Jeanne cherche Jeanne

Jeanne cherche Jeanne
Martine Delerm

Gallimard Jeunesse (Folio Junior),  2012

Qui suis-je? 

Par Maryse Vuillermet

  Jeanne, treize ans, a été retrouvée inanimée et amnésique après un accident de la route. Malgré la rééducation, elle ne retrouve aucun souvenir d’avant. Et personne ne la réclame. Elle vit donc dans un centre pour adolescents à problèmes près de Rouen. A travers son journal, elle nous fait partager son quotidien, au centre et au collège, ses amitiés, ses doutes, et puis sa recherche des siens.

Très joli roman, la quête identitaire est prenante, le personnage est très attachant. L’écriture de Martine Delerm est à la fois simple et poétique,  elle accompagne en douceur l’évolution de cette adolescente.

Ma première nuit ailleurs

Ma première nuit ailleurs
Chiaki Okada, Ko Okada
Seuil jeunesse, 2012

L’apprentissage de la séparation

Par Caroline Scandale

Un petit lapin s’apprête à vivre sa première nuit loin de sa maman. Il serre fort son doudou crocodile. Triste et angoissé, il ne trouve pas le sommeil. Le lendemain matin, il songe à sa maman qui lui manque. Heureusement ce malaise ne dure pas longtemps car la petite fille qui l’héberge est adorable avec lui. Elle s’évertue à lui redonner le sourire avec une infinie tendresse. Au fil de l’histoire ils s’apprivoisent et tissent des liens d’amitié. A la fin du petit séjour, lorsque sa maman vient le chercher, Haruchan a le cœur gros. Bien sûr ils se reverront bientôt…
Les couleurs de cet album sont pâles, et ses dessins crayonnés, empreints de sobriété et de délicatesse. L’ombre de la couverture cède rapidement sa place à la lumière. Après la tristesse et l’angoisse, revient le temps de la gaité et du partage.
L’histoire et les illustrations se marient élégamment et mettent en scène de nombreuses thématiques propres à la petite enfance, notamment celle de la séparation mère/enfant nécessaire et salvatrice, celle du doudou, objet transitionnel par excellence et l’amitié comme moyen de dé-fusionner. Dès 3 ans.

Les Pozzis (t. 5: Antoche)

Les Pozzis (t. 5: Antoche)
Brigitte Smadja, Alan Mets
L’école des loisirs (Mouche), 2012

Au Lailleurs, meilleur

Par Anne-Marie Mercier

Des Pozzis aventureux sont partis vers le Lailleurs (pour ceux qui déjà n’y comprennent rien, voir la chronique des volumes précédents). Ils frémissent, se réconfortent, s’évanouissent, se divisent… et on reste dans le même suspens (retrouveront-ils Adèle, disparue dans le volume précédent? quel est le peuple étrange qu’ils ont rencontré?). Entretemps, on a fait avec eux un bout de chemin charmant, plus dense en trouvailles et événements que dans les  volumes précédents… c’est mieux, alors, vite la suite!

Catfish

Catfish
Maurice Pommier

Gallimard Jeunesse 2012

                                                                                                         Par Maryse Vuillermet

 

 Un magnifique album !

Trois récits entrecroisés : celui de Vieux George,  esclave, jadis Kojo fils de prince capturé et vendu comme esclave qui recueille Catfish, échappé d’un bateau en provenance des Antilles et l’élève dans la plantation. C’est enfin l’histoire de Jonas, tonnelier anglais chassé par la misère d’Angleterre et qui apprendra son beau métier à l’enfant futé, vif, habile mais peu costaud.

Jonas s’enfuit avec Catfish, alias Scipio  et il affranchira Scipio  qui deviendra le premier fabricant américain de rabots.

Les histoires sont touchantes, le sens du récit qui les entrecroise sans nous perdre est solide. On embrasse plusieurs continents et plusieurs époques, dont la guerre de Sécession.   La langue des opprimés est savoureuse,  ainsi le régisseur s’appelle le blancquitape. .

 

L’illustration est superbe, le dessin est riche et généreux, les couleurs fortes, de très nombreux documents historiques sont utilisés, affiches de ventes d’esclave,  cartes, extraits de texte de bible, cartes à jouer. Le didactisme est là, mais jamais forcé ,jamais ennuyeux. On apprend  la vie d’une plantation, la complexité et la beauté des métiers et des savoir-faire, (éleveurs, laboureurs,  producteur de tabac, de sucre,  tonnelier), la traite des êtres humains, le traitement des esclaves..

 

Les enfants en poésie

Les enfants en poésie
Ruta Sepetys

Gallimard jeunesse, 2012

Par Maryse Vuillermet

 L’illustration de couverture  a changé mais le reste non. On ne sait pas d’ailleurs qui illustre quoi puisque les illustrateurs sont mentionnés tous ensemble à la fin.

Quant aux poèmes, on aimerait bien un peu de renouvellement. Que c’est peu audacieux et surtout peu contemporain ! Et peu destiné à des enfants d’aujourd’hui à part les textes de Georges Jean.  Bien-sûr, certains poèmes sont éternels mais pourquoi ne pas  donner la parole à la poésie d’aujourd’hui aux côtés des poèmes d’hier. La poésie ne s’est pas arrêtée dans les années 70.

 

Cachés

Cachés                                
Sharon Dogar

traduction (anglais) de Cécile Dutheil de La Rochère
Gallimard Jeunesse, 2011

un roman historique qui pose problème

Par Maryse Vuillermet

L’auteur a imaginé le récit du garçon Peter Van Pels qui était enfermé avec ses parents dans l’appartement des Franck au 263 Prisengracht à Amsterdam pendant la seconde guerre mondiale. Le narrateur raconte la vie dans l’annexe, ses émois d’adolescent, ses désirs, ses moments de bonheur à la fenêtre. Au début, il trouve Anne insupportable et,  peu à peu, il apprend à la connaître et tombe amoureux d’elle. Ils passent des heures à se parler et à se poser la même terrible question : Pourquoi? Pourquoi? Commment est-ce possible? Qu’est-ce que ça veut dire être juif?  Ils ont peur ensemble et se soutiennent.

Ensuite, en 44, quand le récit réel d’Anne s’arrête car elle est déportée, le récit du narrateur se poursuit et raconte les camps d’Auschwitz et de Mathausen. Il raconte son insupportable agonie. L’auteur a donc inventé la première partie du récit à partir du Journal d’Anne Franck et la  seconde,  à partir de documents et de témoignages.

Dans le site Ricochet-jeunes.org, Claude-Anne Choffat explique que ce roman a suscité l’indignation de survivants de la famille d’Anne Franck . En effet, cette dernière  n’est pas tojours montrée sous un jour favorable, elle est souvent exaspérante. Mais, surtout,  ils reprochent à l’auteur d’avoir exploité l’histoire vraie dans une fiction. Moi, je ne suis pas du tout choquée par le procédé. L’Histoire est un sujet de roman depuis toujours. Et ce livre permet de saisir de l’intérieur l’horreur de l’enfermement  et des persécutions  nazi pour des jeunes qui ne demandent qu’à vivre, apprendre, et s’aimer.

Je suis juste réservée sur la longueur, je trouve  l’ensemble parfois un peu long et répétitif.  Un livre cependant courageux et instructif !

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre
Ruta Sepetys

Gallimard (Scripto), 2012

Dessins contre fusil !

                                                                                                          par Maryse Vuillermet

En 39, la Russie envahit les pays Baltes et en 41, l’armée russe déporte tous les intellectuels, professeurs,  médecins, journalistes et leur famille dans des camps de travail en Sibérie. Parmi eux, Lina, l’héroïne du livre, sa mère et son petit frère, et dans un autre train, son père.

Après un voyage en train de plusieurs semaines, ils arrivent dans un camp en pleine forêt.  Les coups, les privations de nourriture, les exécutions sommaires, le lavage de cerveau, dix heures de travail contre un morceau de » pain et le froid sont leur lot quotidien. Mais la jeune Lina dessine tout ce qui l’entoure, les cabanes, la steppe, tous les visages, ceux des prisonniers et ceux des gardes, ceux des morts et ceux des vivants. Parce qu’elle veut tout fixer et parce qu’elle est une artiste. Mais elle doit cacher ses dessins, économiser le papier, dessiner sur des écorces  même qu’elle tente de faire passer à travers toute la Russie à son père prisonnier dans un autre camp.

Sa mère, une belle femme, généreuse avec tous, son petit frère qui essaye de se conduire en homme ; un jeune homme qu’elle croit un traitre parce que sa mère se prostitue aux gardes pour lui sauver la vie, le grincheux, et beaucoup d’autres personnages constituent une collectivité très vivante.

Et le pire est que les survivants de ces camps, une fois rentrés en Lituanie n’auront pas le droit d’en parler. Je laisse les lecteurs découvrir comment le récit et les dessins de Lina sont parvenus jusqu’à nous !

Roman très dur mais qui se lit très facilement tant il est plein de désir de vie, de rebondissements, et d’amour !

A conseiller à tous les adolescents !

Les Listes de Wallace

Les Listes de Wallace
Barbara Bottner et Gerald Kruglik, Illustrations d’Olof Landström
Casterman, 2011

Etes-vous plutôt Wallace ou plutôt Albert ?

Par Maud Ceyrat

 Difficile pour un enfant de sortir de son quotidien. Lui qui est très attaché à ses habitudes pourra facilement s’identifier à Wallace, un souriceau qui ne fait rien sans l’avoir déjà écrit sur sa liste. Néanmoins, pour sauver son ami aventureux Albert, il oublie tous ses principes et part à l’aventure dans la jungle urbaine. Les illustrations, quoiqu’un peu sombres, soulignent bien ces deux philosophies de vie.

La couverture du livre et les listes de Wallace disséminées au fil des pages nous invitent à une lecture guidée tout en nous rappelant nos cahiers d’écoliers. Le ton léger et la délicatesse de l’histoire permettent d’aborder les thèmes de l’indépendance et de l’amitié avec beaucoup d’innocence. C’est un album fort et attachant qui permettra aux jeunes et moins jeunes, comme aux plutôt Wallace ou plutôt Albert, de s’interroger sur leur façon de vivre le quotidien et l’imprévu, … pour en sourire ensemble.

 

 

À quoi penses-tu ?

À quoi penses-tu ?
Laurent Moreau
Hélium, 2011

Par Lisa Dubois (master MESFC Lyon 1)

Qui ne s’est pas déjà fait questionner à ce sujet lorsque, parfois, l’on est perdu dans ses pensées, que l’on semble complètement déconnecté de la réalité dans laquelle on est : Besoin de s’évader ? Rêverie ? Petits ou gros tracas ?

Laurent Moreau, à travers ce livre, nous plonge dans cet univers poétique en nous permettant d’accéder aux pensées de personnages issus d’un environnement proche. C’est par l’intermédiaire de la légèreté de la poésie qu’il amène le lecteur, adulte ou enfant, à aborder la question de ce qu’est un sentiment, une émotion ? Nostalgie, tristesse, joie, jalousie et bien d’autres états d’esprit y sont abordés. Mais aussi, il réussi à créer, par l’intermédiaire des « flaps », un questionnement sur la différence entre le  « moi public » et le « moi privé » : Que cachent réellement les apparences ?

Le texte est court mais efficace, l’image ludique et explicite, aide le lecteur dans son cheminement de découverte et de compréhension. De ce fait, cet album peut être abordé avec les plus petits aussi bien qu’avec de plus grands pour aller de rêverie en poésie et de poésie en réflexions.

Castro

Castro
Reinhard Kleist

Traduit de l’allemand par Paul Derouet
Casterman, 2012

« Celui qui se consacre à la révolution laboure la mer » (Simon Bolivar)

Par Dominique Perrin

 « S’il est, dans l’histoire contemporaine, un personnage dont la vie exige, au-delà du livre et du film documentaire, d’être racontée sous forme d’une histoire en images, c’est bien Fidel Castro. Une vie tirée d’un roman d’aventures latino-américain, à cette nuance près qu’elle n’est pas fictive, mais vraie. […] Le guide de la révolution cubaine fut et reste un des acteurs les plus intéressants et les plus controversés de l’histoire récente […]. » C’est ainsi que le biographe allemand Volker Skierka (Fidel Castro. Eine Biographie, 2001) ouvre sa préface au manga créé à partir de ses travaux par Reinhard Kleist, traduit en France par Casterman dans la prestigieuse collection « écritures » aux côtés d’œuvres aussi différentes que celles de Taniguchi ou de Kim Dong-Hwa.
Féru ou non d’histoire politique, le lecteur se voit emporté (sa surprise peut en être grande) dans une épopée collective des plus tumultueuses. Le médiateur de ce voyage est un personnage inventé, Karl Mertens, journaliste allemand parti à Cuba en 1958 avec le désir de « suivre » – au sens de couvrir mais aussi de soutenir – le mouvement d’émancipation cubain. Ce personnage fictif, marqué par le passé proche de son propre pays, fasciné par la révolution cubaine et par son leader, fait au lecteur le double récit du parcours de Castro et du sien, résolument solidaire du premier.
La magie de ce récit tient au caractère objectivement passionnant de la vie politique cubaine durant la seconde moitié du 20e siècle – la révolution castriste ayant fait face, on le sait, à dix présidents états-uniens successifs ; si Castro apparaît comme l’homme de discours qu’il a effectivement été, ce sont ici les actions et les faits – paroles comprises – qui font la trame du récit, et sont ainsi rendus accessibles aux amateurs de littérature graphique. L’autre grande force de l’œuvre réside dans son point de vue. Le journaliste Karl Mertens, représentant potentiel de l’européen de bonne volonté et de ses difficultés de positionnement, est ici le vecteur d’une mine d’informations de type factuel, mais aussi un sujet doué d’angles morts, non exempt de romantisme politique. Il n’apparaît cependant jamais – pas plus que Castro lui-même – comme justiciable d’un jugement facile et moins encore définitif, assumant jusqu’au bout à ses propres dépens sa fidélité à la révolution comme ascèse individuelle et collective.
« Pourquoi précisément Cuba ? », s’auto-interroge Reinhard Kleist au terme de l’ouvrage, évoquant son entreprise graphique et son premier voyage sur l’île en 2008 ; à cette question à la fois importante et subsidiaire, il répond successivement par les mots, et par une ultime série de dessins issus, sans médiation fictionnelle ni même narrative, de son carnet de voyage.