Les Aventures rocambolesques de l’oncle Migrelin
Elzbieta
Rouergue 2016

L’Oncle, la mamie et le dragon…

Par Michel Driol

L’Oncle Migrelin et sa grand-mère ont vécu des aventures étranges. A travers coupures de journaux, extraits de correspondance, plans de villes, sms… son neveu permet au lecteur de retracer son parcours, entre France,  Ecosse et Chine. On y rencontre des animaux fantastiques (un dragon bisou, une barge rousse un kikilatondu d’Estonie…). Il y est question de trafics d’animaux, d’un ministère des affaires étranges, d’un medium et même du Prince de Galles… On le voit, « rocambolesques » est un terme que n’usurpe pas ce petit roman.

Ce petit roman, le premier d’Elzbieta, a de quoi surprendre. D’abord par ses thèmes : il surfe sur la vague de la magie, des animaux fantastiques. Ensuite par sa forme : le neveu propose au lecteur de reconstituer le parcours de son oncle, ce qui est parfois un peu déroutant.  Enfin parce qu’il se situe dans un genre : le récit d’aventures, à rebondissements, n’hésitant pas à faire appel au paranormal ou au surnaturel, le tout baigné dans un humour fort agréable.

Un récit loufoque et déjanté, pour ceux qui aiment les récits d’aventures peu ordinaires. Et qui fera découvrir un autre aspect de son auteure.

Je ne sais dessiner que des vers de terre
Will Mabbit
Père Castor 2018

Album à compter

Par Michel Driol

Dès le titre, tout est dit… L’auteur présente les vers de terre qui se succèdent dans l’histoire : peu de différences entre eux, des lunettes sur l’un, une couleur sur l’autre. Histoire minimale illustrée par des vers de terre (normal, l’auteur répète à l’envi qu’il ne sait dessiner rien d’autre), l’un chevauche une licorne (non dessinée, évidemment). Un horrible drame survient : l’un d’eux se fait couper en deux… Un autre part au petit coin. Et tous les dix se réunissent. Voici un album à compter, ou du moins à utiliser la comptine numérique car chaque vers de terre est désigné par son numéro, avant de les trouver réunis sur la dernière page (ce qui illustre le nombre 10). On est sensible à l’humour de l’album : modestie de l’auteur, qui dessine des vers de terre minimalistes, mais leur prête des sentiments, des aventures, ce qui bien sûr ne se voit pas. L’ensemble de l’album est conçu sur le mode de l’adresse au lecteur : un « je » s’adresse à un « vous », commente ses dessins, les explique par des considérations matérielles (la perte du feutre rose par exemple).

Suspense, exclamations, la narration joue des codes de l’histoire extraordinaire pour mettre en valeur une histoire au ras du sol… pour le plus grand plaisir du lecteur. Comme quoi même les vers de terre peuvent être des héros incroyables !

Lise et les hirondelles

Lise et les hirondelles
Sophie Adriansen
Nathan 2018

A la mémoire des enfants de juillet

Par Michel Driol

Juillet 1942 à Paris : Lise voit ses parents et ses frères emmenés par la police. Par culot, ou inconscience, elle va libérer ses deux jeunes frères, rôde autour du Vel d’Hiv, espérant la libération de ses parents. La fratrie, hébergée d’abord à Paris, puis dans le Nord, enfin à Paris, traverse toute la guerre, les rationnements, les dangers, les espoirs.

Voici un roman historique, écrit à la première personne, qui donne à entendre la voix singulière d’une fillette juive, d’origine polonaise, durant la seconde guerre mondiale. Il s’agit de montrer comment toute une vie simple, faite de relations familiales stables, peut  basculer dans l’horreur en un instant. Adolescente, Lise se retrouve en charge de ses deux jeunes frères, et raconte, avec des mots simples ce qu’elle voit, perçoit du monde, entre les privations à Paris et l’abondance relative de la nourriture du Nord, entre Français aux attitudes bien différentes, et Allemands parfois positifs. L’auteure multiplie les courtes scènes, comme autant d’éclairages sur la traversée de cette période, la construction d’une personnalité, et le respect de ses convictions (une scène, en particulier, très forte, où Lise doit choisir une fable à réciter en présence d’Allemands).  Traverse le roman la figure des hirondelles, qui fascinent l’héroïne, comme un leitmotiv quasi musical, comme une figure du destin qui peut se révéler moins sombre qu’on ne pourrait le croire.

Dans le silence qui s’installe, écrit l’auteure dans la postface, perce l’évidence que la fiction historique sera bientôt le seul moyen d’entretenir le souvenir des témoins. Le roman parvient tout à la fois à accomplir ce devoir de mémoire, tout en permettant de se rattacher et de s’identifier à une héroïne du quotidien, de l’âge du lectorat visé. Il  rend sensible l’horreur du nazisme, de l’antisémitisme, et la croyance en un futur plus heureux. Une photo finale, montant la vraie héroïne et ses parents sur une plage, avant la guerre, illustre ce rapport complexe entre vérité historique et roman, et montre que tout ceci n’est pas qu’une fiction.

Les Mutants de la mine noire

Les Aventures inter-sidérantes de l’Ourson Biloute – Les Mutants de la mine noire
Julien Delmaire- Reno Delmaire
Grasset 2017

Au Nord, y a pas qu’les corons…

Par Michel Driol

Voici le tome 2 des aventures de l’Ourson Biloute. Rappelons que dans le tome 1, Blast Ador, le chef des extraterrestres veut prendre le contrôle de la terre grâce à la sauce Z qui réduira l’humanité en esclavage. Dans ce nouvel épisode, Biloute, Papa, Maman et Kévin vont visiter le musée de la mine. Là, Biloute est enlevé par le guide qui le conduit dans le laboratoire où le docteur Veggaline fabrique la fameuse sauce Z…. Biloute va-t-il devoir la gouter ? Non, car arrive à temps Lady Sparadrap, alias Maman.

Déjanté, humoristique, cet album est un hommage réussi aux séries populaires pleines de rebondissement. Par le style, aux nombreuses phrases exclamatives, et aux jeux de mots (façon titres de série noire hors de portée des enfants – Mutins de la Mer Noire – mutants de la mine noire – l’étoile Molaire).  Par les personnages aussi : le guide, habillé de façon carnavalesque, représenté façon Johnny Depp dans le film Charlie et la Chocolaterie, le docteur maléfique, la superhéroïne… Par les lieux : la mine, les wagonnets façon Indiana Jones et le Temple maudit, le laboratoire sous-terrain façon Blake and Mortimer…  Par les enjeux : un ourson en peluche sauvant le monde d’une attaque d’extraterrestres. Sans compter les allusions à une musique très seventies (éclectique, de Magma à Motorhead, en passant par Bachelet…). Les illustrations, avec leur côté psychédélique, renforcent cet aspect !

Ajoutons à cela un arrière-plan familial à la fois familier et social : l’ourson, bien évidemment, déteste passer à la machine à laver, et pourtant cela va lui arriver deux fois. Mais aussi le chômage du père, dont l’usine de petits pois risque de fermer. On est donc de plain-pied dans une famille ouvrière ordinaire. L’un des autres attraits de la série est l’utilisation d’un lexique du Nord – expliqué dans un glossaire à la fin –  Ce lexique a le mérite de ne pas être envahissant, mais de rendre hommage à des mots d’une langue populaire.

A suivre, bien évidemment… Et on attend la prochaine livraison avec impatience.

Demain les rêves

Demain les rêves
Thierry Cazals / Daria Petrilli
Møtus 2015

Faire face à la crise

Par Michel Driol

Agathe est une petite fille qui, depuis la mort de ses parents, vit avec son Oncle Jean dans un monde en crise. Les signes de la crise ont bien là : usines qui ferment, arbres qui n’ont plus la force de faire pousser des feuilles, adultes qui jouent à la dinette faute d’avoir de vrais repas, l’oncle Jean qui perd son emploi. Il imagine des tas de métiers sans avenir : dompteur de papillons, facteur qui refuse les lettres de licenciement ou les factures… Mais la crise gagne… Alors Agathe sort à la rencontre des autres : un homme et une femme qui hurlent et griffent les murs, puis un garçon qu’elle embrasse. Avec ce garçon et Oncle Jean, il feront une équipe de choc pour devenir écouteurs de rêves et faire renaitre les jeux, la vie, l’espoir.

Voilà un album magnifique, qui ne cherche pas expliquer rationnellement la crise, mais à donner l’espoir. Tous les enfants entendent aujourd’hui parler de la crise. La voilà personnifiée, puissance maléfique qui a volé à Agathe ses parents et désespéré le monde entier, humains comme végétaux. Aura-t-elle le dernier mot ? Comme dans les contes, on croit un instant que le mal va l’emporter. L’imagination seule ne suffit pas à s’en tirer : Oncle Jean a beau inventer des métiers poétiques et fabuleux (éleveur de feux follets ou cultivateur d’étoiles filantes), la crise a tellement fait mourir les espoirs et les intérêts qu’il échoue. Il faudra se mettre ensemble et non pas proposer, mais écouter les rêves pour redonner l’espoir, découvrir ce que l’on a en partage, guetter le moindre souffle de vie, redonner confiance, lutter contre la peur. On le voit, c’est la poésie et le rêve qui seront capables de lutter contre la crise, l’attention patiente à chacun. Et, dans ce rôle-là, ce sont les enfants qui sont porteurs d’espoir. La crise n’aime pas les enfants qui rêvent…

L’album traite donc de façon poétique la crise, avec courage et audace : poésie du texte qui traite la crise de façon métaphorique, extraordinaire qualité des illustrations dont l’univers est proche de celui de Magritte et permettent aussi de sortir de donner une représentation surréaliste. Tout vole, des gâteaux aux oiseaux, des feuilles aux papillons, des lettres aux personnages, montrant une réalité étrange et inquiétante, jusqu’à ce qu’un bouquet de fleurs naisse dans la tête de l’oncle. L’illustration de couverture, comme un clin d’œil aux éditions Larousse (je sème à tous vents), que l’on retrouve sur les pages de garde, est porteuse de l’espoir que les fleurs s’épanouissent.

Un album en forme de conte philosophique pour nous aider à lutter contre la résignation.

Rouge volcan

Rouge volcan
Eric Battut
L’élan vert  2017

L’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini…

Par Michel Driol

Au milieu de l‘océan, un volcan se réveille et fait naitre une ile. Deux petits personnages, des vulcanologues, s’en approchent, en commencent l’ascension au milieu des laves, malgré les gaz toxiques. Ils effectuent leurs mesures et atteignent le sommet. Face à la montagne en furie, il faut redescendre, vite et repartir dans une mer rouge volcan. La dernière illustration envoie à la première, mais la dominante blanche est devenue une dominante rouge…

Étrange album, qui tient tout à la fois de la poésie, de la science et de la philosophie. Poésie du texte, qui parle d’apogée, de montagne en furie, de colère de la montagne. Poésie de l’illustration, qui ne recherche pas le réalisme, mais, utilisant des papiers découpés, rend compte de la puissance tellurique des éléments et leur confronte la petitesse des deux hommes. Discours scientifique aussi, qui convoque des termes précis, comme mesures, densité, qui emploie les termes techniques, magma, bombes volcaniques, mission à accomplir. Le tout est au service d’une approche philosophique : qu’est-ce que l’homme dans une nature qui peut se réveiller et se révéler dangereuse, mortelle, inhospitalière ? Un être fragile, un petit rien, menacé, impuissant. Pourtant, il lui faut continuer à aller calmement, presque paisiblement, à l’ « extrême limite » du monde, de soi et du savoir, non pas pour la  gloire, ni pour dominer la nature, mais pour la connaitre.

Un album en aller-retour, qui pose la question de la connaissance scientifique, de la place de l’homme dans l’univers, de l’esprit de géométrie, rationnel, et de l’esprit de finesse, qui joue sur l’émotion. Un album pascalien…

Pablo de la Courneuve

Pablo de la Courneuve
Cécile Roumiguière
Seuil 2017 (1ère édition 2008)

Les désarrois de l’élève Pablo

Par Michel Driol

Pablo et sa famille ont quitté la Colombie où ils étaient menacés pour arriver à la Courneuve. Il se sent seul et perdu. Bagarres à l’école sur fond de racisme. Relations qui se tendent avec sa sœur qui renie de plus en plus son pays. Deux rencontres vont bouleverser sa vie : celle d’une vieille femme, ancienne artiste, qui fait peur à tout le monde, et celle d’un cycliste, agent municipal, qui va aider la famille. Dès lors Pablo découvre qu’il est possible d’être heureux, malgré l’exil, et les séparations.

Le roman se situe sur les entre-deux, posant  Pablo entre deux cultures, celle d’un pays coloré et joyeux et celle d’une ville grise, sur l’intergénérationnel avec la rencontre avec Rosa la Goule, sur la fraternité possible si l’on accepte de tendre la main. Rien de misérabiliste, mais au contraire une belle leçon d’espoir qui ne cherche pas à passer à côté des difficultés. On sera sensible à la belle galerie de portraits formés par les personnages, au rythme du récit, qui révèle progressivement les raisons du départ, aux entrelacs des souvenirs et du présent.

Voilà une réédition bienvenue, qui parle des sans-papiers, de l’adaptation difficile des enfants, des barrières linguistiques et culturelles, des peurs et des fiertés.

Le Yéti et l’oiseau

Le Yéti et l’oiseau
Nadia Shireen
Album Nathan 2018

La belle et la bête ?

Par Michel Driol

Le yéti qui vit dans la forêt lointaine est si effrayant qu’il n’a pas d’ami, jusqu’au jour où un oiseau – une oisèle devrait-on dire – atterrit sur sa tête. C’est le début d’une belle amitié, de jeux et de rires, jusqu’au départ de l’oiseau pour des terres plus chaudes. Mais les autres animaux deviennent à leur tour les amis du yéti.

Sur un schéma somme toute classique en littérature jeunesse, Nadia Shireen propose une attachante variation. D’abord par ce personnage de yéti, graphiquement plus touchant qu’effrayant dont le contraste est saisissant avec l’oiseau : contraste de taille, de couleurs, de mouvement, d’yeux (des points noirs pour le yéti, de grands yeux blancs pour l’oiseau). Ensuite par une certaine façon de rapprocher l’oiseau de l’humain : la valise (presque aussi grande que lui !), les cartes… D’une certaine façon, cette humanisation affecte petit à petit le yéti : d’abord présenté dans un cadre purement sauvage (la forêt, la montagne), on le voit jouer d’une sorte de guitare, avant de le découvrir dans une maison, avec des rideaux aux fenêtres, en train de beurrer des tartines pour l’oiseau. Tout se passe donc comme si l’album effectuait un parcours de la nature sauvage et solitaire à la culture  qui réunit grâce à l’amitié. Et ce n’est pas pour rien qu’une des images finales est celle de l’orchestre constitué par les animaux dans leur diversité qui ont surmonté leur peur de l’autre absolu représenté par le yéti pour s’accorder ensemble. Sans mièvrerie ni moralisation, cet album est un  touchant plaidoyer pour l’acceptation de l’autre sous toutes ses formes afin de parvenir à une humanité supérieure.

Un album tendre et coloré pour apprendre à surmonter ses peurs de l’autre et commencer à vivre ensemble malgré ses différences. C’est aussi l’occasion de découvrir une auteure anglaise qui se plait à raconter des histoires d’animaux. Son site : https://www.nadiashireen.org/portfolio

 

La Bataille des grenouilles et des souris

La Bataille des grenouilles et des souris
Daniele Catalli d’après Homère
Editions amaterra 2017

Vous connaissez la batrachomyomachia ?

Par Michel Driol

Texte aujourd’hui peu connu de l’antiquité, la Batrachomyomachia, attribué sans doute par erreur à Homère, est une épopée burlesque parodiant l’Illiade.  Très souvent adapté au XVIème et au XIXème siècles, il est aujourd’hui tombé dans l’oubli. Voici que les éditions Amaterra publient la belle adaptation qu’en font  Daniele Catalli et Claudio Malpede, dans une traduction très pertinente de Séverine Petit. Une dispute éclate entre une souris et une grenouille pour l’accès à un point d’eau. Le batracien propose alors à la souris de visiter son royaume, en montant sur son dos. Hélas, un serpent surgit, ce qui entraine la noyade de la souris. Cet épisode est le prétexte d’ une guerre sanglante entre les deux communautés. Arrivent aussi les alliés : une loutre, des crabes…  Au plus fort de la bataille, deux héros sont désignés pour se battre en duel et décider du sort de la journée. Tous deux meurent, la bataille n’aura servi à rien, et la pluie en efface les traces.

Cette adaptation actualise fortement le  texte afin de rendre ce combat contemporain. On y croise donc un piège à souris, des allumettes, des capuchons de stylos.  La traduction très rabelaisienne joue aussi avec les noms des protagonistes. Côté grenouilles, citons Placidus Dumarais, le héros, Lagadoue, Criardin ou encore Joufelu. Côté souris, on trouvera Grippemiette, Croquejambon ou Creusefromage. Mais la parodie du style  « antique » préserve les généalogies des héros, les discours de guerre, les récits homériques des combats, évoquant la succession des combats et égrenant les noms des morts des deux camps. Lorsqu’à la fin tout est dévasté, Longsaut peut pleurer Mulo, son compagnon d’aventures…

Les illustrations, crayon et aquarelle, regorgent de détails pittoresques. Les pages découpées laissent apercevoir les horreurs à venir ou laissent apparaitre, dans les pages déjà vues, une tête de mort sinistre.  Quant à la dernière page, ornée de trous ronds, elle semble trouée de larmes. De beaux cadrages aussi, qui mettent en valeur la pagaille de la bataille ou la grandeur burlesque des deux héros.

Un bel album très contemporain  qui ressuscite pour notre plus grand plaisir un texte oublié de l’Antiquité.  Les lecteurs enfants prendront plaisir à cette histoire burlesque montrant l’absurdité des guerres, les lecteurs plus âgés y gouteront la parodie de l’Illiade. Les deux citations en exergue – de William Golding ou de Placidus Dumarais – rappellent non sans pessimisme que personne n’apprend jamais rien de l’histoire, et que personne ne survit vraiment à la guerre.

 

Le Chantier

Le Chantier
Peter Bently – Joe Bucco
Casterman 2018

Au boulot !

Par Michel Driol

Le Chantier est un livre animé dans lequel on va détruire un vieux bâtiment désaffecté – une gare -, creuser des fondations, couler du béton,  monter des poutres en métal pour bâtir de nouvelles maisons. Enfin un tunnelier creuse le sous-sol.

L’album est focalisé sur les engins de chantier : camion transporteur, grue, chargeuse, tractopelle… nommés au fil des pages, avec un éclairage particulier pour le camion-benne, véritable héros de l’album (c’est lui qui donne son titre à l’album original), intervenant comme un fil conducteur, évacuant les gravats, dépannant un autre camion, travaillant jour et nuit… Les animations sont particulièrement variées et réussies : boule de démolition qui se balance, rabat pour découvrir les gravats une fois le bâtiment détruit, rotation du béton dans le camion toupie, ouverture des portes des camions…

Mais tout ça pour quoi ? On regrette qu’on ne voie pas la finalité du chantier : il est question de bâtir de nouvelles maisons… mais celles-ci sont construites avec des poutrelles en métal, ce qui laisse envisager un autre type de constructions (dans le texte anglais, il est explicitement question de construire une nouvelle gare…). Les héros de ce livre sont les véhicules, pratiquement toujours en position de sujet dans les phrases, le camion-benne étant quasiment humanisé, traité de champion, félicité par le récit. C’est lui qui « travaille jour et nuit auprès des ouvriers ». C’est peut-être cela le plus gênant dans cet album : si les ouvriers sont bien présents dans l’image, une seule double-page évoque leurs tâches. L’album déshumanise un peu trop ce chantier dans lequel le texte fait la part trop belle aux machines, au détriment de l’humain. C’est dommage, car les illustrations, les animations, sont particulièrement soignées, réalistes. Le titre anglais – Dump truck gets to work – met encore plus l’accent sur les engins qui semblent agir à la place des hommes, comme dans certains films ou dessins animés (Cars, par exemple). Toutefois, il n’y a aucun30 anthopomorphisme des engins dans l’album.

Un album aux belles animations, aux illustrations précises, qui, comme un imagier posant les objets en situation, a le mérite de nommer les engins de chantiers, mais dont le texte minimise trop le rôle des hommes et la finalité de leurs actions.