Tico et les ailes d’or

Tico et les ailes d’or
Leo Lionni
L’école des loisirs, 2012

Par Anne-Marie Mercier

ticoIl est étrange qu’il ait fallu attendre 2012 pour que paraisse une édition française de cet album, publié en anglais en 1964. Tico et les ailes d’or est un merveilleux récit, une fable sur la différence, le handicap, l’entraide  et le besoin d’être aimé. C’est aussi un bel exemple de l’art de Leo Lionni : formes simples, décors en entrelacs et combinaison de motifs sur fonds blancs, tons de verts et de bruns sur lesquels tranche le doré des plumes de Tico; texte limpide, histoire forte, un album en or.

Je suis le chat

Je suis le chat
Jackie Morris
Gautier Languereau, 2012

A tout seigneur…

par Christine Moulin

46050L’album frappe d’abord et avant tout par sa taille: immense, il propulse sur sa couverture une magnifique tête de chat roux, aux yeux verts obsédants, à la moustache conquérante. Le titre, en lettres dorées, est tranquillement dominateur car, comme dit Jacques Roubaud, « Quand on est chat/ On est chat ». Sur la page de garde, c’est la lune qui envahit l’espace mais c’est pour mieux mettre en valeur l’animal vedette qui se détache en ombre chinoise. La page de la dédicace se fait plus tendre, abritant une multitude de chats, ceux que l’auteur a aimés, tous différents mais tous surmontés d’une auréole, qui laisse à penser qu’ils ont rejoint le Paradis qui leur est réservé. La page de titre montre à nouveau l’animal de la couverture, toujours en gros plan, qui s’avance vers le lecteur de sa démarche chaloupée. On se dit alors que cela va être un festival pour félinophile!

Et de fait, sur la première double page, s’étale, roulé en boule, celui qui a fièrement proclamé: « Je suis le chat » et il nous livre la clé de ses songes… Qui ne s’est demandé à quoi rêvait son chat, justement, quand il agite ses moustaches ou grogne doucement? La réponse qu’imagine l’album nous emporte sur d’autres continents et laisse place à de grands félins, auxquels s’identifie le chat narrateur, dont la part sauvage n’a donc pas totalement disparu. Successivement, le tigre, le guépard, le lynx, le puma, le léopard des neiges, le jaguar, le lion, le chat sauvage d’Ecosse et le léopard de l’Amour envahissent les pages, à fond perdu : touche amusante, ils sont décrits comme des chats, à quelques détails près… (par exemple, le lynx est un chat.. « élancé, aux yeux perçants, tacheté, luisant et élégant »). Le vrai nom de chaque animal est révélé à la fin de l’album car au fond, c’est bien d’un documentaire qu’il s’agit.

L’idée est belle, qui nous rappelle que, selon les mots de Victor Hugo, « Dieu a inventé le chat pour que l’homme ait un tigre à caresser à la maison »… et l’objet est superbe!

le prisonnier

Le prisonnier
Robert Muchamore
Casterman, 2012

Aventures et espionnage  au cœur de la seconde guerre mondiale

Par Maryse Vuillermet

 

henderson-s-boys,tome-5---le-prisonnier-imageVoilà un roman d’aventures dans la tradition des héros de notre jeunesse. Pendant la seconde guerre mondiale en 42,   le héros Marc Kilgour, quatorze ans,  est prisonnier  dans un camp en Allemagne.   Maltraité par les gardes, il réussit à s’enfuir et tente de rejoindre le groupe de ses camarades du Cherub. ( Cherubin est un département ultra secret des services d’espionnage britanniques formé de jeunes de 10 à 17 ans.  Comme ces espions sont des enfants, ils sont insoupçonnables. )  Il côtoie les horreurs de  l’occupation allemande en France, participe aux  parachutages anglais, à la Résistance,  y compris celle des religieuse normandes de l’orphelinat. La guerre et ses dangers  forment un merveilleux  et tragique terrain d’aventures. Le héros Marc, rompu  à toutes les techniques d’espionnage,  est un des meilleurs agents du grand espion Charles Henderson, il est  orphelin,  habile, audacieux, il a tellement d’ennemis qui le traquent que le lecteur est constamment inquiet pour lui et s’attache fortement à ce jeune courageux.

 

Une très agréable lecture !

La série Cherub est une très bonne idée, et connait un immense succès. Elle met en scène d’autres jeunes espions, James Adam  qui commence ses missions à 12 ans et qu’on retrouve dans d’autres affaires et contextes à treize ans,  puis quatorze ans,  puis avec sa sœur Lauren.  Pour que les jeunes soient dans l’ambiance,  une communauté Cherub a été constituée, elle propose des concours des missions, on s’y croirait :    www.cherubcampus.fr .

 

A noter la sortie en poche  en octobre 2012 du tome 1 de Hendersons’boys, L’évasion

César

César
Grégoire Solotareff
L’école des loisirs, 2012

Petit et grand

Par Anne-Marie Mercier

cesarCésar propose une histoire simple, dans la veine des fables où un petit devient l’ami d’un grand après l’avoir vaincu. Petit oiseau en cage, César écoute son père lui raconter l’histoire de l’empereur des crocodiles; l’album est dédié à André François pour Les Larmes de crocodile (Delpire, 1956 ou 1955 : voir l’article de Michel Defourny) et on peut trouver quelques liens ténus.

Le petit oiseau, vermeil comme il se doit et déterminé sans le savoir par son nom, décide de devenir empereur des oiseaux. Il s’évade, retourne au pays de ses ancêtres, le pays des crocodiles, avec l’intention de manger du crocodile car, dans cet album comme dans le précédent, « c’est très facile d’attraper un crocodile ».

Les couleurs ne sont plus évoquées par le texte, ni à placer dans un dessin en noir et blanc, mais elles saturent les pages de l’album : bleu pour le ciel, sable pour le sol, vert pour le crocodile. L’animal est vu sous toutes ses coutures, de profil, de face, par dessus… pour mettre en valeur ses dents terribles; mais le livre se clôt sur une scène de plage paisable (évoquant une page du fameux Loulou) où les contraires sont réunis. C’est du Solotareff simple et efficace, de la belle ouvrage.

L’étrange réveillon

L’étrange réveillon
Bertrand Santini, Lionel Richerand

Grasset, 2012

Conte fantastique en ombres et or

Par Dominique Perrin

etrange-reveillonUn jeune homme de sept ans se trouve l’héritier d’une immense fortune, d’une armée de serviteurs compassés, ainsi que d’une solitude immense dans un manoir ombreux. Cette configuration archétypale donne lieu à un conte à la manière de Poe, tout en atmosphère et en références littéraires et cinématographiques. L’enfant prend place dans la lignée des rêveurs-penseurs, traquant l’énigme métaphysique de la disparition de ses parents. L’allégorie du poète en sondeur de mystère le cède ensuite au tableau gothique, quasi grand-guignolesque, avec une scène de repas entre cadavres. Le récit tourne enfin assez élégamment court dans la vision fantasmatique et chaleureuse – mais sans doute éphémère – de l’abolition de la mort des bien-aimés. Plus brillant et complexe que profondément cohérent, cet album dû à des maîtres de l’animation conserve à l’image et au texte une étrangeté de bon aloi.

Fête du livre jeunesse de Villeurbanne

fdl2013La Fête du livre jeunesse de Villeurbanne aura lieu du 10 au 14 avril 2013 autour de la thématique « mouvements ». Une cinquantaine d’auteurs et illustrateurs seront présents. La 14e édition de la fête proposera par ailleurs de nombreuses animations et rencontres pour petits et grands.
Journée professionnelle le 12 avril (attention : inscriptions jusqu’au 9 avril)

PRIX-SORCIERES-2013VolTZ_2006Le prix « Sorcières » 2013 sera décerné à cette occasion.

Voir  ci-dessous une description plus détaillée de la fête, par l’organisateur.

Site de l’événement www.fetedulivre.villeurbanne.fr et son programme à télécharger :www.fetedulivre.villeurbanne.fr/programme-fdlj_2013.pdf

Fête du Livre Jeunesse de Villeurbanne
Mouvements – du 10 au 14 avril 2013

« Après une édition 2012 haute en couleurs, la quatorzième Fête du Livre Jeunesse de Villeurbanne a choisi d’interroger la notion de mouvement.
Près de soixante auteurs et illustrateurs seront donc en action du 10 au 14 avril 2013. Une invitation à la mobilité lancée à travers différents univers et approches artistiques : lecture, arts visuels, musique, danse, théâtre…

Les livres « pop-up » à l’honneur
Cette édition fait la part belle aux livres « en mouvement ». Anouck Boisrobert et Louis Rigaud, les invités d’honneur, se sont fait remarquer grâce à leurs livres pop-up, ces livres animés dont les pages contiennent des mécanismes mettant certains contenus en volume ou en mouvement. Avec Popville et Dans la forêt du paresseux ils évoquent, dans un style épuré et très contemporain, l’évolution des cadres de vie et l’environnement qui nous entoure. Leur nouvel ouvrage « pop up » Oceano devrait voir le jour en avril 2013.

Une oeuvre multimédia collective
Forte du succès rencontré l’an dernier avec Hervé Tullet, l’équipe de la Fête a souhaité renouveler l’expérience d’une résidence dans un quartier de Villeurbanne. Les deux invités d’honneur ont donc investi le quartier de Saint-Jean, pour créer, avec les habitants – écoliers, professeurs du groupe scolaire Saint-Exupéry, enfants et animateurs du centre d’animation – une oeuvre multimédia collective. En s’inspirant de leur imagier numérique Tip Tap, Anouck Boisrobert et Louis Rigaud ont ainsi orchestré la création d’un livre interactif qui, à la manière de Raymond Queneau et ses mille milliards de poèmes, a permis à chacun, du plus petit au plus grand, d’apporter sa touche personnelle et de participer à la création d’un tableau multifacettes ! La création finale sera exposée à la Maison du livre, de l’image et du son du 18 mars au 20 avril 2013.

Un spectacle pour les tout-petits
Le Pop-up Cirkus, proposé par le théâtre L’Articule, est un spectacle qui se feuillette et se déplie ! Entre un fauve rugissant et un jongleur éternuant, les dessins vont se mettre en mouvement pour emmener les tout-petits (dès deux ans) dans l’univers magique du cirque.

Défilé et brigades d’interventions dansées
L’École Nationale de Musique de Villeurbanne – qui propose aujourd’hui des formations en musiques urbaines, danse contemporaine, traditionnelle orientale, africaine et hip-hop – s’associe naturellement à cette édition en mouvements et proposera une déambulation Pentaribâton. Sur une rythmique à cinq temps, les élèves de cinq classes de CM1 et CM2 partageront avec le public un moment de percussions corporelles, de bâtons frappés et de sonorités de Surdo (instruments de percussion brésilienne). Des brigades d’interventions dansées et un défilé réunissant 80 danseurs et 40 musiciens feront également bouger le centre-ville. »

La mystérieuse histoire de Tom Coeurvaillant, aventurier en herbe (t. 1)

La mystérieuse histoire de Tom Coeurvaillant, aventurier en herbe
Ian Beck
Mijade, 2012

Enquête au pays des contes

Par Anne-Marie Mercier

TomcoeurvaillantDans le monde des contes, chacun a sa place : les aventuriers vivent les aventures, les princesses les attendent, les grenouilles se transforment… Tout cela grâce au contrôle du bureau des contes qui répartit les rôles. Mais voilà, l’un de ses membres, met la pagaille et tous les héros, membres de la famille Coeurvaillant, se retrouvent coincés dans des histoires inachevées. Du coup, c’est leur plus jeune frère qui part à leur recherche et qui remet en route chaque récit.

C’est ainsi un parcours pédagogique des thématiques des contes. Mais les promesses du début, inventif, ne sont pas tenues sur la longueur du récit. Il manque un peu de rythme et  de fantaisie, « coincé » qu’il est par les parcours obligés dans les différents types d’histoires.

Ian Beck est d’abord illustrateur (et de fait, les silhouettes noires sur blanc du livre sont tout à fait charmantes) ; la série de Tom Coeurvaillant (3 volumes parus entre 2006 et 2010) est son premier roman.

Alma n’est pas encore là…

Alma n’est pas encore là…
Stéphane Audeguy, Laurent Moreau

Gallimard, 2012

Alma, le trésor des mots justes

Par Dominique Perrin

alma Bien des albums évoquent le processus de la procréation, avec pour ambition d’en évoquer scientifiquement les étapes et/ou poétiquement le mystère. Dans un format ample ouvertement dédié à l’exploration plastique, celui de Stéphane Audeguy et Laurent Moreau donne pourtant le sentiment d’être premier en son genre ; il épouse exemplairement sa double visée savante et « religieuse », au sens étymologique supposé de « religare » : relier, mettre en lien.
On suit ici les neuf mois d’une genèse – acte sexuel et rencontre des cellules féminine et masculine hors champ : des enfants engendrés par procréation assistée peuvent lire ici leur histoire comme les autres – où l’histoire individuelle rejoint celle de l’espèce humaine, et avec elle celle du vivant. Sobre, le texte cultive une forme d’intensité détendue et ne dissocie à aucun moment savoir absorbant et discrète espièglerie. Il s’agit enfin d’un vrai album, où l’image irrigue la lecture du texte et ouvre un puissant au-delà sensible ; où les « rabats-surprise » ne sont pas un concept commercial plus ou moins sympathique, mais un déploiement du sens inscrit dans l’espace. Solidaire alternativement du point de vue de l’enfant et de ses parents, New-York n’est pas ici le cadre obligé d’une existence « branchée » ( !), mais la ville du nombre, du métissage et de leurs possibles.

Un fantôme pas comme les autres

Un fantôme pas comme les autres
Métantropo
Océans Editions ados 2012

Quand les routes de l’Histoire se croisent   

Par Maryse Vuillermet

 


un fantômle pas comme les autres imageBlandine de Latour va mourir. Elle commence un récit qu’elle a tu jusque là, celui du fameux 10 juin 44 à Oradour-sur-Glane. C’est l’histoire bien connue de l’attaque sauvage du village par les Nazis.  Ces derniers regroupent tous les habitants dans l’église et y mettent le feu. Blandine, habitante de ce village, alors fillette de douze ans, ayant assisté à l’assassinat de son père par le cruel commandant Nazi, se cache dans les souterrains du château pour tenter de lui échapper.

Commence alors un deuxième récit ; le journal de Simon, garçon de douze ans qui vit une étrange aventure ; en plein cours d’Histoire, il s’endort et se rêve  à Oradour, ce jour-là,  dans le souterrain, en train d’essayer de sauver Blandine.

Le récit  se poursuit alors sur deux  époques et sur deux plans.  Les allers et retours  dans le temps sont pleins de surprise, l’histoire se termine joliment.

Un roman agréable, une manière originale et  fantaisiste de retracer cet épisode horrible de la seconde guerre mondiale

Mon ti chien

Mon ti chien
Carl Norac, Isabelle Chatellard

Didier, 2012

Fable mordante

Par Dominique Perrin

ti070350On ne sait pas trop au départ si Rex est un chien, ou une baudruche, une peluche, une marionnette, halé qu’il est par une laisse qui semble lui tenir lieu de moteur. Il est aussi, selon les moments, intégralement enveloppé ou simplement accompagné d’une nuage de paroles « bêtifiantes » énoncées par un maître aimant et autoritaire. Cette condition d’animal tenu en laisse par un flux langagier obsessif et stéréotypé, plus durement encore que par un lien physique, suscite des pensées de révolte.
Rex est tout du moins roi de ses rêves, et s’approprie en esprit d’autres conditions de vie : il s’invente papillon, et même chat, mais aussi vase, coussin, et encore facteur. La fable enclose dans cet album-carnet toilé de rouge – à la manière, en son temps, de Pas facile l’amitié d’Ingri Egeberg et Christian Bruel – est à la fois tendre et incisive ; à la fin, on voit Rex tombé amoureux et père d’une portée de chiots, bêtifier copieusement à son tour. Les jeunes lecteurs percevront sans doute clairement la radicalité de la réflexion ouverte ici, dédiée par les deux auteurs à plusieurs toutous aimés.