Doux rêves de moutons

Doux rêves de moutons
Satoe Tone
Balivernes éditions 2015

 Rêves en partage

Par Michel Driol

doux« La mission de mes frères est d’apporter de doux rêves aux enfants. Moi, le dernier des moutons, je ne l’ai encore jamais fait ». Ainsi commence cet album. Et, pour apprendre à apporter des rêves aux enfants, le petit mouton demande à ses frères quels rêves ils apportent. L’important, lui répondent-ils, est d’imaginer ce qu’on aime le plus. Alors se succèdent, frère après frère, des univers (monde de brume dans le ciel, parc d’attraction dans la forêt…), des moments (une sieste dans les fleurs), avant que le petit mouton ne se lance, avec la peur d’apporter un cauchemar. Finalement, il apportera ce qu’il aime le plus, sa famille bien aimée.

Cet album, plein de poésie, ouvre sur des espaces oniriques féériques empreints de tendresse et de douceur. Le côté merveilleux est renforcé par les illustrations, aux teintes pastel. On s’identifiera volontiers au petit mouton, chargé d’apporter des rêves, hésitant devant sa tâche, plein d’inquiétudes, avant de surmonter ses peurs, à l’image de celle de l’enfant avant la nuit. Au bout du compte, c’est l’amour familial qui, plus que les univers merveilleux, saura être rassurant.

Un livre à murmurer le soir à un enfant, avant qu’il ne s’endorme.

La Papote

La Papote
Yannick Jaulin – illustrations de Samuel Ribeyron
Didier Jeunesse 2015

Une poule aux œufs d’or vendéenne

Par Michel Driol

ob_0abbe5_la-papoteVoilà un conte traditionnel vendéen, mis en mots par Yannick Jaulin. L’histoire de trois sœurs qui vivaient seules. Un jour, au marché, l’une d’elle, Mimosa, achète une papote, une poupée de chiffon, censée faire des crottes en or, si on lui chante une chanson. Ainsi les trois sœurs deviennent riches. Mais le voisin jaloux, vole la papote, qui bien sûr, ne lui donne que des crottes… en crotte, avant de se transformer en monstre. Arrive le roi, et la papote s’accroche à sa jambe. Mimosa, bien sûr, sauve le roi, et, vous l’aviez deviné, l’épouse…

Voilà une histoire sans surprise quant à son déroulement, comme le sont les contes populaires, mais pleine d’enseignements. Une histoire qui montre que le monde  irait bien mieux si on avait, comme Mimosa, le cœur pur et tendre, et la capacité à croire aux histoires, fussent-elles incroyables, et racontées par des marchands. Une histoire qui montre que les méchants, les cupides, sont punis, dans une scène carnavalesque pleine de crottes. Une histoire qui parle d’amour et de cycle des générations, s’ouvrant sur les parents qui avaient arrêté de s’aimer et étaient partis chacun de leur côté, et se terminant sur la renaissance d’un nouveau couple, formé par Mimosa et le roi.

Voilà une histoire contée dans une langue poétique marquée d’oralité, dans ses formules et dans son rythme, une langue qui n’hésite pas à mêler patois vendéen, comptines rimées, et belles trouvailles langagières (l’éclaircie du jour…)

Les illustrations, pleines de douceur, avec une dominante de rouge et de vert,  contribuent à renforcer le merveilleux du conte, et nous entrainent dans un univers atemporel où coexistent  vélos, appareils photos,  et soldats en cotte de maille !

Un bel album, qui saura séduire les plus grands et les plus petits…

 

 

 

 

 

Intemporia Le Trône du prince

Intemporia – Tome 2 : Le Trône du prince
Claire-Lise Marguier
Rouergue 2015

Une longue marche aux nombreux périls 

Par Michel Driol

intemporia-2On avait lu et apprécié le Tome 1 (notre chronique est ici). Voici la suite… Dans la communauté de la Plaine, Yoran est devenu père de deux fillettes. Mais il décide de repartir, avec trois amis,  retrouver les rebelles hors de la protection du bouclier, afin d’essayer de sauver le peuple des pouvoirs accrus qu’il a donnés à la reine. Tout a empiré, l’armée se montre de plus en plus agressive. La poignée de rebelles, autour du fils de la reine, Tadeck, retrouve dernier descendant de l’ancien roi, et tente de l’emmener dans une cité aux confins du royaume, essayer le siège du roi, afin de voir s’il est l’héritier attendu. Marches épuisantes dans des déserts, traversées de montagnes enneigées, combats acharnés, ce volume raconte le trajet de la troupe jusqu’à la cité fantôme de Terendis.

L’épopée continue, avec tous les codes de l’heroic-fantaisie : pouvoirs étranges de ceux qui ont le « sceau », trône reconnaissant l’héritier, paysages sauvages et cités, autrefois splendides, désormais à l’abandon, lac de pierre au milieu desquelles est cachée la pierre magique. Le lecteur continue sa découverte du royaume, monde imaginaire aux noms exotiques et poétiques : Terendis, Estanguil, Cabrestan… Les combats se multiplient contre une armée de plus en plus nombreuse. Yoran, qui a muri depuis le premier tome, ne se bat plus simplement pour lui et sa famille, mais pour le peuple tout entier, pour tenter d’expier sa faute. Il fait l’expérience douloureuse de la mort d’amis, et prend de plus en plus de l’ascendant sur les rebelles : c’est désormais lui qui prend les décisions importantes. Tadeck reste fidèle au personnage de l’ami parfait et sage, prévoyant tout, mais on le sent de plus en plus menacé. Au-delà de l’épopée, l’un des intérêts de ce roman est de montrer les relations humaines au sein du groupe d’insoumis et les doutes et les fragilités qui minent les héros, de mettre en évidence les valeurs qui les forcent à agir et à faire des choix.

Près de 400 pages pour ce deuxième volume qui se lisent d’une traite. Si l’on peut anticiper sur le contenu du dernier tome, la victoire et la restauration de l’ordre et de la prospérité, on s’interroge désormais sur le destin de Tadeck.

Mon Extra grand frère

Mon Extra grand frère
Anne Ferrier  – Illustrations Didier Jean et Zad
Utopique 2015

Avoir un grand frère différent

Par Michel Driol

mon-extra-grand-frere.jpgLa collection Bisous de famille s’enrichit d’un nouvel ouvrage, qui aborde, avec tendresse et douceur, mais sans aucune mièvrerie, le thème du handicap mental. La petite sœur fait le portrait de son extra grand frère, venu d’une autre planète étrange, aux gestes désordonnés, qui parle avec des grognements, mais chuchote avec les animaux. On les suit ainsi, à travers une série de saynètes, dans la rue, aux prises avec les moqueries des autres enfants, dans la salle de bains, dans la cour de récréation, dans le jardin, puis dans l’imaginaire de la fillette. Le texte se clôt par l’évocation de la pièce du puzzle qui manque dans la tête du grand frère. Le mot handicapé n’intervient qu’à la dernière page.

Le dispositif narratif – l’évocation du frère par la sœur, dans l’imaginaire de laquelle on se situe – met l’accent sur la relation privilégiée entre les deux enfants. L’album – à travers ces deux personnages émouvants –  donne à comprendre qu’avoir un frère handicapé mental n’est pas simple, et la petite fille passe par toute une gamme de sentiments complexes : amour, admiration, complicité, mais aussi jalousie et détestation, sentiments qui lui font mal lorsqu’elle les éprouve…

Les illustrations – pastel aux couleurs chaudes – évoquent un univers de petite ville du sud de la France : maisons aux teintes ocres. Rien de dur dans ces illustrations, où tout est arrondi, y compris les murs des maisons. On y voit de nombreux enfants aux yeux grands ouverts sur la vie, et qui sourient. La thématique du puzzle inachevé parcourt délicatement l’album, présente sur les pages de garde et sur l’avant dernière page : à travers la pièce manquante, c’est tout le ciel étoilé qu’on aperçoit.

Un bijou de plus dans cette collection, qui porte bien son nom.

Attendez-moi

Attendez-moi
Dorothée de Monfreid
Ecole des loisirs – loulou & Cie -2015

Le dernier des toutous

Par Michel Driol

attendezToute la bande de toutous porte le bateau, Nonoss IV, pour le mettre à l’eau. Tous, sauf Omar, le retardataire, avec son énorme sac à dos. Tandis que le bateau part, il reste seul sur la plage, traverse à la nage sur son énorme bouée derrière le bateau, souffle tandis que ses copains vont à l’eau. C’est alors qu’il prend le bateau, et le gouter… C’est aux autres de lui demander de les attendre ! Alors que tous se précipitent sur le bateau, il se renverse, tandis qu’Omar profère la morale : « Je vous l’avais bien dit, il fallait m’attendre »

Voici un album cartonné, plein d’humour et de tendresse, destiné aux plus petits.  Chaque page, à la façon d’une vignette de bande dessinée, montre le groupe de personnages, dont un – parfois plusieurs – parlent dans une bulle. Le décor est réduit, ce qui facilite la compréhension de l’avancée de l’histoire : la plage, représentée par un aplat de jaune au-dessous d’un aplat de bleu pour le ciel, la mer et l’ile, avec, comme il se doit, son palmier ! De ce fait, l’attention se porte sur les protagonistes, tous différents (par les costumes, les accessoires telles les bouées), saisis à chaque fois dans des  attitudes et activités variées. En contraste avec le groupe de toutous, qui semblent vivre à l’unisson, Omar a toujours un temps de retard, jusqu’à la chute de l’histoire, qui procède d’un renversement la fois narratif et matériel !

Gageons que cet album plaira aux tout-petits, qui se reconnaitront dans le personnage d’Omar : plus lents, plus maladroits que les autres mais cherchant néanmoins à s’intégrer à un groupe et à en partager les jeux et les expériences.

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Jonas Le requin mécanique

Jonas Le requin mécanique
Bertrand Santini – Illustration de Paul Mager
Grasset Jeunesse 2014

Freaks mécaniques au cœur tendre

Par Michel Driol

jonas-1couvVieux robot rouillé allant de panne en panne, Jonas, le requin mécanique, n’effraye plus personne à Monsterland, parc d’attraction où le public vient jouer à se faire peur. Promis à la casse, il est sauvé par Krokzilla, qui l’emmène à l’océan, en y laissant sa propre vie. Jonas devient alors l’ami improbable d’un manchot. Tous les deux, ils échappent aux hommes qui tentent de capturer le requin, et réalisent le rêve le plus cher de Jonas, retrouver sa maman, grâce à la Fée bleue.

Clin d’œil aux Dents de la mer, ce roman se situe aussi dans la lignée de Pinocchio, en alliant le merveilleux et l’humour. Robots, animaux et humains sont des caricatures : comme chez Roald Dahl, les plus monstrueux physiquement ne sont ni les plus bêtes, ni les plus méchants. La naïveté et l’ingénuité du requin, qui découvre le monde réel et sa vraie cruauté permettent un regard décalé et amusant sur le monde qui nous entoure. Et, au fond, c’est l’amour et l’amitié qui vont permettre à ce grand sentimental en métal de connaitre une vraie naissance. Les illustrations de Paul Mager, dans un beau noir et blanc, accentuent encore le côté caricatural des personnages.

Un conte moderne, distrayant et drôle, qui sait aussi faire place à la tendresse et à l’émotion.

 

La Langue des bêtes

La Langue des bêtes
Stéphane Servant
Rouergue 2015

Pour croire, toujours et encore, en la magie des histoires

Par Michel Driol

langueUn chapiteau de cirque en ruine au milieu de nulle part, entouré de carcasses de voitures, près d’un village et d’une forêt sombre. C’est là, au Puits aux Anges, que vivent le Père, Belle, et Petite, avec quelques artistes de cirque,  Colodi le marionnettiste-ventriloque, Major Tom le nain, Pipo, le clown, et le vieux lion Franco. Petite, qui dans sa cabane, recolle les os des animaux tués par le père, va être contrainte d’aller à l’école, où elle fera la rencontre du Professeur, ainsi que de quelques enfants.  Mais un jour, des ouvriers, certains originaires d’Afrique, construisent une autoroute, qui passe à proximité de leur campement. A partir de là, tout bascule et s’écroule, l’ordre social se substituant au désordre des saltimbanques…

Voilà, s’il fallait le réduire à un synopsis, la trame du roman de Stéphane Servant. Mais ce roman est bien plus complexe que cela. D’abord parce qu’il est narré du point de vue de Petite, enfant sauvage, estropiant certains mots qu’elle ne comprend pas, cherchant à retrouver cette langue des bêtes, et découvrant petit à petit ce que c’est que grandir à travers des expériences douloureuses : le rejet par les autres à l’école, l’amour entre la mère et le professeur, les colères du père, la fuite de la mère. Ensuite parce que l’univers du cirque ne cesse de former pour le roman une toile de fond, surtout lorsque ce cirque n’est plus que l’ombre de lui-même : Belle, la trapéziste, a la main retournée et le corps couvert de cicatrices, le Père ne lance plus de poignards,  mais la magie est toujours là, pour Petite, et pour le lecteur-spectateur. Egalement parce que ce roman parle de l’amour : Belle qui ne cesse de chercher autre chose, le Père – Ogre métamorphosé en petit oiseau – et son amour maladroit pour Belle, Colodi et son ’homosexualité, Petite qui découvre l’amour avec Alex.  Enfin, et surtout, parce que ce roman pose la question des histoires, de leur validité, de leur nécessité pour notre vie, mais aussi des mensonges dont elles sont porteuses. Au Puits aux Anges, tout n’est qu’histoires, inventées par les saltimbanques,  qui, à la façon d’un cocon, enveloppent et protègent Petite depuis sa naissance, avant qu’à la fin, le Père ne lui raconte sa véritable histoire. Mais est-ce bien sa véritable histoire ?

L’écriture, tout en usant d’un vocabulaire très simple, est d’une grande complexité, entremêlant les histoires, faisant écho à d’autres – Pinocchio, bien sûr, mais aussi les sorcières de Shakespeare, le Golem – comme autant de clins d’œil au lecteur, côtoyant le fantastique : la Bête aux pouvoirs destructeurs créée par Petite existe-t-elle, ou n’est-elle que le fruit de son imagination ?

Véritable mise en abyme de la littérature, voici une belle fable, sombre et mélancolique, dense et touffue à la façon de la forêt qui entoure le Puits aux Anges, et qui aborde de nombreux thèmes philosophiques : la marginalité, le rejet, la différence, les fêlures dont chacun est porteur, la protection, l’amour, la puissance des récits qui structurent notre imaginaire et notre vision du monde.

 

Tout au bord

Tout au bord
Agnès de Lestrade (texte) et Valeria Docampo (illustrations)
Alice Jeunesse

Oser l’imaginaire

Par Michel Driol

toutaubordOn suit un ours bleu du bord de son lit au bord du bord, en passant par le bord de l’hiver, le bord de la mer, le bord de l’ennui, le bord des livres, le bord des larmes et le bord de toi. Le dispositif narratif se répète à chaque fois : une première double page, avec quelques lignes de textes posant la situation, puis une seconde double page, construite autour d’un mot valise (demain je moutonnerai, je m’hiverneigerai…).

L’album trace un véritable parcours initiatique et poétique, qui explore d’abord l’univers connu de l’ours bleu. On y trouve aussi bien l’univers intérieur de la chambre, avec ses moutons de poussière, le jardin en hiver et l’éphémère bonhomme de neige des voisins,  la mer et les grains de sable de la plage, qui ont des milliards d’années. Dominent l’ennui, la solitude, le silence, le chagrin, sentiments que renforcent les illustrations, avec leur dominante de couleurs froides, qu’éclaire toutefois une toute petite tache jaune portée par un objet (arrosoir, grains de sable…). Les quatre dernières pages qui terminent le parcours, montrent l’ours allant explorer l’autre côté, l’autre côté de la montagne avec l’autre, un petit personnage jaune et ailé, avant d’aller dans l’inconnu, qui inquiète. Il faut oser sauter, prendre le risque d’affronter quelque chose de moche ou de raté…, pour finalement inventer. « Demain, j’inventerai » : avec ce premier verbe qui n’est pas un mot valise, sur une page aux couleurs chaudes (même l’ours est devenu jaune) se termine l’album, comme un appel à la créativité et à l’audace. Il faut sortir de soi, des routines du quotidien pour Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ? / Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! (Baudelaire Le Voyage).

Le texte d’Agnès de Lestrade, dans la rigueur de son écriture, a une véritable valeur poétique : strophes commençant par l’anaphore Tout au bord, incluant de façon régulière un « il y a », néologismes des mots-valises de la chute, autant de petits joyaux de création verbale (Demain, je m’enlarmerai), métaphores évocatrices (Est-ce que mes chagrins se jettent à la mer ?). Les illustrations de Valeria Docampo évoquent un univers surréaliste, à la fois naïf et inquiétant dans ses jeux d’ombres et de lumières.

Tout au bord, entre aujourd’hui et demain, entre réalité et rêve, invite subtilement les enfants à se placer dans les marges plutôt qu’au centre, à prendre le risque du déséquilibre, de la créativité et de l’audace plutôt que de se contenter du confort intellectuel.

Ogre vole

Ogre vole
Rascal (texte) et Edith (illustrations)
Pastel l’école des loisirs 2014

Il est bien peu de monstres qui méritent la peur que nous en avons. (André Gide)

Par Michel Driol

ogre-voleLe premier matin d’hiver,  un Ogre, au cours de sa promenade, voit une aile d’ange, puis deux se fixer sur son dos. Dès lors l’Ogre vole, et, dans le ciel, trouve sur des nuages tous les enfants qu’il a mangés. Alors ses ailes se détachent de lui, se divisent, et vont se fixer sur les enfants qui redescendent sur terre, tandis que l’Ogre reste prisonnier de son nuage.

Chaussé de bottes rouges, privé de nom et de prénom, Ogre est l’archétype de tous les Ogres.  C’est ainsi que le texte le présente, monstrueux personnage de légende, à la limite du vrai et du faux,  incarnation des peurs. Les cadrages de l’illustration mettent en évidence sa  stature, sa laideur presque touchante aussi, au moment où il gambade dans la neige de cette journée extraordinaire qui va lui permettre d’éprouver la peur : peur au moment de trouver l’aile, et le sentiment nouveau d’avoir à réfléchir, à ne plus se contenter des automatismes, Pour autant, mis en présence des enfants qu’il a mangés, Ogre éprouve un sentiment de culpabilité, et devient spectateur, du haut de son nuage, des retrouvailles joyeuses des enfants avec leur famille, avant de n’être plus que grondements les soirs d’orage. Il disparait de limage, qui laisse la part belle aux enfants.

Cet album vaut par le merveilleux de l’histoire – réécriture de certains contes ou légendes dans lesquels une intervention divine sauve des enfants victimes -, tout en abordant, avec des mots et des situations simples –  des thèmes particulièrement complexes : la solitude, la culpabilité, le regret, les peurs.

Tom et Théo

Tom et Théo
Veronika Marék
Grasset Jeunesse 2015

Petit frère et grand frère

Par Michel Driol

tomTom et Théo sont frères. Complices, ils s’aiment et se chamaillent, inventent des jeux. Théo, l’ainé, veut toujours avoir raison, Tom, le cadet, est plus espiègle. A travers une vingtaine de saynètes, on les suit durant toute une année, en hiver avec la neige, déguisés pour carnaval, en été sur une plage, inventant des cartables à roulettes lors de la rentrée des classes. Si les parents ne sont pas présents, on trouve quelques ami-e-s pour illustrer des situations universelles dans lesquelles chaque enfant se pourra se reconnaitre…

Le dispositif de l’album est simple, et adapté aux tout-petits : le dialogue entre les enfants page de gauche, et une série de vignettes page de droite – façon bande dessinée sans bulles -, permettant aux non-lecteurs de suivre, voire d’anticiper le déroulement de l’histoire. L’album a été édité en 2008 en Hongrie, mais les histoires sont antérieures à cette date, publiées sans doute dans des magazines : la technologie s’arrête à la télévision, qui semble en noir et blanc, pas d’ordinateur ou de tablette dans les jeux et accessoires. Le graphisme semble dater des années 1960 – 1970, et, de fait, présente un charme rétro, qui ne s’est pas démodé. Les illustrations sont simples, efficaces et expressives (en particulier les visages qui permettent immédiatement de lire l’émotion éprouvée par le personnage).

Avec cet album, les éditions Grasset permettent au lecteur français de découvrir Veronika Marék, auteure hongroise de nombreux albums et de films d’animation née en 1937, qui n’avait jamais encore été traduite en français.