Mademoiselle météo

Mademoiselle météo
Susie Morgenstern
L’Ecole des loisirs (neuf), 2011

 L’école, contre vents et marées

par Anne-Marie Mercier

Trop mince, trop jolie, trop fantaisiste, Alizée Tramontane est seule. Elle a deux passions dans sa vie, la météo et ses élèves de CM1; elle a également deux ennemies, une collègue méchante et jalouse et une inspectrice qui n’aime pas son inventivité pédagogique.

Deux intrigues se déroulent en parallèle, la tentative de ses proches pour la marier (le candidat s’avère être un jeune businessman incapable d’exprimer une émotion), et une expérimentation pédagogique qui l’amènera à faire réaliser des bulletins météo théatralisés par ses élèves, en costumes et en actions, puis à une classe de mer « météo », chaque volet se terminant en catastrophe, du moins provisoirement. La vision du monde enseignant est assez noire, celle de la vie des hommes d’affaires n’est guère meilleure, mais le roman est constamment porté par l’humour et le style de Suzie Morgenstern, autant dire qu’on se régale.

À noter particulièrement : le récit de la visite d’un auteur dans l’école avec deux types de préparation, l’une scolaire et ennuyeuse, menée par la méchante institutrice, l’autre inventive et intelligente, menée par la jeune, jolie, gentille et parfaite héroïne… Du vécu, Susie?

Mémoires d’une vache

Mémoires d’une vache
Bernardo Atxaga
traduit (espagnol) par Anne Calmels
La Joie de lire, 2012

Voix basques

par Anne-Marie Mercier

Publié en basque sous le titre « Behi euskaldun baten memoriak » (Mémoires d’une vache basque) en 1991, puis traduit en espagnol, français, roumain, allemand, albanais,… et même en espéranto, il était temps que ce roman curieux écrit par un auteur reconnu revienne en librairie. C’est une reprise de la version française publiée par Gallimard en 1994, avec une nouvelle traduction qui sert bien le propos : faire entendre des voix, autant que raconter une histoire, avec un petit « h » comme avec un grand.

La voix principale est celle de Mo, vache naïve mais qui apprend. Elle vérifie l’exactitude des préceptes de vie généralement admis (comme « il faut aider ses amis ») et la difficulté de leur mise en pratique. Née vache, elle hésite entre la soumission, confortable, qui permet la vie en groupe, et la rébellion incarnée par son amie, vache asociale qui se rêve sanglier. L’autre voix est celle de sa « voix intérieure », ou de son ange gardien qui depuis sa naissance la serine avec des conseils avisés énoncés en style hyper soutenu ; Mo l’a appelée Pénible, c’est tout dire. Pénible incarne le bon sens, l’estime du peuple vache, la fidélité aux traditions, mais fait parfois preuve d’originalité devant les catastrophes.

On y trouve une version humoristique de la veine autobiographie – mémorialiste plus précisément : à la fin du texte, Mo regrette que celui-ci ne dise pas toute la vérité ; son interlocutrice lui propose alors le modèle des Confessions d’Augustin. Mais c’est aussi un roman plein de suspens : Mo et son amie, la Vache qui rit, résolvent une énigme qui s’inscrit dans l’Histoire d’Espagne, de 1940 à 1990, donc des échos de la guerre civile jusqu’à l’après-franquisme.

 

Professeur Gamberge. C’est quoi, le piratage sur Internet ?

Professeur Gamberge. C’est quoi, le piratage sur Internet ?
Jean Schalit, Karim Friha
Gallimard Jeunesse (Giboulées), 2011

Le piratage, c’est mal ; et autres raccourcis

Par Matthieu Freyheit

« Gambergez avec le professeur Gamberge »… Autant vous prévenir tout de suite, le contenu est aussi recherché que l’accroche. Le professeur Gamberge, c’est un savant. Cheveux blancs, cravate et blouse blanche. Il sévit à la télévision depuis maintenant quelques années, et se décline désormais en une série de livres petit format d’une vingtaine de pages. Et tenez-vous le pour dit, le professeur Gamberge vous explique tout. De  « A quoi ça sert de voter ? » à « Pourquoi, quand et comment paye-t-on des impôts ? » en passant par « Les Canadair, comment ça marche ? » (??? j’avoue que ce dernier volume me laisse perplexe), les lecteurs, à partir de 7 ans selon l’indication donnée par Gallimard Jeunesse, ont droit à tous les poncifs bien-pensants habituels.

Celui qui nous intéresse, « C’est quoi, le piratage sur Internet ? », n’est pas en reste. Passons sur le style graphique déplorable. Passons également sur le scénario protozoaire – peut-être aurait-il mieux valu l’effacer complètement. Le livre conserve le mérite de vouloir aborder la question du piratage dans les multiples sphères qu’il concerne : économique, personnelle, politique, etc. Tout cela à l’aide de la classique métaphore selon laquelle Internet est un immense océan peuplé de navires en tous genres. Arrive la question du piratage. Pour le professeur, la chose est simple : les pirates informatiques, méchants et fourbes, sont prêts à tout pour s’en mettre plein les poches. D’où la question de fond posée par l’une de ses interlocutrices, symbole supposé du lecteur moyen : « Mais alors, c’est dangereux Internet ? ». Il fallait bien un livre pour en arriver là. Non, la rassure tout de même le professeur. Et celui-ci d’embrayer, index levé, sur l’injustice des téléchargements illégaux.

Vous l’aurez compris, je ne suis pas convaincu. Mais alors pas du tout. D’un manichéisme agaçant, le livre ne revient à aucun moment sur les origines sociales et historiques du piratage ou du hack, pas plus que sur ses divers enjeux et les différents acteurs qui en forment le complexe panorama. Bref, trop de morale tue la morale. Et à l’heure tardive où je referme ce livre, il me vient comme une soudaine envie de télécharger un film…

 

Moi, Jean-Jacques Rousseau

Moi, Jean-Jacques Rousseau
Raconté par Edwige Chirouter, illustré par Mayumi Otero
Les petits Platons, 2012

Rousseau – Hop ! Opéra

Par Anne-Marie Mercier

Anniversaire oblige (voir plus bas, la notice sur Rousseau à 20 ans), voici Rousseau expliqué, ou plutôt « raconté » aux enfants. Mais quels enfants ? C’est la question qu’on se pose pour certains titres de cet éditeur et elle revient pour ce volume. L’ambition est totale (et vertigineuse) : proposer en un petit livre illustré un résumé de la vie et de la pensée de Rousseau. L’acte I résume sa vie jusqu’à « l’illumination de Vincennes », l’acte II ses idées sur la société, l’acte III porte sur l’éducation et le final est en chansons. Cela oblige à bien des raccourcis (voir nommer « Emile » l’enfant sauvage me donne un peu le tournis, même si cela permet de mettre en cohérence plusieurs œuvres) et parfois à des à-peu-près discutables : Rousseau apparaît un temps comme un apôtre de la Révolution, même si plus loin il s’interroge pour savoir s’il ne faut pas plutôt craindre un tel bouleversement. En somme, rien n’est faux mais tout est bien sûr rapide et dense.

C’est une qualité pour ce type d’ouvrage. L’auteure réussit le tour de force de transformer un écrit de type documentaire en partition rythmée. Rousseau, le narrateur, est présenté comme un metteur en scène d’opéra qui dirige quelques acteurs (l’enfant sauvage, le lecteur, Thérèse) et des marionnettes (Diderot, notamment, l’un des « traîtres »). C’est donc le Rousseau d’Ermenonville, proche de sa fin, qui parle, enjoué et fou de musique au début, autoritaire et soupçonneux à la fin de l’ouvrage (était-ce bien nécessaire ?). Il varie le rythme (ralentissement et trémolos lors de l’épisode du ruban volé (bien vu), intermède en chanson sur la botanique) ; il fait bondir et voler ses acteurs (illustrations très vives, gaies, parfaites), confronte Emile et le lecteur pour montrer comment l’entente est vite détruite par l’« amour propre », et gronde la pauvre Thérèse. On s’amuse, on s’étonne, on est attendri.

Ce petit théâtre est très bien servi par les illustrations qui mettent en valeur cette « mise en scène », lui donnent une profondeur ou insistent sur sa surface. On imagine que ce livre pourrait servir d’introduction à l’étude de Rousseau (mais avec bien des aménagements et des retours). On peut aussi jouer à retrouver certaines de ses phrases tirées de son œuvre et données sans guillemets ni notes. Mais pour quels enfants, alors ? Certainement pas pour les Emile, mais… pour les petits Platons !

L’auteure est une spécialiste de la philosophie en littérature de jeunesse (voir son blog).

Lame de corsaire

Lame de corsaire
Nicolas Cluzeau

Gulf Stream (Courants Noirs), 2011

 La mer à boire

Par Matthieu Freyheit 

Pris en chasse par deux vaisseaux anglais, grevé par une série de meurtres à son bord, suivi par une mystérieuse malédiction, le Scylla, frégate française, fait sans conteste figure non seulement de personnage principal, mais également de point d’ancrage. Et le lecteur, qui navigue soudain entre Histoire, aventure et roman policier, en a bien besoin. Le Scylla, en pleine guerre d’indépendance américaine, transporte des armes et de l’or destinés à soutenir les insurgés, ce à quoi s’oppose bien évidemment l’Angleterre. Et ce n’est pas l’unique souci des hommes du bord. Une femme est assassinée dans chaque port où le navire fait escale, de quoi aiguiser la superstition des plus sages : la frégate est-elle vraiment maudite ? La série de meurtres perpétrés à bord ne fait malheureusement que renforcer cette hypothèse, tandis que les deux nouvelles passagères sèment encore un peu plus le trouble dans l’esprit de l’équipage…

On l’aura compris, Nicolas Cluzeau ne fait pas dans le minimalisme. Son site web nous invite même à plonger au cœur de son multivers. Oui, un dérivé d’univers, vous avez bien compris. Aventure, Histoire, récits maritimes, romans policiers, fantasy, Nicolas Cluzeau fait tout et refuse de choisir. Du coup, il faut suivre, et mener de front avec lui les intrigues et les genres. Eric Van Stabel est-il le fier capitaine que l’on croit ? Saura-t-il sauver son navire de la perte ? L’officier Christian de Saint Preux contiendra-t-il sa verve devant la belle Hélène de Montmagner ? Georges Verlanger, enseigne et poète, découvrira-t-il la vérité sur les meurtres perpétrés à bord ? Hélène de Montmagner est-elle aussi arrogante et suffisante qu’il y paraît ? Mais d’abord, qui est Hélène de Montmagner ?

Attention, n’allez pas croire que l’auteur ne fasse pas bien son travail. En dépit de la difficulté de l’entreprise, et malgré un début un peu long, l’ensemble est plutôt réussi. Le navire offre l’occasion d’un huis clos haletant, presque angoissant, la multiplicité des personnages donne une épaisseur certaine à l’intrigue policière, et l’écriture de Cluzeau, quoique trop ostensiblement riche en vocabulaire maritime, parvient à maintenir un suspens efficace. Presque jusqu’à la fin. Presque, seulement. Car si jusque là l’auteur a su se contenir, tout se termine dans un capharnaüm littéraire où s’effacent quelque peu la tension et le plaisir. Mais je n’en dis pas plus…

Jean-Jacques Rousseau à 20 ans

Jean-Jacques Rousseau à 20 ans ; un impétueux désir de liberté
Claude Mazauric
Au Diable Vauvert, 2011

 Jean-Jacques avant Rousseau

par Anne-Marie Mercier

La collection « à 20 ans » ajoute en 2012 un portrait de Jean-Jacques Rousseau à ceux de Flaubert, Genet, Duras, Colette, Proust, et Hemingway. Ce saut en arrière dans le temps s’explique sans doute par les célébrations Rousseau de cette année (tricentenaire de sa naissance : voir le blog de l’ARALD, le site que la région Rhône Alpes lui a consacré,  le site « 2012 Rousseau pour tous » de Genève) et pour des nouvelles sur la recherche internationale le site de  l’association Rousseau.

En dehors de ces circonstances, ce livre s’imposait car Jean-Jacques est un anti modèle qui rassurera bien des adolescents et bien des parents : enfant sans école, apprenti qui fugue à 16 ans par peur d’une punition,  rêveur mal élevé et mal à l’aise avec les usages du monde… il hésite encore entre plusieurs professions à l’âge de 30 ans. Autant dire que pour parler de l’écrivain tout en décrivant le jeune homme, l’auteur a dû faire quelques entorses au principe de la collection, ce qui lui fait écrire, évoquant le séjour de Rousseau à Lyon avant sa « montée » à Paris : « à 30 ans, Jean-Jacques est devenu potentiellement Rousseau : on ne tardera pas à le savoir ». L’auteur réussit ce tour de force : on voit comment le temps en apparence perdu a été une construction lente et au bout du compte cohérente; de nombreuses incursions vers les oeuvres à venir sont très éclairantes.

Tous les raccourcis qu’on peut lire sur Rousseau sont fort justement revus par l’auteur, historien spécialiste de la période, à commencer par la notion d’autodidacte : elle n’a pas de sens à cette époque, et Rousseau a eu des maîtres, quelques uns fort bons. Les périodes et les lieux de formation comme Genève (la Genève réelle, bien décryptée, et la Genève rêvée) puis Lyon sont mis en valeur alors que bien souvent l’on ne voit que Paris. Le Rousseau qui chemine, le long des rivières et des lacs, comme d’une ville à l’autre est une autre belle découverte, comme son « identité francophone quasiment cosmopolite ». C’est tout un destin qui est présenté, ou plutôt un parcours, qui mène de l’apprenti à l’écrivain célébré par toute l’Europe – et le monde entier aujourd’hui. Enfin, l’ouvrage est une réussite par son écriture limpide et sa finesse. Il propose un Jean-Jacques aimable et proche et évite ainsi les aspects qui trop souvent détournent les jeunes gens de son œuvre. Quel que soit l’âge, c’est une belle lecture et un beau livre bien plein et bien fait.

Voir l’entretien avec Claude Mazauric sur France-culture (8/6/2011).

C’est quoi, un paradis fiscal ?

C’est quoi, un paradis fiscal?
Jean Schalit, Karim Friha

Gallimard, 2012

Un petit pas vers la notion de criminalité « en col blanc »

Par Dominique Perrin

 Gamberge est un drôle de « professeur » en cravate, blouse blanche et cheveux blancs coiffés en flamme derrière un étrange casque, scientifique aux allures de sioux doué d’un énorme stylo-plume. Il semble lui-même un peu perdu dans sa déclaration de revenus, mais profite de l’occasion pour édifier une dynamique jeune fille, représentante d’une jeunesse curieuse et tonique, venue lui rendre visite. Le documentaire qui en découle ne va certes pas au fond du sujet – ce serait difficile –, mais utilise avec pertinence la douzaine de doubles-pages qui lui est impartie, par libre adaptation de la série télévisée qui en est la source. On peut certes regretter que le travail de la nombreuse équipe créditée en fin d’ouvrage – sept personnes en tout, de l’écriture, à l’illustration, au scénario, à la conception graphique, la maquette et l’iconographie – ne débouche pas sur un ouvrage un peu plus approfondi et moins formaté. Ce n’est cependant pas le but, le principe de la série primant ici avec pour finalité la familiarisation d’un public aussi large que possible avec des ouvrages traitant avec simplicité des sujets relativement courageux, dans un contexte documentaire globalement frileux en matière de problèmes politiques et plus globalement de sciences humaines.

Un poisson amical

Un Poisson amical
Lionel Koechlin

Gallimard, 2012

Tout petit déjà, devenir un peu poisson

Par Dominique Perrin

Nautilus est un poisson rouge d’emblée sympathique, qui offre aux tout petits un récit de son existence formulé de son propre point de vue. S’il est donc question de l’énorme ennui de cet animal seul dans un bocal, on comprend plus encore que cette condition n’a pour l’intéressé ni pour son possesseur rien d’une fatalité : à preuve l’enthousiasme final du petit poisson lorsqu’un poisson doré plus petit encore emménage à ses côtés. L’histoire est toute simple, mais non dénuée d’épaisseur, car le tout jeune lecteur y fait sien le point de vue du poisson, et se met à voir par ses yeux les initiatives du petit humain qui se demande comment améliorer son sort, et comprend finalement que la relation aux autres prime sur la relation aux objets.

Furari

Furari
Jiro Taniguchi

Casterman, 2012
traduit du japonais par Corinne Quentin

« Pleinement debout marcher droit
comme l’herbe courir 
»

Par Dominique Perrin

Et même si c’est très modestement…
…Je continue à chercher ma propre expression.
Comme un combattant avance en rampant sur le champ de bataille,
Je continuerai à dire mes poèmes.

« Déjà un siècle qu’il a disparu » : sans doute se trouvera-t-il au 22e siècle prochain des amateurs de poésie visuelle pour commémorer l’œuvre de Jiro Taniguchi avec une piété semblable à celle des personnages de Furari évoquant Bashô, maître du haï-ku du 17e siècle. Transcripteur et transfigurateur du Japon contemporain, le mangaka à l’esthétique familière à l’Occident offre ici le fruit de trois nouvelles années de travail consacrées à faire revivre Edo – autrement dit l’ancien Tokyo –, et un personnage historique de la fin de la période isolationniste du Japon – dite « ère Edo », de l’aube du 17e siècle à 1868 environ.

Le résultat se situe à la même hauteur que, notamment, L’homme qui marche (trad. 1995) ou L’Orme du Caucase (trad. 2004) ; au merveilleux du voyage dans l’espace des cultures et des regards s’ajoute ici comme dans Au temps de Botchan (trad. 2002-2006) celui du voyage dans le temps. L’ancien Tokyo vit ici d’une vie autonome, d’une intensité et pourtant aussi d’un calme inouïs, doublement sublimée sans doute – et par le regard du personnage principal, et par celui de son auteur -, et pourtant réaliste, minutieusement documentée et mise en scène. C’est en effet le personnage historique étonnant de Tadataka Ino, arpenteur invétéré de la région d’Edo, que l’œuvre ressuscite avec une acuité saisissante – que le lecteur occidental relie au dynamisme éclatant du titre : Furari, « au gré du vent ». Vigueur historiquement probable du premier cartographe moderne du Japon consacrant sa jeune retraite à relier le décompte incessant de ses pas à l’observation des étoiles – vigueur artistique de Taniguchi, peintre de l’impassibilité sensible, historien du quotidien et poète complet : la révélation de cette superposition réside dans l’harmonie, peu fréquente dans l’Occident contemporain, du chiffre et de la vision, dans une œuvre qui exauce le désir, cher à l’humanité, de voir aussi bien la Terre d’en haut, d’en bas.

100 princesses à créer

100 princesses à créer
Ia Chhuy-Ing, Raphaël Hadid
Père Castor – Flammarion, 2012

100% princesses

Par Caroline Scandale

On le sait, les petites filles aiment le rose, s’habillent en princesses et rêvent du prince charmant. Elles sont plus sages que les garçons, aiment les jeux calmes d’intérieur, notamment dessiner des princesses… L’idée est un peu usée mais toujours vivace. La nature imposerait des rôles et des comportements aux hommes et aux femmes. Selon ce principe ancestral et rassurant, de nombreux parents achèteront 100 princesses à créer à leurs petites lolitas…

Père Castor-Flammarion propose ici une collection intitulée « 100… à créer ». Déclinée pour l’instant en quatre thématiques trés appréciées des jeunes lecteurs: les chevaliers, les dinosaures, les chevaux et donc les princesses. Le principe est d’apprendre à dessiner des modèles de personnages ou d’animaux, en plusieurs étapes, puis de les créer à partir de pochoirs et d’autocollants. Au verso de chaque page, des anecdotes historiques garantissent un minimum syndical de culture. Ces ouvrages jouent sur des codes couleurs stéréotypés pour les deux thèmes sexués que sont les princesses et les chevaliers. Les dinosaures et les chevaux, qui le sont moins, bénéficient de coloris plus neutres comme le vert et le orange.

Ce que l’on peut reprocher principalement à ce livre d’activités est qu’il ne surprend pas. On ne croise pas des princesses rebelles, décalées ou loufoques mais uniquement des modèles de princesses délicates et charmantes, que l’on devine sensibles et secrètement amoureuses. De ce fait il véhicule la panoplie complète des stéréotypes de sexes. Étape par étape la jeune lectrice découvre un seul modèle féminin abrutissant, la princesse, ici, lisse à souhait. Au lieu de prendre à contre pieds ce stéréotype, 100 princesses à créer en fait une icône superficielle et donc soumise. Ainsi, les petites filles intègrent une image peu valorisée d’elles-mêmes. Dommage…