L’Incroyable Histoire de l’homme qui avait trouvé un petit pois dans une huitre

L’Incroyable Histoire de l’homme qui avait trouvé un petit pois dans une huitre
Philippe Ciamous, Thomas Baas
Flammarion Père Castor, 2015

Petite perle

Par Anne-Marie Mercier

 

Dans les deLincroyablehistoiredelhommequissins, il y a du Sempé pour les décors, du Ungerer pour les personnages, du noir et blanc, colorié par endroits de vert et de rose. Dans le texte il y a beaucoup de fantaisie, d’excès et surtout de sérieux excessif et donc loufoque. Quant au sens de cette histoire, ou à sa morale si vous y tenez… elle ne cherche pas à en avoir et c’est tant mieux.

C’est le deuxième ouvrage de Philippe Ciamous qui avait publié en 1999 Pob, le petit ours bleu chez Milan.

A bas les bisous

A bas les bisous
Thomas Gornet – Illustrations Aurore Petit
Rouergue

Embrassez qui vous voulez ?

Par Michel Driol

abasKaï, du haut de ses 9 ans, décide que, pour passer du côté des grands, il ne veut plus de bisous. Il va serrer des mains. Ses parents tentent de discuter avec lui. Rien n’y fait. Jusqu’à la rencontre d’un nouvel élève, Pascal, endeuillé par le décès de son grand-père.

Ce roman rythmé – à la fois roman familial et roman de cour d’école – aborde le thème de l’amour, de l’affection et de leurs manifestations à partir de la position extrême de Kaï. Pour lui, les bisous, c’est mouillé, et c’est peut-être bon pour consoler les bébés, pas les grands. Il pense pouvoir s’en passer. Il n’en voit pas tous les aspects : consolateurs, marques d’affection, rassurants, tant qu’il n’est pas confronté à la douleur de Pascal, à ses pleurs, et à sa recherche d’un baiser désormais impossible de son grand-père. Cette fin évite le cliché un peu convenu du premier amour qui donnerait le gout des baisers, et met en lumière, au contraire, le rôle de la tendresse et de la fraternité, même si elles s’expriment de façon pudique et maladroite, sans qu’il soit besoin de mots – difficiles à trouver à cet âge. Le héros-narrateur, attachant, confronté à des sentiments complexes, va ainsi comprendre que grandir, ce n’est pas renoncer à ce qu’on était avant.

Les illustrations soulignent avec discrétion le texte sans en prendre la place.

Un roman qui, avec une grande simplicité, montre un personnage touchant, pris entre jeux de cour de récré marqués par la science-fiction de pacotille  (pelleteuse nucléaire et ondes à haute tension) et sentiments humains, trop humains…

 

 

 

 

En compagnie des ours : douze histoires en attendant le printemps

En compagnie des ours : douze histoires en attendant le printemps
Alex Cousseau
Rouergue, 2014

Allez les ours, c’est  le printemps !

Par Anne-Marie Mercier

Alex Couourscompagniesseau aime mettre des ours dans ses histoires (voir l’excellent Je suis le chapeau, Rouergue, 2009, récit d’aventures très original). Ici, les histoires sont plus courtes et encore plus fantaisistes. Un ours qui avale un téléphone, un ours qui nage avec des bottes, un ours qui devient facteur, un autre qui a honte de ses poils… On ne résumera pas ces histoires, non seulement parce que ce serait trop long (il y en a bien douze), mais aussi parce qu’elles sont si fantaisistes et pleines de détails hilarants ou charmants qu’on ne peut les réduire à une trame.

je-suis-le-chapeauPour donner une idée, voici le début de « l’ours qui avait pour voisin un caméléon » :

« Il était une fois un jeune ours, Yvon, qui avait pour voisin un caméléon, Bobby. Normalement, tous les caméléons s’appellent Léon. Sauf Bobby, qui s’appelait Bobby. Normalement, tous les caméléons changent de couleur pour passer inaperçus. Sauf Bobby, qui portait un complet veston et une valise en peau de renard.

Bobby était vendeur. Vendeur de pluie. Ce jour là (c’était un lundi), il se rendit chez son voisin Yvon avec sa valise remplie de pluie. »

Je vous laisse découvrir la suite : elle est drolatique, tragique, … politique. Tout cela en cinq pages. Chapeau !

Quand je dessine, je peux dépasser

couvquandjedessineA voir dans notre page actualités : A la suite des événements du 7 janvier dernier, Actes Sud Junior, Hélium, Le Rouergue Jeunesse et Thierry Magnier  publient un ouvrage collectif d’illustrations destiné aux enfants.

Baptisé Quand je dessine, je peux dépasser, l’ouvrage réunit 50 illustrateurs autour du thème “Le dessin, c’est la liberté”

Le Pirate et le gardien de phare

Le Pirate et le gardien de phare
Simon Gauthier et Olivier Desvaux

Didier Jeunesse (Le monde animé), 2013

Apprends-moi le bonheur

Par Matthieu Freyheit

Les Vikings d’UdLe Pirate et le gardien de phareerzo et Goscinny sont bien sortis de leur froid nordique pour contraindre Goudurix à leur enseigner la seule des choses qu’ils ignorent : la peur. Pourquoi un pirate ne viendrait-il pas réclamer de ce gardien de phare un enseignement semblable : le bonheur ? C’est que le gardien, satisfait de pêcher son poisson et de bourrer sa pipe, se proclame lui-même, devant les flots, l’homme le plus heureux de la mer. Jusqu’à… jusqu’à ce qu’il soit contraint d’envoyer un appel au secours, dans l’espoir de trouver un remplaçant pour alléger son fardeau. Mais la libération ne vient pas seule : si un jeune homme vient bel et bien prêter main forte au gardien, entretenant sa lumière, l’ombre elle-même ne tarde pas à se montrer sous les traits du pirate, qui dans son ignorance du bonheur devient à son tour une figure du capitaine maudit d’un certain Hollandais Volant. Le gardien et son jeune compagnon trouveront-ils les réponses aux questions posées par ce témoin de la nuit ? C’est qu’ici se répondent, dans la même poésie, scènes de jour et scènes de nuit, à la lumière du soleil et celle de la lune, toutes deux reproduites par celle du phare.

L’album fonctionne certes à partir de motifs qui sont autant de clichés de contes, mais qu’importe : l’image est superbement travaillée, peuplée d’idées elles-mêmes lumineuses qui font de cet album un objet précieux, nourri de sentiments qui valent d’être mis en récit. Simon Gauthier, lui-même conteur célèbre et par ailleurs fondateur d’un festival de contes à Tadoussac (Québec), alimente son récit d’une poésie maritime et céleste, que le talent (immense) d’Olivier Desvaux restitue avec un goût rare.

Une indienne dans la nuit

Une indienne dans la nuit
Velie Le Gall  et Alex Cousseau
Rouergue

Historias minimas

Par Michel Driol

loicfroissart_livreindienne00Angèle a peur du noir. Cette nuit-là, elle est seule avec sa grand-mère dans la vieille maison. Comme d’habitude, le sommeil ne vient pas. Elle trouve le courage de se lever, entre dans la chambre de sa mère, ouvre une valise, et y découvre les souvenirs de sa mère, dont des carnets. Elle y lit ce qu’elle appelle un secret, à savoir que sa mère avant elle était surnommée « Petite Indienne », qu’elle aussi avait peur et que sa mère – la grand-mère d’Angèle – la consolait.  Cette dernière trouve Angèle endormie sur le tapis et la conduit dans sa chambre. Angèle a retrouvé la calme et peut enfin dormir tranquille. Ainsi racontée et mise à plat, l’intrigue semble mince. Pourtant les thèmes abordés et la construction narrative, ainsi que la mise en page, font de ce petit roman un ouvrage intéressant à plus d’un titre.

D’abord le thème de la filiation. Mère et fille portent le même surnom, partagent les mêmes peurs. Angèle découvre dans la valise le passé de sa mère quand elle était enfant, petits mots, photos, carnets l’aidant à répondre à la grande question que tous les enfants, un jour ou l’autre, se sont posée : qu’étaient mes parents avant d’être mes parents ? Au-delà de l’altérité des traits, des époques, c’est la similitude des comportements et des sentiments qui s’impose.

La construction aide le lecteur à partager les peurs d’Angèle dans la nuit. Un premier chapitre est daté de 22 h 59 et annonce la découverte du secret à 21 h 56, que la narratrice bien sûr ne révèle pas. Puis, des retours en arrière – de 20 h 42 à 22 h 53 racontent la nuit jusqu’à l’endormissement. Cette construction permet le suspense : quelle est la nature du secret qui bouleverse à ce point Angèle ? On suit Angèle pas à pas, dans sa descente de l’escalier, dans ses peurs et sa façon de les vaincre. L’écriture – prise en charge par Angèle à la première personne – est travaillée, imagée souvent (Angèle est née un huit, qui, pour elle,  sonne presque comme nuit, et dans le 8 elle voit une image de l’infini). Le texte fait la part belle aux sensations concrètes (les bruits, le noir, les odeurs…). La thématique Indienne parcourt le livre : du surnom de la mère et de la fille, au tipi, en passant par une statuette réalisée par le père, Tim, l’Indien, gardien de l’escalier.

Enfin, Le livre est presque tout entier imprimé en blanc sur pages noires : à l’image de la nuit, de l’angoisse, des peurs. Tout, à l’exception du centre : la découverte de la valise, et des souvenirs de la mère (à noter que le récit lu dans le carnet de souvenirs, situé aussi une nuit, est imprimé en blanc sur noir).  Ce dispositif typographique – renforcé par les illustrations de Loïc Froissart, elles aussi en noir et blanc (sans aucun gris) – concourt à faire éprouver par le lecteur les sentiments de la narratrice et le plonge dans un univers à l’étrangeté inquiétante.

Un roman – petit par sa taille – mais qui sait conjuguer poésie, douceur et inquiétude.

 

 

Le Piratosaure et le fantôme de Barbedur

Le Piratosaure et le fantôme de Barbedur
Alex Sanders
Gallimard Jeunesse / Giboulées, 2014

Les plaisirs du mashup

Par Matthieu Freyheit

Le Piratosaure et le fantôme de BarbedurLe pirate dinosaure (ou dinosaure pirate), définitivement irrésistible, revient dans une aventure fantomatique. Les pirates et les dinosaures n’y suffisant plus, l’auteur ajoute des fantômes, un château obscur, un certain monstre nommé Nessie, et…une sorcière. Mélangez le tout pour obtenir une histoire farfelue, parfois expéditive comme sait l’être la littérature de jeunesse (c’est-à-dire : avec humour), certainement plaisante. Qui oserait s’en prendre au terrible piratosaure ? Qui sont ces fourbes naufrageurs qui le réduisent à observer, impuissant, le pillage de son trésor bien-aimé ? Les gris et les bleus sombres des illustrations restituent une ambiance aventureuse digne de Moonfleet bien plus que de Pirates des Caraïbes, et si le récit est peut-être trop disparate pour convaincre réellement, le plaisir du mélange et celui des retrouvailles est intact.

Trois ânes (conte)

Trois Ânes (conte)
Michel Séonnet
L’Amourier (Thoth), 2009

Citoyens de la République

Par Anne-Marie Mercier

Voilà un conTroisaneste bien moderne pour notre bonheur, et bien d’actualité pour notre malheur, bien ancré dans le monde réel, même si la vraisemblance est quelque peu suspendue, pour le plaisir de la fable et son exemplarité.

Il était donc… une nuit, dans une ville, on ne sait pas bien laquelle, avec ses pavillons, ses immeubles, ses boulevards déserts, il était un âne appelé Semper (qui signifie « toujours » en latin, ce qui n’est pas indifférent), échappé du garage où on l’avait enfermé. Derrière lui court Lino, fils du propriétaire de l’âne, puis l’ennemi de Lino, Samir, puis Sara qui ne les aime pas, puis monsieur Crouzon, le gardien du collège, haï des trois enfants et le leur rendant bien.

Tous courent, étrangement happés par la course de l’âne ; celui-ci suit un chemin mystérieux qui les fait passer par les étapes de leur histoire et de celle de leur famille pendant la dernière guerre où tous luttaient pour la même cause et le même camp, étapes où un âne joue le premier rôle. Chemin faisant, ils se racontent, se heurtent, se soutiennent, créent les liens qui manquaient. A « l’arrière », la police, les familles et les voisins, d’origine italienne, arabe, juive, s’alarment, s’accusent, et enfin s’entraident ; en retrouvant les enfants, ils renouent avec une histoire commune  oubliée, une histoire de libération et de fraternité.

Un beau conte, magnifiquement écrit, saisissant et touchant, et un livre à la fabrication soignée, sur beau papier crème.

http://www.amourier.com/les-collections/thoth/381-trois-anes.php

Et pour poursuivre la réflexion, un article de  Tramor Quemeneur,  paru dans L’Ecole des lettres – jeudi 8 janvier 2015): racisme et terrorisme

Rappelons aussi la très belle BD de sociologie sur l’immigration algérienne, Les Mohamed, de J Ruiller chez Sarbacane (2011) chroniquée sur lietje.

Les Plus Belles Histoires pour l’école maternelle

Les Plus Belles Histoires pour l’école maternelle
Collectif
Gallimard jeunesse, 2014

 Par Yann Leblanc

lesplusbelleshisotirepourl'EMCe ne sont peut-être pas les plus belles (certainement pas, d’ailleurs) mais elles sont effectivement centrées sur l’école maternelle : dans une collection (le trésor de l’heure des histoires) de 15 volumes on peut imaginer qu’il y aura de l’excellent et du moins bon, enfin, pour tous les goûts.

Effectivement, il y a de tout : une histoire de l’âne Trotro (celle où il va à l’école évidemment), celle de « Timioche, le poisson qui racontait des histoires » (à l’école), une belle histoire d’ami imaginaire (qui empêche de se faire des amis à l’école) d’Anne-Gaëlle Balpe et Natalie Choux, des pages sur les apprentissages, des chansons, des exercices de gym, etc. De tout, c’est bien aussi, et ça rassure en répondant à quelques angoisses  : que se passe-t-il si on ne connaît personne à la rentrée ? comment se faire des amis et les garder ? qu’est-ce qu’une maîtresse ?

Liste (dans le désordre:

Timioche, Julia Donaldson et Axel Scheffler
La rentrée des animaux, Samir Senoussi et Henri Fellner
Pénélope connaît les couleurs, Anne Gutman et Georg Hallensleben
Timothée va à l’école, Rosemary Wells
La Reine Maîtresse-Maîtresse, Alex Sanders
Je veux un ami !, Tony Ross
La belle lisse poire du Prince de Motordu, Pef
Où est le petit chien ?, Mathew Price et Qin Leng
Gruffalo, Les contraires, Julia Donaldson et Axel Scheffler
S.M.A.C.K., de Colin McNaughton
De vrais amis, Anne-Gaëlle Balpe et Nathalie Choux
Trotro, Bénédicte Guettier
Juliette s ‘inquiète, Kevin Henkes
L’école maternelle, Charlotte Roederer
Je vais à l’école !, Delphine Gravier-Badreddine et Charlotte Roederer
À la cantine, Catherine Dolto et Colline Faure-Poirée, Frédérick Mansot
En sortant de l’école, Jacques Prévert et Jacqueline Duhême
L’école des poètes, extraits, illustré par Jacqueline Duhême et Monique Félix
Mes comptines de l’école maternelle, illustré par Charlotte Roederer
Le pilates pour les petits, extrait, Rida Ouerghi et Elsa Fouquier.

Bansky et moi

Bansky et moi
Elise Fontenaille
Rouergue

Street-art, cinéma et cake aux carambars

Par Michel Driol

banskyBansky, c’est à la fois le street-artist à qui on attribue une fresque, en face de l’appartement du héros, et le nom du rat apprivoisé du héros, Darwin, un adolescent qui vit seul avec sa mère, Somalienne exilée, chauffeure de taxi de nuit, dans un Paris populaire en proie aux expulsions. Darwin adore cuisiner et filmer, puis montrer ses vidéos sur Viméo. La rencontre avec Eva, jeune fille seule, vivant au sommet un château d’eau, va lui faire découvrir le plaisir de grapher, les catacombes, et l’Amour !

Ce roman urbain est une belle galerie de portraits contemporains, à commencer par ceux des deux héros adolescents, indépendants, l’une pleine d’initiatives et de débrouillardise (elle a dû s’exiler seule d’un pays qu’on devine d’Europe orientale, et apprendre à survivre en France), l’autre de Darwin, le narrateur, enfant sans père, plus timoré, mais qui va apprendre à vaincre ses peurs. Du côté des adultes, Ophélie la maman chauffeure de taxi de nuit, l’humanitaire Jibé, Isaac le cuisinier camerounais et quelques autres, hauts en couleur, incarnent une humanité savoureuse et protectrice.

Ce pourrait être un roman sombre et glauque, parlant de l’exil, des sans-papiers, des immeubles qu’on rase pour en construire de nouveaux, des camps de Roms qu’on ferme de force, des dangers (les skins dans les catacombes), mais, grâce à l’écriture d’Elise Fontenaille, c’est tout le contraire : un roman plein de légèreté, d’humour, de tendresse pour les personnages, un roman optimiste et confiant dans l’avenir, montrant la fraternité et la solidarité en action.

Enfin, c’est un roman qui se termine par les recettes de cuisine qu’il évoque ! Et c’est double plaisir !