Tout bêtement

Jacques Roman, Carll Cneut
Tout bêtement

La Joie de lire, 2012

Quand les poèmes naissent de leurs illustrations…

Par Dominique Perrin

Tout un déploiement de poèmes en vers libres issus d’une galerie d’images dues à la griffe d’un grand illustrateur : c’est en quoi consiste l’album à la fois dense et aéré, imprévisible et cohérent publié par Jacques Roman « en rêvant à partir des illustrations de Carll Cneut ».
« Tout bêtement », parce que les dessins figurent exclusivement des sujets animaux, et que ces animaux vêtus affichent avec placidité leur fonction d’interprétants de la condition humaine. « Tout bêtement » aussi – et la gageure est magistralement mise en œuvre – parce que l’inspiration est au rendez-vous et montre par le fait qu’elle circule bien de l’image – plaisamment appelée « illustration » – vers le texte.
Si l’œuvre de Carll Cneut évoque ici notamment celle de Beatrix Potter, Jacques Roman mentionne en fin d’ouvrage la présence passagère, dans le tissu d’échos et de ruptures de ses vers très « libres », de poètes comme Michaux et Prévert, mais aussi de Baudelaire et de Joyce. L’ensemble se situe dans la lignée du fondateur Chantefables et Chantefleurs de Desnos et Jirincova Ludmila (Gründ, 1978).

 

 

 

 

 

Tes Mots sur mes mots

Tes Mots sur mes mots
François David
MØtus, 2011

La poésie par tout et pour tous

Par Anne-Marie Mercier

Ce n’est pas un livre, ce n’est pas un texte… Ce serait un bloc-notes : de petites feuilles carrées banches empilées dans un étui carré à rabat, noir. Et puis non, ce n’est pas cela : on voit, imprimé en gris très pâle, sur ces feuilles apparemment vierges des mots. Inscrits sur quatre lignes, ils en couvrent l’espace. Ils invitent à écrire, à penser à l’autre ou à soi, à mieux lire, à peser ses mots. Ils proposent de griffonner en poète au jour le jour comme on inscrit sur des coins de pages des idées, des rendez-vous, ou plus. Le bloc anonyme se fait voix, invite. Et voilà réalisé, le désir de la beauté en toutes choses, à s’offrir ou à offrir, du bonheur au quotidien à portée de la main.

Les mots
sombres
illuminent
parfois

Ecris-toi
à toi aussi
parfois ou
souventes fois

il y a lire
et lire
les mots n’en
reviennent pas

Pour en savoir plus sur François David, grand poète d’enfance, voir son site.

 

Une Petite Heure perdue, Coeur de lierre

Une Petite Heure perdue
Nathalie Hense

mØtus (mouchoir de poche), 2011

Eloge de l’attente

Par Anne-Marie Mercier

 Dédié « à tous les enfants dont les agendas de ministre ne laissent jamais de place aux petites heures perdues », ce livre est un éloge du temps «mort », un temps plein de vie pour qui sait s’y prendre.

Un garçon attend, regarde au sol, tortille ses doigts, chantonne, rêve. L’attente se meuble de merveilles et les dessins, en blanc sur noir font exploser le monde. Ces mini-livres de mØtus sont un concentré de pensée et de beauté.

Dans la même collection, Coeur de lierre de Michel Besnier, propose des variations autour de l’image d’une feuille de lierre et des mots et jeux associés.

 

Les Bêtes curieuses

Les Bêtes curieuses
François David, Henri Galeron

mØtus, 2011

Jeux de mots et de formes

Par Anne-Marie Mercier

Sixième collaboration des deux artistes, ce recueil de définitions loufoques accompagnées d’images du même tonneau est un régal. Les « bêtes » sont un singe, un canard, un girafon… Mais certains surprennent et abritent un autre bestiaire, mmétaphorique : le blues : « animal à la voix triste de la famille du cafard et du bourdon » ; un aspirateur : « bête à roues comme le paon » ; une machine à laver : « bête toute ronde dont les petits sont provisoirement retirés à leur naissance afin d’être réchauffés au soleil » … Quant aux vrais animaux, ils sont l’occasion de jeu sur les mots (la caille est un animal très frileux) et d’images drolatiques (la caille chaussée de brodequins et emmitouflée a un air enrhumé absolument évident).

Entre énigmes, mots valises et poésie, les pouvoirs du langage et de l’image et leur capacité à jouer ensemble sont ici évidents.

Poésies dans l’air et dans l’eau

Poésies dans l’air et dans l’eau
Kochka, Julia Wauters

Flammarion (Père Castor), 2011

Voyage en Poésie

par Sophie Genin

9782081233072.gifVisite de la terre, de « l’R et de l’O », découverte des sons, des images, des sensations, par le biais de poèmes de facture relativement classique (rimes et courtes strophes), sauf à se perdre dans des poèmes qui sonnent comme autant de haïku sur le monde actuel, pas dénués d’humour, tel :

 « Hiver sonnant à la lisière,
Dans la soupière
Il fait chaud.
Thé sombre dans la théière,
Café dans la cafetière,
Nappe de poussière sous frigo. »

ou bien encore :

« Poésie en terre,
Poésie en pot,
Souriceau sous l’arbrisseau.
Petits animaux de la terre,
Coléoptères, escargots,
Penché, le petit garçon considère. »

 Le charme désuet et nostalgique de ces rimes qui font voyager tient aussi aux illustrations qui ont un goût d’années 50 mais actualisé par des couleurs flashies et des cadrages parfois étonnants qui montrent le quotidien sous un autre angle, ce qui est le propre d’une poésie vivante, ici largement accessible aux plus jeunes, dans un jeu habile d’associations d’idées parfois surprenantes.

La Chambre des astres

La Chambre des astres
Gilles Brulet, illustrations Brunella Baldi
SOC & FOC

Les Cévennes vues par un poète amoureux

par Sophie Genin

les cévennes,voyageDès la couverture, le monde de Brunella Baldi, aux couleurs de sable et d’ocre, aux courbes étonnantes, nous happe : quelle est cette maison, quelles sont ces formes rondes comme la lune ou plutôt comme des planètes imaginaires ? En ouvrant, les mots de Gilles Brulet nous accompagnent sur un chemin cévenol que l’auteur semble bien connaître. Il ne s’agit pas de narration, uniquement d’évocations oniriques, même si une dédicace initiale éclaire notre route quant au lieu que nous découvrons : « A Emile, berger du hameau de Montagnac, commune de Meyrannes, Cévennes ».

Pour celui qui s’est déjà promené dans ces paysages, il retrouvera des scènes dans les images choisies par le poète, telles que : « Vêtu d’autan ou de mistral/Les yeux citoyens des paysages/Le berger va/Dirigeant le troupeau/Dans sa maison mondiale ». Pour celui qui n’a pas cette chance, il voyagera dans un pays inconnu, incertain et onirique et, aidé par l’illustratrice, laissera son esprit voguer au gré des mots, lentement égrainés comme un souvenir qui échappe :

« Derrière le brouillard
Je sais demain
Les verbes des enfants
Les châteaux de l’amoureuse
Une libellule bleue
-Qui se posera sur le nu de l’épaule-
Le corps d’une source
Les rires de la lumière
Une plume au large
D’un chemin nouveau. »

 Alors, que vous connaissiez ou pas ces lieux, laissez-vous tenter par ce voyage onirique aux couleurs de désert cévenol et à la saveur douce amère des rêves que l’on voudrait rattraper…

 

Câline école

Câline école
Anne Poiré et Patrick guallino
SOC & FOC, 2010

Quand la poésie rencontre l’école…

par Sophie Genin

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« Cinq sept cinq
Texte libre
Le Haïku »

En prenant quelques libertés avec cette règle d’écriture poétique, Anne Poiré « raconte », par bribes, évocations par touches de mots, une journée d’école, la rentrée, la récré, la sieste… autant de moments, d’instants saisis au vol, à hauteur d’enfant, autant de petits bonheurs, illustrés par des photos d’élèves de maternelle découvrant des tableaux très colorés et inventifs, jouant avec des sculptures (si, si ils peuvent les toucher !) comme abandonnées dans une cour d’école.
En guise de mise en bouche avant de découvrir cette oeuvre nostalgique et atemporelle, quelques-uns de ces moments suspendus :

« Claquement du ballon
Friture dans la cuisine
Bientôt midi

Loin de la maison
Toute une journée
A libelluler

Un si long courrier
Cerf-volant fendant l’écume
Ciel de récréation ».

Des Pensées sans compter: philosophie en papillottes

Des Pensées sans compter
Frank Prévot, illustrations de Martin Jarrie

Editions l’édune (papillottes), 2011

éclats de philosophie

par Anne-Marie Mercier

Des pensées sans compter.jpgLes « pensées » de Franck Prévot ont ceci de commun avec celles de Pascal qu’elles sont fragmentaires, apparemment décousues, pleines de sagesse. Mais elles sont radicalement différentes dans la mesure où le jeu sur le langage prime. Jeux poétiques, calembours, mots d’enfant, rêveries sur les saisons, les humeurs, les émois :

– On sait que la chaleur vient du soleil. Mais le froid ? D’où vient-il, le froid d’hiver ?

– Plus tard, les minuscules deviennent-elles des majuscules?

– Prendre du recul m’aide à avancer.

– Etre et voir l’été.

– Ceux qui jonglent avec les idées devraient se souvenir que le jongleur se saisit de tout mais ne retient jamais rien.

Humour de papillotes? c’est de saison ! Mais dans son plus bel air, celui qui fait philosopher légèrement malgré l’engourdissement. Chaque phrase est un voyage. C’est un merveilleux petit livre pour ceux qui aiment lever le nez à chaque page pour sourire, penser et rêver. Les illustrations de Martin Jarrie sont parfaitement adaptées au projet du livre jouant avec une géométrie folle et mélangeant les formes.

Le grand cheval bleu

Le grand cheval bleu
Irène Cohen-Janca
Maurizio A.C. Quarello

Rouergue, 2011

« Bleu comme le ciel de Trieste »

Par Dominique Perrin

     « Un jour de 1974, un immense cheval bleu, accompagné d’un cortège de malades et d’artistes, a vraiment parcouru les rues de Trieste. Il était le symbole de ce mur entre la ville et l’hôpital que le docteur psychiatre, Franco Basaglia, voulait abolir. Il m’a inspiré cette histoire… »
Un voyage vers l’Est et vers le Sud  – l’Italie vue depuis Trieste –,

Un voyage dans le passé – les années 70 et le mouvement de contestation de la crimininalisation et de la relégation des malades mentaux –,
un voyage dans la société – la mère du narrateur est lingère au grand hôpital psychiatrique de San Giovanni –,
un voyage dans le vivant – le personnage central est un cheval de charge –,
un voyage dans les âges de la vie – le narrateur passe de l’enfance à l’adolescence, le cheval auquel il consacre son témoignage approche de la fin de sa vie –
un voyage dans les possibles politiques – des débats naissent, des mondes étrangers se rencontrent, des paupières battent –
un récit très ample et très bref, ouvert sur des pages vierges et des illustrations en noir, blanc et bleu comme un rivage sur l’élément liquide.

Etiquette toi même !

Etiquette toi même !
Virginie Monfroy
Motus, 2010 

Besoin d’étiquette?

Par Anne-Marie Mercier

etiquette.jpgCe petit livret d’un très beau noir brillant propose une histoire énigmatique, celle d’un être tombé dans un pré qui ne sait pas qui il est. Il rencontre plusieurs animaux qui savent, eux, qui ils sont, car ils sont munis d’étiquettes qui les désignent. La fin a une allure de mini conte philosophique.

Les dessins, blancs et noirs, schématiques, sont faits d’images reproduisant des d’étiquettes de diverses formes et en plusieurs langues, ou sont très astucieusement formés de boutons, cordons, attaches. La typographie fait parler différentes voix. L’ensemble est très joyeux.