Vœux 2015

Tous nos  vœux aux lecteurs et scripteurs de li&je !

 Nous vous souhaitons de belles découvertes, un enthousiasme intact, de beaux partages et de beaux secrets, et que l’année soit pavée de bonnes nouvelles.
– Par exemple celle-ci (est-elle bonne? on en discutera) : à l’exemple de la fête de la musique y aura-t-il à partir de 2015  une  » fête de la littérature jeunesse » ? Voir dans notre page « actualités ».
– Lietje va essayer de vous tenir au courant de ces nouvelles en tenant à jour les pages actualités et espace scientifique (voir l’annonce d’un colloque en Tchéquie).

– La page bibliographie… on y songe : très bientôt une biblio sélective sur le thème de la guerre. Et on fera mieux en 2016 !

Poupoupidours

Poupoupidours
Benjamin Chaud
Helium, 2014

L’art du rebond

Par Anne-Marie Mercier

Depuis UnePoupoupidours Chanson d’ours, on attend avec impatience la prochaine escapade du petit ours de Benjamin Chaud… et on n’est pas déçu ! Poupoupidours est un festival d’inventions, de surprises, une promenade infinie (ou presque) que l’on fait à la suite du petit ours. Il se réveille au début de l’album, par un beau matin de printemps, seul dans la tanière familiale – où sont passés les parents? Nullement inquiet, heureux de partir à l’aventure, après avoir traversé une forêt (très peuplée), un monde souterrain (idem : on y trouve même Alice en train de tomber à la suite du lapin pressé), petit ours arrive dans un cirque où il voit se produire ses parents en équilibristes. Il participe à leur spectacle, et découvre dans les bras de sa maman un ours encore plus petit que lui, Tout petit ours.

Outre le charme des images, pleines de détails facétieux et poétiques, le dispositif d’enchainement des double page est particulièrement réussi : dans chaque page de droite, petit ours se trouve face à un trou qui lui fait apercevoir la double page suivante : trou dans le sol, tuyau de canalisation, rideau, cercle de feu du dompteur, gueule de dragon… petit ours franchit tous les obstacle et passe à travers toutes ces ouvertures, jusqu’à ce qu’il en trouve une trop petite pour qu’il s’y engouffre, « une boite si minuscule que petit ours ne pourrait s’y blottir même s’il le voulait » posée sur le ventre de sa maman. Eh oui, on peut franchir tous les obstacles, mais pas revenir d’où l’on est né… Un autre, plus petit que lui, est installé dans cette « boîte », et en sort pour participer au spectacle de la famille.

Pour voir et entendre, sur vimeo

 

Un maillot de bain une pièce avec des pastèques et des ananas

 Un maillot de bain une pièce avec des pastèques et des ananas
Claire Castillon
L’école des loisirs, coll. Neuf    2014,

 Aïe, je deviens adolescente !

Par Maryse Vuillermet

un maillot de bain  une pièce imageNancy, la narratrice a onze ans, et est folle amoureuse de son père. Elle ne supporte pas que son frère, un adolescent insupportable et violent et sa sœur, une  ado folle amoureuse et hystérique,  et même sa mère qui fait les yeux doux au dentiste,  le fassent souffrir. Elle connait les affres des adultes, elle en discute avec sa meilleure amie. Elle  a peur que ses parents ne se séparent et que sa famille se brise.  D’autant  plus que son père l’emmène en week-end seule, qu’il reçoit de très nombreux messages sur son portable, bref, tout s’écroule autour d’elle et elle voudrait faire quelque chose.

 Et en même temps,  sa meilleure  amie ne s’intéresse qu’aux garçons, pour être comme elle, elle fait semblant elle aussi,  et ensemble, elles préparent leur tenue pour l’été,  (d’où le titre !) été qui n’arrivera que dans six mois !

Bref, un portrait sympathique de préadolescente, qui,  peu à peu, ouvre les yeux, et d’une famille  en légère crise, mais parfois, des images un peu appuyés comme celle des doigts de la main, un peu trop lourdement récurrentes.

Touït Touït

Touït Touït
Olivier Douzou
Editions du Rouergue

Le ver et l’oiseau

Par Michel Driol

touit_touit_mUn ver sort de terre, coiffé d’un haut de forme, et affublé d’un nez. Un oiseau arrive, menaçant,  gigantesque par rapport au ver, qui rentre dans son trou. Entre les deux commence un combat, ponctué de grr, de touït, de pfff… L’oiseau souffle dans le trou du ver, devenant de plus en plus gigantesque à mesure que ses poumons se gonflent. Mais il ne parvient qu’à gonfler encore plus le ver, comme un ballon de baudruche. Et, bien sûr, c’est le minuscule ver, devenu énorme, qui fera peur à l’oiseau et qui l’emportera.

Voici un nouvel album sans texte de la collection Flippe-books du Rouergue (voir Plouf Plouf, de José Parrondo), qui met en scène deux protagonistes qui ne tiennent pas à se dégonfler, au sens propre ici. On retrouve bien sûr, dans cette nouvelle version du combat de David contre Goliath, l’humour, l’absurde, les gags et la chute des comics et des films muets. L’illustration, traitée en bichromie orange et noir, accentue l’expressivité des deux personnages : surprise, colère, perplexité, résolution…

Un album, proche dans l’esprit de certaines fables de La Fontaine,  dont l’humour ne laissera pas indifférents petits et grands…

La Barbe bleue

La Barbe bleue
Charles Perrault, Clémentine Sourdais
Hélium, 2014

Accordéons nos classiques

Par Anne-Marie Mercier

barbebleueheliumLe conte de Barbe bleue est bien connu, et on en a de multiples versions (voir récemment chroniquée, celle de Sophie Tiers publiée au CMDE). Ici, l’originalité n’est pas dans le texte qui reprend fidèlement celui de Perrault, et ce jusqu’à sa moralité en vers, mais dans les images et dans l’objet-livre lui-même. Il s’agit d’un livre accordéon mais aussi découpé, où seul le bleu tranche avec le noir et le blanc, et où le thème de la clef et surtout de la serrure guide bien des étapes, comme il se doit.

Le dessin naïf alterne avec le style du théâtre d’ombres, le tendre avec le cruel, le grotesque avec le poétique, en harmonie avec ce conte qui joue sur plusieurs tableaux et mêle comique et tragique, prosaïque et mythique.

Barbe Bleue

Barbe Bleue
Sophie Tiers, d’après les frères Grimm
CMDE, Dans le ventre de la baleine, 2011

 

Le conte des femmes découpées en morceaux découpé en morceaux

cvt_Barbe-bleue_7792Par Anne-Marie Mercier

Le titre est un peu trompeur et d’ailleurs les pages de faux titres indiquent « Barbe bleue ou presque » : il ne s’agit pas de Barbe bleue mais d’une version sanglante et magnifique, intitulée « L’oiseau d’ourdi » ou « L’oiseau Fitcher ». On trouve les raison de ces deux titres sans l’édition de Natacha Rimasson-Fertin des Contes pour les enfants et la maison (Corti, 2009, 2 vol., t. 1). ; on y trouvera également une version plus proche du Barbe-bleue de Perrault (t. 2).

Le récit commence ainsi : « Il était une fois un maître sorcier qui se donnait l’apparence d’un pauvre et s’en allait mendier de maison en maison pour s’emparer des jolies filles. Nul au monde ne savait où il les emportait, et jamais plus elles ne revenaient de là-bas. »

Sophie Tiers, comme l’indiquent les ciseaux disséminés sur les pages de garde et les soulignements de couleurs sur la page de titre et dans la dernière double page, s’est livrée à un travail étonnant de déconstruction du conte. Elle a choisi quelques mots, d’abord pris dans la première phrase (« Nul, Monde, Emportait, jamais, là-bas ») pour les insérer dans une image elle aussi fragmentaire, rapprochant certains éléments, et ainsi de suite pour chaque étape de l’histoire. Les images sont superbes et inquiétante, composées autour de fragments de corps barbouillés de rouge-sang dans un espace lui aussi déconstruit. Au lecteur de refaire l’histoire, ou d’en inventer une autre… Pour essayer, comme l’héroïne de l’histoire de remettre ensemble les morceaux séparés des corps de ses sœurs.

Magnifique, dérangeant, stimulant, à l’image de Rouge Chaperon petit le, chroniqué sur li&je il y a quelques temps, paru lui aussi au CMDE

Sophie Tiers parle très bien elle-même de son travail, et on trouvera une interview et des images ici.

Le CMDE (collectif des Métiers de l’édition), situé à Toulouse, propose une autre façon de faire des livres, comme on peut le lire sur leur site  : « Faire un livre collectivement, cela signifie avant tout qu’une création, littéraire ou graphique, n’échappe pas à son auteur. Il est, quoiqu’il arrive, au cœur de la mise en livre de son œuvre.
Créer un livre nécessite de faire intervenir d’autres corps de métiers (graphiste, typographe, correcteur, assistant de fabrication…). C’est donc tous ensemble que nous nous interrogeons sur la forme que prendra le livre, ses intentions, ce que nous voulons et devons améliorer…
Ainsi, nous épargnons à l’auteur le « procédé magique » lui faisant découvrir son livre lors de sa sortie. Chaque personne ayant participé au livre a le sentiment légitime qu’il en est aussi l’auteur. Le CMDE est une structure non hiérarchique, qui vise au décloisonnement des métiers les uns des autres. […]

La baleine est hors-genre, elle publie des livres de contes pour enfants… et pour adultes, des livres jeunesse qui moquent cette lubie des adultes, qui cherchent à « adapter » leurs propos aux enfants. Ses conteurs deviennent auteurs puis redeviennent conteurs… La baleine avale toutes les histoires depuis le début du monde, et de son ventre, les écrits, les images, résonnent à nos oreilles.»

Signalons pour les amateurs du conte de Barbe bleue la parution d’une version théâtrale, La Barbe bleue de Ludwig Tieck (1796), suivi des Sept femmes de Barbe bleue , édités par Alain Montandon aux classiques Garnier (2013).

 

 

Appels

Le-livre-de-poche-une-bibliotheque-de-la-jeunesseSur la page « actualités » de li&je, vous trouverez deux appels:
– l’un autour d’un projet de numérisation de textes illustrés et de romans,
– l’autre autour d’une campagne nationale est dédiée à la création                                      pour l’enfance et la jeunesse. Portée par le ministère de la Culture et de la Communication, La Belle Saison avec l’enfance et la jeunesse.

Et le sommaire du nouveau N° des Cahiers Robinson

Toutes les maisons sont dans la nature

Toutes les maisons sont dans la nature
Didier Cornille
Hélium, 2012

De natura domorum

 Par Yann Leblanc

Toutes ? non, matoutes-les-maison-sont-dans-la-nature-heliumis les plus surprenantes, et les plus modernes, de 1924 (la maison où tout est mobile de Gerry Rietveld) à 2002 (la maison écologique en paille de Sarah Wigglesworth et Jeremy Till). On trouve pour chacune de ces maisons qui ont changé la façon de concevoir l’habitat une présentation de son architecte (aux noms cités précédemment on peut ajouter Le Corbusier, Frank Lloyd Wright, Charles et Ray Eames, Mies van der Rohe, Jean Prouvé, Franck Gehry, Shigeru Ban, Rem Koolhaas). Le projet de construction est expliqué, en fonction du commanditaire, de l’emplacement, du contexte, aussi bien que les principes techniques et esthétiques à l’œuvre. Enfin, l’album ajoute des images des bâtiments les ^plus célèbres construits par le même artiste : église, musée, immeubles…

En format allongé à l’italienne, sur papier blanc, l’ouvrage a une allure de carnet de croquis et est un parfait support pour le texte, à la parfaite lisibilité, et les images ; celles-ci, des dessins à l’encre (« rotrings » de différentes teintes) réhaussés de quelques touches de couleur, sont proches d’un projet architectural.

Initiation à l’architecture, donc documentaire, ou livre d’art ? Comme l’album qui l’a suivi (Hélium 2014), Tous les ponts sont dans la nature qui a reçu le prix Pépite de Montreuil dans la catégorie livre d’art, cet album joue sur les deux tableaux, il informe, fait comprendre, donne à voir, et est une petite merveille de conception et de graphisme.

La fois où j’ai écouté ma mère

 La Fois où j’ai écouté ma mère
Thierry Guilabert
L’école des loisirs, medium  2014,

  Une  communauté de vieilles dames  pour  seul refuge ! 

Par Maryse Vuillermet

la fois où j'ai écouté ma mère image Mila ne sait pas trop où elle va avec sa mère, cette nuit-là. Elles arrivent dans une région très isolée, très sauvage des Cévennes, puis dans un hameau habité par de vieilles dames qui se soutiennent et s’entraident. Sa mère lui a juste dit qu’elles allaient chez sa nourrice, Mado. En fait, elles fuient le mari et père devenu,  à cause de la misère,  aigri puis alcoolique, puis violent.

 Là-haut la vie est rude, chacune contribue à la vie communautaire, Mila lit pour les vieilles dames et ainsi découvre ce qu’est la lecture. Une autre ancêtre ancienne institutrice la fait travailler. Mila et sa mère se reconstruisent peu à peu mais, dans la vallée, la société, la police, les services sociaux n’aiment pas les femmes en fugue et les jeune filles déscolarisées. Tous aident les hommes violents à les retrouver. On sait que la paix de cette communauté drôle et efficace va être brisée, mais on ne peut imaginer de quelle façon.

La fin est haletante et angoissante.

Ce petit roman est attachant, et riche:  entre le somptueux tableau de la nature cévenole, la drôlerie et le caractère utopique de cette communauté de femmes et la réalité sociale de la crise et de son cortège de misères.

La Bible de Lucile

La Bible de Lucile: Notre voyage de la Genèse à l’Apocalypse
Pierre-Marie Beaude
Bayard, 2014

 Noël !

Par Anne-Marie Mercier

Pierre-Marie Belabibledelucileaude, auteur de romans pour la jeunesse et d’écrits d’exégèse biblique a réuni ses deux spécialités pour s’attaquer à un monument : la Bible, rien que cela. Mais le but n’est pas d’offrir une petite Histoire sainte à l’usage des enfants car c’est un très gros livre qu’il nous propose : 1248 pages, sur papier… Bible, justement. Dans la ligne de ce que Le Monde de Sophie avait fait pour la philosophie, il vise à rendre la Bible accessible et compréhensible.

Le volume est composé de résumés des différents livres que contient la Bible accompagnés de questions et d’explications. Cette lecture se fait à deux voix : Lucile, jeune femme, mère de deux enfants, échange par courrier électronique pendant trois ans avec son oncle, spécialiste d’histoire ancienne et plus particulièrement biblique. Le portrait des deux correspondants est esquissé dans une belle introduction qui montre l’un dans son cabinet de travail entouré de ses dictionnaire et éditions anciennes, et l’autre encore enfant, turbulente mais attirée par son univers mystérieux et plus tard un peu sceptique sur tous ces textes obscurs qui lui semblent inadaptés à la pensée moderne.

Lecture pas à pas, où Lucile est la voix du novice qui s’interroge, se révolte, découvre, et où l’oncle explique la symbolique, les difficultés et beautés du texte. Cependant, il ne cherche pas à masquer la violence et le pessimisme de certains livres. La table est une belle idée : elle propose des titres de chapitres imitant ceux des romans d’autrefois et mettent en valeur l’intérêt de chacun, par exemple : « Où l’on s’étonne que Dieu ait mis un signe de protection sur Caïn, meurtrier de son frère. Et comment, pour avoir voulu escalader le ciel, les hommes essaiment sur la terre. Avertissement aux voyageurs : apprenez les langues étrangères ».

Un monument… pour tous ceux qui ont eu envie d’entrer dans ce texte sans jamais être arrivés à dépasser la Genèse, et une lecture aisée et passionnante.