Le Mystère de la grande dune

Le Mystère de la grande dune
Max Ducos

Sarbacane, 2014

 

Sauvetage animal au Pyla

Par Anne-Marie Mercier

LeMysteredelagrandeduneMax Ducos, auteur de Jeu de piste à Volubilis, nous emmène dans un nouveau jeu, cette fois-ci en pleine nature, sur la dune du Pyla. Un jeune garçon suit un chien qui l’emmène jusqu’à un dauphin échoué ; il arrive à la sauver grâce à l’aide de quelques personnes rencontrées sur le chemin. Jolie histoire.

Elle plaira aux jeunes lecteurs amateurs d’animaux, et leur dira que l’aventure appartient à ceux qui se lèvent tôt ( ! ), mais c’est surtout une belle promenade dans la dune, ses pins, ses pentes abruptes, ses rives encombrées après la tempête, tout cela vu en plans larges et souvent surplombants, une plongée dans les couleurs bleu et sable.

rouge chaperon petit Le

rouge chaperon petit Le
Marien Tillet, Marine Cros

Collectif des métiers de l’édition (CMDE), Dans le ventre de la baleine, 2012

Au commencement était la fin…

Par Anne-Marie Mercier

rouge_chaperon_petit_leCommencer par la fin, quelle bonne idée lorsque le conte est déjà bien connu ! Cela a l’avantage de dramatiser encore chacune des étapes, de reprendre le fil à rebours pour frémir davantage. Et l’on frémit d’autant plus que le texte choisit la version la plus traditionnelle, avec la scène de cannibalisme, ici à peine suggérée, et que les images en encre de chine associent, au dessin à la plume et aux masses sombres, sur le blanc de la page, des rouges inquiétants.

Enfin, le graphisme est extrêmement intéressant. Loin de tout réalisme, il suggère plus qu’il ne montre un monstre-loup formé de feuilles que l’on peut interpréter de différentes façons et dont l’explication ne se révèle qu’en reprenant l’histoire à son début : elle tient dans les propos du chaperon rapportés à la première page (donc en conclusion à l’histoire, vous me suivez ?) : « Mamie ? Pourquoi, en automne, les feuilles elles tombent des arbres ? […] Mamie ? Pourquoi tu as de grandes dents ».

Le conte prend alors une signification nouvelle : la grand-mère et le loup ne sont qu’un seul et même danger qui guette l’enfance, celui du temps qui passe, de l’automne qui flétrit toutes choses. « L’hiver vient », comme on le répète dans une série à la mode aujourd’hui, formule qui résume toutes les catastrophes, mais aussi la catastrophe initiale qui touche tout être vivant : la fin est inscrite dès le commencement, tout le monde est mortel, même le chaperon petit… Mais souhaitons que ce soit seulement quand il sera grand !

Pour en savoir et voir plus sur l’ouvrage

et sur le collectif

Bonne nuit Eddie

Bonne nuit Eddie
Amélie et Estelle Billon

Grasset jeunesse, 2013

L’empire des rêves

Par Anne-Marie Mercier

bonne_nuit_eddie_couvEddie sait « se faire oublier », d’après ses parents ; il ne comprend que peu à peu les pièges de ce « talent ». Mais l’album développe sa revanche : à travers son imagination, Eddie piège le réel, l’apprivoise, le met en pages : à gauche, le texte, tracé d’une main enfantine à la plume, à droite, l’image, aux superbes noirs de Chine et blancs, traçant un univers enfantin entre désarroi et maîtrise; domptant les rêves et les thèmes de l’imaginaire (dinosaures, cochons ailés, machine anti-matière…)

L’ami paresseux

L’ami paresseux
Ronan Badel

Autrement, 2013

Nouvelle aventure spatiale

Par Dominique Perrin

amiAu grand chagrin de ses amis de la jungle, un paresseux endormi sur sa branche est arrimé à un convoi de troncs en partance pour les zones industrielles dévolues à la grande consommation humaine.   Ce nouvel album muet de la collection « Histoire sans paroles » est placé sous le signe d’un simple et joli jeu de mots, qui en annonce la bonhomie espiègle. Qu’il soit question ici des paradoxes de l’amitié ou des moeurs étonnantes du petit animal congénitalement somnolent, le charme opère une fois de plus grâce au coup de génie d’une collection associant le long format à l’italienne à l’empire exclusif de l’image, vouée par là à occuper « toute la place » – comme chez René Char la beauté  et à assumer tous les devoirs.
Si la double-page fait ici l’objet d’un traitement moins ouvertement cinématographique que dans d’autres bijoux de la même collection, elle ménage cependant une puissante diversité de points de vue sur l’espace, et par contrecoup sur le monde et sur ce(ux) qui l’habite(nt) …sans pourtant que l’aventure se déroule hors du monde comme mystérieusement sphérique de la jungle même.

 

Entre chat et chien

Entre chat et chien
Eric Battut

Autrement, 2014

La plus fervente histoire

Par Dominique Perrin

9782218931437FSC’est la rencontre forte entre un lettré matériellement installé et un vagabond attentif au monde, entre un poète qui ne sait plus sortir et un explorateur qui a tout à découvrir des lettres, un sérieux et une légèreté…entre un créateur de texte et un créateur d’images enfin, qui désirent et accomplissent ensemble un livre qui rencontrera notamment le public des renards passionnés de poésie  !
C’est donc la plus fondamentale histoire sans doute, celle qui donne le spectacle non tant du « choc des cultures » (ou des civilisations) mais de la découverte inconfortable d’autrui, avec ses tensions (« Il ne faut pas abîmer les livres. Va-t-en de chez moi ! ») et ses détentes (« C’est beau. »), et de ce que vaut cette découverte (le besoin et la capacité de créer). Tout cela, dans un petit album au format « livre », et avec la simplicité caractéristique d’Eric Battut…

L’invité arrive

L’invité arrive
Du Fu, Sara

HongFei, 2014

D’un diamant tendre à la main

Par Dominique Perrin

saraL’invité arrive est un poème chinois du 8e siècle, dont l’apparente et comme impersonnelle simplicité semble contenir les plus anciens trésors de la convivialité humaine :

 « Les eaux printanières se répandent
au nord et au sud de ma maison,
tandis que des nuées de mouettes
passent jour après jour.
Je n’avais jamais balayé l’allée aux fleurs,
faute de visiteurs ;
mon portillon de paille s’ouvre enfin,
pour vous accueillir aujourd’hui. (…) »

Les éditions HongFei associent au rayonnement transhistorique de Du Fu l’art de Sara, maitresse en papiers déchirés évoquant la vie et sa poussée de sève. L’image pastel  très sobre superpose à la transparence du texte celle des choses mêmes : feuillages et fleurs, ciel et eaux, verres accueillants et portillon de paille… Notons enfin que l’ouvrage de haute taille qui en résulte associe à la plus grande classe plastique trois pages finales de contextualisation. Que de telles œuvres se publient en temps de crise incite à esquisser un pas de danse…

 

Éditions Philomèle

Embrouillaminis
Marie-Laure Alvarez et Hajnalka Cserhàti
Philomèle, 2014

Au fil des métaphores

Par Yann Leblanc

Embrouillaminis-couveLe fil semble être le « fil rouge » des éditions Philomèle : c’était déjà l’objet principal de l’ouvrage du même titre chroniqué récemment, déjà rouge, comme dans cet album plus récent ; mais ici, le fil de la pensée se fait métaphore d’une réflexion sur… la pensée, sa progression et ses blocages.

Le parallèle entre la pelote de laine (rouge) tricotée par la grand-mère et les idées de sa petite fille se retrouve autour de la question des nœuds, de la pelote embrouillée, que seule une personne délicate et patiente pourra débrouiller. Le « lien » de l’amitié complète ces métaphores bien « filées ». Sur le blanc de la page, les dessins crayonnés chargés et les ombres denses rehaussés de couleurs vives de Hajnalka Cserhàti accompagnent adroitement tous ces thèmes.

Présentation des Éditions Philomèle

 » Faire sonner la langue, la bousculer gaiement, la caresser dans le sens du rythme;
mettre les mots sens dessus dessous dans des textes de fiction, proches de l’imaginaire enfantin;

Voyager d’une image à l’autre et découvrir au passage le style et les couleurs d’artistes illustrateurs aux univers singuliers.

Les albums de  Philomèle s’adressent aux enfants de 3 à 99 ans.
Ils sont hors collection pour laisser libre place aux rencontres et aux coups de coeur: contes, comptines, poésie, et bien d’autres surprises à venir…

Éditions Philomèle.
11-13, rue de Saclay 92290 Châtenay-Malabry.
contact@editionsphilomele.fr

Le Fil rouge

Le Fil rouge
Géraldine Collet, Cécile Hudrisier

Philomèle, 2011

Au fil des contes

Par Anne-Marie Mercier

maquette-fil.inddL’expression « fil rouge », est prise ici au pied de la lettre comme au sens figuré : c’est celui qu’une petite fille tire, faisant apparaître des personnages de conte, puis le Père Noël, dont le pull se détricote. C’est aussi celui de la fantaisie, de l’accumulation joyeuse, de la juxtaposition des contraires, du jeu avec l’imaginaire et l’image.

Fondées en 2009, les éditions Philomèle publient des albums pour les jeunes enfants qui jouent sur les mots et les situations, avec simplicité et originalité.

 

 

Quand je serai un animal

Quand je serai un animal
Aurélia Alcaïs
Seuil jeunesse, 2014

Décidément, les métamorphoses…

 Par Christine Moulin

quand je serai animalDécidément, les métamorphoses ont le vent en poupe! En voici de fort belles, présentées par le truchement de dessins à la plume, en noir et blanc, rehaussés de discrètes touches de couleur: comme le titre l’indique, toutes les variantes de la transformation animale sont explorées (le chien ne laisse dépasser que la tête d’une dame très « comme il faut », le lion l’emporte sur l’humain qui n’apparaît plus que dans la crinière et dans… une montre, incongrue à son poignet de Roi des Animaux, la chouette sert de monture hybride, le koala de doudou géant, la Biche est entièrement biche sauf qu’elle porte tous les attributs d’une coquette, etc.). Tour à tour légèrement inquiétantes, drôles, attendrissantes, les illustrations sont étayées par un texte répétitif tout aussi séducteur, qui déroule les fantasmes enfantins, indiquant encore une fois, s’il en était besoin, que la métamorphose, tout en nous permettant d’oublier les limites de la nature humaine, nous guide, parfois par des détours, vers le chemin de l’âge adulte (« quand je serai animal » rappelle le plus traditionnel « quand je serai grand »). L’enfant rêve ainsi, grâce à ce beau livre,  à tout ce qui lui sera possible… plus tard, quand son corps se sera transformé, quand sa fragilité se sera faite force, quand ses peurs se seront évanouies (« je n’aurai plus peur du loup; je serai si sage et si calme que je m’impressionnerai moi-même »), quand certains mystères se seront éclaircis (« j’irai dormir discrètement dans le lit de mes parents »), quand il pourra transgresser les règles qui lui pèsent (« je ne mangerai plus que de la viande, sans couverts et sans serviettes »). Parfois, au détour d’une page, surgit une gaminerie, fantaisiste et poétique: « Quand je serai Âne, j’irai voir mon cousin lapin et on parlera oreilles ». La chute, quant à elle, ramène doucement le lecteur vers une réalité d’autant mieux acceptée qu’elle a été merveilleusement chahutée le temps d’une lecture.

 

 

 

 

 

 

 

Le Conte du prince en deux ou l’histoire d’une mémorable fessée

Le Conte du prince en deux ou l’histoire d’une mémorable fessée
Olivier Douzou, Frédérique Bertrand
Le Rouergue, 2014

Pour ou contre la fessée ?

Par Anne-Marie Mercier

conteduprinceendeuxVoilà une histoire en deux moitiés, l’une englobant l’autre et toutes deux tournant autour de la même question : que penser des châtiments corporels infligés aux enfants par leurs parents – et plus précisément de la fessée ?

Le conte inséré répond catégoriquement : un jour un roi fessa si fort son fils qu’il le fendit en deux moitiés, de part et d’autre du sillon fessier. L’une des moitiés, qui se révoltait, fut enfermée dans une tour et l’autre, docile, tint le rôle du prince en tentant de masquer qu’il n’était que la moitié de lui même. On devine tout ce qu’il peut y avoir comme sous-entendus à une situation que le dessin montre de façon littérale, si l’on peut dire cela d’un dessin : les princes sont effectivement comme une pomme coupée en deux.

L’autre histoire est celle d’un débat, qui commence par un micro trottoir dans lequel une mère condamne ces pratiques, disant que « en Suède par exemple… » et se poursuit à l’intérieur de la classe par un échange entre les enfants, puis à la sortie d’école où la même mère se contredit de façon spectaculaire.

On ne copie pasC’est donc bien un album doublement double, porteur d’une certaine ambiguïté pour ne pas dire duplicité. On retrouve donc ici le duo d’auteurs du merveilleux album On ne copie pas, au mieux de sa forme !