handicap, la bouche en papier du héros signifiant son mutisme, sa fragilité et sa grande sensibilité.  Incompris, rejeté par tous, Tom va se révéler aux yeux des autres comme un extraordinaire poète.  La bouche en papier devient alors symbole de l’écriture poétique, qui dit le vrai, au risque de déplaire aux puissants, et Tom la métaphore du poète, à la fois inadapté et hypersensible, condamné par la société à subir la brutalité des autres, au silence ou au cirque. Les quatre fins possibles  laissent à penser la place que nous réservons  aux poètes et aux écrivains :inutiles et gelés sur la banquise, ou au service des autres et permettant d’apprendre à écouter les couleurs du silence, consolant ceux qui fuient la guerre, ou rencontrant enfin  l’âme sœur, aux oreilles en papier, dans un amour partagé. Le texte est écrit en vers libres et ne cherche pas les effets faciles de style, il se permet tout au plus quelques comparaisons. C’est dans le rythme, les reprises que la langue poétique fait entendre sa respiration, une langue faite pour l’oralisation.

Une fois n’est pas coutume, quatre illustratrices aux styles fort différents accompagnent le texte, en quatre cahiers qui l’encadrent. Cela ouvre à une belle réflexion sur le rapport texte/image, à ce que c’est qu’illustrer un texte comme une forme d’interprétation dans un univers graphique qui tout à la fois en respecte les grandes lignes mais exprime aussi l’imaginaire propre à chaque illustratrice. Papiers découpés et rayures seyes en clin d’œil chez Jihan Coucad, dans des couleurs jaunes dominantes. Grisaille du personnage confronté aux autres en couleurs agressives chez Camille Coucaud. Papiers découpés encore chez Pauline Morel, ainsi que carte à gratter dans une bichromie dominante bleue et rouge et une abondance de papillons comme issus des lèvres de Tom. Personnage croqué dans un univers où figurent des mots écrits chez Mona Hackel dans des dominantes de noir et de jaune.

Un album militant comme définition de la poésie et ode à la liberté d’oser écrire et d’oser interpréter.

Par ici!

Par ici !
Benoit Audé, Olivier Douzou
Rouergue 2019,

Descendre le courant, quelle aventure !

 Maryse Vuillermet

Cet album raconte le voyage d’une rivière,  de sa naissance à sa disparation, en dessins.
Un filet d’eau apparaît, puis un ruisseau, on zigzague, on suit un parcours sinueux, capricieux puis tumultueux. Le ruisseau devient rivière dans la plaine. Les images se dégustent longtemps car elles fourmillent de récits de vie, de petites histoires drôles, par exemple, sur une même page, on rencontre un berger avec son troupeau, une famille de randonneurs, un campeur effrayé par un chamois, un observateur d’oiseau qui se trompe de cible, un ours dérangé dans son hibernation, sur une autre,  un moniteurs de kayak invite à la prudence et tous les kayakistes sont saisis dans des positions acrobatiques et dangereuses, c’est très drôle !
C’est la rivière qui parle,  ce qui créé au début un petit mystère, et puis, elle se calme en plaine, se canalise en ville, devient fleuve de transport, et puis,  l’eau envahit la double page et devient estuaire puis océan et puis grands fonds marins.
C’est une merveille, c’est poétique, vivant et instructif !

Les Vacances de mon amie Carla

Les Vacances de mon amie Carla
Stéphane Kiehl
Grasset Jeunesse 2019

Liberté à deux…

Par Michel Driol

Au fil des pages, on suit les vacances d’une petite fille et de sa chienne Carla. Vacances d’été et vacances d’hiver se mêlent, bord de mer et montagnes enneigées, jardin du grand père, entre une page d’ouverture et une page de clôture symétriquement inversées : le retour de l’école, et le départ pour la rentrée des classes. Anonyme, la petite fille se raconte et parle de sa chienne, de sa capacité à se faire des amis, de l’interdiction des chiens sur les plages : autant d’images d’un bonheur passager, de questions sur l’amour, de réflexions sur la vie de chien : rêver de voyager, c’est déjà voyager… Le temps passe, le tracteur chez le grand père est devenu trop petit, mais il fait bon vivre et profiter de l’instant, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau. Tout l’album se centre sur la relation entre la fillette et sa chienne, les parents et grands-parents ne faisant que de la figuration dans le texte.

Si le texte est assez simple, et se suffit pour raconter l’histoire, les illustrations sont beaucoup plus complexes et riches. Tantôt elles sont l’illustration du texte, tantôt elles s’en éloignent dans des codes narratifs différents : celui de la BD, pour raconter une petite histoire en quelques strips, tantôt celui de la peinture, avec de magnifiques doubles pages particulièrement oniriques, pleines de fleurs rouges sur fond noir, traversées par des chevaux ou la fillette et Carla. Parfois c’est Carla qui se multiplie sur les pages, dans différentes attitudes. Cette diversité graphique fait la véritable richesse de l’album, et l’on cherchera à reconnaitre les légumes du jardin du grand père… Fonds colorés, fonds blancs, tout est significatif dans cet album qui prend plaisir parfois à isoler les personnages, tantôt à les fondre sur un fond de nature.

Un album drôle et attendrissant, ludique, pour dire le lien entre une fillette et une chienne, mais aussi le plaisir du dépaysement et le sentiment de liberté que donnent les vacances.

 

C’était pour de faux

C’était pour de faux
Maxime Derouen

Grasset Jeunesse 2019

Du grand débat dont furent faites grosses guerres

Par Michel Driol

A l’école, Sophie la girafe est en pleurs. Pourquoi, demande la maitresse ? Parce que Bruno le crocodile lui a tiré la capuche. Mais c’était pour de faux, dit ce dernier… Le directeur consulte le règlement : rien sur les tirages de capuche pour de faux… Sentant leurs enfants en insécurité, les parents d’élèves manifestent. Le lion président doit prendre une décision… et s’en tire par un rugissement qui ne satisfait personne. Cela devient une affaire d’état, dont on parle à la télévision, dont les experts s’emparent… Jusqu’au moment où tout bascule dans la guerre civile. C’est alors que Bruno avoue que c’était pour de vrai, et que la réconciliation est possible.

Voilà un album qui parle de mensonge et d’honnêteté, et apprend en quelque sorte à être responsable de ses actes. Un album qui démonte et montre des mécanismes humains, trop humains, d’escalades dans la violence, de mésentente, et qui interroge que les comportements des adultes et des enfants, l’incapacité des uns à désamorcer ce qui est en train de se jouer, et la capacité des autres à se situer dans le vrai une fois les limites franchies, à avouer. Comment un fait divers peut-il mettre en péril l’équilibre d’une société ? Comment les politiques et les savants, les intellectuels s’avèrent-ils incapables de penser le monde et de gérer les conflits, à tout le moins de les apaiser ? Quoi qu’il en soit, la vérité sort de l’enfant responsable, qui, avouant sa bêtise, assume le pouvoir de rétablir la paix civile.

 Cette mécanique implacable est  accompagnée par un texte et  des illustrations pleins d’humour : humour des jeux de mots et du jeu avec la langue et les expressions figées (les larmes de crocodile, monter sur ses grands chevaux…), humour des illustrations qui montrent des personnages pleins d’expressivité, mi animaux, mi humains par les vêtements et les lieux montrés (l’école, la ville, le palais…).

Un  album pour apprendre ensemble à vivre ensemble et à gérer les conflits.

Les Tartines de rillettes

Les Tartines de rillettes
Simon Priem – Carla Cartagena (illustratrice)
Utopique 2019

Faire son deuil…

Par Michel Driol

Louis vit seul avec son grand-père. C’est un après-midi ensoleillé. Le grand père fait son jardin. Louis ne parle pas beaucoup, se cache et se blottit dans les coins, ou joue à piloter la verrière comme un avion. Surgit alors le souvenir, celui de la fin des nuits étoilées, annoncée par le grand-père. Louis ose s’aventurer dans l’atelier de son grand-père, où il n’a pas le droit d’entrer. Il y découvre que celui-ci fabrique des voitures miniatures grises, comme celle dans laquelle sa maman a eu un accident. Surgit alors un second souvenir, celui des nuits étoilées que Louis regardait avec elle. Le grand-père propose alors à Louis de colorier les voitures de toutes les couleurs, avant de partager les fameuses tartines de rillettes.

Sur cette difficile question de la mort des parents et du deuil, Simon Priem et Carla Cartagena signent un album tout en délicatesse et en demi-teinte. Tous les lecteurs ne comprendront pas le décès de la mère, sa disparition étant traitée de façon implicite, allusive et métaphorique. C’est ce qui fait la force de l’album. On évoque ainsi les nuits étoilées, comme un leitmotiv qui revient trois fois. Au lecteur de faire les liens, de comprendre ce qui est suggéré finement dans le texte et dans l’illustration. Les deux personnages principaux sont attachants, maladroits et solitaires dans leur deuil. Tous deux cherchent des refuges, l’un dans les coins,  où il semble disparaitre, l’autre dans son atelier, à fabriquer des voitures à l’image de celle où sa fille a trouvé la mort. Deux personnages qui se ressemblent : même mutisme, mêmes lunettes rondes, que seule la couleur différencie, yeux embués chez l’un, reniflements chez l’autre. Deux personnages qui se blottissent l’un contre l’autre et que rapprochent les tartines de rillettes. On notera aussi la belle construction de l’album, qui s’ouvre et se ferme sur des textes et des images quasi identiques, mais soulignant avec subtilité ce qui a changé, et la façon dont ce qui était endormi se réveille. Les illustrations de Carla Cartagena introduisent le lecteur dans un monde lumineux, et font alterner des plans de maison familiale traditionnelle avec les gros plans des visages expressifs des trois personnages principaux.

Un album subtil, avec des personnages attachants, qui respecte le lecteur et lui fait entrevoir les relations complexes entre les êtres touchés au plus profond d’eux-mêmes par une disparition douloureuse.

 

La Face cachée du Prince Charmant

La Face cachée du Prince Charmant
Guillaume Guéraud & Henri Meunier
Rouergue 2019

Tout homme a une double postulation…

Par Michel Driol

Sur une première double page, un portrait élogieux du Prince Charmant. Tout n’est que beauté, amour, délicatesse et distinction. Mais tournez la page.  Le même texte, caviardé, révèle une autre image, celle d’un être  sombre, maladroit, rustre, impoli… tandis que l’image est devenue noire. Le même procédé se répète huit fois, tandis que la dernière page caviardée révèle la vérité du Prince : il est juste comme toi et moi.

On se souvient que le caviardage est un des procédés de réécriture proposés par l’Oulipo. Le voici justement proposé dans un album jeunesse, avec beaucoup d’à-propos et d’humour. Autant le texte de la première double page est lisse, laudatif, soutenu, autant celui de la page caviardée, familier  frôle la scatologie pour le plus grand plaisir du lecteur. Bien sûr, on l’a compris, ce jeu avec les mots renvoie à la réalité humaine, au bien et au mal présents en chacun, à l’ange et au démon qui sommeillent en chacun de nous. Les illustrations montrent un Prince Charmant très enfantin, prompt parfois à se réfugier dans les jupes de sa mère, ce qui renforcera l’identification du jeune lecteur avec ce personnage à double visage. C’est aussi une façon de dédramatiser les crises, les angoisses, les colères enfantines.

Un album carnavalesque, qui fait alterner le haut et le bas, et révèle de jubilatoires surprises.

 

Chips et Biscotte

Chips et Biscotte
Mickaël Jourdan
Rouergue 2019

Improbables amis

Par Michel Driol

Chips et Biscotte sont amis. Et pourtant tout les oppose : leur forme, leur taille, leur couleur, leurs gouts vestimentaires, leurs desserts préférés, leurs passetemps… Après avoir énuméré leurs différences, l’album pose la question : N’ont-ils donc rien en commun ? Et il y répond dans une seconde partie, montrant leurs gouts communs pour le parc, le piquenique, et leur complémentarité dans le souci qu’ils prennent afin de combler les manques de l’autre.

Ce premier album de Mickaël Jourdan est une ode toute simple à la différence et à l’amitié. Tout cherche à se mettre à la portée des plus petits : la langue et le texte, très court et très simple,  les illustrations, qui posent deux personnages étonnants aux bras tentaculaires, l’un tout en lignes droites, l’autre tout en courbes, l’un tout jaune, l’autre tout bleu (clin d’œil à Leo Lionni ?). Pas ou peu de décors, tout se concentre sur les personnages et leurs accessoires.  Deux personnages à la bouche et aux yeux particulièrement expressifs dans leur simplicité graphique pour faire passer la joie ou la déception… L’album souligne que l’altérité n’est pas un obstacle à la rencontre et à l’amitié, grâce à la bienveillance et à la complicité des deux personnages.

Un album drôle, tout en délicatesse,  qui s’inscrit dans un univers enfantin pour inviter les plus petits à ne pas avoir peur de celui qui est différent.

La meilleure façon de marcher ?

La meilleure façon de marcher ?
Anna Castagnoli et Gaia Stella
Grasset Jeunesse 2019

Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà…

Par Michel Driol

Cet album propose une belle adaptation d’un conte traditionnel, connu en France par la version qu’en proposa  La Fontaine sous le titre Le meunier, son fils et l’âne. On en connait donc l’argument : un vieil homme et son fils cheminent avec leur âne, et les passants trouvent à chaque fois quelque chose à redire sur leur façon de marcher. On en connait aussi la double morale par laquelle La Fontaine conclut sa fable (la première énoncée par le Meunier, la seconde énoncée par le fabuliste et adressée au destinataire de la fable) :

« Je suis âne, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue;
Mais que dorénavant on me blâme, on me loue,
Qu’on dise quelque chose ou qu’on ne dise rien,
J’en veux faire à ma tête ». Il le fit, et fit bien.

Quant à vous, suivez Mars, ou l’Amour, ou le Prince;
Allez, venez, courez; demeurez en province;
Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement:
Les gens en parleront, n’en doutez nullement.

L’album d’Anna Castagnoli et Gaia Stella se déroule  entre deux pages de garde porteuses de sens : la première montre les trois protagonistes sagement alignés, côte à côte, de dos… La dernière illustre de nombreuses combinaisons entre les trois, dans un joyeux déséquilibre.

L’adaptation porte d’abord sur l’invention d’une toponymie : les villes de Bonvent, Languependue, Grande-Grinche, Durcoeur…  se succèdent. Dans chacune de ces villes, les habitants ont une particularité : jaser, grommeler, soupirer… travailler sans relâche ou être paresseux… Mais quelle que soit leur caractéristique, ils ont en commun de se moquer du trio qui chemine, et de lui donner un conseil, immédiatement suivi par les personnages. L’album suit un rythme identique à chacune des étapes, sous forme de 3 doubles pages similaires : une double page revient comme un refrain pour annoncer l’arrivée à la nouvelle étape, texte à gauche, illustration  à droite. Puis le passage dans la ville, les commentaires, les conseils, et enfin le résultat, qui se conclut invariablement par le refrain : « C’était la meilleure façon de marcher… ». Du coup, ce rythme entraine une dynamique de lecture : l’arrêt à la ville marqué, page de droite, par un garde ou soldat, la traversée de la ville, illustrée par ses maisons, ses habitants, et la sortie, texte à gauche, illustration à droite montrant le nouvel équipage s’élançant joyeusement vers la suite de l’histoire. Les illustrations – très colorées et géométriques – et le texte, qui fait la part belle au dialogue, se conjuguent donc pour entrainer avec malice le lecteur vers les différentes combinaisons possibles.

La première et la dernière page se font écho : sur un viaduc cheminent les trois personnages dans une combinaison différente. La dernière page porte la « morale », qui a la sagesse d’interpeller le lecteur sous forme de question : « Alors, quelle est la meilleure façon de marcher ? ». Fin ouverte qui tranche avec la fable de La Fontaine et permet au lecteur de réfléchir par lui-même à la tolérance, aux différences culturelles, à la langue qui peut être la meilleure ou la pire des choses, aux jugements trop vite rendus et à l’absence d’esprit critique.

Un album très graphique, à la composition rigoureuse, plein de fantaisie et d’humour pour dénoncer l’absurde des certitudes et des préjugés, le risque qu’on encourt à suivre le discours des autres aveuglément, et qui encourage à penser par soi-même.

 

 

Dix petites graines. Mon jardin en hiver

Dix petites graines. Mon jardin en hiver
Ruth Brown
Gallimard jeunesse (poche : « L’heure des histoires »), 2017

Leçons de nature

Par Anne-Marie Mercier

Les Dix petites graines de Ruth Brown, publié pour la première fois en 2001, est un classique pour de multiples raisons : les illustrations sont belles, mêlant réalisme et expressivité, alliant les tons sombres de la terre vue en coupe tandis que les graines germent et se transforment en pousses, aux bruns des animaux (chat, taupe…); au-dessus, éclatent les couleurs claires où le jaune domine, lumière du ciel, livrée des  habitants de l’air (coccinelle, pucerons), lorsque la plante pousse, seule rescapée de dix après les différentes incursions des vivants sur son territoire souterrain ou aérien.
Belle leçon de « choses », qui montre que semer ne suffit pas, et que la nature est généreuse et remplace ce qui est perdu.

Mon jardin en hiver est un conte en cascade (ou en « progression à thème linéaire », structure dont on a souvent du mal à trouver des exemples en cours de français). Les illustrations, superbes, perdent comme celle de l’autre album, dans ce format réduit, mais cela reste charmant.

L’Ours contre la montre

L’Ours contre la montre
Jolivet et Fromental
Hélium, 2018

Apprendre à lire l’heure avec un ours

Par Anne-Marie Mercier

Un ours qui est obsédé par l’heure ? quelle idée ! mais pas plus folle que de les histoires de pingouins de Jolivet et Fromental ; et le lapin d’Alice a ouvert la voie. Ici, on peut aussi supposer que le jeu avec l’expression « c-ourse  contre la montre » a pu jouer. Donc au début de l’album un ours, gigantesque et orange, se bat avec le temps et arrive en retard partout : à l’arrêt du car scolaire, à l’école, à la cantine… il n’est jamais au bon moment au bon endroit.

La famille humaine qui l’héberge prend le problème à bras le corps après avoir compris qu’il vient du fait que l’ours ne sait pas lire l’heure. Grâce aux explications et aux schémas proposés en quantité par le père, l’ours comprend tout et entre dans une vie de temps réglé, efficace, employé à des activités multiples : en plus des cours de l’école où il n’est plus jamais en retard, il prend des cours de tuba, de claquettes, de cuisine, fait du bénévolat, du baby-sitting… jusqu’au « burn-ours » qui l’oblige à avoir encore un nouveau rapport au temps.

Ce gros ours encombré de lui-même et qui emplit bien les pages est touchant de maladresse et d’enthousiasme et l’album propose une réflexion sur le temps tout en fournissant une méthode d’apprentissage de la mesure du temps : à faire lire aux oursons en difficultés avec ces comptages complexes, donc.