Le monde dans la main
Mikaël Ollivier
Thierry Magnier, 2011
Le carillon des anges
par Christine Moulin
« Le carillon des anges » : l’évocation de ce jouet que la famille du narrateur, Pierre, ressort à chaque Noël, encadre le récit et fait mesurer ce qui s’y est joué.
Disons-le d’emblée : ce roman est bouleversant. La phrase ultime, en forme de mise en abyme, en est particulièrement révélatrice : « C’est une autre histoire que celle que je termine d’écrire aujourd’hui en ajoutant ce point final qui suit ce dernier mot ». Roman d’une disparition, il est tout entier construit sur une absence, à tel point que l’on se demande encore longtemps, bien après le livre refermé, ce qui est arrivé à la mère du narrateur, qui s’en va, un jour, sur le parking d’Ikéa.
Cette rupture va jouer le rôle d’un révélateur, permettre l’écriture, débusquer les non-dits, transformer les êtres, faire remonter les secrets. Jusqu’à la révélation finale.
La virtuosité de la narration est au service du propos, qui souvent, émeut, interpelle le quotidien de tout un chacun, tout en brossant le portrait d’un adolescent sensible, généreux, un peu perdu dans ce monde de brutes mais non dépourvu de ressources ni de force.
Et en prime, c’est drôle : le début est hilarant. Ikéa plus vrai que nature (première phrase du premier chapitre : « Ikéa, c’est drôle au début »; Dernière phrase du même chapitre : «Là où ils sont forts chez Ikéa, c’est que tu en as tellement marre à la fin, que tu es soulagé de payer » !).
Sur le site de l’auteur, on peut voir une vidéo où il parle de son livre (mais attention, allez l’écouter après lecture: SPOILER!). Il dit qu’un bon roman pour ados doit pouvoir intéresser pleinement les adultes : n’est-ce pas tout le pari de Lietje?
Et voici à quoi ressemble un carillon des anges :

Les concepteurs de la couverture ont choisi d’expliciter le titre, qui sans cela évoquerait les laborieuses « compositions françaises » comme celle sur le « premier chagrin » évoquée par Nathalie Sarraute dans Enfance. Sur cette couverture dont la couleur vive semble contredire le titre, l’image d’une annonce demandant une « jeune fille pour baby-sitting » indique bien le début de l’intrigue. Le début seulement, car ce roman ne cesse de bifurquer et, de mystère en mystère, de nous surprendre.
Un livre tendre sur une vérité difficile à comprendre et à verbaliser pour Solène, petite fille de 7 ans : la galère financière de sa maman. La tendresse de ce court roman est accentuée par les illustrations douces et pudiques, aux crayons de couleurs semble-t-il, de Sandrine Kao. La résolution du problème est un peu rapide, certes, comme dans tous les textes narratifs de première lecture mais c’est le seul point noir de ce récit rythmé, aux titres accrocheurs mais pas racoleurs et surtout aux personnages attachants : Sara, la maman très originale que l’on rêve d’avoir, battante et inventive, Zoé, la meilleure amie, avec laquelle la jeune narratrice partage chaque semaine une pause « cacahouète qui frétille », et son père, Basile, musicien noir qui va « sauver » Solène et sa maman. Rien n’est jamais trop stéréotypé ni facile dans cette histoire qui raisonne longtemps dans l’esprit du lecteur. Une beau récit à proposer aux jeunes lecteurs qui sont mis, certes, face à une réalité douloureuse mais grâce à un texte littéraire de qualité.

Dans ce beau roman, une jeune fille découvre son propre trouble en visitant une exposition (« Eugénie Grandet » vue par Louise Bourgeois) et en parcourant le roman de Balzac. Dans une deuxième partie, c’est La Cerisaie de Tchekhov qui est au centre de l’intrigue et des préoccupations… Autant dire que ce roman ravira les « médiateurs culturels » et les amoureux de la culture et qu’il ne fait pas rimer réalisme avec misérabilisme. Certains pourraient lui reprocher d’être un peu « élitiste-parisien », de montrer des vies et un cadre peu communs pour l’ensemble de la population. Oui, et alors? ça change au moins du monde des vedettes,champions, malfrats et stars qu’on propose sans état d’âme.
K-cendres est le nom de scène d’Alexandra, rappeuse, mais aussi devineresse à la manière de Cassandre : celle qui prédit des malheurs et ne peut les empêcher. C’est pourtant un roman absolument réaliste dans son cadre et dans ses principaux enjeux. Il décrypte les milieux et stratégies du show-biz, non seulement à travers l’héroïne mais aussi de nombreux personnages : patron de label, attachée de presse, garde du corps, médecin… chacun est caractéristique, aucun n’est caricatural, tous sont humains, trop humains. Au contraire, Alexandra et Marcus, son garde du corps, sont porteurs chacun à sa manière d’une certaine pureté.

D’excellents auteurs, connus dans le monde de l’édition de la littérature pour adolescents, sont ici rassemblés par Keith Grey. On trouve, dans ce recueil de nouvelles autour du thème de la « première fois », des textes de qualité et des écritures très diverses. Comme on est en littérature « de jeunesse », il y est davantage question de l’avant que du passage à l’acte lui-même (le texte de P. Ness échappe astucieusement à cette règle en multipliant les rectangles noirs sur les mots interdits).