La Bonne idée de Monsieur Johnson

La Bonne Idée de Monsieur Johnson
Pierre Grosz, Rémi Saillard
La Cabane bleue, 2022

La métamorphose  des gadoues

Par Anne-Marie Mercier

La Cabane bleue propose « des livres pour enfants qui chouchoutent la planète », non seulement parce qu’ils sont produits et distribués de façon éco-responsable, mais aussi parce que leurs thèmes bien souvent proposent des héros ou des pionniers de l’écologie. Monsieur Johnson est un peu les deux. Employé d’un gigantesque dépôt d’ordures proche de New York et chargé d’en tenir les registres, il est un héros atypique. Il passe ses journées à compter des camions jusqu’au jour où… eurêka ! « Un jour, une idée a jailli dans sa tête ». Voilà la « bonne idée » du titre : sitôt jaillie, l’idée le conduit au marché aux fleurs où il achète des plantes qu’il installe dans les montagnes d’ordures sans rien dire à personne et bien sûr sans autorisation. Viennent les plantes, reviennent les oiseaux, et avec eux les ennuis : les oiseaux gênent les avions, tout est découvert.
Mais c’est l’histoire d’un succès : Jamaica Bay, enfer puant est devenu un paradis, et comme on est aux USA rien ne se perd : les tickets d’entrée à la nouvelle réserve naturelle vont financer une nouvelle usine de traitement des ordures (en attendant le zéro déchet ?).
Le dessin naïf, la bonne tête de Herbert Johnson, avec son chien, son vélo, son camion rouge, tout cela sur fond verdâtre, puis dans un décor multicolore, la simplicité de. l’ensemble, tout cela est bien réjouissant.

Dans ma maison

Dans ma maison
Maxime Derouen
À pas de loups, 2023

Maison ou zoo ? Rêve ou réalité ?

Par Edith Pompidou-Séjournée

Cette histoire est construite comme un album à compter de 1 à 10 avec à chaque page la découverte d’une nouvelle pièce de la maison. Mais, dès la première de couverture, le lecteur est quelque peu déconcerté par la couleur bleu pâle tout autour de la maison représentée sur une sorte d’animal aquatique semblant flotter dans cette atmosphère, recouvert de plantes fleuries qui n’ont rien d’aquatique…
En ouvrant le livre, le mystère ne s’éclaircit pas, bien au contraire étant donné qu’on découvre un éléphant bleu et fleuri sur la page de titre. Aucun rapport encore à priori… Puis on découvre l’intérieur de la demeure, en coupe, envahi par la végétation. S’en suit alors une progression dans la maison comme dans les nombres : chaque nouvelle page présente de nouveaux animaux qui se sont installés à différents endroits de la maison de façon tout aussi incongrue que les noms dont ils sont affublés et qui riment pour l’occasion avec leur lieu de résidence. On trouve d’abord une girafe élégante emmêlée dans une lampe, puis deux zèbres camouflés sur le lit et traités de bandits, trois ours pillent dans le réfrigérateur comme des explorateurs, quatre pieuvres vident la machine à laver tels des ouvriers, cinq perroquets surnommés « pipelettes colorées » sont dans l’évier, six éléphants avancent  à la manière de cavaliers dans les escaliers, sept canards – maîtres-nageurs notoires – pataugent dans la baignoire, huit cochons ou farceuses demoiselles s’amusent dans le lave-vaisselle, et neuf crocodiles, galopins redoutables sont cachés sous la table.
Dans les illustrations de tous ces passages, la nature est omniprésente enchevêtrée entre les animaux et le mobilier ; les couleurs sont saturées et variées. Ces éléments rappellent immanquablement les tableaux du Douanier Rousseau. L’un des plus connus s’appelle d’ailleurs Le Rêve. Le lecteur fait le lien onirique à la dernière page du livre : la végétation et les nombreuses couleurs complémentaires ont disparu, c’est la nuit : un enfant dort, entouré de 10 mille étoiles et protégé par ses doudous. Ils sont au nombre de neuf et correspondent aux animaux précédemment rencontrés. Peut-être est-ce enfin la clé de cette visite énigmatique : chimère de ce petit garçon endormi… ?

Vacances d’hiver

Vacances d’hiver
Mori
HongFei, 2024

La France en vitrine

Par Anne-Marie Mercier

Après ses Vacances d’été, Mori nous emmène en voyage d’hiver. Son petit personnage part cette fois du Japon (au lieu d’y aller comme c’était le cas dans l’album précédent), toujours avec son chat et toujours avec des tenues appropriées, pour l’une comme pour l’autre. Coiffés de jolis couvre-chefs, tous différents, choisis selon les circonstances, arborant des tenues rayées de bleu, blanc, rouge, ou de gros blousons (on songe aux poupée de carton à habiller dans les journaux d’autrefois), ils nous entrainent vers les plaisirs de l’hiver : visiter Paris (ah, l’opéra, les quais de Seine et Notre Dame…), glisser sur les patinoires, contempler la montagne avec ses téléphériques, faire de la luge… s’éblouir avec les cadeaux, les illuminations, tout cela émerveille… avant un retour sage chez soi, sur son tatami, une jolie tour Eiffel en souvenir sur une étagère et des images plein la tête.
Les très belles images de cet album sans texte (hors les pages de garde) qui sont autant de cartes postales, ou de capsules de mémoire, font aussi sourire par leurs détails  (les boulangeries fermées le lundi, un chat de neige à côté d’un bonhomme de neige contemplé, en miroir, par les deux amis, le lion de Béatrice Alemagna qui marche en bord de Seine… tout un voyage !

Nos amies les bêtes

Nos amies les bêtes
Marie Colot et Françoise Rogier

Éditions À pas de loups, 2023

Une révolte qui fait mouche

Par Loick Blanc

Flash spécial, les animaux à fourrure et à plumes se révoltent, lassés d’être réduits à de simples produits de consommation !

Cet ouvrage, empreint des échos de La Ferme des animaux d’Orwell, expose avec perspicacité les réflexions sociétales contemporaines sur le bien-être animal. Les auteures cherchent à éveiller chez le jeune lecteur une conscience éthique concernant le traitement des animaux et notre relation avec la nature. Les bêtes aspirent à une évolution des mentalités.
Les loups, traditionnels prédateurs de la littérature jeunesse, tirent parti de l’agitation engendrée par la révolte pour s’attaquer aussi bien aux humains qu’aux animaux. Cependant, une résistance inattendue émerge de ceux-là mêmes qui étaient auparavant en conflit, trouvant dans leur diversité un terrain d’entente propice à la création d’une harmonie entre les bêtes et les hommes. Les prédateurs, quant à eux, se retirent dans la forêt, pansant leurs blessures et semblant adopter un régime végétalien, symbolisé par un changement chromatique du rouge sang au vert, incarnant la transition vers le végétal, souhaité par les animaux.
Toutefois, plutôt que d’opposer de manière radicale deux modes de vie, l’album se conclut sur une note humoristique avec une nouvelle révolte : les légumes manifestent contre ceux qui les consomment ! Ce dénouement, teinté d’ironie, nous place dans une boucle et ramène la question animale au centre de la réflexion. Doit-on radicalement transformer notre mode de vie ou bien réexaminer notre consommation d’un œil éthique envers les animaux et la nature, préservant ainsi l’harmonie entre les êtres humains et la nature telle que présentée dans l’album ?
Les pages intérieures des première et quatrième de couverture, illustrant des souris préparant leur propre manifestation contre le chat domestique, offrent un clin d’œil visuel à ce message anti-radicalisme. L’esthétique rétro des illustrations, soulignée par des sols à damier évoquant la traditionnelle nappe Vichy, se voit modernisée par sa couleur à la fin de l’ouvrage, incitant à la réflexion sur une nécessaire évolution de la société.
Nos amies les bêtes est donc un album qui ravira petits et grands, tout en invitant le lecteur à se questionner sur la société dans laquelle il veut grandir.

Une Semaine dans la peau de mon frère

Une Semaine dans la peau de mon frère
Nadia Coste, Silène Edgar
Syros, 2023

Tout un programme

Par Anne-Marie Mercier

Après Trois jours dans la peau d’un garçon, ou dans celle d’un personnage de fiction, ou un jour (c’est sans doute assez…), Vendredi, dans la peau de ma prof, le duo formé par Nadia Coste et Silène Edgar propose un autre changement de point de vue. Il est moins radical a priori : les deux héros sont tous deux humains, ils sont de même sexe, ont un âge proche, appartiennent à la même fratrie et vont en classe dans le même collège.
Mais entre le geek et le sportif, le courant passe mal. Cette expérience va donc les obliger à considérer la vie de l’autre, le considérer, prendre grâce à lui confiance en soi et en l’autre, avancer, pour bien sûr revenir à l’étape précédente, en mieux.
Le système de narration alterné est un peu sportif, de même que les interversions de prénoms (Kilian devient Nolan et vice-versa, mais seulement extérieurement, vous suivez ?) mais un système d’icônes permet de s’y retrouver.
On parcourt tous les lieux et thèmes du collège : la cantine, la cour, les salles de cour, le stade, le trajet depuis la maison, le harcèlement, les leaders, la question des notes, les révisions, les copains qu’on perd de vue en changeant de classe. On aborde de ombreuses questions sur les relations entre parents et enfants (travail domestique, une chambre à soi, libertés…) et cette famille est bien normale, c’est reposant. C’est aussi plein de bons sentiments, de refus du sexisme et du suivisme. Les personnages sont courageux, ou le deviennent, chacun à leur tour ; le personnage de la fille, conseillère, amoureuse, amie, est un moteur pour l’un comme pour l’autre et les autres personnages secondaires sont bien campés. Le récit étant pris en charge par les deux frères alternativement, l’un en cinquième, l’autre en troisième, et les auteures ayant fait le choix d’imiter sans grande fantaisie la langue de leur âge et de leur temps, ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est très lisible, à tous les sens du terme la typographie est très claire et aérée).
Sur le même thème on peut aussi revenir aux classiques (je ne note que ceux qui proposent un changement de sexe) : Le Merveilleux Pays d’Oz (2e volume du cycle de Frank Lyman Baum), le très merveilleux La Nouvelle Robe de Bill d’Ann Fine et, plus récents, Dans la peau d’une fille, (Aline Méchin, 2002), Le Jour du slip, et Je porte la culotte (Anne Percin et Thomas Gornet, 2013) qui proposent deux points de vue dans deux parties d’un même volume selon le principe de la collection Boomerang). Pour les plus âgés, le roman un peu violent de Lauren McLaughlin, Cinq jours par mois dans la peau d’un garçon (Cycler, 2008), et le très conceptuel et malin A comme aujourd’hui (David Levitan, 2012) qui propose des sauts brefs (une journée) dans de multiples identités : décoiffant !

 

La Pierre maléfique

La Pierre maléfique
Chris Van Allsburg
Traduction (anglais) par Christiane Duchesne
D’eux, 2023

Étrange, vous avez dit étrange?

Par Anne-Marie Mercier

Publié auparavant en 1991 sous le titre « The wretched stone »,  cet album est de la grande période de Van Allsburg. Les images, aux dessins cernés de noir, combinant différentes techniques de peinture, sont superbes : magnifiques tons de bruns, marines souples, blancs crémeux, le vaste océan violet et bleu, les ciels immenses, tout cela impressionne autant que les paysages de jungle.
L’histoire, fantastique, se présente comme le journal de bord d’un capitaine, avec tous les garants d’authenticité nécessaires. Lors d’une escale dans une navigation parfaite (trop?), on trouve une pierre étrange. Celle-ci est chargée sur le bateau, et à partir de là tout va mal : les marins sont fascinés par cette pierre et elle a des effets bizarres sur eux…
Les cadrages hardis surprennent à chaque page et le lecteur est embarqué dans d’étranges points de vue avant d’entrer dans des métamorphoses plus étranges encore tandis que le narrateur garde son flegme dans un « understatement » qui procure une distance plus étrange encore. Quant à la chute, elle est bien dans le style de l’auteur : tout semble rentrer dans l’ordre, sauf…
L’occasion de relire Boréal express ?

La Fête des bêtes à cornes

La Fête des bêtes à cornes
Gilles Bizouerne, Thierry Manes
Didier Jeunesse, 2023

Qui a dit que chien et chat ne font pas bon ménage ?

Par Edith Pompidou Séjourné

Dans cette histoire, dès le début, il s’agit de Frère Chat et Frère Chien qui ont l’air de s’entendre à merveille. Mais quel rapport avec les bêtes à cornes me direz-vous ? Une fête organisée par un rhinocéros, avec un buffle, une antilope, un bélier et bien d’autres animaux aux cornes plus subtiles, comme l’escargot, qui s’y rendent et auxquels nos deux compères aimeraient bien se joindre. Mais Monsieur Taureau en guise de videur intransigeant, leur interdit l’entrée faute de cornes. Le thème de l’exclusion associé à celui de la fête et donc de la musique avec des personnages zoomorphes et beaucoup de bovidés nous rappelle forcément l’incontournable album de Geoffroy de Pennart : Sophie la vache musicienne.
Pour tenter de s’amuser coûte que coûte, chien et chat usent de multiples ruses pour pouvoir se joindre à la fête et l’album prend alors des airs de bande dessinée. L’espace de la page se divise souvent en plusieurs images avec un texte en majuscules et ponctué d’onomatopées ce qui donne du rythme aux saynètes et accentue leur côté burlesque. Ainsi défilent leurs cascades rocambolesques pour pénétrer par le toit en se catapultant d’une éolienne ou en sautant en rappel par la grange ou encore en se dissimulant dans des buissons pleins d’épines. Mais toutes leurs tentatives sont vaines. Pourtant, ils finissent par trouver une corne de chèvre en essayant de creuser un tunnel. Le chien décide d’entrer en premier en la fixant sur sa tête et promet de s’amuser un moment puis de venir la donner à son camarade pour que lui aussi puisse profiter de la fête… Le plan marche à merveilles car Monsieur Taureau prend le chien pour une licorne et le laisse entrer, la fête est fantastique et le chien s’amuse tellement qu’il en oublie son complice. Le pauvre chat qui attend depuis longtemps, finit par trouver une brèche dans un mur pour voir ce qui se passe et aperçoit celui qu’il prenait pour son ami en train de faire le fou comme s’il l’avait complètement oublié. Il décide de se venger en le dénonçant à Monsieur Taureau qui tire alors sur les cornes de chacun des animaux présents et finit par démasquer le chien déguisé.
Les deux amis se retrouvent fâchés mais pas pour longtemps car le chien entraîne le chat vers une nouvelle fête… celle des bêtes à plumes… Fin ouverte donc, avec une nouvelle mission pour nos deux compères, déjà parés de plumes comme des petits indiens. Avec ce chien et ce chat qui se ressemblent et tantôt s’entraident et tantôt se fâchent pour mieux se réconcilier, on pense aux deux lapins d’un autre classique, l’album La Brouille de Claude Boujon.
La Fête des bêtes à cornes est singulier et plein d’humour, tous les animaux y sont très anthropomorphisés même s’ils évoluent dans l’univers de la ferme. Les illustrations donnent de nombreux détails sur leur apparence : avec lunettes, rouge à lèvres, chapeaux et autres perruques mais aussi sur les expressions très symboliques des visages qui feront rire tout en questionnant sur les parallèles humains à établir. Enfin, une foule d’histoires parallèles se joue en coulisses quand on regarde d’un peu plus près les images : on retrouve notamment deux oiseaux qui jouent aux cartes puis qui se regardent dans la frontale du chien, restée allumée, ou une petite souris qui nargue régulièrement le chat.

 

Les Ruines mystérieuses

Les Ruines mystérieuses
Max Ducos
Sarbacane, 2024

Blytonnerie en Dordogne

Par Anne-Marie Mercier

S’inspirant d’un jardin réel, le jardin de Sardy vers Vélines en Dordogne, Max Ducos nous propose une course au trésor. Elle est menée par le petit-fils des propriétaires d’un château qui sont obligé de le vendre, ne pouvant plus l’entretenir. L’acheteur est le maire, qui veut en faire un hôtel de luxe avec spa, etc. Au passage, remarquons qu’il est étrange que la figure du maire soit à ce point dégradée dans les publications pour les enfants (ça commence avec la Pat’Patrouille où le maire est le méchant chapeauté et fumant un cigare… un peu dix-neuvième siècle, comme vision).
Donc Octave fait appel à l’équipe de l’album Mon Passage secret (même auteur, même éditeur, 2021), Liz et Louis.
Inutile de dire qu’ils trouvent et arrivent juste à temps dans le bureau du maire (la mairie est reliée au château par le souterrain) pour empêcher la signature. Tout cela est bien sûr très invraisemblable, mais l’auteur arrive à ménager un certain suspense avec des découvertes partielles sans cesse interrompue jusqu’au moment où l’ensemble de l’énigme est résolu. C’est loin d’être à la hauteur des autres albums de Ducos, mais cela fait une jolie promotion de ces jardins remarquables peu connus, et du précédent volume également. Max Ducos va-t-il proposer ses services à d’autres jardins ? L’idée est bonne même si cela ne produit pas des chefs-d’œuvre. A suivre…

 

Dans mon monde

Dans mon monde
Lois Ehlert
Les Grandes Personnes, 2023

Micro méga cosmos

Par Anne-Marie Mercier

Tout un monde, en effet, dans un album et surtout dans les mots qui en déclinent les aspects saillants, à hauteur de tout petit : insectes, vers de terre, fleurs, feuilles, papillons, cailloux, grenouilles, soleil et étoiles… chacun a droit à une propriété (rayonnant, virevoltant, qui s’épanouissent, qui se tortillent…) et surtout à une page ou deux pages successives, portant une même découpe et ouvrant chacune sur de nouvelles perspectives. Les grenouilles sont, à la tourne de page, « bondissantes », les insectes sont ceux « qui rampent », imprimant un mouvement sur le mouvement de page ; ailleurs, les papillons de nuit changent de couleur, rouges et noir d’un côté, bleu nuit de l’autre. Parfois cette tourne de page fait changer d’espace tout en restant la même : la page bleue piquetée de trous est d’un côté la pluie, de l’autre les étoiles. Enfin, chaque superposition de découpes fait entrevoir d’autres combinaisons de couleurs et de formes. C’est presque infini, comme le monde.
My World a été publié aux Etats-Unis en 2002. L’auteure a reçu le prix Caldecott Honor Book pour « Color Zoo » en 1990 (publié en français au Genévrier en 2011 dans sa collection de classiques « Caldecott Album« ).

Ida la bleue

Ida la bleue
Benoît Fourchard
Seuil, 2023

Solidarités fragiles

Par Anne-Marie Mercier

Ida a les cheveux bleus, elle est orpheline et voyage seule en direction du lieu où a été enfermé son seul ami et son seul espoir. On apprendra petit à petit d’où lui est venue cette coloration, l’histoire tragique qu’elle raconte de la Grande Catastrophe qui a en partie détruit le monde et ses habitants, humains ou animaux, mais on apprend d’emblée que ses cheveux bleus la désignent comme une proie à tous les abrutis de son temps, et ils sont nombreux.
Heureusement, sur son chemin elle croise plus improbable qu’elle ou presque : une vieille femme nommée Félicité, qui n’a pas froid aux yeux et n’aime pas les abrutis et les puissants qu’ils servent. Elle a beaucoup d’amis, heureusement, fragiles comme elle et comme Ida, mais déterminés. Elle a aussi un corbeau apprivoisé. Ida a un chat qui parle (elle est ventriloque)…
Ce joli « road movie », si l’on peut appeler ainsi un parcours en roulotte, puis en pas grand-chose, leur fait traverser des paysages et des villages bouleversés par le chaos du monde. Elles rencontrent les habitants de la ferme des « Mille et une vies », dirigée par une descendante de l’acteur Erich von Stroheim, un curieux cavalier, un garçon qui se déplace en fauteuil roulant quand il n’est pas sur sa monture, un village utopique où l’on cultive à nouveau des plantes disparues et où l’on se déplace en cyclo éole, un monde possibles heureux qui reste à construire.