K-cendres

K-cendres
Antoine Dole
Sarbacane (exprim’), 2011

Fous de musique

par Anne-Marie Mercier

k-cendres.gif   K-cendres est le nom de scène d’Alexandra, rappeuse, mais aussi devineresse à la manière de Cassandre : celle qui prédit des malheurs et ne peut les empêcher. C’est pourtant un roman absolument réaliste dans son cadre et dans ses principaux enjeux. Il décrypte les milieux et stratégies du show-biz, non seulement à travers l’héroïne mais aussi de nombreux personnages : patron de label, attachée de presse, garde du corps, médecin… chacun est caractéristique, aucun n’est caricatural, tous sont humains, trop humains. Au contraire, Alexandra et Marcus, son garde du corps, sont porteurs chacun à sa manière d’une certaine pureté.

Alexandra est à l’image de certains jeunes talents exploités par des firmes, assommés de drogues et terriblement seuls (on évoque dans le livre le modèle d’Amy Winehouse, morte en juillet dernier, à l’âge de 27 ans). Prise entre la folie qui lui a fait passer sa jeunesse enfermée à l’hôpital et la transe qui lui fait trouver des rythmes et des mots, parfois des visions, elle ne vit sa vie que dans la musique.

L’écriture d’Antoine Dole accompagne ce passage en enfer, dit l’excès et le désespoir mais aussi l’amour de la musique et l’énergie de la scène. Il prend parfois un rythme fort, se fait musique. On pourrait parler dans certaines pages de « roman-rap ». C’est un roman poignant, prenant, rythmique, magnifique.

Le dossier Artémis Fowl Le complexe d’Atlantis (Artémis Fowl, 7)

Le dossier Artémis Fowl
Le complexe d’Atlantis (Artémis Fowl, 7)

Eoin Colfer
traduit (anglais) par Julien Ramel
Gallimard (folio junior), 2011

Petit Vade-mecum Artémis

par Anne-Marie Mercier

Le dossier Artémis Fowl .gifCette édition en poche du volume publié en 2006 propose aux amateurs du héros de Eoin Colfer quelques éléments qui leur permettront de compléter la saga. On y trouve deux courts récits, « les FARfadets », qui retrace l’entrée de Holly dans les forces luttant contre les infractions au code de bonne conduite des êtres féeriques, et « le septième nain », qui retrace une aventure d’Artémis, voleur patenté. Ce volume propose également un alphabet gnomique, des interviews des différents personnages, un Quiz absurde, et  quelques autres renseignements fondamentaux comme les bulletins scolaires d’Artémis…

Le complexe d'atlantis (Artémis Fowl, 7).gif Peu auparavant est paru le septième tome de la série, dans lequel on retrouve le démoniaque Turnball et les ingrédients qui ont fait le succès de la série : suspense, inventivité et humour.  Le jeune héros irlandais met du désordre dans le monde de la féerie, comme d’habitude, mais surtout est lui-même en plein désordre, souffrant d’un syndrome qui produit des troubles obsessionnels, de la paranoïa, et un éclatement de la personnalité. Ce dernier point produit des situations cocasses : le double d’Artémis, Orion, est une sorte de Don Quichotte qui ne fait pas la différence entre la fiction et la « réalité ». Ce volume est annoncé comme l’avant-dernier de la série.

Cyclones: Six vertiges identitaires

Cyclones
Karim Berrouka, Bruno Leray, Philippe Aureille

Organic éditions ( Petite bulle d’univers n°7), 2011

Six vertiges identitaires

par Anne-Marie Mercier

karim berrouka,bruno leray,philippe aureille,folie,clone,identité,organic éditions ( petite bulle d’univers),anne-marie mercier  Cette nouvelle « nouvelle graphique » combine les qualités des précédentes « Petites bulles d’univers » d’Organic éditions : beau papier, mise en page originale et soignée, illustrations, ou plutôt peintures, superbes qui rapprochent ces beaux objets du livre d’artiste, textes courts mais denses. Comme les précédentes, elle s’inscrit dans un registre fantastique, ici très cohérent et très inquiétant.

On ne saura pas si Georges a réellement été le cobaye d’une expérience ou s’il est atteint de folie mais à chaque étape (il y en a six, comme autant de chapitres) Georges affronte ses doubles, ses  cinq clones (d’où le titre « cyclones ») et tente de s’en débarrasser, tantôt par la ruse, tantôt par la violence, développant dans chacune des tentatives des ressources logiques imparables. Chaque jour, à six heures du matin, Georges s’éveille pour une nouvelle aventure avec l’aide d’une âme soeur, chacune semblant le clone de l’autre, et chaque jour à six heures du soir, Georges est multiplié en six fois lui-même, doté d’un « super pouvoir à la con », tantôt divin tantôt amoureux, tantôt puissant, tantôt bien empêtré.

Le texte de Karim Berrouka s’inscrit face aux peintures de Bruno Leray, saisissantes, souvent angoissantes.  Pour tenter de les décrire, disons qu’elle s’approchent de variations sur « Le cri » de Munch qui aurait été traitées par un pinceau inspiré aussi bien par Bacon que par Rebeyrolle. L’ensemble alterne noirceur et couleurs, comme le texte passe du lyrique à l’humoristique en passant par le récit fantastique, frénétique ou policier.

Je m’appelle Mina

Je m’appelle Mina
David Almond
Traduit (anglais) par Diane Ménard
Gallimard Jeunesse (grand format), 2011

Folle de mots

par Anne-Marie Mercier

Je m’appelle Mina .jpgMina aime la nuit, et aussi les mots. Elle les utilise en toute liberté, au grand dam de son institutrice, ignorant les règles et la logique ordinaire. Elle écrit son journal avec sa fantaisie, mêlant réflexions et notations prosaïques, questions et rêveries. Elle raconte aussi son histoire qui a fait qu’elle a été retirée de l’école, pour comportement trop « bizarre », la scène de terreur qui a tout déclenché, l’ombre d’un père disparu, son passage par un établissement spécialisé.

Le journal de Mina est un livre hors-normes par sa forme : pages noires, pages vides, listes, « activités hors piste » qu’elle se propose : « observer la poussière qui danse dans la lumière », « écrire un poème qui répète un mot, qui répète un mot, répète un mot, jusqu’à ce qu’il perde pratiquement son sens », inventer des mots, refuser les évaluations… Le texte est très bien traduit, un tour de force, vu son originalité et sn inventivité verbale. Les pages sont tantôt sages, tantôt couvertes de mots en très gros caractères ou en encadrés. David Almond joue avec l’espace de la page en toute liberté.

Excellent dans la peintures d’adolescences masculines tourmentées par la violence (superbes Le Jeu de la mort, Imprégnation… parus en collection Scripto), Almond explore ici l’enfance et la frange de la folie avec délicatesse. Prix Andersen pour l’ensemble de son œuvre, prix sorcières en 2011 pour Le Sauvage, il avait aussi reçu la Carnegie Medal et le Whitbread Chidren’s book of the year pour son premier roman pour enfant, Skellig, auquel Je m’appelle Mina fait écho avec une grande poésie.