Atlas du monde

Atlas du monde

Nick Crane (texte), David Lean (ill.)

Flammarion, 2013

Nouvel atlas, autre rapport au monde

Par Dominique Perrin

 

atlIl est en soi intéressant que l’auteur de ce nouvel atlas soit un grand voyageur, tandis que son illustrateur se donne plutôt comme un flâneur du monde des livres. Les vertus d’une telle mise en tension se confirment à la lecture des vingt cartes et du planisphère présentés ici. Leur ordre est tout d’abord digne d’intérêt : d’abord les océans – et d’abord le Pacifique – puis, pour les continents, d’abord l’Océanie, suivie des cinq Asie (sud-Est, Est, Nord et centre, Sud, Sud-Ouest). Le ton est donné : quoique forcément incomplète, c’est une vision de la complexité du monde, mais aussi de ses proportions réelles qui saute au frais visage de lecteurs définis comme ayant au moins 7 ans. Comme tout effort sérieux de saisie du réel, celui-ci est précédé d’une réflexion sur l’histoire de son objet – avec une introduction sur l’histoire de la planète – et sur l’histoire de son intellection – avec un chapitre intitulé « cartographier le monde ».

La chaise de Peter

La chaise de Peter

Ezra Jack Keats

Didier, 2013

D’un discret chef-d’œuvre

 

Par Dominique Perrin

chaiLa chaise de Peter se présente comme un récit classique d’appropriation par un jeune garçon de sa nouvelle condition d’aîné : Peter constate que son mobilier est en passe d’être intégralement repeint en rose, à destination de sa toute jeune petite sœur. Il opère à l’extérieur de la maison un mouvement de retrait et de contestation, mais aussi d’émancipation, qui le conduit finalement sans mélodrame à assumer pleinement l’évolution de son statut.

Il s’agit en fait là d’un classique au sens historique et génétique du terme, dont la création remonte à 1967. L’image y découpe des silhouettes nettes, agréablement stylisées sur des fonds jouant avec bonheur sur différents motifs de papiers peints. Esthétiquement fort, ce théâtre du quotidien revêt une portée que l’immense majorité de ses descendants n’ont pas : sans aucun effet d’emphase, il offre comme un évident universel littéraire la représentation d’une famille noire-américaine de condition modeste.

Retracer l’histoire de l’auteur – enfant comme un peu plus tard Maurice Sendak d’une famille polonaise juive émigrée à New-York – et des controverses suscitées par son engagement à mettre en scène des enfants noirs serait ici une autre histoire. Peut-être la présentation de l’éditeur français fait-elle bien de ne pas attirer l’attention sur ces aspects : les lecteurs pourront calmement constater, loin de douloureuses polémiques, qu’un chef-d’œuvre peut être infiniment discret, mais se laisse définir assez simplement comme « de la pensée engagée dans une forme ». 

Un écrivain dans le jardin

Un écrivain dans le jardin
Roland Fuentès
Syros, Tempo, 2013 

Le quotidien de l’écrivain sous le regard des enfants 

Par Maryse Vuillermet

9782748513738_COLOun écrivain dans le jardin image Après  avoir connu l’aventure d’un salon du livre dans  Un écrivain à la maison,  Gérald,  Chardon et Tomate ont la joie de voir arriver dans leur petite ville,  l’écrivain Christian Rivage,  qui s’y installe pour les beaux yeux de Marthe.  Mais les jeunes découvrent une statuette sûrement romaine dans le jardin de la grand-mère de Tomate. Tout de suite, l’écrivain,  inscrit aux amis du vieux Saint-Cloque,  veut fouiller le jardin pour y retrouver des vestiges anciens. Mais dès qu’il a contacté les archéologues, et réuni les fonds, il subit d’étranges attaques, lettre anonyme, courrier  déchiré et mis en pièces. Qui est ce mystérieux ennemi ?   Les enfants enquêtent, font le guet, et repèrent rapidement trois suspects.

Un petit roman assez drôle, enlevé, où le personnage de l’écrivain,  sous le regard des enfants devient un être à part, avec ses petites manies, mais plus sérieusement aussi,  ses méthodes de travail, ses recherches, ses classements, ses centres d’intérêt, bref sa passion. C’est avec pas mal d’autodérision que Fuentès dresse  ainsi en filigrane son autoportrait, ou,  en tout cas,  le portrait de l’écrivain jeunesse, type.  Il s’amuse aussi à critiquer certains genres à la mode, comme le roman de vampires.

On assise aussi au début d’un roman, à la naissance de l’intrigue à partir  des événements  vécus  par l’auteur. Ce roman  montre aussi la complexité des humains, personne n’est blanc ou noir et le coupable ne sera,  bien-sûr, comme dans les romans policiers pour grands,  pas celui qu’on attendait.

Les jeux chantés des p’tits lascars

Les jeux chantés des p’tits lascars (livre-disque)
Evelyne Resmond-Wenz (collectage et commentaires), Yves Prual (dir. Musicale), Martine Bourre (ill.)
Didier jeunesse, 2013

Chants des premiers ans

Par Dominique Perrin

« (…) les passions nous ferment les mains. La main qui s’ouvre est toujours le signe d’une pensée contemplative (…). Donner la main, c’est se lier à l’autre. » (Alain, Propos)

jeuxLes éditions Didier transmettent depuis leur fondation une culture qui mérite autant que L’Odyssée le nom de fondatrice ; elles fêtent ici sous une maquette renouvelée les vingt-cinq ans de leur premier livre-disque de comptines pour tout petits, porteuses de jeux séculaires et voyageurs sur la musicalité de la parole humaine. Les dix premières ont pour objet la main elle-même, « premier jouet » de l’humanité, partie prenante d’un opéra-ballet d’une sensualité et d’une simplicité toujours étonnantes. Les illustrations intérieures de Martine Bourre font de ce recueil au succès jamais démenti un objet d’une grande beauté, en même temps qu’un manuel efficace, destiné à égalité aux professionnels et à tous les parents désireux de connivence avec leurs tout-petits – éléments de mise en scène, mais aussi, et c’est appréciable, brèves présentations savantes à l’appui.

Princesse des os

Princesse des os
Charlotte Bousquet
Gulf Stream, 2010

Rome   est une ville comme les autres

Par Maryse Vuillermet

princesse des os imageEnfin une Rome antique vivante, dépoussiérée, puante (comme Paris dans Le  Parfum de Süskind),  et très dangereuse.  Le crime organisé, ou crapuleux,  sévit à tous les étages de la société. La superstition, la corruption  et les pratiques de magie et de sorcellerie sont utilisés par pauvres et riches.  Les rumeurs circulent, les réputations se  font et se défont.

 En plus d’être un bon policier avec un suspens assez bien ménagé,  ce roman est une formidable leçon d’Histoire, sur les premiers chrétiens,  les gladiateurs, les paris tenus sur les courses et les combats, les esclaves,  le quotidien des Romains, leur repas, leurs vêtements, leurs pratiques religieuses, leurs commerces, …

L’héroïne,  Lucretia,  orpheline de père, maltraitée par son beau-père et sa mère,   qui veulent la marier sans son consentement, cherche qui a enlevé un petit garçon de sa maison,  son seul ami.  Aidée de ses deux esclaves, une jeune Syrienne et un ancien  gladiateur mauritanien, elle parcourt la ville, ses  bas-fonds,  armée de son intelligence et de son  courage.

Chacun voit Mehdi à sa porte

Chacun voit Mehdi à sa  porte
Jean-Hugues Oppel
Syros, Mini, 2013 

Très mince intrigue pour une très grande question

Par Maryse Vuillermet

 

chacun voit mehdi à sa porte image Simon, en camping dans le midi a perdu son fils. Il questionne les campeurs qui tous disent l’avoir vu passer et l’envoient dans toutes les directions. Il suit leurs conseils mais ne retrouve pas son fils. Au bout d’un moment, il se rend compte que quelque chose ne va pas. Et c’est un vieux monsieur noir qui lui explique qu’en fait, si lui, un noir cherchait son fils, tout le monde supposerait que  son fils   est un enfant noir,  alors que ce pourrait être un petit blond adopté.

C’est la force du  préjugé.  Les campeurs ont  certainement tous vu un petit garçon  de type arabe, parce que ce n’est pas dit,  mais on suppose que Simon  a ce type, donc les gens en déduisent que son fils doit avoir le même.

 Simon retrouve son fils en grande conversation avec une petite fille !

Incontournables de la fantasy

Incontournables de la fantasy
présenté par Stéphanie Nicot
Flammarion jeunesse, 2012

Le titre qui tue

Par Anne-Marie Mercier

IncontournablesfantasyComment gâcher un livre sans se fatiguer ? La recette est simple, donnez lui un titre inadapté. Sous un titre un peu ronflant et assez lourd (« incontournables », vraiment ?), peut-être imposé par l’éditeur, Stéphanie Nicot propose un recueil d’extraits de romans ou de nouvelles très courtes. Chaque récit est précédé d’une brève présentation de l’auteur et l’on peut ainsi découvrir des auteurs français, moins connus du grand public que Tolkien ou J. K. Rowlings qui ont droit chacun à un extrait : Charlotte Bousquet, Pierre Bordage, Jean-Philippe Jaworski. La deuxième partie du titre, le terme de « fantasy », laisse aussi perplexe : certains récits relèveraient plutôt de la catégorie du merveilleux si l’on voulait chipoter (« merveilleux » dans tous les sens du terme, est le récit de Jane Yolen, « frère cerf »).

On suppose que l’éditeur a cherché un titre qui fasse vendre et qui attire les enseignants en quête d’ouvrages attrayants pour leurs élèves. Lesquels enseignants qui ont bien du mal à débrouiller les catégories merveilleux/fantastique risquent d’avoir de se trouver fort dépourvus face aux questions qui leur seront posées. Le livre s’inscrit dans la culture classique et s’adresse visiblement à un public scolaire : l’auteur anonyme de Gilgamesh et Lucien de Samosate ont droit à quelques pages (dommage que les variantes du texte de Gilgamesh alourdissent ce texte superbe).

Comment lire ce livre ? En oubliant le titre : les textes proposés sont bien choisis, variés, bien présentés.

Le Bateau vert

Le Bateau vert
Quentin Blake
Gallimard (l’heure des histoires), 2012

La mer dans un jardin

Par Yann Leblanc

LebateauvertQuand le jardin d’à côté se fait espace à découvrir, bateau à aborder, tempête… les vacances les plus ternes sont métamorphosées, tout comme les formes et les choses.

Tout cela sous le signe de la nostalgie d’une enfance vue comme un paradis perdu.

Pour les enseignants qui veulent préparer leurs élèves à des vacances à la campagne, voir le site lectures primaires, une entrée intelligente dans cet album aux allures si simples, et pourtant… Et pour les parents qui hésitent entre la mer ou la campagne, l’idée que ce n’est pas le cadre qui fait la réussite des vacances, mais ce qu’on y met.

La Saga de Sakari. Banquises de feu

La Saga de Sakari. Banquises de feu
Guillaume Lebeau

Rageot, 2012

Par Anne-Marie Mercier

sakariGuillaume Lebeau a  en tête une belle saga, un univers glacial superbe, des personnages attachants. Mais l’écriture à mon avis ne suit pas et c’est bien dommage. Elle adopte souvent un style épique (pourquoi pas, puisque c’est une « saga » ?), mais manque de naturel même dans ce cadre. Parfois, sur un ou deux paragraphes ce style prend, mais retombe ensuite, ce qui rend la lecture pénible.
Des astérisques signalent un lexique du nord très riche mais qui parfois qui laisse perplexe : est-il besoin de définir des termes comme « glace », « banquise », « phoque » ?

40 jours de nuit

40 jours de nuit  
Michelle Paver
Hachette, 2012

Refroidissant !

Par Maryse Vuillermet

40 jours de nuit imageJack Miller, anglais, 37 ans, végète dans un emploi de secrétaire qu’il déteste. Il a étudié mais trop pauvre pour continuer, il ne peut que  rêver  de voyages,  d’expéditions. Nous sommes à Londres en 37, des bruits de guerre lointains  n’empêchent pas quatre jeunes gens fortunés et bien nés  d’organiser une expédition dans le grand Nord en Arctique. Ils  recherchent un télégraphiste pour les accompagner.

Il s’agira de réunir des données scientifiques sur le cap norvégien de Gruhuken, dans l’archipel du Spitzberg, non loin du Pôle Nord.  Jack, bien que très méfiant à l’égard de ces jeunes aristocrates,  Algie, Gus, Teddy et Hugo, est accepté. Ils embarquent tous sur le l’Isbjörn, un bateau commandé par le capitaine Eriksson à destination de leur lieu d’hivernage. Ils sont accompagnés  de huit chiens de traîneau, d’armes,  de munitions, de caisses de vivres et de lampes pour de longs mois. Pendant la traversée, le capitaine tente plusieurs fois de les mettre en garde contre  le lieu qu’ils ont choisi, mais sans succès. Arrivés sur place,  ils installent leur nouveau campement arctique.

Ils sont  d’abord émerveillés par la beauté de ces étendues gelées. Rapidement,  la routine des journées se met en place, interrompue parfois par de curieux petits incidents qui semblent imputables au hasard,  à la solitude, au brouillard.  Hugo les a quittés, pour raison de santé. Jack,  malgré son courage et son dynamisme, sa rationalité aussi  a l’impression que quelqu’un les épie. Il n’ose pas en parler aux deux autres. Et voilà qu’à son tour Gus tombe malade et doit  partir se soigner en compagnie d’Angie.  Jack est seul pour une période indéterminée et la nuit polaire commence à s’installer.  Au fil du temps,  des tempêtes, des mésaventures, et des incidents qui se multiplient,  l’imagination de Jack s’emballe.

Seul avec ses chiens, sa radio et son appareil de télégraphe, avec lequel il communique encore un peu, Jack poursuit son journal dans lequel il décrit  la progression de l’horreur, les tempêtes, la fuite des chiens, les apparitions, il se calfeutre à l’intérieur mais est obsédé  par le poteau devant la fenêtre  qui …se met à bouger..

 Est-il en proie au Rag,  cette fameuse crise de folie  créée par l’obscurité de l’hiver arctique ou pire ?  La  progression assez subtile du cauchemar,  de l’horreur rendent le récit très prenant et très effrayant.  Le narrateur doute et fait douter  son lecteur, jusqu’à la fin du récit, on n‘a pas de certitude sur la cause de ces événements.

Les lieux, l’atmosphère  de trappeurs, de chiens de traîneau,  l’amitié avec le husky, Isaak,   rappellent l’univers de Jack London,   mais l’angoisse  savamment distillée  et les frontières poreuses entre épouvante et folie font plutôt penser  aux  récits fantastiques, au Horla de Maupassant, par exemple.

En tout cas, ça fonctionne !