Le Célèbre Catalogue Walker et Down 

Le Célèbre Catalogue Walker et Down : comment nous sommes devenus riches avec trois dollars
Davide Morosinotto
Traduit (italien) par Marc Lesage
L’école des loisirs, 2018

Du Bayou à la ville, aventures de sympathiques garnements

Par Anne-Marie Mercier

Roman de formation, road trip, roman policier, aventures de bande, découverte des USA du sud au nord… Ce roman fleuve – qui mérite doublement ce titre vu que les héros partent du Bayou puis remontent le Mississippi jusqu’à Chicago –, est un mélange de tout cela, à quoi on pourrait ajouter le roman populaire, avec ses mystères, ses ombres et lumières, ses orphelins et ses maisons de correction, le roman picaresque avec ses rebondissements, ses personnages louches et ses innocents, ses coïncidences, etc.

Le principe est original : dans la première moitié du roman, les jeunes héros du bayou font diverses découvertes jalonnées par des pages du fameux catalogue mythique (des planches en noir et blanc sont reproduites : hameçon, poêle, portefeuille, revolver, montre…) Trouvant par hasard quelques sous, les quatre copains passent commande d’un revolver. Le hasard d’une erreur d’expédition leur fait recevoir une montre cassée dont ils découvriront que  les dirigeants du catalogue veulent à tout prix la récupérer. Elle  les place en travers du chemin d’un individu dangereux auquel ils échappent de justesse. Ils prennent la route, « montent » à la grande ville avec tous les moyens de transports possibles à l’époque (on est au temps des bateaux à aube, celui de Tom Sawyer et Huck Finn) pour réclamer ce qu’ils croient être une récompense. Ils font  au long du chemin toutes sortes de rencontres (surtout des « mauvaises rencontres ») et finissent par se faire détectives dans une sombre histoire de meurtre et de spoliation.
Héros improbables, un peu handicapé pour l’un, bien cabossée de la vie pour l’autre, un troisième qui ne doute de rien, un quatrième qui se croit un don de chaman du bayou, ils ont une solidarité amicale à toute épreuve, un sens de la débrouillardise exceptionnel, des talents de bricoleurs, beaucoup d’humour, un sale caractère, et ils s’amusent beaucoup tout au long de cette aventure. Et nous aussi !

La Face cachée du Prince Charmant

La Face cachée du Prince Charmant
Guillaume Guéraud & Henri Meunier
Rouergue 2019

Tout homme a une double postulation…

Par Michel Driol

Sur une première double page, un portrait élogieux du Prince Charmant. Tout n’est que beauté, amour, délicatesse et distinction. Mais tournez la page.  Le même texte, caviardé, révèle une autre image, celle d’un être  sombre, maladroit, rustre, impoli… tandis que l’image est devenue noire. Le même procédé se répète huit fois, tandis que la dernière page caviardée révèle la vérité du Prince : il est juste comme toi et moi.

On se souvient que le caviardage est un des procédés de réécriture proposés par l’Oulipo. Le voici justement proposé dans un album jeunesse, avec beaucoup d’à-propos et d’humour. Autant le texte de la première double page est lisse, laudatif, soutenu, autant celui de la page caviardée, familier  frôle la scatologie pour le plus grand plaisir du lecteur. Bien sûr, on l’a compris, ce jeu avec les mots renvoie à la réalité humaine, au bien et au mal présents en chacun, à l’ange et au démon qui sommeillent en chacun de nous. Les illustrations montrent un Prince Charmant très enfantin, prompt parfois à se réfugier dans les jupes de sa mère, ce qui renforcera l’identification du jeune lecteur avec ce personnage à double visage. C’est aussi une façon de dédramatiser les crises, les angoisses, les colères enfantines.

Un album carnavalesque, qui fait alterner le haut et le bas, et révèle de jubilatoires surprises.

 

Cendrillon ou la Belle au soulier d’or

Cendrillon ou la Belle au soulier d’or
Jean-Jacques Fdida, Delphine Jacquot (ill.)
Didier Jeunesse, 2013

Un conte que l’on croit connaître…

Par Christine Moulin

L’enchantement commence dès le prologue, trop long à reproduire ici, mais magique, autant que l’épilogue qui lui fait écho… Il se poursuit quand on découvre les splendides illustrations de Delphine Jacquot, dont le réalisme onirique provoque l’émotion et parle au cœur. L’enchantement perdure quand résonne la voix du conteur, à l’écriture précise, évocatrice, qui semble venue de très loin et pourtant nous parle à l’oreille: « Un homme vivait en grand bonheur avec son épouse ». Quelle belle variation sur les incipits qui évoquent le bonheur pour mieux le faire cesser! L’histoire, on la connaît mais la voici superbement renouvelée.
Les mots en sont à la fois familiers et étranges: « Quand Cendrillon allait au pré, la mauvaise lui donnait juste un doigt de bouillon froid, trois grains d’orge, un croustillon de pain et la maudissait: « Tiens, étrangle-toi avec » ». Les assonances, sans être pesantes, bercent le lecteur d’un chant envoûtant: « Cendrillon a remercié et a couru frotter les cornes de la vachette en rêvant de pains dorés et de bolées de lait ».
Les variantes réveillent l’intérêt. Ainsi, l’aide pour les tâches impossibles imposées à Cendrillon par sa belle-mère est fournie à Cendrillon par sa mère, dont la voix monte « de dessous la sépulture », et par une vache, la roussette aux cornes dorées, que condamne bientôt la méchanceté de la marâtre et de sa fille. « Cendouillon » sera également aidée, plus classiquement, par des « serins et passereaux », mais aussi par un arbre, qui saura l’enrober « d’une parure de fée », pour lui permettre d’aller non pas au bal, mais à la messe, et ce par trois fois, comme le réclame la loi des contes. Les robes de Cendrillon, comme celles de Peau d’Âne, sont autant d’hymnes à la nature et aux éléments car en la première, « se paysageaient montagnes, prairies et vallées, avec mille animaux venant y gambader », la deuxième « semblait d’océan, rivages et poissons frétillants ». Quant à la troisième, « on ne savait si elle était faite de linges ou de nuées, tout en courants d’air, volutes azurées, et mirages de ciel où des oiseaux de paradis venaient virevolter ». Le soulier n’est pas oublié! Afin de le passer au pied de Cendrillon, le conteur opte pour un moyen radical et terrible de se débarrasser de la marâtre et de sa fille, qui finissent ébouillantées, pendant que Cendrillon tend au prince une noisette dont tous deux cassent la coque et mangent l’amande…

Ainsi renouvelé, le conte parle de deuil, de consolation, de résilience:  pour renaître, il faut savoir faire confiance en la puissance du temps qui passe ( » Le temps passa alors comme un jour sans pain, Puis survinrent les termes du destin ») et des forces de vie.

Dans la même collectionLa Barbe Bleue ou conte de l’oiseau d’ourdi, Le Petit Chaperon Rouge ou la petite fille aux habits de fer blanc, La Belle au bois dormant ou songe de la vive ensommeillée.

 

Les enquêtes de Mina

La salsa des zinzins
Apolline Delporte, Caroline Petit (ill.)
Les Petites Bulles édition, 2017

Trop élémentaire, mon cher Waston

Par Christine Moulin

A n’en pas douter, proposer une collection d’histoires policières pour les plus jeunes (à partir de 6 ans), voilà une excellente idée, de même que le souci de faire la transition avec l’album en multipliant les illustrations. Mais pour qu’il y ait enquête, encore faut-il qu’il y ait mystère, indices, suspens, cohérence. Dans la première histoire (le recueil en comporte deux), c’est ce dernier élément qui manque le plus: les personnages ne sont pas tous présentés (Mina, l’héroïne, l’est mais sa copine Clara non), il est procédé à des relevés et des photos: de quoi? qui révèlent quoi? nul ne le sait. Certains éléments sont totalement loufoques, comme le générateur de camouflage du Professeur Mouse qui transforme l’héroïne en papier peint, mais admettons: c’est peut-être le lecteur adulte amateur de « polars » qui se montre ici excessivement grognon. Le seul élément que l’enquête a mis au jour, une écaille jaune, sera complètement oublié dans la résolution de l’énigme…. Dans la deuxième histoire, le flou qui entoure les personnages persiste: qui est monsieur Kuoka, qui sont les quatre héros ? Quant au mystère, il n’en est pas vraiment un… Enfin, un détail peut paraître gênant: le mélange du « on » et du « nous », parfois dans la même phrase, alors que l’écriture ne semble pas vouloir spécialement mimer le langage oral. Ajoutons à cela une faute d’orthographe (fatiguant pour fatigant) et l’ensemble ne dégage pas une grande impression d’exigence.

Chips et Biscotte

Chips et Biscotte
Mickaël Jourdan
Rouergue 2019

Improbables amis

Par Michel Driol

Chips et Biscotte sont amis. Et pourtant tout les oppose : leur forme, leur taille, leur couleur, leurs gouts vestimentaires, leurs desserts préférés, leurs passetemps… Après avoir énuméré leurs différences, l’album pose la question : N’ont-ils donc rien en commun ? Et il y répond dans une seconde partie, montrant leurs gouts communs pour le parc, le piquenique, et leur complémentarité dans le souci qu’ils prennent afin de combler les manques de l’autre.

Ce premier album de Mickaël Jourdan est une ode toute simple à la différence et à l’amitié. Tout cherche à se mettre à la portée des plus petits : la langue et le texte, très court et très simple,  les illustrations, qui posent deux personnages étonnants aux bras tentaculaires, l’un tout en lignes droites, l’autre tout en courbes, l’un tout jaune, l’autre tout bleu (clin d’œil à Leo Lionni ?). Pas ou peu de décors, tout se concentre sur les personnages et leurs accessoires.  Deux personnages à la bouche et aux yeux particulièrement expressifs dans leur simplicité graphique pour faire passer la joie ou la déception… L’album souligne que l’altérité n’est pas un obstacle à la rencontre et à l’amitié, grâce à la bienveillance et à la complicité des deux personnages.

Un album drôle, tout en délicatesse,  qui s’inscrit dans un univers enfantin pour inviter les plus petits à ne pas avoir peur de celui qui est différent.

La meilleure façon de marcher ?

La meilleure façon de marcher ?
Anna Castagnoli et Gaia Stella
Grasset Jeunesse 2019

Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà…

Par Michel Driol

Cet album propose une belle adaptation d’un conte traditionnel, connu en France par la version qu’en proposa  La Fontaine sous le titre Le meunier, son fils et l’âne. On en connait donc l’argument : un vieil homme et son fils cheminent avec leur âne, et les passants trouvent à chaque fois quelque chose à redire sur leur façon de marcher. On en connait aussi la double morale par laquelle La Fontaine conclut sa fable (la première énoncée par le Meunier, la seconde énoncée par le fabuliste et adressée au destinataire de la fable) :

« Je suis âne, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue;
Mais que dorénavant on me blâme, on me loue,
Qu’on dise quelque chose ou qu’on ne dise rien,
J’en veux faire à ma tête ». Il le fit, et fit bien.

Quant à vous, suivez Mars, ou l’Amour, ou le Prince;
Allez, venez, courez; demeurez en province;
Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement:
Les gens en parleront, n’en doutez nullement.

L’album d’Anna Castagnoli et Gaia Stella se déroule  entre deux pages de garde porteuses de sens : la première montre les trois protagonistes sagement alignés, côte à côte, de dos… La dernière illustre de nombreuses combinaisons entre les trois, dans un joyeux déséquilibre.

L’adaptation porte d’abord sur l’invention d’une toponymie : les villes de Bonvent, Languependue, Grande-Grinche, Durcoeur…  se succèdent. Dans chacune de ces villes, les habitants ont une particularité : jaser, grommeler, soupirer… travailler sans relâche ou être paresseux… Mais quelle que soit leur caractéristique, ils ont en commun de se moquer du trio qui chemine, et de lui donner un conseil, immédiatement suivi par les personnages. L’album suit un rythme identique à chacune des étapes, sous forme de 3 doubles pages similaires : une double page revient comme un refrain pour annoncer l’arrivée à la nouvelle étape, texte à gauche, illustration  à droite. Puis le passage dans la ville, les commentaires, les conseils, et enfin le résultat, qui se conclut invariablement par le refrain : « C’était la meilleure façon de marcher… ». Du coup, ce rythme entraine une dynamique de lecture : l’arrêt à la ville marqué, page de droite, par un garde ou soldat, la traversée de la ville, illustrée par ses maisons, ses habitants, et la sortie, texte à gauche, illustration à droite montrant le nouvel équipage s’élançant joyeusement vers la suite de l’histoire. Les illustrations – très colorées et géométriques – et le texte, qui fait la part belle au dialogue, se conjuguent donc pour entrainer avec malice le lecteur vers les différentes combinaisons possibles.

La première et la dernière page se font écho : sur un viaduc cheminent les trois personnages dans une combinaison différente. La dernière page porte la « morale », qui a la sagesse d’interpeller le lecteur sous forme de question : « Alors, quelle est la meilleure façon de marcher ? ». Fin ouverte qui tranche avec la fable de La Fontaine et permet au lecteur de réfléchir par lui-même à la tolérance, aux différences culturelles, à la langue qui peut être la meilleure ou la pire des choses, aux jugements trop vite rendus et à l’absence d’esprit critique.

Un album très graphique, à la composition rigoureuse, plein de fantaisie et d’humour pour dénoncer l’absurde des certitudes et des préjugés, le risque qu’on encourt à suivre le discours des autres aveuglément, et qui encourage à penser par soi-même.

 

 

Guenon

 

 

Guenon
Pierre-Antoine Brossaud
Rouergue, 2019

Harcèlement

Maryse Vuillermet

Guenon, c’est comme ça que tous les garçons et les filles du collège appellent Manon, parce qu’elle est grosse, qu’elle cache son corps, et qu’elle est très timide.
Elle est harcelée de vive voix et sur les réseaux sociaux ; mais bien sûr, elle ne dit surtout rien à ses parents ni à ses professeurs, ce serait pire, elle développe toutes sortes de techniques d’évitement et n’aspire qu’à la fin des cours.
Un jour, elle rencontre Amaury, un ado déscolarisé. Avec lui, elle vit une parenthèse de paix et d’échanges sympas.
Et même un émoi amoureux.
Ce roman excelle à décortiquer, par la voix de Manon, la terreur des autres, la solitude des ados différents, la violence des rapports entre jeunes au collège et puis la naissance du désir.
Mais pour moi, l’auteur a raté la fin.

 

L’Enlèwement du « V »

L’Enlèwement du « V »
Pascal Prévot – Emma Constant (illustrations)
Rouergue 2019

Panique au ministère de l’orthographe !

Par Michel Driol

Canular ou pas ? Lorsque le ministère de l’orthographe reçoit une lettre de menace annonçant la future disparition de la lettre V, personne ne sait trop que penser ou faire, jusqu’au jour où le V disparait réellement (tant de la langue orale que de la langue écrite). Et le maitre-chanteur d’annoncer la future disparition du Y… Omicron Pie, mathématicien nommé au ministère de l’orthographe va mener l’enquête avec l’aide d’une bande de loufoques centenaires. Il y gagnera une promotion, la découverte des lettres étalons, des secrets de la Résistance, et l’amour…

Humour, fantaisie et rebondissements sont au programme de ce roman à l’écriture jubilatoire. On salue l’originalité : on a enlevé de nombreuses choses en littérature, mais pas de lettres… On apprécie le ministère de l’orthographe, et ses chargés de mission, ses divisions…. Que ce soit dans les noms des personnages, ou celui des structures (l’Office de protection des voyelles rares…. tout un programme), le roman entraine son lecteur dans un drôle d’univers où se croisent linguistes et physiciens, pour la plus grande joie du lecteur. Amateurs de sérieux, passez votre chemin.  Et si le W remplace le V, c’est peut-être en hommage au souvenir d’enfance de Perec… et à d’autres disparitions.

Un roman qui pastiche avec bonheur les romans policiers et qui rawira les amateurs de personnages déjantés et de situations tragi-comiques…

Tout ça tout ça

Tout ça tout ça
Gwendoline Soublin
Editions espaces 34, 2019

Face au chaos du monde

par Anne-Marie Mercier

Le catastrophisme ambiant, qui dit que la planète est perdue que les guerres se font de plus en plus cruelles, et que les hommes sont de plus en plus malheureux atteint également les enfants : confrontés au flux incessant d’informations, ils désespèrent… ou bien ils agissent.

Chalipa (huit ans), constatant avec la baby-sitter que son frère Eshan (12 ans) n’est pas dans sa chambre, hésite entre deux hypothèses. La première, confortée par le petit Nelson (4 ans) qui passait par là, serait que Eshan s’est enfermé dans le bunker de survie créé par leur père au fond du jardin. Sam, la baby-sitter, en a refermé par mégarde la trappe d’accès : seul Eshan peut l’ouvrir, de l’intérieur.

Après l’arrivée de Salvador (14 ans), chacun, avec son âge et son caractère veille devant cette trappe pour faire sortir le garçon et parle pour le convaincre de sortir, lui dire que la vie est pourtant belle aussi, qu’on l’aime et le comprend. Les dialogues brefs et toniques du début (hurlements de solitude et de colère de Chalipa, bredouillements de Nelson, agacement de Sam) laisse la place à un temps de monologues croisés, avec une belle disposition sur la page, en colonnes aérées ponctuées parfois de silences chez l’un ou l’autre.

La solution du mystère arrive par les informations télévisées : on y découvre qu’Eshan s’est rendu tout seul en Normandie où il a commencé à creuser une tombe pour une baleine qui s’y était échouée : il a donc décidé d’agir, sinon pour ‘sauver la planète’, du moins pour faire réagir les adultes. Cette pièce tombe à point nommé; elle prend en considération l’angoisse de nombreux enfants face à un flux d’informations qui donne à voir un « chaos du monde  » (propos de l’auteure dans une interview où elle explique la genèse de son projet et le travail fait avec des enfants sur ce thème). Elle traite le problème sans dogmatisme, avec sensibilité, à travers des personnages bien typés, tant par leur langage que par leur comportements.

La la langue – Comment tu as appris à parler

La la langue – Comment tu as appris à parler
Aliayah et Susie Morgenstern – Illustrations de Serge Bloch
Saltimbanque édition 2019

La grande aventure de l’entrée dans le langage

Par Michel Driol

Derrière le titre (lacanien ?) le sous-titre explicite l’enjeu de ce livre : expliquer aux enfants comment ils ont appris à parler. Très classiquement, le livre aborde les différents stades de l’acquisition du langage par un enfant : à partir de la naissance une petite vingtaine d’étapes le conduisent à après 6 ans : la communication non verbale par les sourires, l’entrée dans les premiers mots, l’acquisition des phonèmes les plus difficiles à prononcer… Le livre fait avec habilité le lien entre les progrès linguistiques et langagiers et l’évolution des conduites de l’enfant tant en terme de communication – ses relations avec autrui – que de progrès dans le graphisme par exemple.

Le livre est écrit en « tu », s’adressant à l’enfant, lui montrant tous les stades par lesquels il est passé (si l’on suppose que le lecteur visé a plus de 6 ans…). Comment il est passé du stade d’infans, celui qui ne parle pas, à cet être de langage salué dans les dernières pages, à qui l’on souhaite bonne route. On imagine aussi, comme c’est le cas d’une grande partie de la littérature enfantine, une lecture qui associe un parent et un enfant, et le livre devient l’occasion de revivre des épisodes passés, de mesurer les apprentissages énormes réalisés en peu de temps, et d’être optimiste pour la suite des apprentissages à réaliser dans le langage et grâce à lui.

On apprécie la rigueur scientifique du livre – en regrettant peut-être que les étapes soient données de façon un peu catégoriques, sans que rien ne vienne préciser que chacun apprend et se développe à son rythme, et que nombre de grands parleurs aujourd’hui étaient quasi mutiques à 6 ans… Mais on apprécie la vulgarisation faite, sans aucun terme technique, dans des phrases simples, pleines de bienveillance à l’égard de l’enfant, et souvent pleines d’humour. Cet humour est renforcé par les illustrations de Serge Bloch : scènes de la vie quotidienne, enfant au milieu de nuages de lettres, de sons et de mots,

Un livre utile tant pour les enfants que les parents, voire les éducateurs qui y trouveront des repères pour une première approche du développement du langage et de l’apprentissage de la langue.