Mon Arbre à secrets

Mon Arbre à secrets
Olivier Ka et Martine Perrin
(Les grandes personnes), 2013

Trésors cachés

Par Anne-Marie Mercier

Mon Arbre à secretsPour les retardataires, ceux qui se diraient le 24 décembre à 15h : « nom d’un Père Noël ! qu’offrir à telle personne de 7 à 107 ans, que je vois ce soir/demain ? »

Réponse de Li&je : une autre petite merveille des éditions (Les grandes personnes), ce petit livre cartonné aux pages tantôt en fort papier tantôt en calque, tantôt en une seule dimension, tantôt en pop up bruissant, ou avec des tirettes, une merveille d’animation.

Quant au contenu, c’est de la poésie simple et pure : un arbre, un enfant, des secrets et tout ce que l’on peut mettre autour, oiseaux et mots. Jeu d’emboitements, dMon Arbre à secrets2e rabats : le secret n’est-il pas ce que l’on range précieusement et voile et dévoile ? A savourer…

Allez, c’est jour de fête, je mets une deuxième image. Et « bon solstice! » comme dirait Dominique !

BZRK

BZRK
Michael Grant

Traduit (anglais, États-Unis) par Julien Ramel
Gallimard Jeunesse, 2012

BZRK ? Vous avez dit BZRK ?

Par Matthieu Freyheit

BZRKJe ne vous présente pas Michael Grant. Auteur de la série Gone et co-auteur (avec son épouse) d’une autre série, Animorphs (qui bénéficie d’une nouvelle édition, voir notre chronique du 8 novembre dernier), Grant n’est pas un anonyme des succès. Dans cette nouvelle trilogie en cours, l’infiniment petit met en jeu l’infiniment grand par le truchement des fascinantes et effrayantes nanotechnologies. Lorsque le milliardaire Grey Mc Lure décède avec son fils (il n’y a pas d’accident dans les sourdes guerres de Michael Grant), il laisse derrière lui l’empire de ses innovations technologiques et pharmaceutiques. La plus importante d’entre elles : les biobots, hybrides d’adn et de nanotechnologie, capables d’évoluer à l’intérieur du corps afin de soigner les cellules malades. Dans ‘la viande’, comme disent les initiés.

Bien entendu, la nanotechnologie Mc Lure fait des envieux et donne naissance aux espérances les plus folles. Parmi les concurrents, le groupe Nexus Humanus vise, comme son nom l’indique, un nouveau stade de l’évolution humaine (encore un !) : « une interconnexion globale de tous les individus qui la composent ». La condition à cette utopie technologique ? Abolir le libre-arbitre au profit d’une pensée unique dirigée vers le bien commun, mais indifférencié. Une condition que n’accepte pas le mouvement adverse : le BZRK (de go berzerk, disjoncter, sorte d’équivalent au germanique Amok laufen).

D’où une bataille sans merci entre les deux groupes, livrée à échelle macro mais aussi, évidemment, à échelle nano, avec tous les risques que cela comporte : car lorsque les biobots d’un agent sont détruits, celui-ci sombre dans la folie… C’est ce qui arrive à Alex, alias Kerouac, le frère de Noah. Noah ? Le héros de l’histoire, embrigadé presque malgré lui au sein du BZRK afin de remplacer son frère. Il fera équipe avec Sadie Mc Lure, dernière héritière de l’empire paternel, enrôlée elle aussi.

Michael Grant fait preuve d’une belle originalité dans le sujet, et s’y tient dans une écriture aux prises avec le réel que nous connaissons comme avec l’infime corporel : la viande promet quelques voyages intéressants dans une nouvelle géographie de l’aventure. Les deux réalités se combinent et se superposent, conférant à l’ensemble un rythme plutôt enlevé. On aurait bien échappé à quelques stéréotypes désormais éprouvés et éprouvants (pourquoi faut-il que les yeux des héros soient toujours d’une couleur ‘surnaturelle’ ???), mais l’ensemble fonctionne fort bien et le sujet se précise au fil des chapitres. Les personnages secondaires possèdent un véritable relief, l’auteur fait preuve de constance, et trouve également un bel équilibre entre la complexité d’un thème et l’efficacité de sa mise en œuvre. Michael Grant, qui a les qualités d’un autre Michael (Crichton), donne à la science-fiction un volume réfléchi et dénué de niaiserie, même si le style reste parfois convenu. Il reste à espérer que le deuxième tome, déjà en librairie, confirme la valeur (et surtout la nécessité) d’une trilogie, au détriment d’une forme plus ramassée.

Miss Charity

Miss Charity
Marie-Aude Murail
Illustré par Philippe Dumas
L’école des loisirs (medium), 2008

Peter Rabbit: roman historique

par Anne-Marie Mercier

C’est unMissCharityGRANDe surprise de trouver chez L’école des loisirs un ouvrage d’une telle dimension: un format inhabituel, un volume de 500 pages, cela fait beaucoup, même si les nombreuses illustrations de Philippe Dumas aèrent le texte. C’est une autre surprise de voir Marie-Aude Murail s’adonner à une biographie imaginaire proche à la fois du roman historique et du conte.

L’ensemble est composé d’éléments très divers et cependant a une grande unité. Le personnage est inspiré de la vie de Beatrix Potter (le lapin de Charity s’appelle Peter) et Philippe Dumas imite à merveille ses images (certaines sont presque des copies) tout en gardant son propre style. Béatrix-Charity recueille toutes sortes d’animaux quand elle est enfant, les peint lorsqu’elle est jeune « jeune-fille », vend des images à l’unité, puis écrit une histoire à partir de croquis de Peter faits pour distraire un enfant malade. Viennent ensuite des histoires de crapaud, souris, etc. Elle fait la cruelle expérience de la rapacité des éditeurs et de la difficulté à mener une vie indépendante pour une jeune fille de sa condition.

Charity écrit son histoire. Mi-journal, mi-autobiographie, le récit suit la vie d’une jeune fille solitaire de la bonne société anglaise, de son enfance à son mariage, tardif : fille unique avec quelques talents, puis fille à marier difficile à placer, puis personnage inclassable et déclassé, « vieille fille », originale, elle devient une artiste.

Avant de devenir une aquarelliste douée, Charity s’entoure d’animaux à la compagnie improbable : si le lapin passe, il n’en va pas de même du rat, du grillon, du canard, du corbeau. La société qui l’entoure apprécie diversement. L’enfant solitaire est plus proche des animaux que de ses parents ou des enfants de son âge. Elle les observe, relève leurs attitudes, part en rêverie à propos d’eux. Ainsi du corbeau Petruchio : « Quand Thabita cousait, Petruchio sautait autour de sa chaise, inspectant son panier à intervalles réguliers et l’observant elle-même d’un air de gravité exceptionnelle. Je pense que, si la vie lui avait accordé le bonheur de fonder un foyer, il aurait su repriser les chaussettes de ses enfants ». Ce mélange de formules toutes faites bien-pensantes, de choses entendues par l’enfant Charity, qu’elle mêle à sa rêverie farfelue est un des charmes constants du livre. Les illustrations de Philippe Dumas le redoublent : les petits corbeaux esquissés dans des positions différentes mais avec le même regard dépité sur leurs chaussettes à rayures trop larges sont parfaits de drôlerie.

Le regard sur la société anglaise du dix-neuvième siècle est acide : jeunes hommes ternes ou prétentieux, jeunes filles snobs mais qui seront brisées comme les autres par le mariage, dandys qui prennent Oscar Wilde pour modèle et en payent cher le prix, domesticité égarée, folle de chagrin et d’amertume, ou folle tout court. Dans les personnages positifs on trouve un précepteur allemand, une gouvernante française, un fils d’éditeur (le père est un requin, bien sûr), un jeune acteur. Autant dire que c’est à la marge que cette société est humaine. Le personnage du père de Charity est intéressant, épargné par le regard de sa fille. Marie-Aude Mural, contrairement à bien des auteurs, ne triche pas avec l’écriture à la première personne.

On y trouve de magnifiques personnages secondaires : la nurse écossaise au passé trouble qui transmet ses propres angoisses morbides à l’enfant. Si elle ne lui transmet pas sa folie tout entière, elle encourage certaines bizarreries et l’on se demande tout au long de ce long texte jusqu’où chacune pourra aller. L’histoire de la gouvernante française forme à elle seule un petit roman, rose au début de l’histoire puis d’une noirceur étonnante, qui renoue avec la veine de Dickens pour la description des « institutions charitables ». L’évocation de la campagne anglaise et du charmes des activités qu’on peut y mener donne envie de s’y installer jusqu’à la fin de ses jours.

Si l’on met à part le « happy end » fort peu vraisemblable, le roman est excellent, passionnant et attachant, mêlant réalisme et fantaisie, tendresse et férocité. De nombreux thèmes s’y entrecroisent : les animaux, la jalousie des femmes entres elles (sœurs, cousines, amies, mères et filles), la création, le statut des femmes, les relations mère-fille ou père-fille, l’amour de la campagne et de la solitude…)Ce mélange permet de ménager un suspens permanent (le mystère de la servante écossaise ne se dénoue qu’à la fin), ce qui aidera les jeunes lecteurs à aller jusqu’au bout de leur lecture.

L’ouvrage a été publié hors collections et c’est justifié tant il s’adresse à un public large, touche à des sensibilités différentes.

Un livre très touchant, drôle et grave. On se risquerait à dire le meilleur ou l’un des meilleurs de Marie-Aude Murail s’il était possible d’établir des comparaisons entre tant d’ouvrages aussi différents.

(notice publiée en 2008 sur le site sitartmag)

Cahier pour apprendre à colorier autrement

Cahier pour apprendre à colorier autrement
Pascale Estellon

Les grandes personnes, 2013

Colorier est un art

Par Anne-Marie Mercier

Cahier pour apprendre à colorier autrementColorier est un art… et une technique. Ce n’est pas si simple : comment faire pour éviter de « déborder » ? comment foncer les couleurs sans surcharger en encre de feutre et risquer de percer le papier ? Toutes sortes de conseils judicieux sont donnés en première page.

Puis, vient l’art : les supports sont « autres » : dessins en broderies, proches de motifs aborigènes, dessins naïfs, pop art… et on les colorie de différentes façons : avec des traits, des chiffres, des points, des étoiles… alors, le coloriage devient autre chose et s’émancipe. C’est à cela qu’invite aussi le format exceptionnellement grand de cet album qui affiche une ambition d’album d’artiste.

Costumes

Costumes
Joëlle Jolivet

Les grandes personnes, 2013

Petite leçon d’ethnologie pour petits et grands en grand format

Par Anne-Marie Mercier

costumesCet ouvrage avait été publié en 2007 par les regrettées éditions Panama (à l’origine des actuelles Grandes personnes) et il avait été remarqué à cette époque où il avait surpris par sa beauté et son inventivité. Le très grand format de l’album qui le rapproche des encyclopédies à planches d’autrefois et la jaquette superbe, très colorée sur fond blanc, attirent. L’intérieur propose à la fois un album documentaire, un traité d’anthropologie et un espace de jeu.

Les vêtements, coiffures, armes et chaussures, etc. de tous les pays, de toutes les classes sociales, pour toutes sortes d’activités (guerre, sport, spectacle, mariages…) et de tous les temps sont accumulés sur chaque double page, en dessins cernés au trait noir et colorés à la gouache (l’ouvrage est réalisé en linogravure, et a la beauté de planches du début du siècle) ; les légendes, sont discrètes et quasi invisibles, laissant le plaisir de la découverte dominer, avant que celui de l’enquête surgisse. Certaines pages comportent des rabats découpés qui permettent de voir ce qu’il y a sous les vêtements (en général, une autre couche de vêtements…) et comment certains vêtements s’imbriquent. Cela montre toute l’ingéniosité déployée par les êtres humains pour se couvrir et se distinguer.

En fin d’ouvrage, quelques pages très bien faites font le point sur le rôle du vêtement, les jupes pour les hommes et pantalons pour les femmes, sur l’antiquité de la tong, le port du voile (ici, un discours un peu curieux qui semble ignorer son retour…), la couleur des mariées, les vêtements de métiers… Tout un monde en (belles) images. Un superbe objet pour rêver, dessiner, explorer.

 

Le Tyran du désert – Un Livre dont vous êtes le héros

Le Tyran du désert – Un Livre dont vous êtes le héros
Joe Dever
Traduit (anglais) par Pascale Jusforgues et Alain Vaulont
Gallimard Jeunesse (Loup Solitaire), 2006 [1985]

Homo ludens, so 80ies 

Par Matthieu Freyheit

letyrandudesertCinquième volume de la longue série Loup Solitaire de Joe Dever, Le Tyran du désert est d’importance puisqu’il vous met sur la piste du livre du Magnakaï, discipline ancestrale dont il vous appartient de devenir un maître au fil des nombreux volumes de la série. Le synopsis, comme pour la plupart des LDVEH de cette période, est à la fois complexe et convenu. Complexe par la volonté affirmée sans cesse par les auteurs de déployer l’étendue d’un monde vaste et entier, rempli d’une multitude de noms de lieux, de lieux-dits, de monts, de mers, de déserts, d’oasis, et autres termitières. Convenu par un ensemble de motifs aujourd’hui connus, reconnus, peut-être même dépassés. De fait, la réédition de ces LDVEH par Gallimard pose la question de la possibilité même de leur succès : les jeux vidéo et les jeux en ligne désormais installés dans les foyers, ces livres peuvent-ils intéresser des lecteurs autres que les nostalgiques d’une enfance ‘so 80ies’ ?

Dans ce volume, vous êtes envoyé auprès du souverain de l’empire de Vassagonie pour y signer un traité de paix. Bien entendu, la formalité diplomatique se transforme en mission de survie, accompagnée d’une quête mouvementée. Le livre peut se jouer, comme les autres, indépendamment du reste de la série, mais il faut bien avouer que le plaisir naît de la continuité et de l’évolution donnée à votre personnage. Autant, si on s’y met, prendre les choses au début.

Pourquoi s’y mettre, me direz-vous ? Eh bien, c’est que le LDVEH a plus d’une vertu. Quelques unes ont été mises en avant dans les notices consacrées à La Pierre de Sagesse ou au Manoir des Ténèbres. Soulignons cette fois-ci que le LDVEH a pour particularité de mettre en avant les coutures du processus de lecture, fait de deux attitudes soulignées par Umberto Eco dans Lector in fabula : le respect du texte d’un côté, la contribution personnelle de l’autre. Comment le LDVEH s’y prend-il ? En divisant le discours en deux modes : l’impératif d’abord, qui contraint le lecteur à suivre une série de directives non discutables. Faites ceci ; allez là ; prenez ceci ; combattez celui-là. En réponse se développe un discours de la proposition, de l’offre : Si vous souhaitez… ; Si vous préférez… ; Si vous désirez… ; Si au contraire… Le principe, fort simple et simplement mené, a le mérite de conscientiser l’état de lecture, et ses enjeux : devant le texte, je peux tricher, je peux choisir, je peux refuser, je peux cesser. Je peux aller de l’avant, mais je peux tout aussi bien aller de l’arrière. Autant de règles de jeu et d’attitudes qui ne sont pas sans faire penser à celles édictées par Daniel Pennac dans Comme un roman et qui donnent au lecteur à réfléchir sur son rôle devant le texte. Autant d’opportunités qui font du LDVEH un genre intelligent, où le lecteur est érigé en lecteur pensant.

L’Aventure de Noël de Pierre Lapin

L’Aventure de Noël de Pierre Lapin
Emma Thompson

Gallimard jeunesse, 2013

Contrefaçon/imitation

Par Anne-Marie Mercier

L’Aventure de Noël de Pierre LapinSi le nom de Beatrix Potter figure sur la couverture, c’est précédé de la mention « inspiré du conte original de », autant dire que les amateurs qui n’auraient pas lu l’intégralité de l’œuvre de Beatrix sont invités à continuer avec les originaux et que le talent de la nouvelle illustratrice, Eleanor Taylor doit être souligné : c’est une belle imitation du style Potter.

C’est le deuxième épisode raconté par Emma Thompson (oui, la célèbre actrice). L’histoire racontée ici (le sauvetage d’un dindon condamné à être rôti le jour de Noël) n’a rien d’original, mais l’évocation du rituel anglais de Noël, fruits secs et crème, aidera à patienter avant le grand jour – et n’est-ce pas dans les vieux pots qu’on fait de bons ragoûts ?

Turandot, princesse de Chine

Turandot, princesse de Chine
Dedieu

Hong Fei, 2013

Album Opéra

Par Anne-Marie Mercier

turandotAdapté de l’ « Histoire du prince Calaf et de la princesse de la Chine » de Pétis de La Croix » (Contes des mille et uns jours, 1710-1712), cet album qui s’inscrit dans la suite de plusieurs versions célèbres (dont l’opéra de Puccini), propose cette histoire mi tragique mi héroïque à un jeune public, mais aussi à tous ceux que le style chinois de Dedieu enchante.

Après avoir été le savant professeur Tatsu Nagata et avoir raconté plusieurs belles histoires autour de l’art chinois (Le Maître des estampes (Seuil 2011), Dragons de poussière (Hong Fei, 2012)), il monte ce récit comme un opéra en plusieurs actes, chaque chapitre étant séparé par une page-rideau rouge avec des personnages qui semblent inspiré de marionnettes ou de papiers découpés orientaux.

Le texte, bref, parfois elliptique, respecte la langue du dix huitième siècle autant qu’il est possible sans trop gêner la compréhension d’un jeune lecteur. Les dessins à l’encre, colorés, s’inscrivent sur un fond blanc, espace symbolique d’une scène presque vide de décors et d’accessoires et les angles choisis magnifient la geste héroïque du prince, la beauté de la princesse et sa cruauté. Mais tout cela avec un clin d’œil faussement naïf, la grandiloquence étant toujours montrée comme un jeu d’acteurs.

Le format étonnant, haut et étroit (22×38 cm), se déplie en doubles pages généreuses, tant pour le texte, en gros caractères, que pour l’image qui s’inscrit sur des fonds blancs larges.

Voir l’entretien avec Thierry Dedieu à propos de ce livre sur le site de Hong fei.

 

 

Les Trois Vies d’Antoine Anacharsis

Les Trois Vies d’Antoine Anacharsis
Alex Cousseau

Rouergue, 2012

Edgar Poe, l’esclave, le pirate et la baleine

Par Anne-Marie Mercier

les3viesIl y a des livres-mondes, celui-ci en est un. Aventures, réflexions, poésie, tout y est. Ces trois vies pourraient être trois livres, tant elles offrent trois histoires différentes, si celles-ci n’étaient pas si étroitement imbriquées. Ces vies s’articulent autour de la quête d’un trésor, celui qu’aurait laissé le pirate La Buse, ancêtre du narrateur-héros. D’autres  quêtes s’y ajoutent : quête de la liberté, quête des amis perdus, quête de l’écrivain Edgar Poe, lui même en quête d’inspiration…

Ces trois vies tissent l’histoire d’une naissance : naissance d’une conscience, à travers la superbe évocation de la vie intra utérine que forme la première vie, naissance d’une identité, qui commence avec un extraordinaire récit généalogique dans les mers du sud, une naissance fantastique qui donne à l’enfant un corps de poisson jusqu’à sa deuxième « naissance », et se poursuit avec plusieurs « baptêmes » (nominations, épreuves, rencontres…) et l’affirmation progressive de l’autonomie du héros (l’une des parties du livre se place dans le contexte de l’esclavage au sud des Etats-Unis, juste avant son abolition), celle d’une famille, celle du bonheur.

Superbement écrit, traversé par une foule d’autres histoires (celles de Poe, bien sûr mais aussi Moby Dick et d’autres classiques moins connus, comme les Voyages du jeune Anacharsis en Grèce (1788), qui donne lieu à un jeu à la Raymond Roussel), ce roman brasse bien des sujets, tout en restant un très beau roman d’aventures initiatiques.

Cet ouvrage fait partie de la liste de lectures conseillées pour les collégiens sur le site eduscol.

 

Poules et poulets. Quatre douzaines de poèmes extra-frais

Poules et poulets. Quatre douzaines de poèmes extra-frais
Jean-Hugues Malineau, Lucile Placin

Rue du monde, 2013

L’œuf ou la poule, le mot ou le sens

Par Anne-Marie Mercier

PoulesetpouletsQui aurait dit qu’il y aurait tant d’expression autour des poules et autre volailles ? Chair de poule, Poule mouillée, couver un rhume, cocoter, sauter du coq à l’âne, être comme un coq en pâte, ma poule, les poulets, avoir une prise de bec, casser trois pattes à un canard, oie blanche, être comme un paon, un pinson… et tout ce qu’on peut imaginer quand les poules auront des dents.

Toutes ces expressions, prises au pied de la lettre, servent de départ à 4×12 quintils irréguliers (cinq vers toujours, mais parfois sur trois rimes au lieu de deux) savoureux et souvent irrévérencieux. Les illustrations très colorées et pleine de fantaisie (on reconnaît un style Rue du monde) redoublent cette fantaisie.

Jean-Hugues Malineau, prix de Rome de littérature, poète et professeur en poésie et en livre de jeunesse, pionnier des ateliers d’écriture, éditeur, a un site qui montre toutes les facettes de son talent.