TKT

TKT
Fabien Arca
Rouergue 2026

Se souvenir des belles choses, et des moins belles

Par Michel Driol

Tristan attend, une heure durant, que la professeure de français rende les copies du brevet blanc. Si le résultat n’est pas bon, il devra aller en seconde professionnelle. Une heure à se souvenir du rendez-vous avec ses parents et cette professeure, de ses essais au club théâtre, et surtout de sa liaison avec Ava, et du moment, dans la forêt, où il l’a perdue. Une longue heure pour l’adolescent.

Fabien Arca dresse ici le magnifique portrait d’un adolescent ordinaire, touchant par bien des aspects, un adolescent rabaissé par ses parents, ses enseignants, en plein désarroi. Un adolescent qui découvre l’amour mais qui, sous l’influence d’on ne sait trop qui ou quoi, se montre trop empressé avec Ava, n’écoutant que son désir à lui, dans un comportement machiste, incarnant, malgré lui, une masculinité toxique de mâle dominant. Cette histoire d’amour perdu est le double, dans le récit, du mythe d’Icare, mythe que Fabien, conduit au club théâtre par Océane, interprète dans une flamboyante improvisation. A trop se rapprocher du soleil, certes, on se brule les ailes, mais Fabien en propose une autre interprétation, que, par timidité, il garde secrète, y voyant le signe de la libération du père. Dans quelle mesure Fabien est-il Icare, parvenant à se libérer, à force d’introspection, non seulement de la pression paternelle, mais aussi de ses angoisses, de son absence de confiance en lui ? Et ce n’est pas pour rien que le texte se termine sure l’image du labyrinthe qu’est le collège, qu’est la vie aussi. A chacun d’y trouver sa voie.

Avec réalisme, et avec sobriété, dans une langue qui enchaine les phrases souvent courtes comme autant de flashs sur le monde qui entoure son héros, Fabien Arca dépeint avec justesse les questionnements des adolescents d’aujourd’hui, donne à entendre leurs souffrances, l’absence de modèles valorisants et positifs. Ce n’est pas un texte pessimiste, au contraire, mais un texte qui laisse émerger la prise de conscience du héros, qui comprend ainsi l’impact de ses actes, choses qu’il apprend à ses dépens, mais qui apprend aussi à revoir son jugement sur les autres, sur Mme Lallier, la professeure de français, sur Océane, sur Ava aussi, qu’il a perdue à jamais.

Entre  roman d’apprentissage et éducation sentimentale, dans un court récit qui respecte avec brio la règle des 3 unités, TKT attire avec empathie l’attention sur ces garçons en manque de modèle positif, qui cherchent leur voie, en pleine adolescence, en plein désarroi.

Le Presque Dernier Dinosaure

Le Presque Dernier Dinosaure
Barroux
Seuil jeunesse, 2025

L’ancêtre d’Elmer

Par Anne-Marie Mercier

L’album de Barroux présente ce qui pourrait être les derniers jours du dernier des dinosaures. On le voit se promener dans les feuillages, discuter avec des oiseaux, se faire rincer par la pluie, grelotter de froid… Sa solitude n’a rien de triste.
Le corps du dinosaure, juste tracé et répété à l’identique de page en page, varie : rayé par la pluie, entouré de brouillard ou de nuit, incliné… Ce corps apparait aussi comme ce qui enveloppe un squelette. Il peut aussi devenir bleu de froid, rouge à pois (à cause des piqures de moustiques), rayé les jours de fête… Il ressemble un peu à l’éléphant Elmer avec ses couleurs variables. Ainsi, l’album est autant un jeu graphique qu’une histoire pour les  petits (c’est un album cartonné).
Finalement, on voit Dino se dédoubler, avec l’apparition d’un autre lui-même : même silhouette, même taille, couleur différente. Dino 1 et 2 se multiplient ensuite, avec des petites silhouettes identiques mais réduites, fondant une famille très nombreuse. Voilà que les dinos pullulent alors, faisant mentir l’extinction annoncée.
Ainsi, l’art reconstruit ce qui s’effondre et la vie demeure quand elle s’efface dans le réel. Belle leçon, merci Barroux !

 

Le Manteau

Le Manteau
Clarisse Lochmann
Seuil jeunesse, 2025

Le hasard en poches

Par Anne-Marie Mercier

Chien, facteur en vélo chaudement vêtu, rentre chez lui. Il cherche sa liste de courses dans la poche de son manteau et ne la trouve pas, premier mystère. Deuxième mystère : dans ses poches il trouve des objets curieux, ronds, blancs, durs, striés et salés qu’il n’identifie pas ­– le lecteur aura reconnu des coquillages.
Que s’est-il passé ? On voit Chien enquêter, retourner ses poches, surveiller son manteau qui semble vivre sa vie indépendamment, et enfin, rêver de choses inconnues, de paysages marins. Au réveil, son monde a changé, s’est élargi, adouci… comme si ces petits objets dans ses poches infusaient quelque chose en lui.
Le mystère est levé lorsque Chien se rend à la piscine et comprend qu’il y a eu un échange de manteau : l’emprunteur, un ours, a trouvé la liste de courses. Ours lui raconte la mer, la sensation des bains. Chien et ses enfants préparent leurs vêtements pour de futurs échanges en glissant des objets dans leurs poches. Lors de la séance suivante de piscine, les vêtements s’échangent et ouvrent les perspectives de chacun. Les dernières images montrent Chien et les petits découvrant la mer avec Ours.
Les belles aquarelles saturées d’eau juxtaposent des couleurs vives sur fond de sable, construisant un monde chaleureux et gai, fait de sensations et d’ouverture vers l’ailleurs.

Refuge Mouchette

Refuge Mouchette
Inbar Heller Algazi

Les Fourmis rouges, 2025

La peluche contre le vivant

Par Anne-Marie Mercier

Dans la famille Mouchette, il y a la mère qui a ouvert, vingt ans plus tôt, un refuge pour animaux (tiens, un refuge pour animaux, comme dans la chronique précédente, sur Revenez amis martiens !) où l’on trouve (à en croire les images), des cygnes, un éléphant, un tigre, un singe, un manchot (dans le frigo), et bien d’autres. Il y a aussi la fille, qui aide sa mère sans grand plaisir : ce qu’elle veut, c’est avoir un animal en peluche, un chat.
On a donc ici un retournement de la situation habituelle où un enfant, accablé de toute sorte de peluches réclame en vain un vrai animal. La fillette semble seule, sa mère indifférente, et les animaux qui l’entourent l’agacent au lieu d’être une compagnie, jusqu’au jour où…
Le récit qui insiste sur le sentiment de frustration de la fillette se retourne en émerveillement : le miracle a lieu, non parce que la mère a entendu la solitude et le désarroi de sa fille, mais parce que pendant la nuit de sa grande colère  les animaux se sont organisés pour lui construire une cabane (son autre rêve) dans laquelle elle trouvera un chat en peluche : l’imaginaire est bien un recours, et la lecture le lieu des rêves réalisés.
Les belles illustrations de Inbar Heller Algazi, colorées à l’aquarelle et aux crayons de couleur montrent tout l’absurde de la situation. Elles apportent à l’album l’humour qui manque à la narratrice, enfermée par son désir contrarié.

 

Animal

Animal
Hélène Druvert
La Martinière jeunesse, 2025

Animal en long et presque en large

Par Anne-Marie Mercier

Ce grand album documentaire mêle techniques classiques et modernes avec un projet sérieux : montrer aux jeunes lecteurs l’étendue et la variété de la faune. Tout d’abord quelques pages leur donnent des éléments afin de leur permettre de classer les animaux : vertébrés ou invertébrés, à plumes ou à poil… Puis chaque double page aborde un point particulier et les animaux sont présentés dans leurs mœurs : technique de séduction ou de chasse, naissance et métamorphoses, camouflages, habitat… chaque point est intéressant. Le sujet est si vaste qu’il est impossible de donner une vue d’ensemble de chacun.
Entre certaines pages, sont insérées des pages en rabats ; malheureusement on ne voit pas la logique et l’intérêt de cela : les pages devenues triples ne sont en fait que des pages doubles insérées dans une autre double page alors qu’elles auraient pu permettre de déplier un vaste ensemble : on a donc, dépliées, une page simple dans la continuité d’une page double, au lieu d’avoir une vaste image sur trois pages. On peut cependant signaler une superbe page avec des découpes au laser qui présente une toile d’araignée. Les images et les couleurs sont belles, la couverture est superbe, mais l’ensemble est un peu décevant.

La Sorcière aux yeux de lune

La Sorcière aux yeux de lune
Myriam Dahman et Nicolas Digard, ill. de Júlia Sarda
Gallimard jeunesse, 2025

La défaite d’un Monstre

Par Anne-Marie Mercier

Le conte reprend des ingrédients classiques : une sorcière solitaire, une jeune fille réduite en esclavage, un monstre marin qui la tient captive, un défi logique dans lequel le héros (en l’occurrence l’héroïne) se sort avec brio, trompant le trompeur. C’est le mélange réussi de tous ces éléments et la fluidité du récit qui font le charme de l’ensemble. Une économie du récit donnant un rythme parfait à la narration, des dialogues percutants et brefs, des silences plus frappants encore, quelques détails bien placés, tout vient à point.
Les illustrations et la mise en page sont intéressantes et belles : encadrés rappelant les contes russes, images insérant des formes issues de papiers découpés, saturation d’objets et de détails sur fond blanc à la manière d’Emmanuelle Houdart, variations typographiques discrètes et efficaces. L’aventure se déploie en teintes crépusculaires dans les airs et dans les mers, et les images servent très bien la narration.
Enfin, c’est une belle histoire de solitude rompue, de promesse tenue et d’amitié au féminin sur un fond de légendes anciennes.

 

 

 

 

A fleur de flots

A fleur de flots
Anne Loyer – Illustrations de Claude K. Dubois
D’eux 2026

Jeune pêcheur d’Islande

Par Michel Driol

A 14 ans, au début du XXème siècle, Pierre décide de s’embarquer comme mousse sur l’Apogée, la goélette de son oncle, à la recherche de son père qui n’est pas revenu d’une campagne de pêche en Islande. Est-il mort en mer ? ou amnésique en Islande ? Pierre garde l’espoir de le revoir vivant et de le ramener en Bretagne. Au cours du voyage, il découvre à la fois la dure condition de mousse, soumis aux brimades de l’équipage, et la rudesse du métier de marin dans les terres froides, peuplées d’icebergs.

Avec réalisme, l’autrice décrit les conditions de vie des marins pêcheurs bretons, ceux que l’on appelle les Islandais, la rudesse de la vie de paysanne de la femme restée à terre, élevant seule ses enfants. Avec pudeur est évoqué l’alcoolisme du père, alcoolisme consubstantiel avec les dures conditions d’existence à bord. Le récit vaut par le portrait des personnages secondaires. Le père, absent, idéalisé par son fils. L’ami de Pierre, qui va partir faire des études à Paris, pour sortir de ce milieu. Et surtout les marins à bord de l’Apogée,  où se mêlent des brutes épaisses ambitieuses et sans cœur, et d’autres plus compréhensifs. Deux figures féminines se détachent de ce monde masculin. La mère, d’abord, brisée par le projet de son fils, mais accomplissant comme mécaniquement les gestes, le paquetage qu’elle faisait pour son mari. Et une infirmière en Islande, qui saura écouter Pierre, et le remettre sur pied, physiquement et moralement.

Sous l’allitération poétique du titre se cache un récit initiatique âpre, un récit où grandir se conjugue avec côtoyer la mort et l’accepter. Pierre est confronté à une rude initiation conduite par des marins impitoyables, initiation au cours de laquelle il risque sa vie, initiation dont son oncle ne peut le protéger. Un récit qui révèle une humanité impitoyable, travaillant dur, au milieu d’éléments déchainés, exerçant un métier pénible dans des conditions épouvantables. Un récit initiatique au cours duquel Pierre, petit à petit, comprend ce qu’a été la vie de son père, et les raisons pour lesquels il voulait l’en éloigner, récit au cours duquel il apprendra aussi à faire son deuil.

Ce récit âpre est écrit dans une langue elle-même âpre, que ce soit dans les dialogues restituant une langue orale où les syllabes sont avalées, dans les phrases nominales, à l’image de la violence des événements, mais une langue qui sait se faire poétique pour évoquer la nature dans ce qu’elle a de plus extrême.  Claude K. Dubois propose des crayonnés en grisaille, comme saisis sur le vif, des crayonnés qui restituent l’époque et l’ambiance de ce début de XXème siècle.

Grandir, c’est se confronter à l’injustice, à la mort, à la violence de la vie… mais c’est aussi trouver l’apaisement, loin des siens. Voilà ce qui dit ce beau récit d’aventure.

Revenez, Amis Martiens !

Revenez, Amis Martiens !
Florence Thinard
Thierry Magnier, 2025

Complètement ouaf !

Par Anne-Marie Mercier

La SF pour jeunes lecteurs est parfois très drôle (voir les délicieux Félicratie et Battelstar Botanica de H. Lenoir). Dans le secteur de la SF adulte, il y avait Invasion de Luke Rinehart  (2020), où les Martiens étaient des boules de poils qui ne pensaient qu’à s’amuser. Ici, la loufoquerie règne aussi. Portés par un rythme de narration soutenu et prenant, les enjeux présentés sont d’importance. Pensez donc : il s’agit d’une expédition martienne sur la terre qui vise à rapporter de l’eau sur Mars pour assurer la survie des Martiens (précision : ils ne sont pas verts mais roses, mous et baveux), et peut-être à coloniser la terre.
Du côté des humains, l’héroïne, Èva, veut sauver les animaux recueillis dans le refuge où elle travaille, tout en allant au collège. Elle y est constamment humiliée par une bande de filles à la mode et son nouvel ami, Armand, est lui aussi harcelé. Obnubilé par sa passion pour l’astronomie, il est très solitaire, plus ou moins abandonné par des parents riches qui font de longues missions à l’étranger. Enfin, le refuge est menacé par un projet de parc d’attraction.
L’histoire commence avec la présentation du jeune et fringant FWFX qui présente au conseil des sages (les GAGA, Grands Anciens Gardiens de l’Autorité suprême) un projet qui ne peut que réussir selon lui, contrairement aux dizaines de milliers d’expéditions précédentes. FWFX a étudié la psychologie humaine et a vu que certains animaux étaient non seulement épargnés, mais même choyés comme de petites divinités : les chats. Il se métamorphose donc pendant son long voyage en chat, comme son coéquipier, un vieux baroudeur un peu vulgaire et accro à l’azote, WDWC. C’est WDWC quii pilotera le vieux tacot spatial qui leur a été attribué et le réparera (on voit des ressemblances avec des personnages de la Guerre des étoiles). FWFX, qui a le sens de la hiérarchie, a fait en sorte de se métamorphoser en chat de race (persan ou birman, je ne sais plus) et de transformer son collègue un vulgaire matou.
Leur capsule (qui ressemble à un frigo), tombe dans l’Océan : péripéties multiples pour enfin attirer l’attention d’un bateau qui les prend à bord. La capsule est envoyée en déchetterie, et eux au refuge pour animaux abandonnés dont s’occupe d’Eva. Ils arrivent à communiquer avec elle par télépathie mais hélas le superbe FWFX est confié à l’adoption à la charcutière du village (FWFX est végétarien) qui compte « la » faire se reproduire (il s’est par erreur choisi femelle). Par erreur également, des chiens du refuge sont bombardés d’ondes martiennes télépathes, et voilà toute une société mi humaine mi animale qui se ligue pour s’évader, libérer leur camarade et récupérer la capsule spatiale pour réexpédier les martiens chez eux.
De multiples péripéties leur font frôler la catastrophe. WDWC découvre la devise de la République, « Liberté égalité, fraternité » et commence à songer à organiser une révolution. Par ailleurs, il découvre le foot ; sa passion les met dans de grands embarras. L’attirance d’Elsa pour Armand peine à trouver une issue tant celui-ci est handicapé du côté des sentiments et obnubilé par sa passion pour l’astronomie…
C’est surprenant, plein d’invention ; il y a aussi une vache (élément crucial pour la réussite de l’entreprise qui nécessite du méthane), la famille d’Elsa et de multiples protagonistes. On ne s’ennuie pas une seconde et on suit tous ces personnages attachants avec un grand plaisir. Le titre (envers du célèbre Martiens go home ! (1955) de Frederic Brown) est ainsi parfaitement justifié.
Quant à ce qui arrive à FWFX lorsqu’il revient devant les GAGA, c’est également très savoureux : qu’on se rassure : les Martiens ne sont pas près de revenir… à moins d’une révolution ?

Sur Radio France, une excellente chronique dont l’autrice s’est (comme moi) bien  amusée dans cette lecture qui peut intéresser des lecteur de tous âges : « Revenez, amis Martiens ! » : une mission spatiale complètement farfelue

 

 

 

Un toit pour tous

Un toit pour tous
Nancy Guilbert – Léonie Koelsch
Kilowatt 2026

Droit au logement…

Par Michel Driol

Cassy vient d’arriver dans la classe de Nell, Imany et Aslan. Elle joue avec les filles dans une équipe féminine, mais vient à manquer plusieurs entrainements. C’est qu’elle habite avec sa mère dans une caravane mal chauffée… Toute la classe, les parents, la maitresse organisent alors une manif pour qu’elle ait un toit pour passer l’hiver.

Notons d’abord la forme polyphonique de ce petit roman, qui donne, successivement, la parole aux différents protagonistes. Cette polyphonie n’a rien de gratuit, elle se clôt dans le titre du dernier chapitre : toi + moi = nous, reprenant le titre de la chanson de Grégoire. C’est ben une façon de montrer, dans les choix narratifs, le pouvoir du collectif, qui associe chaque individu dans un but commun qui lui permet de se dépasser.

Notons ensuite qu’on est bien dans le quotidien d’une classe de CM, dans un école qui a su agir pour que la cour soit partagée selon les jours et les activités, permettant à chacun et chacune de s’y retrouver. Dans une petite ville où les filles jouent au foot, autre signe d’une déconstruction des stéréotypes. Il y a des animosités, mais elles sont surtout dues à une méconnaissance des conditions de vie des autres, de Cassy en particulier. Tout cela est bien vu, et bien raconté, à hauteur d’enfant.

Notons enfin que ce petit roman est une ode à la solidarité, dans laquelle les enfants ne se battent pas seuls contre un monde adulte injuste, mais où tous, parents, maitresse, et personnel municipal vont dans le même sens. Cette solidarité fait du bien à lire.

Les illustrations, très colorées, donnent corps à ces personnages dans des attitudes et des poses bien représentatives du récit.

Un roman premières lectures sur le mal-logement, sur le devoir de solidarité envers les plus démunis, aux personnages bien sympathiques !

Nichonnées fantastiques

Nichonnées fantastiques
Marion Cocklico
Grasset jeunesse, 2025

Fiertés nichonnes

Par Anne-Marie Mercier

Voilà les seins mis à l’honneur. Exhibés fièrement, colorés, variés, on les trouve de tous âges et de toutes formes, mais bien sûr en illustrations non réalistes et non en photos. Faut-il classer cet album dans la catégorie « documentaires », ou bien en poésie, en humour, en philosophie ?

C’est un peu tout cela. L’ouvrage est composé comme une encyclopédie, chaque double page présentant sur un fond coloré un mot titre accompagnant une paire de seins stylisée (sauf à l’entrée « Amazone », bien sûr). Les titres déclinent des âges (« enfance », « bourgeons », « fleurir »… « croissance », « décroissance » et enfin « lignes de vie »), des états (« imperceptible », « constellations », « racines », sculpter »…), des fonctions (« nectar » »), des processus (« changer »), des bizarreries…

Avec des techniques graphiques variées (collages, insertion de matières et peinture) Marion Cocklico nous emmène dans un univers gai qui montre que chaque poitrine est différente et doit pouvoir vivre sa propre vie, loin des injonctions de la mode, comme une partie d’un corps vivant.