Rien : Attention, chef d’œuvre !

Rien
Janne Teller
Traduit du danois par Laurence Larsen
Les grandes personnes, 2012

Un nouveau Sa Majesté des mouches ?

Par Anne-Marie Mercier

rien

La porte souriait. C’était la première fois que je la voyais le faire. Pierre Anthon l’avait laissée entrebâillée comme un néant riant qui m’avalerait si je m’aventurais à le suivre. Souriait à qui ?  A moi, à nous. J’ai regardé tout autour et le silence embarrassé m’a montré que les autres aussi l’avaient remarqué.

A ceux qui disent que la littérature pour ados est trop noire, trop violente, trop pessimiste, nous opposerons ce livre. Il est noir, oui ; il progresse de l’innocence la plus totale à une prise de conscience tragique, oui ; mais cela ne l’empêche pas d’être un grand livre. A ce niveau, rien n’est « trop » et « du noir sort la lumière ». Celui-là seul suffirait à le prouver, à la hauteur de Sa Majesté des mouches. Faut-il en dire plus ? Arrêtez tout, sortez vite pour le trouver, cliquez sur votre librairie préférée en ligne… Je poursuis pour ceux qui voudraient en savoir plus.

Depuis que, le jour de la rentrée, Pierre Anthon, élève de quatrième d’une petite banlieue paisible du Danemark, a déclaré que « rien n’a de sens », il est monté dans un arbre et n’en bouge plus. De là, le petit Hamlet (rapprochement un peu facile mais trop tentant) jette des fruits, des quolibets et des propos nihilistes à ses camarades qui passent par là pour se rendre à l’école. Tous les adolescents en sont profondément ébranlés. Ils décident de convaincre Pierre Anthon – et de se rassurer eux-mêmes – en lui montrant la « signification » de la vie. Mais comment ?

Après bien des tâtonnements, l’un d’eux a une idée de génie : chacun va devoir déposer dans un lieu dont ils ont la clef la chose à laquelle il tient le plus, et ils montreront cela à Pierre Anthon. Pour éviter la tricherie, ils font un ordre de passage et chaque enfant qui fait ce sacrifice dit ce que le suivant devra apporter. Entre le temps de détection par le premier de la chose qui compte le plus pour le second et l’acceptation de la privation  par celui-ci, il se passe du temps et la tension monte jusqu’au plein de l’hiver puis au printemps suivant. Surtout, la nature des offrandes proposées évolue et les jeunes gens sont portés progressivement à des actes de plus en plus graves. On s’attache à ce petit groupe de collégiens, garçons et filles a priori sans grande originalité, représentant  différentes classes sociales et idéologies, pas plus amis que cela, et pourtant soudés par un défi commun, l’un de ces « jeux » dangereux qui fait que parfois les adolescents oublient toute prudence face à un défi et un secret commun.

Mais le livre n’est pas un ouvrage de sociologie, ni de morale. C’est un roman, un vrai,  porté par la parole simple d’Agnès, par son innocence teintée d’inquiétude, qui présente tout comme étant à la fois parfaitement dans l’ordre des choses et absolument inquiétant. L’enjeu est de taille : il s’agit de prouver que la vie a un sens, non ? La narratrice a des formules merveilleuses, un style limpide, des métaphores prenantes qui font voir le sens des situations, sinon de la vie.

L’optimisme forcené porté par la narratrice se fissure progressivement mais demeure, ténu. L’auteur fait une belle démonstration, mettant en valeur ce qui nous attache à la vie tout en montrant à quel point c’est fragile, dérisoire, discutable, et pourtant… On ne dévoilera pas la suite. Les offrandes (on ne peut pas dire objets car c’est bien plus que cela) forment un tas qu’ils nomment « le mont de la signification » et dont ils finissent par être fiers, mais avec un petit doute…

L’issue est cruelle, mais pas désespérée. Elle dit que toute perte est un gain, que rien n’a de valeur et que tout en a, et surtout qu’il est dur de perdre son enfance : « On pleurait parce qu’on avait perdu quelque chose et reçu quelque chose d’autre. Et que ça faisait mal de perdre et de recevoir. Et parce qu’on savait ce qu’on avait perdu, sans pour pouvoir encore mettre un nom sur ce qu’on avait reçu ».

Les éditions Les grandes personnes jouent carte sur table : la quatrième de couverture est très explicite (plus que je ne l’ai été) sur le contenu du livre et ce qui pourrait choquer. Saine honnêteté, le lecteur ne peut pas se plaindre qu’il n’a pas été averti. Et la quatrième de couverture cite  aussi des propos de presse très élogieux, j’aurais pu me contenter de les recopier, mais il faut bien ajouter quelque chose au mont de signification, ne serait-ce que des mots, du temps, de la vie.

Pour aller plus loin, lisez la chronique de François, qui n’est pas du tout d’accord avec moi sur ce livre (datée du 17 juin 2013).

Janne Teller est l’auteur d’un autre grand petit livre, Guerre et si ça nous arrivait, paru lui aussi en 2012 aux éditions Les grandes personnes; nous parlerons prochainement.

Rien, paru en 2007 chez Panama (« ancêtre » des grandes personnes), était épuisé.

La guerre de Catherine

La guerre de Catherine
Julia Billet
Ecole des Loisirs, 2012

Jeux de reflets

Par Christine Moulin

guerre-de-catherineEncore un livre de littérature pour la jeunesse consacré à la Shoah? Certes. Mais on pourrait répondre qu’il n’y en a peut-être jamais trop, surtout au moment où les programmes du secondaire recommandent de consacrer quatre heures au maximum à l’enseignement de la Seconde Guerre mondiale (on peut y ajouter quelques poignées de minutes, il est vrai, à travers le thème « La France dans la guerre »…). On pourrait répondre aussi que ce roman adopte un point de vue original: celui d’une jeune fille passionnée de photographie qui utilise son appareil comme un peintre son pinceau, pour exprimer et provoquer des émotions mais aussi pour mettre un peu de distance entre elle et le monde tel qu’il est devenu, dans l’errance qui lui est imposée, ponctuée de deuils et de dénonciations. Pour témoigner aussi, comme chaque fois qu’il est question de la Shoah. On pourrait répondre enfin que pour cet ouvrage, comme pour beaucoup d’autres, l’étiquette « littérature de jeunesse » perd complètement de sa pertinence.

D’ailleurs, le début, un peu lent, pourrait rebuter certains jeunes lecteurs pressés même s’il va passionner les pédagogues: on y voit la vie à la Maison de Sèvres, où se déploie un enseignement inspiré des « pédagogies » que, quelques soixante-dix ans plus tard, on appelle encore « nouvelles », celles des Decroly et autres Freinet. Puis, après le coup de tonnerre qui oblige Catherine, alias Rachel, à s’enfuir, on la suit à travers la France: à chaque fois, alors qu’elle pourrait être perdue, elle trouve des Justes, des anonymes dont elle garde la trace sur la pellicule et à travers les mots, pour la sauver. Elle, et une petite fille, dont la fragilité l’émeut, mais qu’elle a, bizarrement, beaucoup de mal à photographier, comme si elle n’arrivait pas à la « fixer ». Rachel subit, supporte, s’attache, s’arrache, grandit, mûrit, aime.

A la fin du livre, qui s’est inspiré, on ne le sait qu’à la fin, à travers la postface, de la vie de la mère de l’auteur, c’est une jeune femme et une artiste qui s’est frayée un chemin à travers les souffrances de la guerre. Elle nous a laissé de beaux portraits, des paysages, des instantanés, des jeux de lumière, d’ombres et de reflets qui, tous, mieux que des textes plus lourdement didactiques, remplissent leur rôle éprouvant et émouvant de témoins.

Les Sept Clefs du Pouvoir, tome 3

Les Sept Clefs du Pouvoir. Tome 3 : Mercredi sous les Flots
Gath Nix
Traduit (anglais) par Alice Seelow et Julie Lopez
Gallimard Jeunesse, 2012

À chaque jour suffit sa peine clé

Par Matthieu Freyheit

LesSeptClefsduPouvoir3Vous pouvez regarder Rambo 4 (teaser : bientôt le 5 en salle !) sans avoir vu le premier. Vous comprendrez toujours ce qui se trame. Il n’en est pas de même avec la série des Sept Clefs du Pouvoir. Ne faites donc pas la même erreur que moi et plongez-vous, si vous êtes décidé(e)s à entamer la série, dans le premier volume. Car tout est plutôt…confus/superposé/emmêlé. La magie est à la mode ? Les mondes parallèles aussi ? La vague mystico-fantasy ? Les adolescents élus ? Les quêtes fantastiques en plusieurs volumes ? Eh bien, prenez tout ça, mélangez jusqu’à obtenir un mélange indescriptible, et essayez de lire.

Pour faire court, vraiment très court : Arthur Penhaligon (toute ressemblance avec un nom connu est ÉVIDEMMENT fortuite), jeune terrien de douze ans, est pris dans un cycle d’aventures au cours desquelles il doit récupérer les sept clés du pouvoir. En sept volumes, donc. Unique héritier de la Grande Architecte, Arthur se lance dans cette nouvelle quête du Graal qui l’amène à voyager dans des royaumes parallèles à la recherche de ces sept clés, gardées chacune par un mystérieux personnage : Maître Lundi, Lord Mardi, Mercredi sous les Flots, Sieur Jeudi, etc. Ajoutez à cela que chacun de ces personnages-jours est caractérisé par un péché capital. Après les deux premiers tomes, Arthur a récupéré deux clés. Dans le troisième, il est emporté de sa chambre d’hôpital vers l’océan frontalier, où il est pris dans une tempête, sauvé par une bouée, récupéré par un navire de comptables, poursuivi par des pirates, encore sauvé par ces mêmes comptables-marins, eux-mêmes aidés d’un sorcier un peu ambivalent. Tout ça pour rejoindre Mercredi sous les Flots qui l’a invité à déjeuner. Il reste que la dite Mercredi est une baleine de deux cents kilomètres de long. Si ça vous semble confus, c’est que ça l’est. Et pourtant, dans cet imbroglio d’évènements, il ne se passe que peu de choses. Le rythme est tout sauf enlevé, les « effets magiques » se multiplient (on tremble – d’horreur, on s’entend – en imaginant une éventuelle adaptation cinématographique), et l’aventure laisse finalement la place à un certain ennui.

À celles et ceux qui ont lu et aimé la série, n’hésitez pas à poster pour la défendre et me contredire.

Enfin, pour les amoureux des quêtes fantastiques qui ne savent pas par où commencer, allez plutôt vous repaître de l’incomparable trilogie de Philip Pullman, La Croisée des Mondes, autrement plus brillante ! Et faites-la lire, bien sûr, à tous les adolescents qui croiseront votre route.

Chevalier d’Eon agent secret du roi, t. 4

Chevalier d’Eon agent secret du roi, t. 4 : le pacte
Anne-Sophie Silvestre
Flammarion, 2013

Le travesti dévoilé

par Anne-Marie Mercier

ChevalierdEon4Le secret est découvert ! La jeune lectrice française favorite de la tsarine, blessée à mort (ou presque !) et inconsciente s’avère être un homme… Heureusement, seuls la tsarine, son médecin et une femme de chambre fidèle  sont au courant. Le personnage de Lia de Beaumont va reprendre des forces et revenir sur la scène, non pas le devant de la scène mais les coulisses de l’histoire où les agents secrets font merveille.

Chargé par l’impératrice Elisabeth d’une mission spéciale et secrète auprès de Frédéric de Prusse (où il rencontre Voltaire) et auprès du Pape, porteur de lettres secrètes pour Louis XV cachées dans un volume de l’Esprit des lois, débarrassé-e de ses vêtements féminins, d’Eon parcourt l’Europe, en traineau, en calèche, ou à cheval mais toujours à fond de train. Et le lecteur est entrainé à sa suite, pris par l’histoire mais aussi par le style, coulant et enlevé, parfois brisé par un trait d’humour, ou ralenti par une brève pause méditative.

Ce quatrième volume est composé de deux moitiés très contrastées : la première, en chambre, est occupée par la lente guérison d’Eon, entre douleurs et délires, puis longues conversations et réflexions. La deuxième, faite de longues chevauchées entrecoupées d’entrevues secrètes nous ramène dans le rythme habituel de la série.

Mais la fin se clôt sur un suspens sentimental et politique : d’Eon abandonne-t-il définitivement son rêve amoureux ? Verra-t-il le Pape ? (à suivre !)

Mon hippopotame

Mon hippopotame
Janik Coat
Autrement, 2012

 Variations sur un cétartiodactyle

Par Christine Moulin

41C+y35KRXL._SL500_AA300_On avait déjà admiré l’abédécaire de Janik Coat. Ici, le propos est inverse, en quelque sorte puisque le thème est constant (un hippopotame) et que la variété vient des mots qui lui sont associés, organisés par paire d’antonymes. Certains sont attendus: petit/grand, léger/lourd ou même gauche/droite. Mais dans ces cas-là, les dessins, si caractéristiques de la manière de l’auteur, surprennent et ravissent, pleins de ronde douceur et de gaieté (les petits yeux de l’animal semblent briller de malice et de gentillesse). Et surtout, il y a toutes les paires que l’on n’attend pas et qui permettent des trouvailles tactiles (doux/rugueux) ou graphiques: plein/vide, opaque/transparent, positif/négatif, carré/rond ou (hilarant) face/profil. Enfin, certains couples de mots invitent à la réflexion: absent/présent, libre/emprisonné, singulier/pluriel… Le genre « livre des contraires » est ici renouvelé avec un réel bonheur.

Ricochet aussi a aimé!

Maman Houtuva ?

Maman Houtuva ?
Vincent Malone, Soledad Bravi
Seuil, 2013

Cetalire !

Par Christine Moulin

9782021099256A la question récurrente, voire obsédante, qu’ont connue toutes les mères qui travaillent, et dont toutes les variantes sont envisagées, ce livre fournit des réponses très drôles. Il ne faut pas se laisser tromper par son apparence matérielle: les pages en carton très épais laissent à penser que ce sont plutôt les tout-petits les destinataires. Or, il n’en est rien: ce sont les grands, voire les adultes, que ce livre peut ravir par le jeu (qu’un Alain Le Saux a popularisé) sur sens propre et sens figuré, mais aussi sur les homonymes. Jeu qui, toujours, fait sourire, qui, parfois, fait rire aux éclats (qui n’a pas, dans sa vie, « lancé une machine »?) et qui, de temps en temps, dédramatise des situations plus graves: c’est ainsi que les expressions « mettre le grappin sur ton père » et « recoller les morceaux » se retrouvent judicieusement l’une en face de l’autre et que même la maladie d’Alzheimer est envisagée sous un angle humoristique (quand on voit une vieille dame courir après la boule qu’elle a perdue…).

Finalement, bien plus que certains livres qui se veulent féministes, cet album défend les femmes, campées dans leur diversité, de façon à la fois cocasse et tendre par Soledad Brami, et il rend hommage à leur courage, à leur dynamisme, à leur volonté de défendre les valeurs vraies, au milieu du tourbillon qu’est leur vie.

 

 

Canaille va chez le docteur

Canaille va chez le docteur
Jean Leroy, Emile Jadoul
Casterman, 2013

Petit poney brun

 Par Christine Moulin

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Il y a eu Petit Ours Brun, il y a eu Trotro, il y a maintenant Canaille, poney prêt à servir d’écran aux projections des petites têtes blondes. Pour le premier opus de la série, notre héros fait face à un problème fréquent, source de réelles frayeurs enfantines: la visite chez le docteur. Tout est rassurant, bien sûr, et laisse même place à une pointe d’humour bien venue. Rien n’est surprenant, en revanche. Par ailleurs, les puristes des études de genre pourraient peut-être trouver dérangeant que Canaille doive donner des leçons de courage viril à sa petite sœur Cannelle, confite d’admiration, mais ils/elles seront rassuré(e)s par la chute, qui relativise les stéréotypes sur le sujet. Quoi qu’il en soit, ce qui fait la réelle qualité de cet album, ce sont ses délicieuses illustrations: il suffit d’un trait à Emile Jadoul pour évoquer toutes sortes d’émotions dans toute leur complexité.

Les Artichauts

Les Artichauts
Momo Géraud, Didier Jean et Zad
2 vives voix, 2012

Quand la littérature est utile

Par Sophie Genin

41N-pvrcatL._AA160_Combien de fois a-t-on pu entendre que la littérature « ça sert à rien » ? Cet album sert. Aux enfants témoins de violences conjugales mais aussi aux autres. En effet, l’identification est immédiate à la souffrance rentrée, tue mais tellement visible d’une petite fille tout ce qu’il y a de plus « normale » : elle aime faire ses devoirs sur la table de la cuisine avec sa maman, est forte en français mais en difficultés en maths, mange ses artichauts jusqu’à profiter du coeur, une fois débarrassé de sa barbe, attend impatiemment la visite de son grand frère et la fête du village dimanche, pour laquelle elle portera sa belle robe blanche et le gilet cadeau de sa tante. Oui mais chez elle, le soir, quand il rentre pour le repas, la tension est palpable, tout change dans la maison. La fillette guette l’orage, le craint, le redoute puis s’en protège en se bouchant les oreilles comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort. De survie. Elle s’évade dans ses rêves d’avenir. La résilience est en marche.

Les illustrations de cet album tout en retenue et en émotion ajoutent au sentiment de mal être ressenti dans un premier temps : comment le lecteur, impuissant, peut-il supporter d’être le témoin de cette atroce intimité ? Heureusement, la postface, rédigée par le docteur Roland Coutanceau, spécialiste de la question, vient à son aide : moi, lecteur, je peux comprendre et aider, téléphoner, parler. Ouf !

A lire ces mots, vous pourriez penser que ce bel album grand format au titre aussi anodin que la vie apparente de son héroïne est très didactique, au sens négatif du terme, quand le message surpasse la littérarité de l’oeuvre mais il n’en est rien. Pourquoi ? Parce que les concepteurs de ce petit bijou de sensibilité et de pudeur suggèrent et n’assènent pas de jugement. Parce que tous les enfants et adultes qui ont vécu un tant soit peu de traumatismes de ce type s’y retrouvent mais les autres aussi. Parce que les mots ne sont pas des coups de poings mais bien au contraire des bribes d’idées, de pensées, à attraper au vol. Si on veut. Si on peut.

Il est peu de livres qui sont des rencontres et tous les créateurs ne sont pas en mesure de toucher le lecteur au plus profond de ses sentiments, au plus profond de son humanité. Les Artichauts en fait partie. Merci.

Journal d’un dégonflé tome 6 Carrément claustro

Journal d’un dégonflé, tome 6 Carrément claustro
Jeff Kinney (trad.  Nathalie Zimmermann)
Seuil, 2013

Aventures déjantées sous la neige

Par  Maryse Vuillermet

journal d'un dégonflé 6 imageLa verve  ou la veine s’épuisent ! Greg est dans le pétrin, il est accusé d’un acte de vandalisme au collège,  et  il est bloqué  par la neige avec sa  famille dans leur maison mais,  avant ces deux intrigues, une foule d’anecdotes sur la cour du collège, l’attente des cadeaux de Noël et même le père noël (pas très crédible comme préoccupation pour un préadolescent)  nous ennuient un peu. L’auteur a du mal à se renouveler avec un même personnage et un même univers. Bien-sûr, il en profite pour aborder des thèmes de société actuels chez les jeunes, par exemple,  les normes de sécurité concernant les jeux dans les cours et les parcs,  si contraignantes que les adultes enlèvent tous les jeux et que les enfants n‘ont plus rien pour s’amuser. Ou bien les addictions aux jeux vidéos, ceux qui vous proposent un animal  familier virtuel , ou un ami  virtuel,  mais qui exigent des enfants qu’ils paient avec la carte bleue des parents.

En fait, c’est moins drôle !  (Voir sur ce site, la critique plus amène du tome 5)

Western girl

Western girl
Anne Percin
Rouergue doado, 2013

Okay corral  chez les cavaliers

Par  Maryse Vuillermet

westren girl imageElise Bonnel, 16 ans, nous livre son JDB, c’est-à-dire, son journal de bord. En effet, elle est en train de vivre son rêve, trois semaines dans le Dakota du Sud, pour s’entraîner sur des chevaux de race américaine. En effet, Elise est  folle d’équitation western, une équitation  libre et   naturelle avec des chevaux plus sauvages, elle est folle aussi de tout l’univers western, musique country, films, tenue….

Mais dès le départ, elle se rend compte que les autres jeunes du groupe sont des fils et filles à papa, riches,  parisiens, propriétaires de chevaux et bourrés de préjugés. Alors qu’elle est bretonne, campagnarde et a payé ses leçons en ramassant des haricots et son stage avec la prime de licenciement de sa mère. Elle a de plus un caractère  de feu !

Bientôt,  le séjour  se transforme en champ de bataille entre elle et les autres,  elle se sent seule, persécutée,  humiliée et éprouve de drôles de sensations en présence de Louis, le plus « bourge et le plus coincé »  du groupe.

L’analyse des sentiments de l’adolescente est assez fine et le récit enlevé. Les personnages américains,  Trish, la woman ranger, son père,  le vieux  Monsieur  Cooper, grand buveur  de Budweiser, Dereck, le jeune noir du ghetto de Philadelphie, l’atmosphère western et le monde de l’équitation constituent  un arrière-plan riche et plein d’enseignements.