Câline école
Anne Poiré et Patrick guallino
SOC & FOC, 2010
Quand la poésie rencontre l’école…
par Sophie Genin

« Cinq sept cinq
Texte libre
Le Haïku »
En prenant quelques libertés avec cette règle d’écriture poétique, Anne Poiré « raconte », par bribes, évocations par touches de mots, une journée d’école, la rentrée, la récré, la sieste… autant de moments, d’instants saisis au vol, à hauteur d’enfant, autant de petits bonheurs, illustrés par des photos d’élèves de maternelle découvrant des tableaux très colorés et inventifs, jouant avec des sculptures (si, si ils peuvent les toucher !) comme abandonnées dans une cour d’école.
En guise de mise en bouche avant de découvrir cette oeuvre nostalgique et atemporelle, quelques-uns de ces moments suspendus :
« Claquement du ballon
Friture dans la cuisine
Bientôt midi
Loin de la maison
Toute une journée
A libelluler
Un si long courrier
Cerf-volant fendant l’écume
Ciel de récréation ».
Les « pensées » de Franck Prévot ont ceci de commun avec celles de Pascal qu’elles sont fragmentaires, apparemment décousues, pleines de sagesse. Mais elles sont radicalement différentes dans la mesure où le jeu sur le langage prime. Jeux poétiques, calembours, mots d’enfant, rêveries sur les saisons, les humeurs, les émois :
Ce petit livret d’un très beau noir brillant propose une histoire énigmatique, celle d’un être tombé dans un pré qui ne sait pas qui il est. Il rencontre plusieurs animaux qui savent, eux, qui ils sont, car ils sont munis d’étiquettes qui les désignent. La fin a une allure de mini conte philosophique.
Sur chaque double-page de cet album d’une fraîcheur d’embruns, trois à sept vers d’une densité irréprochable rayonnent au milieu d’un tableau-poème. L’un à côté de l’autre, l’un avec l’autre, texte et image battent une chamade maîtrisée et irrésistible, évoquant la meilleure tradition du poème illustré pour enfants, mais ouvrant aussi une voie à part, métissée et résolument moderne. Ouvrir un album de poésie et être emporté par un rythme, un air, prendre envie de voir par les fenêtres et de prolonger l’évidence esthétique crayon(s) à la main est une expérience marquante – permise ici par la rencontre opportune d’une auteure féconde et d’une jeune illustratrice dépositaire d’une chatoyante culture des arts textiles.
Pas plus de dragon dans cet album que de cantatrice, chauve ou non, dans la pièce d’Ionesco. Quoique : le dernier poème explique en quelque sortte le titre, sous le signe de l’absence, il est vrai, mais une absence qui donne sa chance à l’imaginaire : « Dans la forme/ Des nuages/ Je n’ai pas vu/ Des dragons fumants […]/ Tout ça/ Je l’ai vu dans ma tête/ Juste en fermant les yeux ».

Mina aime la nuit, et aussi les mots. Elle les utilise en toute liberté, au grand dam de son institutrice, ignorant les règles et la logique ordinaire. Elle écrit son journal avec sa fantaisie, mêlant réflexions et notations prosaïques, questions et rêveries. Elle raconte aussi son histoire qui a fait qu’elle a été retirée de l’école, pour comportement trop « bizarre », la scène de terreur qui a tout déclenché, l’ombre d’un père disparu, son passage par un établissement spécialisé.