Les Joies de la jungle

Les Joies de la jungle
Hubert Ben Kemoun
Gulfstream – Collection Etincelles – 2019

Entartages,  mitraillages, tailladages et dynamitages…

Par Michel Driol

Dans un futur proche, le narrateur, Sonny, comme d’autres gamins des rues, est enfermé dans une école où tout est automatique : des enseignements au dortoir, de la cantine aux contrôles… Il attend l’examen final, qui lui permettra de sortir. Les enfants ne sont en contact avec aucun adulte. Tous les élèves sont connectés à la grande toile, peuvent commander ce qu’ils veulent, et soudain c’est l’escalade. L’un commence à imiter ce qu’il a vu dans une vidéo : un entartage… Se forme alors une première bande d’entarteurs, puis, pour riposter, une autre bande. D’abord ce sont des jeux assez inoffensifs qui ne s’en prennent qu’à la cantine et aux vêtements, puis cela devient de plus en plus violent. Sonny tente, entre Djamilla et Soledad, de rester neutre, et fournit les chefs de bande en devoirs bien faits. Mais quand la neutralité de Sonny doit cesser, toutes les bandes s’unissent contre lui. On ne révèlera pas ici la chute pour laisser intact le plaisir de la découvrir.

Le roman parle bien sûr de notre société : quelle place nous y donnons aux robots et à l’intelligence artificielle, mais aussi quelle place nous accordons aux divertissements et aux réseaux sociaux lorsque la popularité se mesure au nombre de like, et que, pour en avoir plus, les barrières morales cèdent.  Le héros Sonny est attachant dans sa volonté de ne blesser personne, et de tenter de s’en sortir seul, en n’appartenant à aucune bande, en tentant de respecter les lois et les contrats, même non écrits, tel celui qui lui promet une sortie en cas de réussite à l’examen final. Il a 12 ou 13 ans, c’est l’âge des premières amours, l’âge où l’on se laisse facilement entrainer. C’est un roman d’apprentissage que livre ici Hubert Ben Kemoun, apprentissage des valeurs humaines, apprentissage de la résistance contre un monde qui parait inhumain et dégradant dans une belle réflexion sur notre présent, à la portée des plus jeunes.  L’humour du narrateur, sans cesse présent, donne de la légèreté à un propos qui est grave, mais non pesant.

Un roman dystopique, qui confine parfois à l’absurde, à portée d’enfants de 10 ans.

Mais qu’est-ce que c’est?

Mais qu’est-ce que c’est ?
R. Martin, Cl. Schwartz
Saltimbanque 2019,

Savoir s’étonner et questionner

Maryse Vuillermet

Un enfant confronté à une forme, un objet, une texture inconnue,  demande : Mais qu’est-ce que c’est ?
Voici un beau livre documentaire qui peut répondre à 44 questions portant sur 44 petites énigmes de la nature. Elles sont présentées sur une double page, la page de gauche montre le mystérieux objet, un tas de feuilles, des chapeaux chinois, toute forme qu’on peut rencontrer en promenade, dans la nature et donne quelques indices,  et la page de droite explique : c’est un nid, une larve, une mue, un coquillage… Elle accompagne la révélation de nombreuses informations scientifiques ou insolites.

Cet album apprend à observer, à faire des hypothèses drôles ou pleines d’imagination et puis à poser des questions et à apprendre.

Je marche avec Vanessa

Je marche avec Vanessa
Kerascoët
La Pastèque 2018

Le récit tout simple d’une bonne action

Par Michel Driol

Dans cet album sans texte, on assiste à l’arrivée d’une nouvelle élève – Vanessa – dans une école. Seule pendant la classe. Seule au gymnase. Puis intimidée devant le passage piétons par une espèce de caïd de son âge. Une petite fille assiste à la scène. On la sent troublée. Elle essaie de convaincre ses amis. En vain. Elle suit alors Vanessa qui rentre chez elle, en pleurs. Elle retourne chez elle, tête basse. Scène de nuit : juste deux fenêtres allumées, et deux fillettes tristes et pensives. Le lendemain, la petite fille va frapper à la porte de Vanessa, elle lui donne la main pour aller à l’école. Tout le monde les rejoint, et c’est un groupe  coloré d’enfants heureux qui entre à l’école.

Encadré par deux pages de garde complémentaires, représentant des petits points, la première en noir et blanc, la dernière en couleurs, l’album montre comment un tout petit geste peut changer la vie. L’absence de texte permet de se concentrer sur les visages, les attitudes, de les interpréter, de ressentir les émotions variées par lesquelles les deux enfants passent.  Le traitement graphique, qui emprunte aux codes de la BD autant qu’à l’album rend sensible l’écoulement du temps. Est-ce si facile d’aller vers l’autre ? De surmonter ce qu’il peut y avoir de retenue ou de timidité ? D’être accepté dans une communauté ? De lutter contre le harcèlement ? Sans être moralisateur, l’album permet d’aborder ces différentes problématiques. Une page finale, glossaire pour les adultes, conseils aux enfants en cas d’intimidation dont on est victime ou témoin prolonge l’album en incitant adultes et enfants à échanger sur ces questions.

Un album sobre, tout en délicatesse, pour parler d’intégration et des petits gestes individuels qui peuvent être porteurs de beaucoup de sens.

 

Les Vacances de mon amie Carla

Les Vacances de mon amie Carla
Stéphane Kiehl
Grasset Jeunesse 2019

Liberté à deux…

Par Michel Driol

Au fil des pages, on suit les vacances d’une petite fille et de sa chienne Carla. Vacances d’été et vacances d’hiver se mêlent, bord de mer et montagnes enneigées, jardin du grand père, entre une page d’ouverture et une page de clôture symétriquement inversées : le retour de l’école, et le départ pour la rentrée des classes. Anonyme, la petite fille se raconte et parle de sa chienne, de sa capacité à se faire des amis, de l’interdiction des chiens sur les plages : autant d’images d’un bonheur passager, de questions sur l’amour, de réflexions sur la vie de chien : rêver de voyager, c’est déjà voyager… Le temps passe, le tracteur chez le grand père est devenu trop petit, mais il fait bon vivre et profiter de l’instant, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau. Tout l’album se centre sur la relation entre la fillette et sa chienne, les parents et grands-parents ne faisant que de la figuration dans le texte.

Si le texte est assez simple, et se suffit pour raconter l’histoire, les illustrations sont beaucoup plus complexes et riches. Tantôt elles sont l’illustration du texte, tantôt elles s’en éloignent dans des codes narratifs différents : celui de la BD, pour raconter une petite histoire en quelques strips, tantôt celui de la peinture, avec de magnifiques doubles pages particulièrement oniriques, pleines de fleurs rouges sur fond noir, traversées par des chevaux ou la fillette et Carla. Parfois c’est Carla qui se multiplie sur les pages, dans différentes attitudes. Cette diversité graphique fait la véritable richesse de l’album, et l’on cherchera à reconnaitre les légumes du jardin du grand père… Fonds colorés, fonds blancs, tout est significatif dans cet album qui prend plaisir parfois à isoler les personnages, tantôt à les fondre sur un fond de nature.

Un album drôle et attendrissant, ludique, pour dire le lien entre une fillette et une chienne, mais aussi le plaisir du dépaysement et le sentiment de liberté que donnent les vacances.

 

Coucou

Coucou
Lucie Félix
Les Grandes personnes, 2018

Pépite!

Coucou est un album qui marque les esprits et qui fera sans doute date dans l’histoire du livre pour enfants par sa simplicité et son ingéniosité : c’est un livre-jeu, un album Leporello aux pages cartonnées évidées de formes différentes (ronds, carrés, parallélépipèdes divers, uniques ou pluriels) et couverts par des feuilles transparentes elles-mêmes couvertes de formes colorées diverses. Couleurs et lignes multiples permettent un jeu infini avec l’enfant : on peut lui faire « coucou » à travers le livre, il peut regarder à travers les pages, jouer avec les formes, superposer des pages…

C’est beau, doux, inventif, infini, et ça recommence toujours, comme un jeu de coucou/ caché dont on ne se lasse pas (et dont l’adulte risquera moins de se masser avant l’enfant).

C’était pour de faux

C’était pour de faux
Maxime Derouen

Grasset Jeunesse 2019

Du grand débat dont furent faites grosses guerres

Par Michel Driol

A l’école, Sophie la girafe est en pleurs. Pourquoi, demande la maitresse ? Parce que Bruno le crocodile lui a tiré la capuche. Mais c’était pour de faux, dit ce dernier… Le directeur consulte le règlement : rien sur les tirages de capuche pour de faux… Sentant leurs enfants en insécurité, les parents d’élèves manifestent. Le lion président doit prendre une décision… et s’en tire par un rugissement qui ne satisfait personne. Cela devient une affaire d’état, dont on parle à la télévision, dont les experts s’emparent… Jusqu’au moment où tout bascule dans la guerre civile. C’est alors que Bruno avoue que c’était pour de vrai, et que la réconciliation est possible.

Voilà un album qui parle de mensonge et d’honnêteté, et apprend en quelque sorte à être responsable de ses actes. Un album qui démonte et montre des mécanismes humains, trop humains, d’escalades dans la violence, de mésentente, et qui interroge que les comportements des adultes et des enfants, l’incapacité des uns à désamorcer ce qui est en train de se jouer, et la capacité des autres à se situer dans le vrai une fois les limites franchies, à avouer. Comment un fait divers peut-il mettre en péril l’équilibre d’une société ? Comment les politiques et les savants, les intellectuels s’avèrent-ils incapables de penser le monde et de gérer les conflits, à tout le moins de les apaiser ? Quoi qu’il en soit, la vérité sort de l’enfant responsable, qui, avouant sa bêtise, assume le pouvoir de rétablir la paix civile.

 Cette mécanique implacable est  accompagnée par un texte et  des illustrations pleins d’humour : humour des jeux de mots et du jeu avec la langue et les expressions figées (les larmes de crocodile, monter sur ses grands chevaux…), humour des illustrations qui montrent des personnages pleins d’expressivité, mi animaux, mi humains par les vêtements et les lieux montrés (l’école, la ville, le palais…).

Un  album pour apprendre ensemble à vivre ensemble et à gérer les conflits.

Les Chroniques de Zi, vol2 (Nara) et 3 (Turi)

Les Chroniques de Zi, vol2 (Nara) et 3 (Turi)
Jean-François Chabas
Nathan, 2018 et 2019

Mondes croisés

Jean-François Chabas qui a essayé un peu tous les genres avec brio et une belle écriture, s’adonne ici à la fantasy, un peu à la manière de Tolkien, avec un monde imaginaire (une carte en présente les mers et les continents), des êtres fantastiques (ogres, sorcières, dragons, etc.), une princesse belle et hardie, un chevalier amoureux, son rival et ami – un enfant trouvé mystérieux aux cheveux bleus–, leurs fidèles montures infatigables…
Chaque épisode laisse découvrir un nouveau paysage, de nouveaux ennemis, ou des amis inquiétants. On a aussi un bel exemple de mélange de traditions : si la princesse Nara semble venir de Polynésie, son amoureux semble sorti d’un roman de chevalerie, et l’ami de celui-ci d’un conte de fées…
L’auteur a choisi une technique qui lui permet de raccourcir ce qui aurait pu être une très longue saga : les péripéties  s’enchainent à la suite de nombreuses ellipses qui épargnent au lecteur les temps moins riches en événements, les attentes et délais (souvent elles  sont justifiées par le fait que l’un des héros s’évanouit, puis se réveille pour le chapitre suivant).
Cela donne une densité très généreuse au roman. Tout est mené tambour battant sur terre et sur mer, avec d’épais mystères qui font que personne ne sait qui est ami ou ennemi, et de nombreux moments où la vie des héros tient à peine à un fil, et d’autres où ils se chamaillent de manière comique. Deux autres volumes sont attendus : la fée Zi qui pour l’instant se contente d’observer les événements, n’a pas dit son dernier mot.

Les Tartines de rillettes

Les Tartines de rillettes
Simon Priem – Carla Cartagena (illustratrice)
Utopique 2019

Faire son deuil…

Par Michel Driol

Louis vit seul avec son grand-père. C’est un après-midi ensoleillé. Le grand père fait son jardin. Louis ne parle pas beaucoup, se cache et se blottit dans les coins, ou joue à piloter la verrière comme un avion. Surgit alors le souvenir, celui de la fin des nuits étoilées, annoncée par le grand-père. Louis ose s’aventurer dans l’atelier de son grand-père, où il n’a pas le droit d’entrer. Il y découvre que celui-ci fabrique des voitures miniatures grises, comme celle dans laquelle sa maman a eu un accident. Surgit alors un second souvenir, celui des nuits étoilées que Louis regardait avec elle. Le grand-père propose alors à Louis de colorier les voitures de toutes les couleurs, avant de partager les fameuses tartines de rillettes.

Sur cette difficile question de la mort des parents et du deuil, Simon Priem et Carla Cartagena signent un album tout en délicatesse et en demi-teinte. Tous les lecteurs ne comprendront pas le décès de la mère, sa disparition étant traitée de façon implicite, allusive et métaphorique. C’est ce qui fait la force de l’album. On évoque ainsi les nuits étoilées, comme un leitmotiv qui revient trois fois. Au lecteur de faire les liens, de comprendre ce qui est suggéré finement dans le texte et dans l’illustration. Les deux personnages principaux sont attachants, maladroits et solitaires dans leur deuil. Tous deux cherchent des refuges, l’un dans les coins,  où il semble disparaitre, l’autre dans son atelier, à fabriquer des voitures à l’image de celle où sa fille a trouvé la mort. Deux personnages qui se ressemblent : même mutisme, mêmes lunettes rondes, que seule la couleur différencie, yeux embués chez l’un, reniflements chez l’autre. Deux personnages qui se blottissent l’un contre l’autre et que rapprochent les tartines de rillettes. On notera aussi la belle construction de l’album, qui s’ouvre et se ferme sur des textes et des images quasi identiques, mais soulignant avec subtilité ce qui a changé, et la façon dont ce qui était endormi se réveille. Les illustrations de Carla Cartagena introduisent le lecteur dans un monde lumineux, et font alterner des plans de maison familiale traditionnelle avec les gros plans des visages expressifs des trois personnages principaux.

Un album subtil, avec des personnages attachants, qui respecte le lecteur et lui fait entrevoir les relations complexes entre les êtres touchés au plus profond d’eux-mêmes par une disparition douloureuse.

 

Le Projet Starpoint, vol. 1 : La fille aux cheveux rouges

Le Projet Starpoint, vol. 1 : La fille aux cheveux rouges
Marie-Lorna Vaconsin
La Belle colère, 2017

Des extraterrestres au lycée ?

Le héros de ce roman foisonnant s’appelle Pythagore (Pyth pour les intimes). On devine que ses parents sont des scientifiques. Son père est dans le coma depuis quelques temps, à la suite d’une agression un peu étrange. On apprendra au fil du roman que les autres personnes qui travaillaient sur le même projet de recherche en physique quantique, le projet Starpoint, ont également eu des accidents et en sont mortes.
Mais l’action tourne dans ce premier volet autour de Pythagore et de sa vie dans son lycée breton, plus précisément du pays de Retz, lieu où sévit autrefois Gilles de Rais, compagnon de Jeanne d’Arc devenu criminel au point de servir (dit-on) de modèle à Barbe-Bleue. Fête de rentrée, retrouvailles entre copains, cours plus ou moins passionnants, agacement devant le côté fuyant de sa meilleure amie qui l’ignore, sous l’emprise d’une jeune fille rousse nouvellement arrivée au lycée. La vie des adolescents d’aujourd’hui est bien retracée, notamment dans la description de la fête où Pyth fait le DJ… boit plus qu’il ne devrait, embrasse qui il ne faut pas, etc.
Sur ce fond réaliste, les mystères s’accumulent. On n’en fera pas la liste tant ils sont nombreux. Les jeunes gens basculent dans un univers parallèle menaçant, relèvent de nombreux défis, se surpassent par amour ou par amitié. C’est trépidant, complexe, parfois cruel et sanglant… et l’on voit un début d’explication au mythe de la Barbe Bleue.

L’énergie adolescente des personnage et le rythme trépidant des événements vont bien avec la ligne affichée par La Belle colère : c’est un « label » qui, créé par deux éditeurs, « Dominique Bordes et Stephen Carriere, patrons respectifs des éditions Monsieur Toussaint Louverture et Anne Carriere, a pour particularité de proposer des romans dont les héros sont des adolescents – sans que le « jeune public » soit spécifiquement visé ». Ils proposent des inédits, des traductions et des rééditions (comme Un été 42) voir en fin de page l’entretien publié par Le Monde en 2014.

 

Anissa / Fragments

Anissa / Fragments
Céline Bernard
Editions Théâtrales jeunesse 2019

Fini la docilité

Par Michel Driol

Une classe de lycée, d’où se dégagent quelques individualités : Sandrine qui vit chez sa grand-mère, faute d’argent pour payer l’internat, Léa qui découvre l’amour et son identité sexuelle, Anissa, mineure isolée sans papier, qui, à la suite d’un test osseux, est menacée de devoir quitter le territoire. Que faire face à ce cas ? Ne pas s’en mêler ? Lui venir en aide ? A l’heure où l’on doit faire des vœux sur une fiche d’orientation, engager sa vie, s’engager tout simplement.

Céline Bernard propose un texte fort, issu d’une commande d’écriture pour un groupe d’adolescents dans un atelier théâtre. Elle réunit ainsi un chœur d’ados, qui peut aussi jouer tous les autres personnages (la prof principale, des parents, une éducatrice, un médecin, des policiers…). Le texte fait alterner des scènes chorales (chœur à géométrie variable, laissant grande latitude pour la distribution) et des scènes plus dialoguées de façon classique. Les scènes chorales sont écrites dans une langue poétique et métaphorique particulièrement travaillée : rythme, longueur des « répliques », faisant alterner doutes, certitudes, inquiétudes et injonctions diverses dans la scène d’ouverture construite autour des réactions face à la fiche d’orientation et ce qu’elle engage de futur et d’interrogations. Les scènes dialoguées plongent dans des univers extrêmement variés : scène de petit déjeuner familial, interrogatoire d’Anissa par la police ou le médecin… Mais, même dans ces scènes, le chœur d’ados n’est jamais loin.

Le texte est découpé en quatre mouvements porteurs de la dynamique de la pièce : disparaitre, subir, désobéir, s’enflammer, construisant ainsi comme la naissance d’une prise de conscience et d’un être différent au monde que l’on voudrait changer et dans lequel des solidarités nouvelles sont possibles.

Fragments, cela renvoie à la technique dramatique parfaitement maitrisée : des scènes courtes et des histoires individuelles déconstruites, apparaissant en lambeaux et laissant au spectateur et au chœur le loisir d’établir les liens dans ce qui apparait quelque part comme une enquête à partir de la disparition d’Anissa dont on découvre quelques épisodes de la vie : la mort de la grand-mère, qu’elle va enterrer seule, le voyage – cheveux rasés pour se faire passer pour un garçon – les hôtels, et, pour finir, la brutalité et la violence des interrogatoires médicaux et policiers.

Rien de manichéen dans ce texte : les ados ne sont pas unanimes quant à la nécessité de la solidarité envers Anissa, les adultes sont positifs, comme la prof principale, dépassés comme l’éducatrice, protecteurs comme les parents, trop zélés et sûrs d’eux comme le médecin.

Un superbe texte très contemporain dans sa forme et dans sa langue, mais aussi quant à ce qu’il dit de notre époque, pour évoquer une problématique très actuelle, avec beaucoup d’humanité, un texte finalement optimiste et plein d’espoir dans la jeunesse et sa capacité à se mobiliser et à faire preuve de maturité et d’enthousiasme.