1000 était une fois

1000 était une fois
Max Ducos
Sarbacane,

Par Claire Damon

1000 était une fois Max Ducos _Chacune des dix pages est découpée en trois bandes horizontales et voilà 1000 combinaisons possibles, 1000 histoires passionnantes, 1000 tableaux incroyables.

Le texte sur la page de gauche et le dessin coloré et détaillé sur la page de droite sont précis, réalistes. C’est cette efficacité du texte et de l’image qui permet aux histoires de toujours faire sens. Les situations provoquées par les bandes liées par le hasard sont quant à elles rocambolesques. Mais toujours elles convoquent la poésie. Max Ducos donne un pouvoir jubilatoire au lecteur : celui de co-construire, par la magie de la tourne, quantité de récits.

Ce type de livre allume le cerveau, fait carburer l’imagination.

Et on avait bien aimé sur li&je d’autres titres de Max Ducos !

 

A l’école de Louisette. Trois histories pour les jeunes lecteurs

A l’école de Louisette. Trois histories pour les jeunes lecteurs
Bruno Heitz
Casterman, 2015

Petits lapins studieux

Par Anne-Marie Mercier

Vous aviezalecoledelouisette déjà lu Mouton Circus, Et un raton laveur ! et l’Heure du Grimm ? Si non, voilà le moment de vous rattraper et si oui, pourquoi pas, de l’offrir autour de vous, pour de multiples raisons. Tout d’abord Louisette la taupe et ses amis les jeunes lapins sont très sympathiques, et plein de fantaisie, ils vivent des situations cocasses. L’art de Bruno Heitz pour croquer des scènes, son jeu avec les différents plans, les vues des terreirs en coupe, le rythme de leur enchainement, tout cela en fait une belle BD.

Enfin, c’est très pédagogique sans se prendre au sérieux  : on y aborde la poésie (à travers l’Inventaire de Prévert, ou les fables de La Fontaine : Louisette a vécu dans un terrier situé sous une école), l’Odyssée, les contes… et le comportement des enfants à l’école et notamment avec les animaux est vu de manière savoureuse : tous rêveront d’avoir un hamster sous le plancher de l’école (Et un raton laveur ! ) qui leur souffle les tables de multiplication.

L’Histoire perdue

L’Histoire perdue
Meritxell Marti (texte) – Xavier Salomo (illustrations)
Seuil Jeunesse 2016

Fictions…

Par Michel Driol

histoireÉva, pour son anniversaire, est invitée par son cousin à… une surprise. Éva se prépare, mais le dessinateur de l’histoire n’en fait qu’à sa tête. Au lieu de suivre le texte de l’auteure, il dessine autre chose : des vêtements d’exploratrice au lieu d’une robe, un paysage de campagne au lieu de la ville. Page de droite, dans une bulle, l’auteure proteste, en s’adressant au dessinateur. Mais trop, c’est trop, et au bout de quelques pages, l’auteure abandonne, et laisse l’illustrateur  dessiner tout seul, ce qu’il fait, dans un strip sans paroles, façon Bd, jusqu’à laisser l’héroïne démunie et perplexe. Alors l’auteure vient au secours du dessinateur, qui va alors suivre scrupuleusement son texte et conduire Éva, avec un peu de retard, chez son cousin. La surprise était un concert des  Bêtles… Mais la surprise sur la dernière page, c’est le mot d’excuse des Bêtles qui ont fait changer l’histoire à l’aide de l’illustrateur, car ils ne pouvaient pas arriver à l’heure !

Voici un album original et décalé qui met l’accent sur la complicité et la complémentarité entre l’auteur et l’illustrateur, montrant au lecteur à la fois le texte, premier, et les réactions de l’auteure face aux libertés que prend l’illustrateur, au point de détourner complètement l’histoire, dont on s’aperçoit, finalement, que les véritables maitres sont les personnages, les Bêtles, qui ont en fait conduit l’auteure à changer le fil de son histoire avec la complicité de l’illustrateur. Conduisant le lecteur de surprise en surprise, cet album plein d’humour s’avère être un véritable jeu sur la création qui évoque Borgès dans le côté labyrinthique – on se perd entre fiction et réalité – et le jeu avec les codes du récit.  En opposition avec la complexité de l’ensemble, les illustrations de Xavier Salomo et le texte de l’auteure ont un côté sage et lisse qui évoque les albums populaires sans recherche esthétique ou littéraire que cet album subvertit pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Un album qui séduira aussi bien les plus petits, qui y verront un jeu – que les plus grands qui pourront commencer une réflexion sur la littérature comme détournement des codes.

L’Étrange cas Origami Yoda

L’Étrange cas Origami Yoda
Tom Angleberger
Traduit (Etats-Unis) par Nathalie Zimmermann
Seuil, 2012

« Lire ce livre tu dois » : « Trop drôle il est »

Par Anne-Marie Mercier

J’avais beaucoup ri en lisant le troisième volume de cette L’Étrange cas d’Origami Yodasérie, et c’est vrai aussi pour le premier : les propos inscrits en quatrième de couverture ne mentent pas.

Cela n’exclut pas, comme dans le premier, une part de gravité. Dennis, le collégien qui répond aux questions que se posent ses camarades de collège, garçons et filles, en faisant parler un origami imitant la forme du Yoda de Star wars, est « bizarre », limite idiot, sauf en maths. Il pourrait même être qualifié d’asocial (ou autiste ?) s’il n’avait pas sa bande d’amis. Tout en reconnaissant qu’il dit parfois des choses étranges, mange très salement, est imprévisible et inquiétant, fait toujours des choix catastrophiques (contrairement à son Yoda), ils le protègent – ce qui n’exclut pas des moments de faiblesse et même de trahison – et sont fascinés.

La polyphonie du volume est aussi intéressante : l’ouvrage est présenté comme une enquête menée par l’un d’eux, Tommy, recourant à des faits, des témoignages, des contre expertises (ainsi, Harvey, qui ne « croit » pas au Yoda, commente chaque épisode). Il s’agit de savoir si le Yoda de Dennis a un réel pouvoir de divination et de sagesse (s’il « existe ») ou si ce n’est qu’une boulette de papier. Chaque chapitre présente un événement raconté par un personnage différent, celui qui a posé la question à Yoda dont traite le chapitre. Les questions autant que les réponses sont très cocasses et à la fin tout lecteur en Yoda « croire ne peut que » (oui, la voix qui fait parler Yoda imite sa syntaxe).

Que la force avec vous soit !

Sissi, Journal d’Élisabeth,

Sissi, Journal d’Élisabeth, future impératrice d’Autriche, 1853-1855
Catherine de Lasa
Gallimard (« Folio junior », « Mon histoire »), 2015

Sissi : un culte toujours actif ?

Par Anne-Marie Mercier

sissi 2Le roman de Catherine de Lasa est léger pour de multiples raisons : les soucis de la narratrice sont d’un tout autre ordre que ceux de l’héroïne de Yaël Hassan (voir chronique précédente) et rejoignent les thématiques fréquentes du roman pour adolescentes (préoccupations du paraître, de la place à tenir dans la société, des sentiments, du mariage, des contraintes de l’éducation…).

L’histoire qu’elle développe est bien connue et colle en partie au souvenir qu’on peut avoir du film de 1955 ou Romy Schneider incarnait la future princesse, film qui a pérennisé la fortune de cette histoire si célèbre en son temps (on apprend dans le dossier que c’est Sissi qui lança la mode de la robe blanche, à son sissi 1mariage).

Mais il y a quelques décalages entre le livre et le film, notamment sur le moment et les circonstances de la rencontre avec François Joseph, futur mari de sa sœur. Tout cela n’innocente pas autant l’héroïne, même si la question est traitée avec une certaine discrétion : on ne critique pas une idole (et il faut des héros « positifs » – dit-on !). Enfin, la présence des nationalisme (notamment hongrois) est traitée de manière intéressante et vivante – et on apprend que si on veut être princesse il faut non seulement apprendre à danser mais aussi savoir parler quelques langues étrangères : bonne motivation pour les collégiennes (et les collégiens?).

 

J’ai fui l’Allemagne nazie. Journal d’Ilse, 1938-1939

J’ai fui l’Allemagne nazie. Journal d’Ilse, 1938-1939
Yaël Hassan
Gallimard (« Folio junior », « Mon histoire »), 2015

Sissi, Journal d’Élisabeth, future impératrice d’Autriche, 1853-1855
Catherine de Lasa
Gallimard (« Folio junior », « Mon histoire »), 2015

Grande Histoire et petits histoires d’adolescentes 

Par Anne-Marie Mercier

La collection « mon histoire » de folio junior se refait une jeunesse (notons que les nouvelles maquettes n’apparaissent pas encore dans le catalogue sur le site de cet éditeur :

Ces deux rééditions montrent en partie les deux voies que suit cette collection. Le principe général est de raconter la grande histoire à travers la petite, grâce au témoignage d’un personnage enfant ou adolescent (j’avais beaucoup apprécié l’histoire de l’apprenti de Gutenberg). Parfois le personnage (féminin, ce qui donne un point de vue de coulisse) est proche des sphères du pouvoir, dans d’autres cas (on y trouve davantage de garçons) il est en situation précaire et lutte pour sa survie. Catherine de Lasa (voir chronique suivante) s’est fait une spécialité de la première, Isabelle Duquesnoy également pour certaines de ses œuvres. Yaël Hassan explore plutôt la deuxième voie.

Le Journal d’Ilse est un beau roman, intéressant (une histoire ahurissante et peu connue, celle du bateau Le Saint-Louis qui transportait des juifs allemands vers Cuba entre 1938 et 1939, destination qu’il s n’atteindront pas. Mais le récit commence bien avant, lors de la « Nuit de cristaljournal ilse ». L’auteure prend donc soin de justifier la tenue de cet écrit particulier : Ilse écrit pour conjurer la peur qui s’est installée dans sa famille. Elle donne à son récit un rythme irrégulier, ponctué de temps forts, de moments d’abattement, de retour sur soi, ou de long silences dont on apprend un peu plus tard la raison. Les émotions d’Isle, ses espoirs et ses déceptions, ses rencontres qui développent des histoires qui auraient pu être d’amour en d’autres temps ou d’amitiés trahies ou fidèles permettent d’incarner bellement le récit historique et faire saisir de l’intérieur ce qu’on peut éprouver quand notre communauté est mis au ban de l’humanité.

La Fille qui navigua autour de Féerie dans un bateau construit de ses propres mains

La Fille qui navigua autour de Féerie dans un bateau construit de ses propres mains
Catherynne M. Valente
Traduit (Etats-Unis) par Laurent Philibert-Caillat
Illustrations d’Ana Juan
Balivernes, 2015

Sur la mer des histoires

Par Anne-Marie Mercier

Quelle bellCouvRVB_LaFilleQuiNaviguaAutourDeFeerie_10cme surprise et quels merveilleux moments de lectures ! « Moments » est au pluriel car c’est un livre qui se déguste, qui infuse, qu’on n’a pas envie de finir, enfin un livre rare. Cela ne signifie pas qu’il n’a pas d’intrigue : l’héroïne, une fois enlevée sur les ailes du vent vert, fuyant les « tasses à thé roses et jaunes et les petits chiens affables », a bien des obstacles à surmonter pour entrer dans Féérie, retrouver des objets perdus par des sorcières, résoudre des énigmes, sauver ses amis échapper aux manipulations de la Marquise tyrannique qui règne sur ce monde, retrouver la bonne Reine mauve (à moins que les deux n’en soient qu’une), et tout simplement survivre à de nombreux dangers, le pire étant représenté par la forêt d’automne qui la transforme un temps en arbre mourant, se dépouillant peu à peu de ses feuilles et de ses branches.

L’héroïne s’appelle Septembre, elle porte une robe orange, et la veste verte laissée par le vent. Une atmosphère automnale domine: nostalgie des choses au moment où elles étaient dans tout leur éclat, impression d’une fin imminente… Les amis qu’elle rencontre sont étonnants et tous en quête d’un objet ou d’un être perdu : la merveilleuse Lessive qui vous plonge dans des bains qui vous lavent du passé et vous insufflent du courage, le surprenant Vouivriothèque, A-à-L, mélange de vouivre (proche du dragon) et de bibliothèque, qui sait tout ce qui dépend des mots de la première moitié de l’alphabet, un garçon de pierre bleu…

Si le livre est épais, il peut se lire en étape ; chaque chapitre est consacré à la découverte d’un monde et de la logique surprenante, de ses habitants étranges. Il y a beaucoup de l’univers d’Alice, de nombreux clins d’œil, comme à celui de Lewis (un placard permet de passer entre les mondes), mais aussi un grand nombre d’inventions surprenantes et poétiques. Poétique aussi le style, avec une traduction merveilleuse qui crée un rythme, une musique prenante. Quant aux illustrations elles sont à la hauteur du livre, originales, touchantes, un peu grinçantes… elles sont entre Rébecca Dautremer et  Teniel, proprement merveilleuses.

A conseiller à tous les amateurs de féérie un peu cruelle et décalée, petits et grands !

 

 

 

Te souviens-tu de Wei ?

Te souviens-tu de Wei ?
Gwenaëlle Abolivier  (texte) – Zaü ( illustrations)
HongFei Editions 2016

On part Dieu sait pour où ça tient du mauvais rêve

Par Michel Driol

weiDans le cadre du centenaire de la Grande Guerre, les éditions HongFei donnent à voir un épisode peu connu : l’arrivée en France de  travailleurs chinois, envoyés alors derrière les lignes de front pour ramasser les morts, les enterrer, creuser des tranchées, construire des voies ferrées, ou devenir mineurs.  Sur les 140 000 envoyés en France,  entre 1916 et 1918, 20 000 trouvèrent la mort, 2000 restèrent en France.  En France, le cimetière de Nolette, dans le Nord, compte 843 stèles et constitue la plus grande nécropole de travailleurs chinois en France.

L’album se compose de deux parties : l’une fictionnelle, autour du personnage de Wei, dont on suit le trajet depuis la Chine, sur le bateau, à l’arrivée à Marseille, puis en baie de Somme, dans le froid et sous les obus, l’autre documentaire, permettant de donner de la résonance à cette histoire singulière.

Gwenaelle Abolivier signe un texte particulièrement réussi, dans une forme poétique, autour de deux anaphores « Te souviens-tu » puis « Souviens toi » , comme une façon de conjurer l’oubli qui entoure ces 140 000 chinois, La dernière page assume la filiation et la transmission : le destinataire est un descendant de Wei – « C’était le grand-père de ton grand-père ». A travers anaphores, comparaisons et métaphores, il s’agit pour l’auteure de rendre sensible le personnage de Wei, ses rêves, ses souffrances, la durée du voyage et ce qu’il a dû endurer, en se situant sur le terrain de l’évocation,  avec des mots simples à l’image de cet homme simple qu’était Wei. Rien de grandiloquent, juste un récit de vie, de souffrance, d’humilité, de travail et de rêves brisés.

Les illustrations de Zaü sont elles-aussi d’une grande qualité. Portrait de Wei, scènes de foule au débarquement du bateau, scènes de groupe dans les tranchées, les baraquements, le tout dans des dominantes sombres – qu’on soit sur la mer ou sur le champ de bataille, avec quelques taches claires, comme les stèles du cimetière de Nolette, ou les reproductions de photos évoquant l’après-guerre. Il y a là aussi comme une façon d’éviter le réalisme trop cru. Les illustrations finales, comme un écho au portrait du début, font se succéder le portrait de Wei jeune homme, armé de sa pelle, et le groupe de ses descendants, dans une scène d’hommage muet, toutes générations confondues.

Un magnifique album plein d’émotion, en forme d’hommage aux étrangers qui ont permis à la France d’être ce qu’elle est, et  qui contribue avec sensibilité au devoir de mémoire.

Red Queen

Red Queen
Victoria Aveyard
Le Masque (MsK), 2015

Super Cendrillon, ou la mort de la littérature

Par Anne-Marie Mercier

Pour écrire red queence récit de fantasy, l’auteur, dont c’est le premier roman, a bénéficié de nombreux conseils, si l’on en croit la page de remerciements, fort longue, qui le clôt. Le résultat laisse perplexe : des dialogues creux ou niais, des vraisemblances acrobatiques (même dans ce genre il en faut un minimum) et de nombreuses redites rendent sa lecture fastidieuse, et le personnage principal, une adolescente plus « ado » que nature et pourtant investie d’une mission cruciale ne donne pas envie de la suivre tant la narration qu’elle assume donne d’importance à son petit égo stupide, boursoufflé et autocentré.

Mais on se souvient que dans d’autres séries (celle d’Allie Condie par exemple) on avait cru comprendre que c’était un procédé qui permettait de montrer l’aliénation du début pour mettre en valeur l’épanouissement intellectuel et moral du personnage. Alors, on va un peu plus loin ; on fait comme les lecteurs pressés, une fois la patience épuisée, on saute des pages pour voir où ça mène… Et on se félicite d’avoir pu aller au bout de l’entreprise, voici pourquoi:

En résumé : on se situe dans un monde post-cataclysmique : l’humanité est divisée en deux catégories, celle des « Rouges » (qui ressemblent à l’humanité ordinaire), misérables, soumis à la conscription dans une guerre sans fin avec l’état voisin et exploités avec férocité par l’autre groupe, celui des « Argents » au sang… argent qui vivent dans le luxe et ont, selon leur famille, divers pouvoirs (invisibilité, télépathie, maîtrise de l’eau, du feu, de l’air…) qui les rendent quasi invincibles. Ce côté binaire est souvent exploité en dystopie, il est mis en évidence par le ressassement de la narratrice qui à longueur de page explique combien et pourquoi elle hait ces dominateurs – on devine assez vite que cette haine a une importance pour le récit. La narratrice, rouge, est sans talent particulier ni aptitude pour un travail quelconque, elle vole pour aider sa famille et ne se fait jamais prendre tant elle est astucieuse et agile, soit – on se demande à quoi servent les super pouvoirs de la police.

Elle se trouve par une suite de hasards (providentiels) serveuse au château justement lors de la fête du choix des épouses pour les deux princes. Par accident, elle dévoile qu’elle possède un pouvoir qu’elle ignorait (elle maîtrise l’électricité, ce qui est autrement moderne que de manipuler l’un des quatre éléments) et est immédiatement fiancée au plus jeune des princes. Vu le titre, on ne peut que s’inquiéter pour la survie de son aîné, ou pour la fidélité de sa mie, et on a raison sur les deux tableaux : cette jeune fille dont on nous dit qu’elle est tout à fait quelconque est convoitée par trois jeunes hommes (deux princes et un argent, ami d’enfance : un de plus que dans Twilight, tout de même !) tous bien déterminés, et elle est intéressée par chacun sans que cela soit dit nettement. Donc intrigue sentimentale éculée, personnage type de roman à l’eau de rose, passons, le concentré – pour ne pas dire la surenchère – en lui-même est intéressant.

Le côté original du roman tient dans ses décors, pas très originaux, mais mouvants, à l’image de ceux d’un jeu vidéo semé d’embûches ou d’un parcours d’obstacle comme ceux qui ont été popularisés par les films sur Indiana Jones. Il tient aussi à son action, même si le lecteur habitué aux ficelles les voit assez vite : la pauvre Cendrillon, non seulement doit porter des robes de princesse et suivre des cours de maintien (las !) mais elle affronte un monde cruel où tous les coups sont permis, et où faire souffrir autrui est un délice : les sœurs de Cendrillon sont cent, et elles sont dans le palais. Les multiples scènes de combat mettant en jeu les pouvoirs des Argents et la petite débutante qui doit apprendre à contrôler le sien (autre topos) feraient de belles scènes pour un film à effets spéciaux, avec non plus quatre mais une douzaine de types de « fantastiques » des studios Marvel.

On finit par comprendre qu’on cherchait de la littérature, ou du moins du roman, des personnages, des enjeux, là où il y a avant tout un scenario de film ou de jeu vidéo, pas mal au demeurant : mais alors, pourquoi gâcher tant de papier ?

 

Trööömmmpffff ou la voix d’Elie

Trööömmmpffff ou la voix d’Elie
Piret Raud
Rouergue 2016

Voix des sans-voix

Par Michel Driol

troElie est une oisèle qui n’a pas de voix, ce qui l’attriste : impossible de parler ou de chanter. Mais, un jour, elle trouve un drôle d’objet, une sorte de clairon, qui émet un  Trööömmmpffff quand on souffle. Le son n’est pas très joli, mais on vient de loin pour écouter Elie, jusqu’au jour où elle apprend que cet instrument appartient à Duke Junior, qui est infiniment triste de l’avoir perdu. Elie part à sa recherche, le retrouve, et, oh surprise ! voilà qu’il sort de l’instrument de la musique, belle et émouvante, qui console Elie d’être muette et la comble de bonheur.

Piret Raud, auteure estonienne,  entraine le lecteur dans un univers plein de fantaisie et d’émotion, qui conduit de la tristesse initiale d’Elie, privée de la parole, à son acceptation finale de son handicap, une fois qu’elle a éprouvé la plénitude de la musique, tout en faisant la différence entre le bruit – le « cornement » – que tire Elie de l’instrument, et la mélodie harmonieuse produite par Duke. Les illustrations marquent cette opposition: d’un côté quelques petits points tassés et surtout le Trööömmmpffff en caractères de plus en plus gros, de l’autre des nuages de points, espacés, de taille variable, remplis de fleurs, de feuilles, de nuages ou d’étoiles. Les illustrations, à l’encre, extrêmement fines et soignées, ne cherchent pas à représenter avec réalisme les animaux, ni à les anthropomorphiser de façon excessive : ils signent un univers original et poétique.

Une belle quête de la voix et de la musique qui donnera envie de faire découvrir Duke Ellington aux plus petits.